Jean-Pierre Humbert
Peintre et graveur

Avec son estampe Le choc du futur créée en 1979, Jean-Pierre Humbert a pressenti l’avenir. Il l’a fait non seulement par le titre de son œuvre et son anticipation visionnaire du 11 septembre 2001 mais aussi avec l’effet graphique de la technique lenticulaire. Cette composition rend l’illusion du mouvement, les figures humaines en forme de fleur et de faune se déplacent avec leurs ombres portées.

Le rapport entre les zones horizontales et verticales ainsi qu’entre les ornementations  superficielles et spatiales est équilibré. La disposition est aboutie, avec des formes variées, étonnantes et rythmées par la diversité de leurs tailles. La gamme des tons gris prédomine et contribue à donner l’impression de mouvement. Les motifs se déplacent le long des raccords, dans les nœuds et dans l’espace de la grille du squelette architectural ou alors, ils se tiennent dans le point pariétal de la grille polygonale des façades parallèles. Le double sens a créé un étrange effet lenticulaire dans l’espace de l’estampe en 2 dimensions.

Si l’effet cité nous était inconnu, l’estampe Le choc du futur nous ferait ressentir la sensation d’animation par le biais de la multiplication des images décalées comme au début du cinéma. Le sentiment du mouvement est ici réalisé de manière très convainquante. Il se produit dans notre champ visuel sans nous perturber mais attire notre regard qui accompagne les différentes figures en apesanteur.

Je perçois ce tableau comme une représentation de  l’architecture du réalisme socialiste que je nomme la cage urbaine. Elle sépare l’homme de la nature, de la lumière, des liens avec la terre et avec le biomonde, elle détruit l’esprit de liberté, gomme tout individualisme humain et impose la claustrophobie. Cette estampe détaille sans ambiguïtés cette cage. Avec des moyens d’expression simples, d’une manière extrêmement convaincante, elle nous la montre, égale sur tous les étages, sans rez-de-chaussée, sans toiture, sans début et sans fin, figuration de notre impuissance face aux forces qui nous dépassent. La seule issue semble la fuite par la fenêtre pour chercher à souffler par n’importe quel moyen, pour se libérer de cet esclavage, pour un espace sans frontières, pour trouver la liberté personnelle, même si l’épilogue est l’inévitable départ, l’abandon de ce monde, la fin de la vie.

Ivana Marcikic

Texte paru dans le livre [Par défaut…], Jean-Pierre Humbert