Jean-Pierre Humbert
Peintre et graveur

Il a suffi d’une fraction de seconde à Jean-Pierre Humbert pour baptiser son œuvre Crépuscule. Pour la réaliser, il a travaillé peut-être une heure, un jour, une semaine ou plus. Ceci, le spectateur ne peut que le supposer et ensuite, l’oublier. L’important, ce qu’il veut savoir, c’est ce que l’auteur a voulu transmettre au public.

En scrutant sa création de tous les côtés, de gauche à droite, du haut vers le bas ou vice-versa, l’amateur constate qu’elle est en noir et blanc avec une dominante grise, ce qui correspond au titre. A peine visible, une maison est dissimulée dans l’ombre entre les blocs de pierres. Les nombreuses ramifications sombres d’un vieux tronc courbé aux multiples racines couvrent le ciel ne laissant que le centre du tableau libre pour la dernière luminosité diffuse qui éclaire les reliefs massifs des roches avec sa force faiblissante. Seule la perspective des arbres et de la rivière est encore visible pour les inciter à regarder ce qui se cache au pied du vieil arbre. C’est là qu’émergent des visages aux yeux curieux. Ils regardent dans toutes directions comme s’ils recherchaient quelque chose. Ils observent sûrement, ou écoutent peut-être, la manifestation passagère du crépuscule ? Les deux jeunes, couchés, confirment que le temps se modifie. Pour le garçon, c’est le crépuscule du soir, il dort. Pour la fille, les yeux encore ouverts et les cheveux ondulés, plutôt hérissés, c’est la beauté diffuse du moment qui la fascine et qui l’étonne. A première vue, tout est statique et silencieux. Mais non ! Le maître intervient et nous montre où et comment chercher la réponse. Avec plusieurs lignes parallèles, entrecroisées et élancées, qui traversent rapidement le ciel, il symbolise le mouvement. Le paisible crépuscule change d’aspect, devient dynamique et vivant. Les arbres en perspective nous guident vers le soleil et nous enseignent que les changements, jour et nuit, noir et blanc, sommeil et éveil, sont éternels. La rivière éclairée serpente et nous rappelle que tout bouge.

Le crépuscule n’est pas triste. Il est cet instant fugitif qu’il faut observer, apprécier et admirer.

Emile Stolic

Texte paru dans le livre [Par défaut…], Jean-Pierre Humbert