Jean-Pierre Humbert
Peintre et graveur

Entre la réalité et la fiction, l’image donne encore quelques informations. Pas de l’imagination sans contrôle ou sans objet, ni l’expression de la nécessité d’exister – car l’idéal apparaîtrait derechef sur un plateau comme la tête de Jean Baptiste. Mais l’image essentielle, artistique, – pour l’appeler encore ainsi, – malgré des tentatives de destruction bien actuelles…

Pour détruire la possibilité de l’image, il n’y a pas d’autre choix que s’attaquer à la surface, miser sur l’épuisement par la répétition, se laisser aller à l’hébétude par l’exacerbation des contraires ou introduire le paradoxe en faveur de la vie qu’est le cri d’agonie.

Mais l’image reste autant possible que ce fond noir comme l’univers sans regard, un fond d’erreur ou de possibilité sans limites. Une tête au carré sécrète, exorbite de façon symbolique deux têtes mieux humanisées et ainsi de suite jusqu’au premier plan dénonçant l’illusion : ces quatre personnages sans beaucoup d’identité propre, rappellent autant les camps de concentration que les clones plus récents. Ils nous regardent et disent « c’est ainsi que nous sommes » à moins qu’ils ne posent la question « est-ce ainsi que vous êtes ? »

Malgré cette multiplication classique du népotisme à partir du grand patron carré, symbolique, il reste un espoir avec les nuances d’humanité perceptibles dans les visages au premier plan : ce sont eux qui regardent et qui sont regardés, eux qui ont le plus de présence.

Jean-Christophe Emmenegger

Texte paru dans le livre [Par défaut…], Jean-Pierre Humbert