Nef des fous

La Nef des Fous, le blog de Jean-Pierre Humbert

MON BLOG : … Ma nef pour voyager au long cours en position assise … Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage

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La nef des fous
Le blog de Jean-Pierre Humbert

Dans l’océan artistique


COMPTE À REBOURS – JPH – Gravure – 1991

Cette œuvre a été réalisée pour accompagner l’édition de tête du livre “PARADIS PERDU” édité en 1991 par l’Atelier Galerie Contraste. Un ouvrage qui donnait à voir les créations des 85 artistes qui ont participé au PRIX CONTRASTE DE L’ESTAMPE ORIGINALE. Ces artistes invités venaient de 23 pays différents et tous les continents étaient représentés. La vente de l’édition de tête a largement contribué au financement du concours qui avait aussi bénéficié du soutien de 3 institutions fribourgeoises. La remise des prix aux 3 lauréats (Éric Robert-Aymé, France – Albin Brunovsky, Slovaquie – Jean Coulon, Belgique) a eu lieu au Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg qui avait organisé pour l’occasion une grande exposition subdivisée en 5 parties. Chaque lauréat présentait une trentaine de gravures, les estampes en concours étaient toutes exposées et l’atelier Contraste présentait mes créations et ses éditions d’estampes. Dans ce décor, j’assumais l’animation avec notre presse pour l’impression de la gravure en taille-douce.

Souvenir lumineux: pour la confection des cartes de géographie, la confédération employait des graveurs en ce temps-là. Ils étaient tous venus ensemble pour visiter l’exposition. Armés de leurs compte-fils, ils ont passé 3 bonnes heures à ausculter, fascinés, les subtilités des œuvres exposées. Suivirent des échangent passionnants et passionnés. Amusant et inoubliable!

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 GOING TO FRIBOURG – Gravure d’Arthur Geisert

Arthur Geisert avait participé, en 1991, au concours international de gravure «PARADIS PERDU» organisé par l’Atelier-Galerie Contraste. En 2004, nous l’avions invité à venir à Fribourg pour réaliser une estampe pour notre abonnement «FRIBOURG, vu d’ailleurs». Nous l’attendions au mois de septembre, impatients de découvrir l’œuvre que notre ville lui inspirerait.

Malheureusement, le voyage n’a pas eu lieu. Cette contrariété a stimulé l’imagination d’Arthur Geisert qui nous a envoyé la gravure «GOING TO FRIBOURG». Il nous démontre que rêver, c’est déjà voyager. Il nous prouve aussi qu’on a tort de dénigrer les clichés fournis par les offices de tourisme. S’ils n’ont que peu d’influence sur l’indice de fréquentation des hôtels, ils représentent une chance de voyager à l’œil.

Notice biographique – Arthur Geisert est né en 1941. Spécialisé en sculpture et en gravure, il expose dans de nombreux grands musées américains. Il est un jour remarqué par un éditeur qui lui propose de faire des livres pour enfants… Il a aujourd’hui publié de nombreux livres primés. Il a une passion pour les cochons, héros de tous ses livres !

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Poster – Création Galerie Contraste – Fribourg

Extrait de «Exorcismes spirituels IV, Moderne contre Moderne»
Par Philippe Muray

On a tout essayé pour faire durer l’illusion de l’art. L’œuvre, l’absence d’œuvre, l’œuvre comme vie, la vie comme œuvre, l’œuvre sans public, le public sans œuvre, l’œuvre irrespectueuse (si irrespectueuse qu’elle n’est respectueuse que de l’irrespect), l’œuvre provocante, l’œuvre dérangeante. On a essayé l’intimidation, l’outrage, l’injure, la dérision, l’humiliation, la péroraison. En fin de compte, on le voit bien, il n’y a qu’une seule chose qui marche encore, c’est le chantage. L’art de la modernité en coma dépassé y fait entendre sa voix la plus irréfutable, en même temps qu’il s’enveloppe d’une sorte de sacré qui interdit absolument de s’interroger.

Il y a peu, les amusants responsables du musée d’art moderne de la ville de Paris résolurent d’acquérir une œuvre de l’artiste belge Marcel Broodthaers. Cette œuvre « met en scène », paraît-il, un perroquet. Pas un perroquet mort et empaillé, non, un beau perroquet vivant avec ses plumes aux couleurs multiples et son gros bec dur recourbé. Un perroquet, donc, destiné comme tout le monde, hélas, à mourir un jour. Une œuvre périssable en quelque sorte. Et même une œuvre de la nature. Un oiseau. De la famille des psitaccidés. Comme on en trouve généralement dans les régions tropicales. Ou, plus simplement, sur le quai de la Mégisserie. Ou chez des particuliers, dans des cages. Un de ces volatiles divertissants qu’on appelle d’ordinaire Coco et auxquels il arrive d’imiter le langage humain avec des voix de clowns enrhumés.

Flanqué de deux palmiers et accompagné d’un magnétophone répétant en boucle un poème qui dit «Moi je dis, moi je dis» sans fin, Coco est donc une œuvre d’art. Au même titre qu’un croquis de Michel-Ange. Le bonheur d’être art, de nos jours, est simple comme deux palmiers et un magnétophone. L’ours du Jardin de plantes, les lions de la savane et l’orang-outang de Bornéo en sont verts de jalousie : ils aspirent au magnétophone et aux palmiers en pot de la modernité. L’écureuil qui tourne sa roue attend aussi son Broodthaers. Et la grenouille dans son bocal avec sa petite échelle. Et les chiens de faïence, et les chiennes de garde. Et encore tant d’autres bestioles de compagnie comme les canaris et les crocodiles. D’autant que, ainsi artistifié, Coco a vu sa côte s’envoler : le musée d’Art moderne de la Ville de Paris l’a acquis pour la somme d’un million trois cent soixante-dix-sept mille de nos francs de l’année dernière. Et c’est là que les problèmes commencent. Ainsi que le chantage. Au-delà de quatre cent quatre-vingt-onze mille neuf cent soixante-sept francs (toujours de l’année dernière), les achats du musée d’Art moderne de la Ville de Paris doivent en effet être soumis pour approbation au Conseil de Paris. Où certains élus se sont tout de même émus. Et ont posé quelques timides questions. Du genre : est-il bien sage d’attribuer le statut
d’œuvre d’art à un animal vivant et mortel, si plaisant soit-il? Ou encore un million trois cent soixante-dix-sept mille de nos francs de l’année dernière pour l’achat d’un oiseau, même flanqué de deux palmiers, est-ce bien raisonnable ? Et aussi : une « œuvre » à laquelle il faut apporter tous les jours à manger et à boire peut-elle être considérée comme œuvre d’art au même titre que La Joconde ou La Vénus de Milo ? Et que dire de la nécessité de renouveler chaque soir le sable de sa cage ? Est-ce qu’on change le sable du Sacre de David ou des Noces de Cana de Véronèse ? Même pas celui des innombrables plages de Monet. Où pourtant il y a du sable. Du vrai. Peint.

Autant d’interrogations dangereuses, comme on voit, et tout à fait en désaccord avec la modernité moderne qui exige comme première condition, pour ne pas se fâcher, qu’on ne la discute pas. C’est d’ailleurs par là que Christophe Girard, sinistre préposé à la Culture de la Mairie de Paris, a clos la controverse. En déclarant qu’hésiter plus longtemps à reconnaître sans réserve au perroquet de Broodthaers le statut d’œuvre d’art revenait à « ouvrir la porte au fascisme ». Devant une telle mise en demeure, qui ne se dresserait pas au garde-à-vous ? Qui, surtout, aurait le mauvais goût de faire remarquer que c’est précisément ça l’essence du fascisme, le refus de la discussion sur la réalité au profit des mots d’ordre ; et qu’en se servant du Mal comme instrument de chantage on le laisse s’incruster dans le discours du Bien et s’y exprimer avec la force décuplée de l’intimidation ? Personne. Voilà donc Coco, entre ses palmiers, destiné à monter la garde à la porte de l’enfer. Chargé de veiller au salut de la civilisation contre la barbarie. En tant qu’œuvre d’art confirmée et estampillée. Cher Coco. On a quand même envie de lui dire de tenir bon. Et de bien surveiller la porte. Toutes les portes. Y compris celles de la Mairie de Paris.

Texte de Jean-Pierre Humbert

J’ai sous les yeux un article de dix pages consacré à Andy Warhol par la revue Beaux-Arts. Je suis rassuré, ses œuvres se vendent très, très, très cher. C’est évident, à ce prix, c’est un grand, un très, très, très grand artiste. Le plus humble des parvenus mondialisés est prêt à sacrifier une partie de sa fortune pour s’offrir une de ses créations.

Le décor est posé, je peux feuilleter l’article avec vous. Sur les pages une et deux, sont reproduites neuf boîtes de « SOUP Campbell’s » CONSOMMÉ – ONION – CHICKEN NOODLE – BLACK BEAN – VEGETABLE – PEPPER POT – BEEF – TOMATO – GREEN PEA – CREAM OF MUSHROOM. Visiblement l’Andy a suivi une formation de publicitaire. Des emballages de ce genre, nous sommes quelques milliers à en avoir dessinés ou photographiés. Jusque là, émotion-zéro, savoir faire-bof, créativité-bof, mais, selon l’auteur de l’article, un travail clairement révolutionnaire, révolutionnaire-zéro, bien sûr.

Pages trois et quatre, une phrase du journaliste qui finit par une citation du maître : Le phénomène de la répétition dans le travail de Warhol est clairement lié à une de ses déclarations fracassantes selon laquelle il aimerait bien être une machine. C’est suivi par la reproduction de 16 photographies noir-blanc de madame Kennedy, juxtaposées et imprimées en sérigraphie sur des fonds de couleur ainsi que de 36 photographies de madame Ethel Scull. Point d’orgue de cette double page, la bonne parole d’Andy : Si vous voulez savoir qui je suis, regardez la surface de mes tableaux et de mes films. Il n’y a rien derrière. La messe mondaine est dite. Suivent les photos colorisées d’autres têtes d’affiche ( Marylin, Mao, la boîte de coca et Andy himself, etc… ).

Inutile de s’attarder plus longtemps sur les plaisantes et populaires images produites par Andy Warhol. Son immense succès en dit long sur l’efficacité du matraquage publicitaire. Son œuvre et ses thèmes sont la vulgarisation fidèle des « idéaux » et des « dogmes » des sociétés industrielles. Parfaites représentations de notre mercantile univers prosaïque, les boites de conserve de Warhol figurent de manière servile l’abondance de produits frelatés que nous imposent les milliardaires philanthropes de la mondialisation.

Mais, pas de problème, les citoyens libres du monde libre adorent la servitude qu’ils ont conquise de haute lutte.

IGOR PIACKA – Rainman – Gravure
AE-2004 – Édition Galerie Contraste Fribourg
Texte de Philippe de Bellet

Les gens se courent après, nous courons après nos rêves dans lesquels tout cohabite, se croise, se frôle ou s’entremêle et s’interpénètre. Sublimes et folles visions, libérées des entraves de la pensée contrôlée, structurée, organisée, censurée. Tout est désormais possible, tout s’y produit, tout s’y transforme: ce que l’on espère et ce que l’on redoute. Même ce à quoi nous n’avions jamais accordé une once d’attention. Et contrairement à la réalité dans laquelle, éveillé, on est plongé, l’univers du rêve s’impose à nous sans que nous puissions y influer en aucune manière que ce soit. Le rêve, lui, est libre, nous pas.

Lumière et ombres, silhouettes et personnages identifiables, chutes et ascensions, espoirs et désillusions, menaces et promesses. Les petits personnages en séquence dont est constellé «Rainman», engagés dans leur ballet aérien – mais peut-être s’agit-il d’une danse rituelle, voire initiatique – ne font-ils pas aussi penser aux damnés de Jérôme Bosch, chutant et se débattant en vain dans la géhenne ? Jusqu’où dure le rêve avant de basculer dans le cauchemar, comme le bien dans le mal, la lumière dans l’ombre ou la nuit ? Inquiétant et fascinant.
Et qu’augurent ces signes symboliques qui égrènent, eux aussi, tant le chasseur mystérieux que sa proie – à moins qu’il ne s’agisse de sa conquête, voyez son doux sourire ! Notre ami graveur nous annonce l’heure grave.

Photo de Milka Humbert
Texte de Jean-Pierre Humbert

On dit que les jumeaux fondateurs de Rome, Romulus et Rémus, ont été nourris et élevés par une louve. Depuis, cette louve nourricière est devenue l’un des symboles de la Ville éternelle. Mais, comment s’appelle-t-elle cette brave bête ? Bien sûr, nos amis rédacteurs de mythes romains ne s’en sont pas préoccupés. Je suis convaincu que l’incontournable Walt Disney aurait pu les aider.

Heureusement, après enquête, les deux excellents journalistes du quotidien “ Roma ogi e domani ”, messieurs Tite-Live et Plutarque avancent un prénom ainsi qu’une excellente explication de la légende.

Selon eux, les jumeaux auraient été découverts dans la grotte du Lupercale par le berger Faustulus, gardien des troupeaux d’Amulius. Celui-ci les aurait confiés aux bons soins de sa femme Laurentia, une prostituée que les bergers appelaient Lupa. Ce serait donc par un jeu symbolique que d’autres auteurs latins auraient créé le mythe de la louve mère biologique de Romulus et Rémus. Une explication rationaliste de cette légende rappelle que le mot latin lupa possède deux sens, « louve » et « prostituée », allusion au beau métier qu’exerçait Laurentia.

Mais, que font donc Romulus et Rémus devant l’Université de Fribourg ? Du tourisme ? Révisent-ils leur latin ? Non, c’est plus simple. Pour honorer les liens qui unissent Fribourg et Rome, dans le domaine académique, la Société Dante Alighieri a offert à l’Université de Fribourg une sculpture commandée à l’artiste italien Alessio Paternesi. Celui-ci s’est inspiré de la fameuse “Lupa Capitolina” donnée en 1473 par le pape Sixte IV à la ville de Rome.

L’œuvre de Paternesi a été officiellement inaugurée le 21 avril 2004. Elle est posée sur un socle le long de la route du Jura, devant l’Université Miséricorde, appelée également l’Alma mater ( la mère nourricière ).

La photographie de ma chère Milka remet sérieusement en cause la version officielle de la présence de Romulus et Rémus à Fribourg. Il suffisait, comme elle l’a parfaitement fait, de photographier la sculpture dans le bon angle pour se rendre compte qu’elle n’est autre que le nouveau logo du Service Cantonal des Finances. Un logo qui trône au pied du siège de cette institution. Clairement, Romulus et Rémus symbolisent les agents de la fonction publique ( fonctionnaires ) en train de soulager les citoyens contribuables représentés par la louve, Lupa pour les intimes. Maintenant que vous connaissez sa profession, la vérité saute aux yeux. Le gang des souteneurs est enfin démasqué. Merci Milka.

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