Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

Dans l’océan artistique

2021 – C’est avec ce titre que Fribourg fête le jubilé du Big Bang pictural
et de la création artistique ex nihilo

 

S’il tient à préserver une quelconque dignité spirituelle,
l’homme doit négliger son statut de contemporain.
Emil Cioran

 

Treize artistes à FRI ART – Photo diffusée sur internet

 

Discoteca Analitica – Fri-Art – 2019 – Photo de Thomas-Julier, diffusée sur internet

 

À quelques jours près, il y a environ quatorze milliards d’années était LE VIDE. Cette très longue période de vacuité a pris fin en 1981 avec l’arrivée de FRI ART, le fameux mouvement artistique qui a généré le Big Bang culturel et donné naissance à l’art. C’est donc un exploit mémorable qu’a réalisé Riton (Michel Ritter, c’était son sobriquet – 1949-2007) qui en fut le fer de lance (1). Avant lui et ses amis, l’univers artistique n’existait pas. C’est donc à Fribourg, qui, comme chacun le sait, est le centre du monde, qu’a eu lieu le Grand Boum cosmologique qui a donné naissance à l’art.

Il faut cependant rappeler que ce véritable miracle doit beaucoup à la gomme à déconstruire, génératrice de vide, mise au point par Marcel Duchamp (un des nombreux surnoms du vide), une personnalité qui a su mettre le néant en lumière. Dans un prochain épisode des publications de mon carnet de bord, je vous révélerai la nature des liens qu’a entretenu cet homme avec Fribourg, liens qui font de ma ville un des phares de l’univers. Sans ces êtres d’exception, les individus frustes, de type plus ou moins traditionalistes, en seraient encore à cultiver ce qu’ils appellent leurs racines. Des artistes, mais aussi la foule des gens ancrés, qui croient que démanteler ce qui a été édifié pendant des siècles et livrer les résultats brut de ces actes de dissection et de destruction au public n’a rien à voir avec de l’art. Provoquer, repousser les limites de l’arrogance et du mépris, participer à la sinistre fête de la mondialisation “heureuse”, exister aux yeux des classes dirigeantes, des richissimes, et des institutions publiques, arriver avec ou sans talent, sans effort, à n’importe quel prix … entretenu par les institutions publiques, ou mieux encore, par l’un ou l’autre milliardaire promoteur d’une humanité hors-sol… tel est “l’art” qui se réclame de l’énergie du vide, l’art quantique en quelque sorte.

Quarante ans après la fondation de FRI ART, dopée à la reconnaissance officielle, la caste des “créateurs contemporains” a proliféré et occupe aujourd’hui l’essentiel des espaces prestigieux réservés aux artistes vivants. Exhibées dans des centres d’art et des musées qui leurs sont consacrés, leurs “œuvres” sont imprégnées de la doxa quasi-religieuse du progrès qui nous est imposée de manière toujours plus brutale. On peut donc dire que l’artiste labellisé contemporain représente parfaitement la société dite avancée des “civilisés” qui détiennent la vérité vraie qui, parait-il, ferait d’eux l’élite de l’humanité. Pour le bonheur du cheptel de huit milliards d’hommes et de femmes qui peuplent la terre, les preux chevaliers de la juste-pensée sont fermement décidés à imposer cette vérité scientifiquement certifiée à n’importe quel prix. Après le rêve socialo-communiste, après le rêve national-socialiste, place au rêve socialo-écolo-mondialiste … décidément, les ravis de la crèche laïque et égalitaire nous promettent de beaux jours. Comme il se doit, la population des artistes contemporains, fonctionnaires de l’empathie et détenteurs exclusifs de la révolte subsidiée s’engageront à fond pour la liberté obligatoire.

Soyons optimiste… le lecteur de ce message soigneusement pondéré, trouvera peut-être que, malgré ma retenue de bon aloi, j’exagère, et qu’insensible, avec mes seuls préjugés pour arguments, je pérore à propos de ce que je ne connais pas, ou pire de ce que je ne comprends pas. Non, fidèle lecteur, je ne suis pas cet imposteur. Bien que depuis quelques années je fuie les performances et contre-performances organisées par les têtes aérées par les courants d’air du moment, à l’époque du Grand Boum, je fréquentais régulièrement son détonateur, l’explosif Michel Ritter et la galaxie de ses disciples et j’assistais aux exhibitions qu’ils organisaient. Malgré nos flagrants désaccords, nos rapports étaient amicaux et les discussions très animées. J’ai donc vécu en “live-direct” l’émergence du mouvement qui est honoré en cet an de disgrâce 2021. Un mouvement “artistique” aujourd’hui omniprésent et omnipotent qui, comme Alain Berset son ministre de tutelle en Suisse, sait imposer sa loi. Par le passé, j’ai refusé le pass-plasticien qui devait m’ouvrir les portes de la réussite. Maintenant, mon allergie à l’autoritarisme se confirme avec mon rejet du pass-covid. Décidément, le seul pass que je possède est celui de la sortie …

(1)  Le serpent Fer de Lance est considéré comme l’un des serpents les plus dangereux du Costa Rica. Il fait partie de la famille des Viperidae et du genre Bothrops. Au Costa Rica il est responsable des morsures les plus fréquentes chez les serpents. – Wikipedia

 

 

Une banane scotchée au rouleau adhésif sur un mur pendant l’exposition d’art contemporain Art Basel à Miami, aux États-Unis, a été vendue pour 120 000 dollars. Nommée “Comedian”, l’œuvre d’art, réalisée par Maurizio Cattelan, a été acquise par un collectionneur de nationalité française. – Wikipédia

Avec sa banane à 120 000 dollars, Maurizio Cattelan démocratise l’art du vide selon un journaliste de la presse de grand-chemin. Décidément le prix de la démocratie est en train de flamber et elle avec.

 

 

Le doigt d’honneur est à l’honneur – à la mode – parmi les génies du contemporain. Après ceux de Wei Wei, qui a beaucoup donné, celui de Cattelan – ci-dessus reproduit – est représentatif de la mentalité des protagonistes de cet “art” qui se prétendent politisés, et qui assènent méthodiquement des cours de “morale élémentaire” destinés aux demeurés. Une bonne affaire pour les vedettes du mouvement dont le sans-gêne est simplement abyssal. Admirez le clin d’œil du lèche-cul Cattelan à ses parraineurs !

 

 

 

La merde a de l’avenir.
Vous verrez qu’un jour on en fera des discours.
Louis Ferdinand Céline

 

Merde d’ArtisteMerda d’artista – est une œuvre de l’artiste italien Piero Manzoni influencée par les ready-mades de Marcel Duchamp. L’œuvre réalisée en 1961 se compose de 90 boîtes de conserve cylindriques en métal (4,8 × 6 cm), hermétiquement fermées, qui contiennent les excréments de l’artiste, étiquetées, numérotées et signées. La cote des boîtes est montée dans les années 1960, des années après la mort de l’artiste, grâce à d’avisés marchands italiens, parisiens puis américains. Certaines ont atteint le prix de 3’000 grammes d’or, et les boîtes dont on riait ont commencé à circuler sur le marché de l’art. Aujourd’hui, un grand nombre d’entre elles ont été vendues (la famille Manzoni en possédant encore 5) et se retrouvent dans diverses collections d’art contemporain dans le monde entier. Elles se négocient à un prix élevé, comparé à celui qu’avait fixé l’artiste, à l’exception toutefois de quelques-unes qui se mirent à fuir probablement à cause de la corrosion et de la pression du gaz… Le 16 octobre 2015 une boîte a été adjugée pour 182 500 £ (soit environ 202 980 €) lors d’une vente aux enchères chez Christie’s à Londres. Le 28 octobre 2014 une boîte avait été adjugée 129 000 € (soit en incluant les frais d’enchères 160 920 €) lors d’une vente effectuée par l’étude Cornette de Saint Cyr à Paris.- Wikipedia

 

 

HOMO SAPIENS…vraiment ? – Technique mixte – JPH – 2008 – 1975

 

LA DÉBANDADE
Par JPH

Dans le miroir pictural de notre temps,
Omniprésente, désabusée, arrogante et moralisatrice,
La disgracieuse face botoxée de l’homme augmenté,
la gueule gonflée à l’hélium de l’artiste contemporain.

Dans le musée impérial du matérialisme mondialisé,
Quelques cuvettes de chiottes recyclées,
Des reliquats de la dernière bamboula
D’une association culturelle subventionnée.

Dans la grande salle d’exposition,
Corrompus par un(e) « commissaire » d’un genre indéterminé,
Deux joyeux ramasseurs d’ordures ménagères
Ont déversé les fruits pourris de leur tournée matinale.

Dans les pages des journaux à prétentions intellectuelles et culturelles,
Un savant reportage relate tous ces pénibles faits-divers.
Par la grâce de ce délicieux baratin ludique et didactique,
Vous apprendrez à vous ouvrir à la bêtise.

 

Christoph Büchel, Dump, 2008 – Exposition Superdome – Palais de Tokyo – Paris – 29 mai – 2008  Photo Stefan Altenburger

 

Si l’envie vous prends de prolonger votre promenade parmi les chefs d’œuvre qui se réclament de l’avant-garde du progrès, je vous invite à lire deux autres articles de la rubrique L’OCÉAN ARTISTIQUE – Courants froids de mon carnet de bord.

 

LE CRI DU PERROQUET

VIVRE DANS UN MUSÉE


LE TOURBILLON – Gravure – JPH – 1996

 

Sept cent millions de chinois, et moi, et moi, et moi… (Jacques Dutronc 1966)

Malgré la politique rigoureuse de l’enfant unique, les chinois sont aujourd’hui un milliard quatre cent millions, ce qui fait de la Chine l’État le plus peuplé de la planète. Quant à la population mondiale, elle dépasse actuellement les huit milliards d’âmes et d’estomacs. Huit milliards de pékins, et moi, et moi, et moi…

En 2016, les statisticiens estimaient que la colonie humaine augmentait de 246’000 personnes par jour, soit la différence entre les 403’000 naissances et les 157’000 décès quotidiens, ce qui représente une hausse de 90 millions de terriens par an. En 2014, environ 54% de la population mondiale vivait en milieu urbain.

Quant à vous, amis et amies abonnés à ma lettre La nef des fous, vous représentez environ le 0,0000000… % de la population mondiale… émoi, émoi, émoi…

AUTOPORTRAIT – Technique mixte – JPH – 2006-1996

 

AUTOPORTRAIT

Partout…
Autour de moi… En moi,
Silencieux comme le néant,
Le lent magma de la foule humaine
Défile sans fin… Inlassablement.

Tous ensemble… Tous seuls…
Où allons-nous ?
Ailleurs… Loin… Très loin…
Perdus dans l’infini présent,
En quête de la maîtrise du temps.

Du temps retrouvé,
Du temps que nous étions vivants,
Du temps que j’étais Jean-Pierre Humbert.
Seul au milieu de rien…
Seul parmi vous…

 

2018 – Test d’admission à l’Académie des Arts en Chine

Décidément, la compétition sera chaude et les places au firmament artistique seront chères, sans compter que la plupart des artistes qui font carrière ne passent pas par les écoles. Reste à définir la notion de firmament artistique…


L’EXÉCUTION
– Huile sur toile de Yue Minjun – 1995

En 2007, la toile EXÉCUTION devient l’œuvre la plus chère de l’histoire de l’art contemporain chinois, elle a été vendue pour près de six millions de dollars. Cela confirme le fait que la valeur d’une œuvre est essentiellement déterminée par le poids financier de l’acheteur et que le firmament artistique se situe dans la salle des coffres.

Yue Minjun (岳敏君 en chinois) est né en 1962 dans la province de Heilongjiang en Chine. Peintre et sculpteur, il est un des artistes chinois contemporains dont les œuvres ont conquis la nomenklatura occidentale, ses milliardaires, ses journalistes, et ses commissaires politiques. Pour une fois, je comprends ce succès. Son savoir-faire de peintre et la tragique systématique de son ironie me fascinent, mais le nihilisme unilatéral et radical de ses peintures me dérange. Cet homme ne regarde et ne transcrit que ce que ses omnipotentes ornières mentales lui permettent de voir. Prenez la peine de cliquer sur mon lien images, vous verrez défiler des personnages à la peau peinte en rose qui tous se fendent la gueule sans retenue. Cette foule hilare est composée d’autoportraits de l’artiste, et de paraphrases parodiques des œuvres phares de la peinture européenne. Souvent en slip, tout ce beau monde se tord de rire, pouffe sans raison, se bidonne en plein drame, se poile en solitaire ou en groupe, s’esclaffe sans fin, se marre obsessionnellement, se gondole à mourir… un étalage systématique de mépris qui constitue un portrait hyperréaliste de la société globale aux manettes. Les plus optimistes y voient une vision critique du mondes dans lequel nous vivons.

“Mais qu’y a-t-il de si drôle” vous demandez-vous ? Rien, bien sûr. Le rire de Yue Minjun et de ses personnages ne vient pas ponctuer la chute d’une plaisanterie amusante. Il n’est que le cri méthodique et désespéré d’un type qui hurle à vos yeux… mais regardez-moi cette existence et ce monde de merde! Selon le “théoricien” Li Xianting, les peintures de Yue Minjun seraient une réaction auto-ironique au vide spirituel et à la folie de la Chine moderne. Un vide et une folie qui ne sont pas un privilège chinois, très loin s’en faut. De ce point de vue, les œuvres de Yue Minjun sont géniales, mais que voulez-vous, je n’arrive pas à me résoudre à accepter leur désespérant constat… j’espère… ne serait-ce que pour le panache.

Fait à l’aide d’informations pêchées sur l’internet sur lequel je vous invite à naviguer si vous souhaitez en savoir plus sur cet artiste d’exception – JPH

Même pays, autre ambiance…
Pour conclure cette brève incursion dans le paysage artistique chinois, je vous offre une reproduction d’une peinture de Hao Chun.

 

 

Pendant cette 17e semaine de l’année 2021, du 26 avril au 2 mai, l’Église Orthodoxe revit la Semaine Sainte. Synchrone avec cette actualité, j’ai regardé le film La passion du Christ de Mel Gibson. Une partie de cette œuvre a été tournée à Matera en Italie, notamment les scènes de la crucifixion. C’est dans cette magnifique ville qu’habite le peintre et graveur Pietro-Paolo Tarasco. En 1991, ce formidable artiste avait participé au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE. Depuis cette première collaboration, j’ai édité deux de ses créations, l’une en 1992, était intitulée Nostalgie, elle fut réalisée pour l’abonnement Artistes Européens de la galerie Contraste; et l’autre intitulée FRIBOURG, le manuscrit est parue pour l’édition 2004 de l’abonnement FRIBOURG vu d’ailleurs.

 


PARADIS PERDU, l’utopie sans illusion – Eau-forte – 1991 –  La contribution Pietro-Paolo Tarasco au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE

 

Le Christ s’est arrêté à Eboli. Italien du sud Pietro Paolo Tarasco fait aujourd’hui le même constat d’impuissance – Matera s’écroule. Portes et fenêtres n’ont plus que des trous noirs. Les arbres de la nouvelle ville auront-ils un jour des feuilles ?

Étienne Chatton 1933- 2007


MATERA – Considérée comme l’une des plus vieilles cités habitées au monde, Matera est célèbre pour ses habitats troglodytiques (les Sassi di Matera, littéralement pierres de Matera), classés sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité établie par l’Unesco. La ville a été désignée pour être la capitale européenne de la culture pour l’Italie en 2019.
https://www.pme.ch/loisirs/2019/06/24/un-long-weekend-matera

 

FRIBOURG, le manuscrit – Eau-forte de Pietro-Paolo Tarasco
Édition 2004 de l’abonnement FRIBOURG, vu d’ailleurs – Contraste Éditeur

 

FRIBOURG, le manuscrit

 

La gravure FRIBOURG, le manuscrit de Pietro-Paolo Tarasco a été publiée en 2004 dans la collection Abonnement FRIBOURG, vu d’ailleurs éditée par l’atelier Contraste.

Son œuvre montre la ville de Fribourg vue depuis le quartier de la Neuveville. Elle semble n’être qu’un prolongement du Pont de St-Jean transformé en un imposant livre d’histoire naturelle. Un livre d’histoires qui auraient fait des petits, des petits qui se seraient tous improvisés pépiniéristes. Au milieu de ce pont littéraire et végétal, un grand arbre (fruitier peut-être) obstrue le passage des véhicules tentés de rejoindre les quartiers du Bourg et de l’Auge. De là, servis en tranches de ville juxtaposées et positionnées librement, nous pouvons admirer l’Hôtel de Ville et la Cathédrale St-Nicolas qui nous surplombent et nous envoûtent par leur charme médiéval.

Depuis quelques années, dans la lancée de la construction du pont de la Poya, les autorités communales “requalifient” ce quartier et projettent, semble-t-il, de supprimer les rares arbres qui restent. Selon des “experts”, au Moyen-Âge, il n’y en avait pas dans la ville. Nous sommes bien au XXIe siècle, celui des appréciations absconses pour justifier des projets stupides (à suivre dans d’autres publications). Je préfère quant à moi, la perspective d’avenir que l’ami Tarasco esquisse en toute simplicité dans son œuvre… à savoir planter des arbres dans la ville.

 

MATERA – Photographie de Pietro-Paolo

 

NOSTALGIE – eau-forte – Pietro Paolo Tarasco, Italie
1992 – 4
ème
édition de l’abonnement Artistes Européens – Contraste Éditeur

 

1992 – L’article du journal La Liberté

 


1992 – À la galerie Contraste avant le vernissage de l’exposition des gravures de Pietro-Paolo.
De gauche à droite, Mirko, Philippe (deux de nos fils), Pietro-Paolo et Marc (le cousin)

 


Une photographie publiée par Pietro-Paolo sur l’internet.
De gauche à droite,
Marco Marchi (critique littéraire), Mario Luzi (poète) et Pietro Paolo Tarasco

 

 

Huitième étape de ma tournée rétrospective de présentation des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE. Aujourd’hui, je vous invite à goûter à l’humour de l’artiste américain Arthur Geisert.

Arthur Geisert est né en 1941 et il a grandi à Los Angeles. Il a déménagé, il y a plus de cinquante ans, pour s’installer et construire lui-même sa maison avec l’aide de sa famille à Galena (Illinois). Après des études artistiques, il se spécialise en sculpture et gravure, il expose dans de nombreux grands musées américains. Il est un jour remarqué par un éditeur qui lui propose de faire des livres pour enfants… Il a aujourd’hui publié de nombreux livres primés. Il a une passion pour les cochons, héros de bon nombre de ses livres !

 

PARADIS PERDU – Eau-forte – 1991 –  La contribution d’Arthur Geisert au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE

 

Le bonheur serait-il un privilège réservé… à une certaine forme de la sagesse? À l’ egrege porcus” d’Horace répond Goethe: Je me sens l’euphorie d’une phalange de deux cents porcs”. Arthur Geisert reprend la fable de Trilussa. Ses cochons retournent aux joies de la campagne. “Perché in cità ce ne fano troppo porcheriae”.

Étienne Chatton 1933- 2007

 

ARTISTIC LICENSE – Eau-forte – 1991 – Un cadeau d’Arthur Geisert que j’ai pris la liberté de mettre en scène. Je le remercie chaleureusement de m’avoir accordé l’autorisation officielle d’avoir des idées. Était-ce bien prudent de sa part…?


 GOING TO FRIBOURG – Arthur Geisert -2004 –  Gravure – Abonnement Fribourg, vu d’ailleurs – Contraste Éditeur

 

En 2004, j’avais invité Arthur Geisert à venir à Fribourg pour réaliser une estampe pour l’abonnement de gravure FRIBOURG, vu d’ailleurs. Nous l’attendions au mois de septembre, impatients de découvrir l’œuvre que notre ville lui inspirerait.

Malheureusement, Arthur a du renoncer à son déplacement. Nous ne l’avons donc jamais rencontré, et nous avons renoncé à organiser la traditionnelle exposition des œuvres de l’artiste convié à créer une gravure pour l’édition annuelle de notre abonnement. Cette contrariété a stimulé l’imagination d’Arthur qui s’est servi des images des prospectus éditées par l’office du tourisme que je lui avais envoyées pour réaliser une eau-forte qui met en scène les préparatifs de ce voyage avorté. Il a appelé son estampe GOING TO FRIBOURG. Ainsi, Arthur nous démontre que rêver, c’est déjà voyager. Il nous prouve aussi que ceux qui dénigrent les clichés fournis par les officines de la promotion touristique ont tort. Si ces documents n’ont que peu d’influence sur l’indice de fréquentation des hôtels, ils représentent une chance appréciable de voyager à l’œil.

ARTHUR GEISERT pose, en 1991, devant le dessin de l’une de ses arches de Noé

Plus d’informations https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=ARTHUR+GEISERT

 

Sujets:

Albín Brunovský était un peintre, graphiste, lithographe, graveur, illustrateur et pédagogue slovaque, considéré comme l’un des plus grands peintres slovaques du XXe siècle. Wikipédia (anglais).

Vous le savez tous… enfin peut-être, Wikipédia est un projet cofondé par Jimmy Wales en janvier 2001. En 1989, rares étaient les artistes à publier leur biographie et des reproductions de leurs œuvres sur l’internet. Pour sélectionner les graveurs que je souhaitais inviter à participer au  PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE , j’achetais les catalogues des galeries, des musées et des concours de gravure. C’est ainsi que j’ai découvert les travaux d’Albin Brunovský, que j’ai trouvé son adresse, et que je l’ai invité à participer à ma manifestation. Peu avant le délai de remise des œuvres, excellente surprise, j’ai reçu la convention de participation dûment signée, et une épreuve de la gravure qu’il avait réalisée pour le concours. Son interprétation du thème imposé lui a valu d’obtenir le deuxième prix attribué par le public des visiteurs des six musées et galeries suisses où les estampes ont été exposées.

https://www.google.com/search?source=univ&tbm=isch&q=albin+brunovsky&client=firefox-b-d&sa=X&ved=2ahUKEwjhkuL76qrvAhWBDewKHXFsCSYQiR56BAgVEAI&biw=1920&bih=897https://www.amac-chamalieres.com/artiste/brunovsky

 

Albin Brunovský s’arrache à la terre. Son objet volant non-identifié tient du nid de frelons, de la colonie d’oiseaux tisserins et du vaisseau spatial. Aux amarres s’accrochent encore d’autres nacelles, aux vergues des bipèdes. Armés de lances, ils continuent à combattre les envahisseurs, des mutants de tous stades. De curieux marsupiaux qui ont raté l’embarquement poursuivent l’engin. Superbe utopie! Elle relie l’arche de la Genèse aux mythes futuristes de Zardoz ou Alien.

Étienne Chatton 1933- 2007


1993 – Photographie prise au Musée d’art et d’histoire à Fribourg lors du vernissage de l’exposition des œuvres en concours pour le PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE, et l’accrochage d’une trentaine de gravures de chacun des lauréats. Sur la droite de l’image, Albin Brunovský, lauréat du deuxième prix, et à gauche, Éric Robert-Aymé qui a obtenu le premier prix.


1993 – Séance de signature pour Albin Brunovský.


Tout le temps de la manifestation, j’assurais l’animation d’un atelier d’impression de gravure en taille-douce.


Albin Brunovský


Albin Brunovský – Gravure


VOIE COMPLEXE – Gravure – Albin Brunovský


Albin Brunovský – Gravure


Albin Brunovský – Design of 1980’s emission of Czechoslovak banknotes

 

 

J’ai fait la connaissance de Brigitte Rallu en 1989 au Musée Guimet à Paris. Je m’y étais déplacé pour participer au vernissage de l’exposition des gravures des artistes en compétition pour le concours international bi-annuel TRACE/ IDEMEDIA CREDOME. Je venais y recevoir la récompense attribuée au gagnant du premier prix. Brigitte avait aussi réalisé une gravure pour cette édition du concours (concours dont elle fut lauréate lors de l’édition suivante, en 1991). Son œuvre me plaisait beaucoup et nous avons longuement discuté. Peu de temps après, j’organisais le PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE. Je l’ai naturellement invitée à y participer. Elle a heureusement accepté ma proposition. Plus tard, en 1996, elle a réalisé une gravure en pointe-sèche intitulée FACE À FACE AVEC SA PAROLE pour l’abonnement Artistes européens de la Galerie Contraste.

 


L’UTOPIE SANS ILLUSION – Brigitte Rallu – 1991


C’est le privilège du noir de rendre le blanc plus présent et la clarté plus nécessaire. Ainsi, un arbre ou un bronze contiennent vitesse et légèreté. De sa stèle, l’Eros de Brigitte Rallu prend son envol. Dans la lumière, il plane, aussi libre et léger que les oiseaux qui le suivent.

Texte Étienne Chatton (1933- 2007)

 

 


BIOGRAPHIE

Plus d’informations sur le site de Brigitte Rallu  https://brigitterallu.com/accueil_044.htm

Dès 1977, Brigitte Rallu s’initie à la gravure avec Jean-Marc LANGE, grand prix de Rome de peinture, et travaille plusieurs années la sculpture avec Jacqueline DEYME, premier prix de Rome de sculpture. Encouragée par un prix avec le sculpteur César, elle s’installe à l’Étang la Ville en 1982. La même année, le Conseil Général des Hauts-de-Seine lui commande deux sculptures.

En 1988, elle crée avec quelques amis le groupe GRAVE destiné à promouvoir la gravure.


EXPOSITIONS COLLECTIVES

1988   Salon des artistes français, Paris
1989   Galerie “Il segno grafico”, Venise, Italie
          Salon des artistes français, Paris
          Galería Brita Prinz, Madrid
1990   Salon des artistes français, Paris
         Grande écurie du Roi, Versailles
         Salon de la gravure originale, Bayeux
1993   Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg, Suisse
1994   Salon Itinéraires, Levallois-Perret
1998   Salon Perspectives, Dreux
1999   Salon de Montrouge
2000   Salon de Montrouge
2003   Impressions-Expressions à Louveciennes
2004   Salon Gravicel “à côté de la plaque”, Lille
2005   Ex-libris d’aujourd’hui à Bécherel, Cité du livre
          Impressions de La-Celle-Saint-Cloud, Hôtel de ville
2010    30 ans de l’atelier de gravure, Maison de l’Etang, Louveciennes

EXPOSITIONS PERSONNELLES

1987   Salon de l’hôtel de ville de la Celle saint Cloud
1990   Galerie de la Geole à Versailles
1994   Montserrat Gallery, New York
1995   Galerie Gabriel François, Levallois-Perret
          Galerie Garance, Saint Germain en Laye
1996   Galerie Aktuaryus, Strasbourg
          Galerie Nika, Fribourg, Suisse
1999   Invitée d’honneur du salon Perspectives, Dreux
2000   Art au seuil du 21ème siècle, galerie Quai 17, centre Leclerc de Royan
Galerie Clément, Saint-Germain-en-Laye
2001   Galerie Clément, Saint-Germain-en-Laye
2003   Galerie Allaire-Aigret, Paris
2004   Hôtel de ville de La Celle Saint Cloud
2007   Galerie L’Usine, Lyon
2008   MACparis
2009   MACparis
2009   Galerie L’Usine, Lyon

PRIX

1980   Prix de sculpture de la ville de La Celle Saint Cloud, (président du jury: César)
1988   Mención Honorífica au VI Premio de Grabado “Máximo Ramos”
1989   Prix Pinet de l’Institut de France (Académie des Beaux Arts).
1990   Prix “Máximo Ramos”, Ferrol, Espagne
1991   Lauréate du concours bi-annuel TRACE / IDEMEDIA CREDOME
          Médaille d’argent au salon des artistes français
1994   Prix de sculpture “Itinéraires”
1997   Prix d’Arts Graphiques, Dreux
1998   Grand prix du salon Perspectives, Dreux
2001   Prix des affaires culturelles, Viroflay
2003   Prix de sculpture du salon Nouvelles Tendances, Marly-le-Roi

COLLECTIONS PUBLIQUES

Sculptures réalisées pour le Conseil Général des Hauts de Seine
Gravures au Conseil Général des Yvelines.

ÉDITION

1992   Participation au livre “Paradis perdu ou l’utopie sans illusion”, Atelier Contraste, Fribourg, Suisse
2006  Edition de trois livres de gravures grand format “Elles”, “Elles”, “Ils”

 


L’UTOPIE, UNE QUESTION D’ÉQUILIBRE – Brigitte Rallu – 1991


“qu’est-ce que l’homme ?”… est toute la question.

En gravure comme en sculpture mon travail part toujours de l’émotion.
Il tourne parfois au jeu, sérieux. Il va souvent d’une idée à son contraire,
parce qu’ainsi nous sommes, dans une dynamique.

Brigitte Rallu

 

FACE À FACE AVEC SA PAROLE – Gravure (pointe-sèche) de Brigitte RALLU
CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH – Abonnement “Artistes européens – 1996
PLAGE – Gravure – Brigitte Rallu – 1984

LA BALANÇOIRE – Gravure de Brigitte Rallu – 1984

 


QUELQUES SCULPTURES

      

MANNEQUIN – Sculpture – Brigitte Rallu             ROBE COQUELICOT – Sculpture – Brigitte Rallu

     

L’HOMME NUIT – Sculpture – Brigitte Rallu          L’HOMME NUIT – Sculpture – Brigitte Rallu

Décidément, ma présentation de quelques-uns des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE  me réserve bon nombre de mauvaises surprises, et vire à la chronique nécrologique. Aujourd’hui, en quête d’informations biographiques pour compléter ma présentation de l’ami Jean Coulon, graveur, musicien et comédien belge, je découvre avec une profonde tristesse qu’il est mort le 7 octobre 2020 à Rhodes-Saint-Genèse. Dans la rubrique inaugurale de cette suite de publications, Jean Coulon avait été cité en sa qualité de lauréat de l’un des prix du concours. Par la suite, en 1995 et en 2000, il avait gravé 2 magnifiques burins pour mes éditions d’estampes.

Adieu Jean ! Merci pour tes belles œuvres et pour les heures heureuses que nous avons passées à travailler ensemble.

 

L’UTOPIE SANS ILLUSION – 1991 – La contribution de Jean Coulon au  PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE


Jean Coulon a construit l’arche, mais le déluge n’est pas venu. L’embarquement n’a pas eu lieu. Sur la plage à sec, le grand oiseau dort sur ses cales. Aux vergues pendent les cordages. Dans la ville qu’on avait laissée à l’abandon, il eût fallu se remettre à l’ouvrage. On dressa une échelle, quelques échafaudages mais le cœur n’y était plus.

Étienne Chatton 1933- 2007

 

Ci-dessous, un portrait photographique de Jean Coulon et une reproduction du burin qu’il a créé et gravé pour l’édition 1995 de notre publication “Artistes Européens”

Jean Coulon en 1995


Jean Coulon sur Wikipédia  https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Coulon_(graveur)

Hommage à Jean Coulon – Vidéo de Xavier Rouchaud  https://www.youtube.com/watch?v=9JT76z7UdmA

 

RACCOURCI BIOGRAPHIQUE

Jean Coulon est né à Ixelles en 1947 et mort à Rhode-Saint-Genèse le 7 octobre 2020.

MUSIQUE-THÉATRE – Étudie dans sa jeunesse le solfège, le tuba et s’initie au jazz aux cours du soir.

De 1980 à 2004, parcourt le monde avec des troupes de théâtre. Comme musicien et comédien, rencontre Franco Dragone, Michel Dalher et autres metteurs en scène de haut niveau au sein du Théâtre-Attrape. Fait partie du spectacle le Théâtre National Populaire de Luxe, monté par le Cirque du Trottoir et l’ensemble québécois La Fanfafonie – qui donneront naissance au Cirque du Soleil. Travaille avec Kevin Brooking dans les festivals de théâtre de rue, parcourant l’Europe de 1997 à 2004.

GRAVURE – Membre actif de lAtelier de gravure Kasba (Boitsfort) depuis 2000.

Techniques de prédilection: Gravures sur cuivre : burin, pointe sèche, roulette et généralement procédés de gravure sèche, sans acide. Gravure sur bois.

TYPOGRAPHIE Acquiert du matériel typographique ancien et imprime divers livres d’artistes, notamment pour les Editions Commune Mesure avec J.-H. Malineau (Paris), avec le graveur Roger Dewint et les recueils de gravures de lAtelier Kasba.

EXPOSITIONS – Expositions personnelles en Belgique, France, Suisse, Danemark, Québec. (Centres culturels, galeries). En groupe, participe à de nombreuses biennales depuis 1972 : Ljiubliana, Biella (I), Bromsgrove (G.-B.), Leipzig, Mulhouse, Florence, Nürnberg, Heidelberg, Grenchen (CH), Digne (F), etc… Et nombreuses autres expos collectives notamment au sein de l’Atelier Kasba à Boitsfort.

PRIX EN GRAVURE – Prix triennal de la Commune dIxelles (B), 1979/ Prix Guy-Lévis Mano, avec J.-H. Malineau, Paris 1986/ 3e Prix de l‘atelier Contraste, Fribourg (CH)/, 1992 2e Prix de latelier Trace, Paris 1993/ Prix LibrArt, Libramont (B), 1997 & 1998.

Notes: Jean.Coulon a donné plusieurs stages de formation à la gravure au burin dans des académies de cours du soir (académies d’Anderlecht, de Wavre, … et à l’académie de Bruxelles (cours du jour, section gravure). Il a été sollicité comme membre de jury de différentes académies et de l’école de La Cambre (section gravure).

Ma démarche artistique: Je suis graveur sur cuivre au burin, à la pointe sèche et roulettes, c’est-à-dire avec des outils qui attaquent directement le cuivre destiné à l’impression. La lenteur et la réflexion font intimement partie de mon inspiration. Le feedback de ce qui se grave est immédiat. Je m’y plais. Cette lente sécrétion me mets en contacte avec l’image en ce qu’elle a de plastique et ce grand besoin de liberté qui s’ouvre quand je travaille. Je sais que mes images seront vues à gauche, à droite, goûtées dans le moindre détail, montrées à des  enfants, des vieux, des gens de toutes les couches sociales qui vivent et vibrent dans leurs sphères… Je leur parle, à ces gens, mais eux me répondent, je ne suis alors qu’une antenne, je les capte comme si leur existence me tombait dessus. Espaces denses si humains, lieux de présences, de catastrophes ou d’harmonie . La masse humaine est si riche, en perpétuelle croissance. La vie est multiple d’événements magnifiques et terrifiants…  Je m’y promène sans pessimisme pourtant, n’étant qu’un tout petit atome dans la marée, déjà si heureux d’être en vie. Je n’aime pas le désespoir.


SAXOPHONE – Gravure – Jean Coulon -1995 – Abonnement «Artistes Européens»
CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH

 

1995 – L’atelier et la galerie Contraste sont installés à Charmey – Article Pierre Gremaud “La Liberté”

 


Croquis de préparation pour le burin EFFET DE SERRE – JC – 2000
Abonnement Fribourg, vu d’ailleurs – CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH

 

EFFET DE SERRE – Burin – Jean Coulon – 2000
Abonnement Fribourg, vu d’ailleurs – CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH

Suite de la présentation de quelques-uns un des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE.

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir le chanteur et graveur bernois Arthur Loosli, dont je viens d’apprendre fortuitement qu’il est mort récemment, le cinq janvier 2021, à l’âge de 94 ans.

En 1986, dans les rues de Fribourg, une affiche annonçait la tenue d’une exposition des œuvres d’Arthur Loosli au musée de Thoune. Une découverte… subjugué par la superbe gravure reproduite sur cet imprimé de format mondial, je me suis empressé d’aller visiter l’exposition. Je n’ai pas été déçu. À mon, je proposai à Monsieur Loosli d’exposer dans ma galerie Contraste et de réaliser une gravure pour l’abonnement “Artistes suisses”.  MUSIQUE VIVANTE, l’estampe qu’il a gravée pour nous, a été présentée aux abonnés de la galerie lors du vernissage de l’exposition consacrée à ses œuvres en 1987. Arthur Loosli était aussi un chanteur de renom (baryton-basse). Pendant l’exposition, j’avais loué un piano à queue. Entouré de ses dessins et accompagné de son pianiste, Arthur avait interprété des compositions de Brahms et de Schubert pour les fidèles amis de la galerie. Mémorable!

En 1990, il a réalisé une suite de 7 dessins pour la publication LES 7 PÉCHÉS CAPITAUX vus par 7 artistes (Contraste Éditeur) ainsi qu’une gravure, sur le thème de LA COLÈRE (voir la reproduction un peu plus bas), destinée à l’édition de tête de ce livre. L’année suivante, il avait répondu positivement à mon invitation à participer au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE avec sa pointe sèche LE COUCHER DU SOLEIL.

Plus tard, il m’a confié le tirage de plusieurs de ses gravures. Dans les tiroirs qui abritent sa collection, l’Association Galerie Contraste conserve précieusement une épreuve du bon à tirer de chacun des sujets que j’ai imprimés. De quoi monter une belle exposition…

Depuis 1993, nous nous sommes perdus de vue. Me baladant sur internet, je me suis demandé ce qu’il était devenu. C’est ainsi que j’ai appris qu’il avait quitté notre monde pour l’éternité. Depuis longtemps, presque quotidiennement, j’ai une pensée pour lui, quand mon regard croise deux de ses représentations de DON QUICHOTTE accrochées à nos murs. Des pensées fugitives qui m’accompagneront encore longtemps. À bientôt, cher Arthur…JPH

Plus d’images – https://www.google.com/search?source=univ&tbm=isch&q=arthur+loosli&client=firefox-b-d&sa=X&ved=2ahUKEwi5pObDmp7uAhURrKQKHXT9CvsQiR56BAgUEAI&biw=1280&bih=882

 


MUSIQUE VIVANTE – Arthur Loosli – Eau-forte – 1987
CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH – Abonnement Artistes suisses 1987

 


LE COUCHER DU SOLEIL – La contribution d’Arthur Loosli au  PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE.

 

Arthur Loosli joue le cow-boy solitaire. La brume envahit la plaine. Seul, émerge encore Guillaume Tell, Vieux Fidèle des Westerns Emmenthal. L’effigie du Père Fondateur se détache sur un soleil couchant qui brille comme une pièce de cent sous. L’amour décapité s’appuie à son arc. Il n’a plus de carquois et sa flèche est restée plantée dans la pomme de Gessler. Un ange passe, trop haut pour qu’on puisse le plumer.

Mais qu’est-ce qui a pu motiver ce coup de pied aux sans-futur ?

Texte Étienne Chatton (1933- 2007)

 

LA COLÈRE
Arthur Loosli – Eau-forte – 1990

Cette œuvre est insérée dans le coffret qui constitue l’édition de tête du livre LES 7 PÉCHÉS CAPITAUX, vus par 7 artistes. Ont aussi participé à cette aventure:  Teddy Aeby, Peter Brauninger, François Gendre, Josiane Guilland, Jean-Pierre Humbert et Patrck Savary.

CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH  – 1990

 


1999 – Arthur Loosli grave – Photographie empruntée à l’internet


BIOGRAPHIE
Pour en savoir plus sur Arthur Loosli, je vous suggère de visiter son site internet : http://www.arthurloosli.ch/home.html

 

Article de Béatrice Geinoz-Berset pour La Liberté

 


Arthur Loosli als Konzertsänger an einem Liederabend, 1962 – Photographie empruntée à l’internet


LE MUSICIEN Arthur Loosli

Hommage: http://www.buero-dlb.ch/de/archiv/bildende-kunst-fotografie-grafik-architektur-design/der-schweizer-konzertsaenger-zeichner-kunstmaler-und-lehrer-arthur-loosli-ist-gestorben

https://www.musicme.com/Arthur-Loosli,-Karl-Grenacher/

Comme annoncé dans un précédent épisode de ma NEF DES FOUS du mois de décembre 2020, en ce début de l’an 2021, je vous présente quelques-uns un des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE. Aujourd’hui je vous propose de découvrir le graveur et ébéniste français Pierre Vincendon (1923-2007). 

1991- L’UTOPIE SANS ILLUSION
Ci-dessus, la gravure au burin avec laquelle Pierre Vincendon a participé
au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE en 1991


La paix, un bel oiseau de paradis, plié amoureusement par Pierre Vincendon. La main du graveur le tient si haut que nous devrions croire à son éternité. La colombe porte en guise de plumet cinq feuilles de laurier toujours vert. Mais le ciel est barré de trajectoires d’autres oiseaux. Des superforteresses volantes lâchent leurs bombes. Un de ces œufs a explosé si près qu’il a touché la cocotte dérisoire; une traînée de sang poisse la main de l’artiste. Clarté et mesure du génie français: une aura de tendresse voile la totale cohérence de la démarche.

Texte d’Étienne Chatton (1933- 2007)

 

Portrait de Pierre Vincendon emprunté à internet et trafiqué par mes soins sur photoshop


Notice biographique
http://www.auxerretv.com/content/index.php?post/2011/09/18/Pierre-Vincendon-sera-incin%C3%A9r%C3%A9-lundi-%C3%A0-Auxerre

Né en 1923, à Pont-Evêque dans l’Isère, après le bac, il est entré à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon en 1941.
Suite à des mouvements étudiants, il arrive en 1943 au camp de Cravant qui servait d’usine de réparation d’avions allemands. Consécutivement à un bombardement anglais, il s’évade et entre dans le maquis FTP «La Marseillaise» de Vermenton. Blessé, il rencontrera sa future épouse, Simone.

Après guerre, il réintègre l’École, achève ses études et œuvre dans le vitrail et le fer forgé. En 1949, il devient professeur en cette même École où comme il le disait il devint professeur aux côtés de ses anciens professeurs, puis de ses camarades de promo et enfin de ses propres élèves. Parallèlement à son activité d’enseignement il pratique l’art du burin en taille douce (une centaine de «plaques») et à cette occasion part à la quête des grands anciens et de leurs recherches sur les proportions harmoniques, les canons de la Beauté…

Effectuant ses recherches et gravant ses plaques à Lyon, il effectuait les tirages dans sa résidence secondaire de Brosses (89660) dans l’Avallonnais. Ce qui lui permettait de signer de son nom en ajoutant les lettres EA = épreuve d’artiste (gravure dessinée, gravée et tirée par l’artiste). Il s’attachera tout particulièrement au Nombre d’Or et ses rapports au pentagone qui lui feront aimer le château de Maulnes (il créera une composition sur ce thème).

Son ami Jean-Marie Lemaire qui organisa l’une de ses expositions dit dans la présentation: «Pierre Vincendon a fait le deuil de la couleur. Il nous fait partager son respect pour le Travail, ses outils et la main qui les tient, son admiration pour l’Architecture, le Nombre d’Or et la Divine Proportion. Ainsi grâce au juste équilibre des énergies qui sous-tendent chaque composition, comme magie noire et magie blanche, Pierre Vincendon, tel l’Alchimiste, nous aide à passer par sa Porte d’Harmonie et à pénétrer à l’intérieur de l’Œuvre qu’il construit à la mesure du Monde.»

Il exposera dans de nombreux lieux de Vezelay à Tokyo.

Retraité en 1966, il continuera jusqu’en 2003 la gravure puis pour des raisons de santé devra l’abandonner. Il reviendra, toujours dans le même esprit, au dessin et au pastel… Ces derniers mois, sa santé s’était altérée, mais il continua jusque dans les derniers jours à dessiner.

Il souhaitait donner son corps à la science mais n’eut pas le temps de remplir les papiers.

Utopiste, il croyait en la phrase de Dostoïevski : «La Beauté sauvera le monde…»

 

COURRIER DES LECTEURS

oui les traités de paix ne sont qu’illusion de papier, bons à faire des cocottes
quelle estampe! idée, finesse exceptionnelle et richesse des interprétations.
j’aime particulièrement la singularité de la main qui semble sortie d’un tableau d’avant la renaissance.  si délicate et douce qu’elle semble peinte. à elle seule, elle me fait gamberger dans le tranchant de son déco.

bon dimanche

colette maillard

Comme annoncé dans un épisode du mois de décembre 2020 de ma NEF DES FOUS, je vous présente un des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE J’inaugure cette suite avec le graveur lausannois Jean-Pierre KAISER (1915-2001). 

1991- L’UTOPIE SANS ILLUSION
Ci-dessus, la gravure à l’eau-forte avec laquelle Jean-Pierre Kaiser a participé
au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE en 1991

Jean-Pierre Kaiser hausse d’un ton l’insolence. Elle atteint au sommet les maîtres de l’Utopie dont la morgue surpasse nos glaciers pourtant marqués de l’emblème national. Quand les arbres meurent, la candeur n’est plus de mise; osons voir la réalité sous ses deux profils. Tout est dit dans ces robots affrontés: la machine de guerre des multinationales, leur emprise sur la cité, leurs hiérarchies calquées sur les trois pouvoirs qu’elles enserrent de leurs anneaux. Aux commandes: des puissances invisibles parce que hors du cadre. Énergie sidérante, à la mesure de son objet. Le propre de l’homme, c’est son inhumanité.   Texte d’Étienne Chatton (1933- 2007)

Deux liens pour mieux connaître Jean-Pierre Kaiser :
Jean-Pierre Kaiser- Météores et phénomènes
Jean-Pierre Kaiser – Biographie

Pendant les années septante, je feuilletais régulièrement le journal de La Migros qui s’appelait alors Construire. Ce n’était pas pour m’informer des dernières actions avantageuses proposées par le supermarché , mais pour y découvrir des artistes peintres et graveurs. Monsieur Sylvio Acatos, un fameux historien de l’Art, en était le rédacteur en chef. Sous sa direction, le journal présentait régulièrement un artiste suisse et éditait une de ses estampes dont le tirage très limité était numéroté et signé. Les coopérateurs pouvaient acheter l’œuvre, qui était vendue à un prix attractif. C’est là que pour la première fois j’ai vu une reproduction d’une gravure de Jean-Pierre Kaiser. Coup de foudre, commande, et… le tirage était épuisé.

En 1989, lorsque j’ai lancé les invitations à participer au 1er PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE, j’ai bien sûr pensé à Jean-Pierre Kaiser. Il a répondu à mon invitation avec la gravure L’Utopie sans illusion… reproduite plus haut. Quelques année plus tard, en 1998, avec Milka, nous l’avons enfin rencontré, et il a accepté que nous éditions trois de ses gravures pour notre publication Abonnement Artistes Suisses. Pour les amateurs, il reste une épreuve à vendre de chacune des trois gravures de l’Abonnement (ESPACE XIX / ESPACE XVIII / ESPACE XXIV).

C’est avec nostalgie que je me souviens de longues et passionnantes discussions, assis dans la véranda qui surplombait un beau jardin et la ville de Lausanne. En 2015, quatorze ans après sa mort, nous lui avons rendu un modeste hommage à la Galerie Contraste. Toutes les personnes présentes lors du vernissage se souviennent de l’émouvant et poétique exposé de notre ami commun, le peintre et graveur Jacques Cesa (1945-2018) qui fut l’élève de Jean-Pierre Kaiser à l’École des Beaux-Arts. Malheureusement, je ne peux pas vous en montrer plus, car je n’ai pas reçu le manuscrit de la présentation de Jacques et, comme souvent à la galerie Contraste, les photographes étaient au chômage. JPH

ESPACE XIX – Eau-forte – Jean-Pierre Kaiser – 1998
Édition 1998 de l’abonnement ARTISTES SUISSES de la Galerie Contraste

ESPACE XVIII – Eau-forte – Jean-Pierre Kaiser – 1998
Édition 1998 de l’abonnement ARTISTES SUISSES de la Galerie Contraste

ESPACE XXIV – Eau-forte – Jean-Pierre Kaiser – 1998
Édition 1998 de l’abonnement ARTISTES SUISSES de la Galerie Contraste

Eau-forte de Jean-Pierre Kaiser

Retour en 1991, avec le concours international d’estampes (lithographie, gravure, sérigraphie) que j’ai organisé sur le thème PARADIS PERDU… ou l’utopie… sans illusion. À charge pour les artistes invités à y participer d’illustrer ce paradoxe. Le format de l’œuvre à réaliser était aussi imposé. 85 artistes venus des cinq continents ont répondu à mon appel dont il faut dire qu’il était très alléchant. Les œuvres en concours ont été exposées et mises en vente aux cimaises de sept institutions différentes en Suisse romande et en Suisse alémanique. Elles étaient toutes reproduites dans un livre, dont vous pouvez voir la couverture ci-dessus. Résultants du vote des visiteurs de la tournée d’expositions, trois prix ont été attribués aux artistes graveurs Eric Robert-Aymé (France), Albin Brunovski (Slovaquie) et Jean Coulon (Belgique). L’aventure s’est terminée en beauté en 1993 au Musée d’art et d’histoire à Fribourg par une exposition des œuvres en concours, et l’accrochage d’une trentaine de gravures de chacun des lauréats. Tout le temps de la manifestation, j’assurais l’animation d’un atelier d’impression de gravure en taille-douce.

Depuis, j’ai édité des œuvres de plusieurs des participants au concours. Pendant l’année 2021, je vous ferai découvrir quelques-uns de ces artistes dans ma rubrique DANS L’OCÉAN ARTISTIQUE – courants chauds de ce carnet de bord.

 

Eric Robert-Aymé a froissé le journal et ses feuillets maculés d’encre. Ses caractères d’imprimerie n’ont guère plus de sens que l’agitation des fourmis noires. Toujours le même “Monde”. De notre envoyé spécial: sensationnel, imminent, combats, rencontres, alliés, paix. Mais effrayée de tant de bruit, la colombe s’est envolée.

Étienne Chatton 1933- 2007

Albin Brunovsky s’arrache à la terre. Son objet volant non-identifié tient du nid de frelons, de la colonie d’oiseaux tisserins et du vaisseau spatial. Aux amarres s’accrochent encore d’autres nacelles, aux vergues des bipèdes. Armés de lances, ils continuent à combattre les envahisseurs, des mutants de tous stades. De curieux marsupiaux qui ont raté l’embarquement poursuivent l’engin. Superbe utopie! Elle relie l’arche de la Genèse aux mythes futuristes de Zardoz ou Alien.

Étienne Chatton 1933- 2007

Jean Coulon a construit l’arche, mais le déluge n’est pas venu. L’embarquement n’a pas eu lieu. Sur la plage à sec, le grand oiseau dort sur ses cales. Aux vergues pendent les cordages. Dans la ville qu’on avait laissée à l’abandon, il eût fallu se remettre à l’ouvrage. On a dressé une échelle, quelques échafaudages mais le cœur n’y était plus.

Étienne Chatton 1933- 2007

LA PARABOLE DES AVEUGLES – Brueghel l’Ancien -1568


L’art s’arrête où cesse l’admiration
Victor CherbuliezLes études de littérature et d’art (1873)

 

L’ADMIRATION
Texte de JPH

Bien qu’à l’indice du pouce levé, elle soit mal notée par la bobo-pensance, l’admiration a encore ses adeptes et j’en fais partie. En balade sur internet, les définitions éclairées du mot invitent l’admirateur à se réveiller et à enfourcher les lunettes de la lucidité afin d’atténuer l’effet aveuglant de sa fébrile exaltation. Tant pis, je le répète, j’aime admirer. Pour mesurer la chaleur de mon enthousiasme, je dispose même d’un thermomètre infaillible. Il suffit qu’un objet, un son, une œuvre, un acte exceptionnel m’émerveille pour que, saisi du désir de me surpasser, je me mette au travail. Je retrouve ainsi le cœur à l’ouvrage perdu lors de ma dernière visite d’un des innombrables et innommables centres voués à la dictature de l’art dit contemporain.Des visites qui me laissent découragé et bras ballants… aquoiboniste. Un sujet tragi-comique que je développerai certainement une fois dans le carnet de bord de ma nef des fous.

Mais place aujourd’hui au bonheur de savourer des chefs-d’œuvre. Dans le domaine des arts visuels, auquel j’ai consacré une grande partie de ma vie, les artistes et les œuvres exceptionnels sont paradoxalement très nombreux. Une encyclopédie n’en donnerait qu’un pâle résumé. Impossible donc de faire un tour complet des prodiges qui ont été conservés au fil de l’Histoire. Pour illustrer mon propos, minimaliste, je n’ai retenu que deux reproductions. Celle de la fameuse peinture de Brueghel l’Ancien intitulée La parabole des aveugles, peinte en 1568, et la gravure Rainman que l’artiste slovaque Igor Piacka a créée en 2004 pour les abonnés de mes Éditions Contraste. J’ai aussi joint à ce message un lien sur l’enregistrement d’un concert donné en 1964 par le formidable compositeur et interprète de jazz Dave Brubeck (1920-2012), dont le père Peter Brubeck était un éleveur de bétail d’origine suisse. Une musique qui devrait transporter les “personnes à risque” au Chess Bar entre 1964 et 1965.

Parmi tant de belles créations, j’ai choisi La parabole des aveugles de Brueghel l’Ancien pour éclairer mon propos parce que, à mon avis, et malgré les siècles qui nous séparent de sa création, elle a conservé tout son sens. La toile met en scène la parabole des aveugles de l’Évangile: Laissez-les: ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou ! (Mathieu 15,14). Avec les spectateurs amateurs de feuilletons, j’ai envie de voir comment se termine la scène peinte par Brueghel. Les six aveugles, la main sur l’épaule de celui qui le précède ou tenant son bâton, tomberont-ils tous dans le trou ? Je ne crois pas. Celui qui est en troisième position sait déjà que ses deux compères ont chuté, et nous lisons l’angoisse de ceux qui le suivent. Le personnage qui est encore debout s’arrête et crie: arrêtez-vous, Jean et Pierre sont tombés! Désemparés, les quatre aveugles, immobiles, attendent un guide… un guide capable de les conduire. 

Téléportons-nous au mois de janvier 2020. Le monde entier est tombé malade, zut, pas de chance! Sûrs des compétences de leurs conseillers, transhumanistes pratiquants dont le cerveau et le cœur sont assistés par les meilleurs ordinateurs, ceux qui conduisent le civilisé mondialisé se sont donnés la main pour terroriser les populations et humilier les sceptiques, avant même qu’ils aient seulement émis un doute sur leur manière de gérer ce qui a été qualifié de pandémie. Avec émotion, la peinture de Brueghel nous montre le douloureux destin de ceux qui, aveugles, sont conduits par des aveugles. Notre actualité est bien sûr différente, mais le délire dictatorial mis en place à des degrés divers dans les orgueilleux pays progressistes interroge même les citoyens les plus crédules. Ceux qui nous conduisent seraient-ils par hasard aveugles ou nous égarent-ils en connaissance de cause? La réponse compte peu, car si nous les suivons nous serons perdus comme les aveugles de la puissante œuvre du peintre brabançon.


L’admiration est un ancien tribut qu’on ne paye plus. On ne cherche plus à la mériter aujourd’hui, parce que personne n’en veut plus accorder ; les niveleurs ont tout rabaissé afin de tout réduire à leur taille
.

Chauvot de Beauchêne – 1749-1824 – Les maximes, réflexions et pensées diverses (1819)

Quel visionnaire, ce Monsieur Chauvot de Beauchêne ! Aujourd’hui en l’an 2020, les descendants des niveleurs du XIXe siècle sont solidement installés à l’ombre des puissants. Qu’ils soient fantômes, zombies, ou de chair et de sang vêtus, ils errent inlassablement dans les couloirs fréquentés par les dirigeants en tous genres, en quête perpétuelle d’argent pour financer leurs projets de mise en œuvre du plus petit dénominateur commun égalitaire. Leur réussite est spectaculaire dans les microcosmes intellectuels et auprès des médias de masse. Heureusement, la résistance s’organise…

 

Igor Piacka – Peintre et graveur slovaque photographié devant l’une de ses œuvres


Avec Igor Piacka, vous faites la connaissance d’un des artistes contemporains dont j’admire les peintures et les gravures.

Pendant 25 ans, j’ai édité une ou plusieurs estampe(s) d’une cinquantaine d’artistes différents. Ce fut ma façon de leur témoigner mon estime. J’ai ainsi visité les cinq continents à travers leurs œuvres. Autant de rencontres et d’aventures picturales qu’il serait peut-être intéressant de raconter. Igor Piacka a été l’un d’eux. À la parution, sa gravure Rainman avait inspiré un excellent texte de notre ami, le journaliste et écrivain Philippe de Bellet. Vous le trouverez plus bas, sous la reproduction de la gravure.


Igor Piacka – Raccourci biographique

1962-8-10 – Naissance à Třebíč (République Tchèque)
1983-89 – Étudie à l’Académie des Beaux-Arts de Bratislava (Slovaquie), Département de graphisme libre illustration (Professeur Albin Brunosky)
1987-88 –  Étudie à l’Académie des Beaux-Arts à Bruxelles (Belgique)
1990- 2003 – Professeur assistant à l’Académie des Beaux-Arts de Bratislava, Département des Arts Graphiques
2003 – Travaille en qualité d’artiste indépendant

Depuis 1990 – Plus de cent expositions individuelles (Bratislava, Prague, Londres, Moscou, New-York, Shanghai, Tokyo…). Ainsi que de nombreuses expositions collectives partout dans le monde.

Récompenses — Depuis 1985 – 35 prix pour ses créations graphiques (Ex-Libris, Peintures, Timbres-poste et Illustrations (Bratislava, Prague, Belgrade, Paris, Uzice, Toronto, Sapporo, Qingdao, Kanagawa, Pékin…)

Œuvres présentes dans plusieurs collections privées et aussi dans des Galeries et des Musées et internationales en Slovaquie et à l’étranger

Pour voir d’autres œuvres – https://www.facebook.com/Igor.Piackart/

 

 

RAINMAN
Gravure d’Igor Piacka – Slovaquie – Abonnement artistes européens – Contraste Éditeur – 2004
Texte de Philippe de Bellet


Les gens se courent après, nous courons après nos rêves dans lesquels tout cohabite, se croise, se frôle ou s’entremêle et s’interpénètre. Sublimes et folles visions, libérées des entraves de la pensée contrôlée, structurée, organisée, censurée. Tout est désormais possible, tout s’y produit, tout s’y transforme: ce que l’on espère et ce que l’on redoute. Même ce à quoi nous n’avions jamais accordé une once d’attention. Et contrairement à la réalité dans laquelle, éveillé, on est plongé, l’univers du rêve s’impose à nous sans que nous puissions y influer en aucune manière que ce soit. Le rêve, lui, est libre, nous pas.

Lumière et ombres, silhouettes et personnages identifiables, chutes et ascensions, espoirs et désillusions, menaces et promesses. Les petits personnages en séquence dont est constellé «Rainman», engagés dans leur ballet aérien – mais peut-être s’agit-il d’une danse rituelle, voire initiatique – ne font-ils pas aussi penser aux damnés de Jérôme Bosch, chutant et se débattant en vain dans la géhenne ? Jusqu’où dure le rêve avant de basculer dans le cauchemar, comme le bien dans le mal, la lumière dans l’ombre ou la nuit ? Inquiétant et fascinant.

Et qu’augurent ces signes symboliques qui égrènent, eux aussi, tant le chasseur mystérieux que sa proie – à moins qu’il ne s’agisse de sa conquête, voyez son doux sourire ! Notre ami graveur nous annonce l’heure grave.

 

 

COURRIER DES LECTEURS

deux remarques après ce très intéressant mail.
l’admiration qui agit est la seule qui puisse avoir une valeur. souvent on se contente d’admirer mais même la raison qui nous pousse à admirer ne semble pas mériter notre attention profonde et notre réflexion. on se contente  de l’éclat que cela nous fait, un aveuglement  sans intérêt.
l’autre remarque c’est que tu soulèves en passant juste comme ça l’énorme problème qu’est la mainmise affairiste et capitaliste sur l’art et il ne s’agit pas que de  prix de tableaux mais d’un contrôle global sur ce qui est beau… et de ce que l’on doit admirer finalement.
quant à la crise du Covid, il est de plus en plus évident qu’il s’agit d’un muselage du lien social.

merci pour la découverte Piacka
bon dimanche grave homme

colette maillard

HILANDAR, l’incendie – 2004 – Peinture de Branislav Makès

 

AU FEU !

Chaude ambiance sur la planète Terre: brûlent forêts, villes et villages… brûlent chapelles, églises et cathédrales…

Située sur la route des conquérants de tous poils, la Serbie a régulièrement été mise à feu et à sang depuis des siècles. Ottomans, communistes, otanistes et autres philanthropes, ont en bonne conscience écrasé et massacré ce peuple épris d’indépendance et de liberté. Chaque fois, arc-boutés sur leur tradition orthodoxe, les serbes ont relevé la tête.

En 2004, quand le monastère Hilandar, symbole séculaire de leur identité a été en grande partie détruit par le feu, les fonds pour le restaurer ont afflué de Serbie. Cette catastrophe avait profondément attristé Branislav Makès et l’avait incité à entreprendre une suite de peintures consacrées à l’incendie du monastère.

Contemporaines, ses représentations de la destruction sont esthétiquement inspirées par l’art médiéval Byzantin. Un chant pictural à voir et à admirer du 11 septembre au 11 octobre 2020 à la Galerie Contraste.

 

 

Tirage d’une gravure en taille-douce par Branislav Makès – 1

Tirage d’une gravure en taille-douce par Branislav Makès – 2


Branislav Makès

est né le 4 janvier 1938 à Sabac en Serbie. Il est mort le 26 juillet 2020 à Belgrade.

En 1962, avec Bogdan Krsic et d’autres graveurs, il fut membre fondateur du fameux groupe de graveurs ULUS. En 1964, il obtenait le diplôme de l’Académie des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade, dont il deviendra plus tard professeur ordinaire. Pendant toute sa carrière d’enseignant, il a incessamment produit et exposé ses peintures et ses gravures. Depuis 2008, il est retraité et il poursuit ses expérimentations picturales jusqu’à son tout récent décès, le 28 juillet 2020.

L’exposition «Hilandar, le lamento» de la Galerie Contraste est sa cinquantième exposition personnelle. Il a notamment montré ses œuvres, en Hongrie, Autriche, Espagne, France, Suisse et en Italie.

En 1967, il obtient le prix de gravure du Musée Albertina à Vienne. Il fut aussi Lauréat du Prix du Salon d’Octobre du Musée de Sabac et du Prix du Mémorial Milena Pavlovic Barili à Požarevac. En 1997, à Uzice, il est honoré pour l’ensemble de son œuvre gravé.

Ses productions sont présentes dans tous les principaux Musées de Serbie ainsi qu’au Musée d’Art Moderne de New-york et au Musée Albertina de Vienne, et chez de nombreux collectionneurs.

Il a notamment réalisé dix mappes et coffrets de gravures sur divers thèmes et de nombreux catalogues d’exposition sont consacrés à ses travaux.

 

Ci-dessus, pour ceux qui lisent et comprennent le serbe, l’hommage du quotidien POLITIKA rendu à Branislav Makès, un article de Liliana Cinkul

 

Gravure de Branislav Makès

 

Gravure de Branislav Makès

 

Gravure de Branislav Makès

 

HILANDAR –  Monastère orthodoxe serbe du Mont Athos – Photo trouvée sur internet

 

HILANDAR, raccourci historique
Fait en partie avec des informations empruntées à Wikipédia

Le monastère Hilandar est un des vingt monastères orthodoxes de la République Monastique du Mont Athos et, à ce titre, bien que de langue serbe, il relève de la juridiction du Patriarcat de Constantinople. Il est aussi appelé Le Monastère Serbe du fait que ses fondateurs et la plupart des moines étaient d’origine serbe. Aujourd’hui, Hilandar constitue l’un des plus grands sanctuaires religieux et culturels pour le peuple serbe.

Le monastère fut construit la première fois à la fin du Xe siècle par le moine grec Georges Chélandaris. Abandonné à la suite d’attaques de pirates, il fut refondé en 1198 par le roi serbe de l’époque, Stefan Nemanja, qui devint Saint Siméon, et par son fils, Rastko Nemanjic qui choisit la vie monastique et qui est connu sous le nom de Saint Sava. Au fil du temps, ils absorbèrent d’autres monastères abandonnés des environs. Le monastère renferme des trésors d’une importance capitale pour le monde chrétien dans son ensemble. Ils ont trouvé refuge en ses murs après la conquête de la Serbie par les turcs, en 1459.

Le monastère, est une fondation royale de la dynastie serbe des Némanjides. En 2004, un incendie accidentel l’a endommagé de manière significative, détruisant environ 40 à 50 % de sa surface au sol. Les dégâts étaient considérables, bien que l’essentiel de ses richesses (fresques, icônes, reliques, bibliothèques et objets de culte) aient été sauvées. Il a été presque totalement rénové, grâce notamment au soutien de fonds venus de Serbie. Cet incendie précède de quelques jours la destruction de trente églises et monastères serbes orthodoxes au Kosovo, s’ajoutant à la démolition et au saccage de plus de cent vingt édifices sacrés depuis juin 1999 dans cette même province. Il s’agit de pertes désastreuses pour l’Eglise orthodoxe serbe, gardienne d’un patrimoine essentiel pour la chrétienté et l’humanité entière.

En août 2012, un puissant incendie a ravagé le nord du Mont Athos, menaçant la ville d’Ouranopolis ainsi que le monastère. À la demande du ministre de la culture de Serbie, le ministère de l’intérieur serbe envoya des pompiers serbes pour défendre le monastère. Le 12 août, après des semaines de canicule, alors que l’incendie se trouve à moins de mille mètres du monastère, il se met à pleuvoir. Cette fois, l’intervention conjuguée des pompiers et de la pluie sauva le monastère.

 

HILANDAR –  L’incendie de 2004 – Photo trouvée sur internet

 

À des milles des miasmes du virus bêtement intellectualisant qui mine le monde pictural de Suisse et d’ailleurs, ingénu dans un univers peuplé de tordus, l’ami Fred-Engelbert Knecht a, sa vie durant, inlassablement promené ses pinceaux et son regard amusé sur notre pays. Il a laissé une œuvre foisonnante, tant par la quantité que par la qualité. Des dessins et des peintures qui lui ressemblent. Franc, frais, direct et sincère, Fred-Engelbert Knecht a peint les beautés et les travers de l’Helvétie avec la candeur d’un éternel rêveur, et la confiance souriante d’un homme qui croit que le passé a plus d’avenir que le futur.

Fred-Engelbert réalisait ses lithographies dans le même atelier que moi. C’est là que j’ai découvert et que j’ai été séduit par ses travaux. Walo Steiner, le lithographe, m’a communiqué son adresse et je l’ai contacté pour lui commander une gravure pour l’abonnement Artistes suisses que j’éditais une fois par an. Il a réalisé pour mes abonnés, ce qui, je crois, était sa première et seule gravure. Reproduite ci-dessous, elle est intitulée Zürich 2032. Après l’exposition organisée à la Galerie Contraste pour la parution de son estampe, Fred a eu la gentillesse de m’inviter à exposer dans son Bar-Galerie 16a à Zürich. À ma grande surprise, dans ce lieu très fréquenté et largement voué aux travaux de son ami Hans Ruedi Giger, j’ai vendu les quatre gravures que j’avais présentées. Par la suite, nos relations se sont espacées et je n’ai appris sa disparition en 2010 que bien plus tard. Adieu Fred, je t’aimais bien…


«Quel est l’intrus?» semble demander l’artiste zürichois Fred Engelbert Knecht dont une vingtaine de tableaux seront exposés le week-end du 8 au 9 septembre à l’Atelier Contraste de Fribourg. Ouvert au public de 10h à 18h, l’atelier fera à l’occasion une démonstration de gravures tirées de l’Abécédaire de Jean-Pierre Humbert. La visite sera accompagnée par interludes, au son de la clarinette de Jean-Daniel Lugrin. Les toiles exposées de Fred Engelbert Knecht, comme pour la plus grande partie de son œuvre, ont pour thème la disharmonie entre culture et nature. L’enfance de l’artiste a effectivement été marquée par d’heureuses vacances parmi les poules et les porcs dans la ferme de son grand-père. Bien qu’étant né et ayant passé sa jeunesse à Zürich, il reste profondément imprégné de l’amour de la nature. Au travers de sa peinture, où il met en scène des paysages urbains reconquis par le monde végétal et animal, on rejoint l’univers de l’enfance. Comme Adolf Dietrich, auquel il voue une grande admiration, ce peintre visionnaire recherche à créer, sans ironie ou ambivalence, des images simples, belles et pleines de sentiments.


La Liberté – EH

 

Zürich 2032 – gravure de Fred Engelbert Knecht – 2001 – 17e édition de l’abonnement Artistes Suisses de la Galerie Contraste

2001… la galerie est encore assez sommairement aménagée. En avant-première, Jean-Daniel Lugrin interprète pour moi les compositions qu’il a préparées pour le vernissage de l’exposition des œuvres de Fred Engelbert Knecht.

 

Fred Engelbert Knecht pose devant une de ses peintures, en 1982, à l’occasion de l’ouverture de son exposition à la Galerie Maurer à Zürich. Photo publiée par la NZZ dans un article qui lui est consacré.

 

CINQ FONTAINES DE FRIBOURG – Estampe numérique de Zeljko Djurovic – 2007 – Contraste Éditeur

 

Pour l’édition 2007 de la collection d’estampes “FRIBOURG vu d’ailleurs”, en plus de sa magnifique gravure intitulée “Vertical bonheur”, Zeljko Djurovic avait créé une estampe numérique qui représente librement cinq des treize fontaines de Fribourg. À savoir, de gauche à droite, la fontaine Sainte-Anne, la fontaine de la Force, la fontaine Saint-Georges, la fontaine de la Samaritaine et la fontaine Samson.

Manquent sur l’estampe de Zeljko Djurovic : la fontaine du Sauvage, la fontaine de la Vaillance, la fontaine de la Fidélité, la fontaine Saint-Pierre, la fontaine de l’école professionnelle, la fontaine Jo Siffert, la fontaine de Notre-Dame du Rosaire et la fontaine de Saint-Jean.

 

VERTICAL BONHEUR – Gravure – Zeljko Djurovic – FVA-2007 – Édition Galerie Contraste


Texte – Étienne Chatton (†2007)

Découpées en ogives capables d’enterrer la ville à la verticale, les falaises de la foi tirent sur le tissu sidéral jusqu’à la déchirure. Du noir au blanc héraldique, la cathédrale marque sa frontière. Dans ses marges, se déroulent les batailles de l’humide et du sec, qu’arbitre la maternante cigogne.

Les assauts décapant du gel et du vent ont fait éclater un pan de molasse. Plissée de partout, une pousse grumeleuse, aux squames mal dégagés du magma originel, érige sa peau de reptile entre jubilation et extase. Contrastant avec la dignité impersonnelle du socle, un buste aux seins exubérants ose y superposer quelque vestige de civilisation. Angelot cathodique, vigile de vierges sages ou engelure ou phrygienne souvenance de folies libertaires, cet angélus lancé dans l’azur vient ajouter du volume à la lumière. Son carillon de Fête-Dieu, vole à notre imaginaire ses ailes de carton doré aiguisées au feu du ciel.

J’entends le bulbeux gargouillis du lait, un lait de poule qui tourne ses volutes de fer forgé en accroche-cœurs. Apparu sur la rue des Épouses patientes et de Maris fidèles, éclipsant même les lanternes rouges de la Grand-Fontaine, de labyrinthes en circonvolutions, un astre d’Épiphanie nous entraîne jusqu’à la Providence illuminée soudain par une étoile absinthe.

Le site de Zeljko : http://www.zeljkodjurovic.com/biography.htm