Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

Courants chauds

 

J’ai fait la connaissance de Brigitte Rallu en 1989 au Musée Guimet à Paris. Je m’y étais déplacé pour participer au vernissage de l’exposition des gravures des artistes en compétition pour le concours international bi-annuel TRACE/ IDEMEDIA CREDOME. Je venais y recevoir la récompense attribuée au gagnant du premier prix. Brigitte avait aussi réalisé une gravure pour cette édition du concours (concours dont elle fut lauréate lors de l’édition suivante, en 1991). Son œuvre me plaisait beaucoup et nous avons longuement discuté. Peu de temps après, j’organisais le PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE. Je l’ai naturellement invitée à y participer. Elle a heureusement accepté ma proposition. Plus tard, en 1996, elle a réalisé une gravure en pointe-sèche intitulée FACE À FACE AVEC SA PAROLE pour l’abonnement Artistes européens de la Galerie Contraste.

 


L’UTOPIE SANS ILLUSION – Brigitte Rallu – 1991


C’est le privilège du noir de rendre le blanc plus présent et la clarté plus nécessaire. Ainsi, un arbre ou un bronze contiennent vitesse et légèreté. De sa stèle, l’Eros de Brigitte Rallu prend son envol. Dans la lumière, il plane, aussi libre et léger que les oiseaux qui le suivent.

Texte Étienne Chatton (1933- 2007)

 

 


BIOGRAPHIE

Plus d’informations sur le site de Brigitte Rallu  https://brigitterallu.com/accueil_044.htm

Dès 1977, Brigitte Rallu s’initie à la gravure avec Jean-Marc LANGE, grand prix de Rome de peinture, et travaille plusieurs années la sculpture avec Jacqueline DEYME, premier prix de Rome de sculpture. Encouragée par un prix avec le sculpteur César, elle s’installe à l’Étang la Ville en 1982. La même année, le Conseil Général des Hauts-de-Seine lui commande deux sculptures.

En 1988, elle crée avec quelques amis le groupe GRAVE destiné à promouvoir la gravure.


EXPOSITIONS COLLECTIVES

1988   Salon des artistes français, Paris
1989   Galerie “Il segno grafico”, Venise, Italie
          Salon des artistes français, Paris
          Galería Brita Prinz, Madrid
1990   Salon des artistes français, Paris
         Grande écurie du Roi, Versailles
         Salon de la gravure originale, Bayeux
1993   Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg, Suisse
1994   Salon Itinéraires, Levallois-Perret
1998   Salon Perspectives, Dreux
1999   Salon de Montrouge
2000   Salon de Montrouge
2003   Impressions-Expressions à Louveciennes
2004   Salon Gravicel “à côté de la plaque”, Lille
2005   Ex-libris d’aujourd’hui à Bécherel, Cité du livre
          Impressions de La-Celle-Saint-Cloud, Hôtel de ville
2010    30 ans de l’atelier de gravure, Maison de l’Etang, Louveciennes

EXPOSITIONS PERSONNELLES

1987   Salon de l’hôtel de ville de la Celle saint Cloud
1990   Galerie de la Geole à Versailles
1994   Montserrat Gallery, New York
1995   Galerie Gabriel François, Levallois-Perret
          Galerie Garance, Saint Germain en Laye
1996   Galerie Aktuaryus, Strasbourg
          Galerie Nika, Fribourg, Suisse
1999   Invitée d’honneur du salon Perspectives, Dreux
2000   Art au seuil du 21ème siècle, galerie Quai 17, centre Leclerc de Royan
Galerie Clément, Saint-Germain-en-Laye
2001   Galerie Clément, Saint-Germain-en-Laye
2003   Galerie Allaire-Aigret, Paris
2004   Hôtel de ville de La Celle Saint Cloud
2007   Galerie L’Usine, Lyon
2008   MACparis
2009   MACparis
2009   Galerie L’Usine, Lyon

PRIX

1980   Prix de sculpture de la ville de La Celle Saint Cloud, (président du jury: César)
1988   Mención Honorífica au VI Premio de Grabado “Máximo Ramos”
1989   Prix Pinet de l’Institut de France (Académie des Beaux Arts).
1990   Prix “Máximo Ramos”, Ferrol, Espagne
1991   Lauréate du concours bi-annuel TRACE / IDEMEDIA CREDOME
          Médaille d’argent au salon des artistes français
1994   Prix de sculpture “Itinéraires”
1997   Prix d’Arts Graphiques, Dreux
1998   Grand prix du salon Perspectives, Dreux
2001   Prix des affaires culturelles, Viroflay
2003   Prix de sculpture du salon Nouvelles Tendances, Marly-le-Roi

COLLECTIONS PUBLIQUES

Sculptures réalisées pour le Conseil Général des Hauts de Seine
Gravures au Conseil Général des Yvelines.

ÉDITION

1992   Participation au livre “Paradis perdu ou l’utopie sans illusion”, Atelier Contraste, Fribourg, Suisse
2006  Edition de trois livres de gravures grand format “Elles”, “Elles”, “Ils”

 


L’UTOPIE, UNE QUESTION D’ÉQUILIBRE – Brigitte Rallu – 1991


“qu’est-ce que l’homme ?”… est toute la question.

En gravure comme en sculpture mon travail part toujours de l’émotion.
Il tourne parfois au jeu, sérieux. Il va souvent d’une idée à son contraire,
parce qu’ainsi nous sommes, dans une dynamique.

Brigitte Rallu

 

FACE À FACE AVEC SA PAROLE – Gravure (pointe-sèche) de Brigitte RALLU
CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH – Abonnement “Artistes européens – 1996
PLAGE – Gravure – Brigitte Rallu – 1984

LA BALANÇOIRE – Gravure de Brigitte Rallu – 1984

 


QUELQUES SCULPTURES

      

MANNEQUIN – Sculpture – Brigitte Rallu             ROBE COQUELICOT – Sculpture – Brigitte Rallu

     

L’HOMME NUIT – Sculpture – Brigitte Rallu          L’HOMME NUIT – Sculpture – Brigitte Rallu

Décidément, ma présentation de quelques-uns des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE  me réserve bon nombre de mauvaises surprises, et vire à la chronique nécrologique. Aujourd’hui, en quête d’informations biographiques pour compléter ma présentation de l’ami Jean Coulon, graveur, musicien et comédien belge, je découvre avec une profonde tristesse qu’il est mort le 7 octobre 2020 à Rhodes-Saint-Genèse. Dans la rubrique inaugurale de cette suite de publications, Jean Coulon avait été cité en sa qualité de lauréat de l’un des prix du concours. Par la suite, en 1995 et en 2000, il avait gravé 2 magnifiques burins pour mes éditions d’estampes.

Adieu Jean ! Merci pour tes belles œuvres et pour les heures heureuses que nous avons passées à travailler ensemble.

 

L’UTOPIE SANS ILLUSION – 1991 – La contribution de Jean Coulon au  PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE


Jean Coulon a construit l’arche, mais le déluge n’est pas venu. L’embarquement n’a pas eu lieu. Sur la plage à sec, le grand oiseau dort sur ses cales. Aux vergues pendent les cordages. Dans la ville qu’on avait laissée à l’abandon, il eût fallu se remettre à l’ouvrage. On dressa une échelle, quelques échafaudages mais le cœur n’y était plus.

Étienne Chatton 1933- 2007

 

Ci-dessous, un portrait photographique de Jean Coulon et une reproduction du burin qu’il a créé et gravé pour l’édition 1995 de notre publication “Artistes Européens”

Jean Coulon en 1995


Jean Coulon sur Wikipédia  https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Coulon_(graveur)

Hommage à Jean Coulon – Vidéo de Xavier Rouchaud  https://www.youtube.com/watch?v=9JT76z7UdmA

 

RACCOURCI BIOGRAPHIQUE

Jean Coulon est né à Ixelles en 1947 et mort à Rhode-Saint-Genèse le 7 octobre 2020.

MUSIQUE-THÉATRE – Étudie dans sa jeunesse le solfège, le tuba et s’initie au jazz aux cours du soir.

De 1980 à 2004, parcourt le monde avec des troupes de théâtre. Comme musicien et comédien, rencontre Franco Dragone, Michel Dalher et autres metteurs en scène de haut niveau au sein du Théâtre-Attrape. Fait partie du spectacle le Théâtre National Populaire de Luxe, monté par le Cirque du Trottoir et l’ensemble québécois La Fanfafonie – qui donneront naissance au Cirque du Soleil. Travaille avec Kevin Brooking dans les festivals de théâtre de rue, parcourant l’Europe de 1997 à 2004.

GRAVURE – Membre actif de lAtelier de gravure Kasba (Boitsfort) depuis 2000.

Techniques de prédilection: Gravures sur cuivre : burin, pointe sèche, roulette et généralement procédés de gravure sèche, sans acide. Gravure sur bois.

TYPOGRAPHIE Acquiert du matériel typographique ancien et imprime divers livres d’artistes, notamment pour les Editions Commune Mesure avec J.-H. Malineau (Paris), avec le graveur Roger Dewint et les recueils de gravures de lAtelier Kasba.

EXPOSITIONS – Expositions personnelles en Belgique, France, Suisse, Danemark, Québec. (Centres culturels, galeries). En groupe, participe à de nombreuses biennales depuis 1972 : Ljiubliana, Biella (I), Bromsgrove (G.-B.), Leipzig, Mulhouse, Florence, Nürnberg, Heidelberg, Grenchen (CH), Digne (F), etc… Et nombreuses autres expos collectives notamment au sein de l’Atelier Kasba à Boitsfort.

PRIX EN GRAVURE – Prix triennal de la Commune dIxelles (B), 1979/ Prix Guy-Lévis Mano, avec J.-H. Malineau, Paris 1986/ 3e Prix de l‘atelier Contraste, Fribourg (CH)/, 1992 2e Prix de latelier Trace, Paris 1993/ Prix LibrArt, Libramont (B), 1997 & 1998.

Notes: Jean.Coulon a donné plusieurs stages de formation à la gravure au burin dans des académies de cours du soir (académies d’Anderlecht, de Wavre, … et à l’académie de Bruxelles (cours du jour, section gravure). Il a été sollicité comme membre de jury de différentes académies et de l’école de La Cambre (section gravure).

Ma démarche artistique: Je suis graveur sur cuivre au burin, à la pointe sèche et roulettes, c’est-à-dire avec des outils qui attaquent directement le cuivre destiné à l’impression. La lenteur et la réflexion font intimement partie de mon inspiration. Le feedback de ce qui se grave est immédiat. Je m’y plais. Cette lente sécrétion me mets en contacte avec l’image en ce qu’elle a de plastique et ce grand besoin de liberté qui s’ouvre quand je travaille. Je sais que mes images seront vues à gauche, à droite, goûtées dans le moindre détail, montrées à des  enfants, des vieux, des gens de toutes les couches sociales qui vivent et vibrent dans leurs sphères… Je leur parle, à ces gens, mais eux me répondent, je ne suis alors qu’une antenne, je les capte comme si leur existence me tombait dessus. Espaces denses si humains, lieux de présences, de catastrophes ou d’harmonie . La masse humaine est si riche, en perpétuelle croissance. La vie est multiple d’événements magnifiques et terrifiants…  Je m’y promène sans pessimisme pourtant, n’étant qu’un tout petit atome dans la marée, déjà si heureux d’être en vie. Je n’aime pas le désespoir.


SAXOPHONE – Gravure – Jean Coulon -1995 – Abonnement «Artistes Européens»
CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH

 

1995 – L’atelier et la galerie Contraste sont installés à Charmey – Article Pierre Gremaud “La Liberté”

 


Croquis de préparation pour le burin EFFET DE SERRE – JC – 2000
Abonnement Fribourg, vu d’ailleurs – CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH

 

EFFET DE SERRE – Burin – Jean Coulon – 2000
Abonnement Fribourg, vu d’ailleurs – CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH

Suite de la présentation de quelques-uns un des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE.

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir le chanteur et graveur bernois Arthur Loosli, dont je viens d’apprendre fortuitement qu’il est mort récemment, le cinq janvier 2021, à l’âge de 94 ans.

En 1986, dans les rues de Fribourg, une affiche annonçait la tenue d’une exposition des œuvres d’Arthur Loosli au musée de Thoune. Une découverte… subjugué par la superbe gravure reproduite sur cet imprimé de format mondial, je me suis empressé d’aller visiter l’exposition. Je n’ai pas été déçu. À mon, je proposai à Monsieur Loosli d’exposer dans ma galerie Contraste et de réaliser une gravure pour l’abonnement “Artistes suisses”.  MUSIQUE VIVANTE, l’estampe qu’il a gravée pour nous, a été présentée aux abonnés de la galerie lors du vernissage de l’exposition consacrée à ses œuvres en 1987. Arthur Loosli était aussi un chanteur de renom (baryton-basse). Pendant l’exposition, j’avais loué un piano à queue. Entouré de ses dessins et accompagné de son pianiste, Arthur avait interprété des compositions de Brahms et de Schubert pour les fidèles amis de la galerie. Mémorable!

En 1990, il a réalisé une suite de 7 dessins pour la publication LES 7 PÉCHÉS CAPITAUX vus par 7 artistes (Contraste Éditeur) ainsi qu’une gravure, sur le thème de LA COLÈRE (voir la reproduction un peu plus bas), destinée à l’édition de tête de ce livre. L’année suivante, il avait répondu positivement à mon invitation à participer au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE avec sa pointe sèche LE COUCHER DU SOLEIL.

Plus tard, il m’a confié le tirage de plusieurs de ses gravures. Dans les tiroirs qui abritent sa collection, l’Association Galerie Contraste conserve précieusement une épreuve du bon à tirer de chacun des sujets que j’ai imprimés. De quoi monter une belle exposition…

Depuis 1993, nous nous sommes perdus de vue. Me baladant sur internet, je me suis demandé ce qu’il était devenu. C’est ainsi que j’ai appris qu’il avait quitté notre monde pour l’éternité. Depuis longtemps, presque quotidiennement, j’ai une pensée pour lui, quand mon regard croise deux de ses représentations de DON QUICHOTTE accrochées à nos murs. Des pensées fugitives qui m’accompagneront encore longtemps. À bientôt, cher Arthur…JPH

Plus d’images – https://www.google.com/search?source=univ&tbm=isch&q=arthur+loosli&client=firefox-b-d&sa=X&ved=2ahUKEwi5pObDmp7uAhURrKQKHXT9CvsQiR56BAgUEAI&biw=1280&bih=882

 


MUSIQUE VIVANTE – Arthur Loosli – Eau-forte – 1987
CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH – Abonnement Artistes suisses 1987

 


LE COUCHER DU SOLEIL – La contribution d’Arthur Loosli au  PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE.

 

Arthur Loosli joue le cow-boy solitaire. La brume envahit la plaine. Seul, émerge encore Guillaume Tell, Vieux Fidèle des Westerns Emmenthal. L’effigie du Père Fondateur se détache sur un soleil couchant qui brille comme une pièce de cent sous. L’amour décapité s’appuie à son arc. Il n’a plus de carquois et sa flèche est restée plantée dans la pomme de Gessler. Un ange passe, trop haut pour qu’on puisse le plumer.

Mais qu’est-ce qui a pu motiver ce coup de pied aux sans-futur ?

Texte Étienne Chatton (1933- 2007)

 

LA COLÈRE
Arthur Loosli – Eau-forte – 1990

Cette œuvre est insérée dans le coffret qui constitue l’édition de tête du livre LES 7 PÉCHÉS CAPITAUX, vus par 7 artistes. Ont aussi participé à cette aventure:  Teddy Aeby, Peter Brauninger, François Gendre, Josiane Guilland, Jean-Pierre Humbert et Patrck Savary.

CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH  – 1990

 


1999 – Arthur Loosli grave – Photographie empruntée à l’internet


BIOGRAPHIE
Pour en savoir plus sur Arthur Loosli, je vous suggère de visiter son site internet : http://www.arthurloosli.ch/home.html

 

Article de Béatrice Geinoz-Berset pour La Liberté

 


Arthur Loosli als Konzertsänger an einem Liederabend, 1962 – Photographie empruntée à l’internet


LE MUSICIEN Arthur Loosli

Hommage: http://www.buero-dlb.ch/de/archiv/bildende-kunst-fotografie-grafik-architektur-design/der-schweizer-konzertsaenger-zeichner-kunstmaler-und-lehrer-arthur-loosli-ist-gestorben

https://www.musicme.com/Arthur-Loosli,-Karl-Grenacher/

Comme annoncé dans un précédent épisode de ma NEF DES FOUS du mois de décembre 2020, en ce début de l’an 2021, je vous présente quelques-uns un des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE. Aujourd’hui je vous propose de découvrir le graveur et ébéniste français Pierre Vincendon (1923-2007). 

1991- L’UTOPIE SANS ILLUSION
Ci-dessus, la gravure au burin avec laquelle Pierre Vincendon a participé
au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE en 1991


La paix, un bel oiseau de paradis, plié amoureusement par Pierre Vincendon. La main du graveur le tient si haut que nous devrions croire à son éternité. La colombe porte en guise de plumet cinq feuilles de laurier toujours vert. Mais le ciel est barré de trajectoires d’autres oiseaux. Des superforteresses volantes lâchent leurs bombes. Un de ces œufs a explosé si près qu’il a touché la cocotte dérisoire; une traînée de sang poisse la main de l’artiste. Clarté et mesure du génie français: une aura de tendresse voile la totale cohérence de la démarche.

Texte d’Étienne Chatton (1933- 2007)

 

Portrait de Pierre Vincendon emprunté à internet et trafiqué par mes soins sur photoshop


Notice biographique
http://www.auxerretv.com/content/index.php?post/2011/09/18/Pierre-Vincendon-sera-incin%C3%A9r%C3%A9-lundi-%C3%A0-Auxerre

Né en 1923, à Pont-Evêque dans l’Isère, après le bac, il est entré à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon en 1941.
Suite à des mouvements étudiants, il arrive en 1943 au camp de Cravant qui servait d’usine de réparation d’avions allemands. Consécutivement à un bombardement anglais, il s’évade et entre dans le maquis FTP «La Marseillaise» de Vermenton. Blessé, il rencontrera sa future épouse, Simone.

Après guerre, il réintègre l’École, achève ses études et œuvre dans le vitrail et le fer forgé. En 1949, il devient professeur en cette même École où comme il le disait il devint professeur aux côtés de ses anciens professeurs, puis de ses camarades de promo et enfin de ses propres élèves. Parallèlement à son activité d’enseignement il pratique l’art du burin en taille douce (une centaine de «plaques») et à cette occasion part à la quête des grands anciens et de leurs recherches sur les proportions harmoniques, les canons de la Beauté…

Effectuant ses recherches et gravant ses plaques à Lyon, il effectuait les tirages dans sa résidence secondaire de Brosses (89660) dans l’Avallonnais. Ce qui lui permettait de signer de son nom en ajoutant les lettres EA = épreuve d’artiste (gravure dessinée, gravée et tirée par l’artiste). Il s’attachera tout particulièrement au Nombre d’Or et ses rapports au pentagone qui lui feront aimer le château de Maulnes (il créera une composition sur ce thème).

Son ami Jean-Marie Lemaire qui organisa l’une de ses expositions dit dans la présentation: «Pierre Vincendon a fait le deuil de la couleur. Il nous fait partager son respect pour le Travail, ses outils et la main qui les tient, son admiration pour l’Architecture, le Nombre d’Or et la Divine Proportion. Ainsi grâce au juste équilibre des énergies qui sous-tendent chaque composition, comme magie noire et magie blanche, Pierre Vincendon, tel l’Alchimiste, nous aide à passer par sa Porte d’Harmonie et à pénétrer à l’intérieur de l’Œuvre qu’il construit à la mesure du Monde.»

Il exposera dans de nombreux lieux de Vezelay à Tokyo.

Retraité en 1966, il continuera jusqu’en 2003 la gravure puis pour des raisons de santé devra l’abandonner. Il reviendra, toujours dans le même esprit, au dessin et au pastel… Ces derniers mois, sa santé s’était altérée, mais il continua jusque dans les derniers jours à dessiner.

Il souhaitait donner son corps à la science mais n’eut pas le temps de remplir les papiers.

Utopiste, il croyait en la phrase de Dostoïevski : «La Beauté sauvera le monde…»

 

COURRIER DES LECTEURS

oui les traités de paix ne sont qu’illusion de papier, bons à faire des cocottes
quelle estampe! idée, finesse exceptionnelle et richesse des interprétations.
j’aime particulièrement la singularité de la main qui semble sortie d’un tableau d’avant la renaissance.  si délicate et douce qu’elle semble peinte. à elle seule, elle me fait gamberger dans le tranchant de son déco.

bon dimanche

colette maillard

Comme annoncé dans un épisode du mois de décembre 2020 de ma NEF DES FOUS, je vous présente un des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE J’inaugure cette suite avec le graveur lausannois Jean-Pierre KAISER (1915-2001). 

1991- L’UTOPIE SANS ILLUSION
Ci-dessus, la gravure à l’eau-forte avec laquelle Jean-Pierre Kaiser a participé
au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE en 1991

Jean-Pierre Kaiser hausse d’un ton l’insolence. Elle atteint au sommet les maîtres de l’Utopie dont la morgue surpasse nos glaciers pourtant marqués de l’emblème national. Quand les arbres meurent, la candeur n’est plus de mise; osons voir la réalité sous ses deux profils. Tout est dit dans ces robots affrontés: la machine de guerre des multinationales, leur emprise sur la cité, leurs hiérarchies calquées sur les trois pouvoirs qu’elles enserrent de leurs anneaux. Aux commandes: des puissances invisibles parce que hors du cadre. Énergie sidérante, à la mesure de son objet. Le propre de l’homme, c’est son inhumanité.   Texte d’Étienne Chatton (1933- 2007)

Deux liens pour mieux connaître Jean-Pierre Kaiser :
Jean-Pierre Kaiser- Météores et phénomènes
Jean-Pierre Kaiser – Biographie

Pendant les années septante, je feuilletais régulièrement le journal de La Migros qui s’appelait alors Construire. Ce n’était pas pour m’informer des dernières actions avantageuses proposées par le supermarché , mais pour y découvrir des artistes peintres et graveurs. Monsieur Sylvio Acatos, un fameux historien de l’Art, en était le rédacteur en chef. Sous sa direction, le journal présentait régulièrement un artiste suisse et éditait une de ses estampes dont le tirage très limité était numéroté et signé. Les coopérateurs pouvaient acheter l’œuvre, qui était vendue à un prix attractif. C’est là que pour la première fois j’ai vu une reproduction d’une gravure de Jean-Pierre Kaiser. Coup de foudre, commande, et… le tirage était épuisé.

En 1989, lorsque j’ai lancé les invitations à participer au 1er PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE, j’ai bien sûr pensé à Jean-Pierre Kaiser. Il a répondu à mon invitation avec la gravure L’Utopie sans illusion… reproduite plus haut. Quelques année plus tard, en 1998, avec Milka, nous l’avons enfin rencontré, et il a accepté que nous éditions trois de ses gravures pour notre publication Abonnement Artistes Suisses. Pour les amateurs, il reste une épreuve à vendre de chacune des trois gravures de l’Abonnement (ESPACE XIX / ESPACE XVIII / ESPACE XXIV).

C’est avec nostalgie que je me souviens de longues et passionnantes discussions, assis dans la véranda qui surplombait un beau jardin et la ville de Lausanne. En 2015, quatorze ans après sa mort, nous lui avons rendu un modeste hommage à la Galerie Contraste. Toutes les personnes présentes lors du vernissage se souviennent de l’émouvant et poétique exposé de notre ami commun, le peintre et graveur Jacques Cesa (1945-2018) qui fut l’élève de Jean-Pierre Kaiser à l’École des Beaux-Arts. Malheureusement, je ne peux pas vous en montrer plus, car je n’ai pas reçu le manuscrit de la présentation de Jacques et, comme souvent à la galerie Contraste, les photographes étaient au chômage. JPH

ESPACE XIX – Eau-forte – Jean-Pierre Kaiser – 1998
Édition 1998 de l’abonnement ARTISTES SUISSES de la Galerie Contraste

ESPACE XVIII – Eau-forte – Jean-Pierre Kaiser – 1998
Édition 1998 de l’abonnement ARTISTES SUISSES de la Galerie Contraste

ESPACE XXIV – Eau-forte – Jean-Pierre Kaiser – 1998
Édition 1998 de l’abonnement ARTISTES SUISSES de la Galerie Contraste

Eau-forte de Jean-Pierre Kaiser

Retour en 1991, avec le concours international d’estampes (lithographie, gravure, sérigraphie) que j’ai organisé sur le thème PARADIS PERDU… ou l’utopie… sans illusion. À charge pour les artistes invités à y participer d’illustrer ce paradoxe. Le format de l’œuvre à réaliser était aussi imposé. 85 artistes venus des cinq continents ont répondu à mon appel dont il faut dire qu’il était très alléchant. Les œuvres en concours ont été exposées et mises en vente aux cimaises de sept institutions différentes en Suisse romande et en Suisse alémanique. Elles étaient toutes reproduites dans un livre, dont vous pouvez voir la couverture ci-dessus. Résultants du vote des visiteurs de la tournée d’expositions, trois prix ont été attribués aux artistes graveurs Eric Robert-Aymé (France), Albin Brunovski (Slovaquie) et Jean Coulon (Belgique). L’aventure s’est terminée en beauté en 1992 au Musée d’art et d’histoire à Fribourg par une exposition des œuvres en concours, et l’accrochage d’une trentaine de gravures de chacun des lauréats. Tout le temps de la manifestation, j’assurais l’animation d’un atelier d’impression de gravure en taille-douce.

Depuis, j’ai édité des œuvres de plusieurs des participants au concours. Pendant l’année 2021, je vous ferai découvrir quelques-uns de ces artistes dans ma rubrique DANS L’OCÉAN ARTISTIQUE – courants chauds de ce carnet de bord.

 

Eric Robert-Aymé a froissé le journal et ses feuillets maculés d’encre. Ses caractères d’imprimerie n’ont guère plus de sens que l’agitation des fourmis noires. Toujours le même “Monde”. De notre envoyé spécial: sensationnel, imminent, combats, rencontres, alliés, paix. Mais effrayée de tant de bruit, la colombe s’est envolée.

Étienne Chatton 1933- 2007

Albin Brunovsky s’arrache à la terre. Son objet volant non-identifié tient du nid de frelons, de la colonie d’oiseaux tisserins et du vaisseau spatial. Aux amarres s’accrochent encore d’autres nacelles, aux vergues des bipèdes. Armés de lances, ils continuent à combattre les envahisseurs, des mutants de tous stades. De curieux marsupiaux qui ont raté l’embarquement poursuivent l’engin. Superbe utopie! Elle relie l’arche de la Genèse aux mythes futuristes de Zardoz ou Alien.

Étienne Chatton 1933- 2007

Jean Coulon a construit l’arche, mais le déluge n’est pas venu. L’embarquement n’a pas eu lieu. Sur la plage à sec, le grand oiseau dort sur ses cales. Aux vergues pendent les cordages. Dans la ville qu’on avait laissée à l’abandon, il eût fallu se remettre à l’ouvrage. On a dressé une échelle, quelques échafaudages mais le cœur n’y était plus.

Étienne Chatton 1933- 2007

LA PARABOLE DES AVEUGLES – Brueghel l’Ancien -1568


L’art s’arrête où cesse l’admiration
Victor CherbuliezLes études de littérature et d’art (1873)

 

L’ADMIRATION
Texte de JPH

Bien qu’à l’indice du pouce levé, elle soit mal notée par la bobo-pensance, l’admiration a encore ses adeptes et j’en fais partie. En balade sur internet, les définitions éclairées du mot invitent l’admirateur à se réveiller et à enfourcher les lunettes de la lucidité afin d’atténuer l’effet aveuglant de sa fébrile exaltation. Tant pis, je le répète, j’aime admirer. Pour mesurer la chaleur de mon enthousiasme, je dispose même d’un thermomètre infaillible. Il suffit qu’un objet, un son, une œuvre, un acte exceptionnel m’émerveille pour que, saisi du désir de me surpasser, je me mette au travail. Je retrouve ainsi le cœur à l’ouvrage perdu lors de ma dernière visite d’un des innombrables et innommables centres voués à la dictature de l’art dit contemporain.Des visites qui me laissent découragé et bras ballants… aquoiboniste. Un sujet tragi-comique que je développerai certainement une fois dans le carnet de bord de ma nef des fous.

Mais place aujourd’hui au bonheur de savourer des chefs-d’œuvre. Dans le domaine des arts visuels, auquel j’ai consacré une grande partie de ma vie, les artistes et les œuvres exceptionnels sont paradoxalement très nombreux. Une encyclopédie n’en donnerait qu’un pâle résumé. Impossible donc de faire un tour complet des prodiges qui ont été conservés au fil de l’Histoire. Pour illustrer mon propos, minimaliste, je n’ai retenu que deux reproductions. Celle de la fameuse peinture de Brueghel l’Ancien intitulée La parabole des aveugles, peinte en 1568, et la gravure Rainman que l’artiste slovaque Igor Piacka a créée en 2004 pour les abonnés de mes Éditions Contraste. J’ai aussi joint à ce message un lien sur l’enregistrement d’un concert donné en 1964 par le formidable compositeur et interprète de jazz Dave Brubeck (1920-2012), dont le père Peter Brubeck était un éleveur de bétail d’origine suisse. Une musique qui devrait transporter les “personnes à risque” au Chess Bar entre 1964 et 1965.

Parmi tant de belles créations, j’ai choisi La parabole des aveugles de Brueghel l’Ancien pour éclairer mon propos parce que, à mon avis, et malgré les siècles qui nous séparent de sa création, elle a conservé tout son sens. La toile met en scène la parabole des aveugles de l’Évangile: Laissez-les: ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou ! (Mathieu 15,14). Avec les spectateurs amateurs de feuilletons, j’ai envie de voir comment se termine la scène peinte par Brueghel. Les six aveugles, la main sur l’épaule de celui qui le précède ou tenant son bâton, tomberont-ils tous dans le trou ? Je ne crois pas. Celui qui est en troisième position sait déjà que ses deux compères ont chuté, et nous lisons l’angoisse de ceux qui le suivent. Le personnage qui est encore debout s’arrête et crie: arrêtez-vous, Jean et Pierre sont tombés! Désemparés, les quatre aveugles, immobiles, attendent un guide… un guide capable de les conduire. 

Téléportons-nous au mois de janvier 2020. Le monde entier est tombé malade, zut, pas de chance! Sûrs des compétences de leurs conseillers, transhumanistes pratiquants dont le cerveau et le cœur sont assistés par les meilleurs ordinateurs, ceux qui conduisent le civilisé mondialisé se sont donnés la main pour terroriser les populations et humilier les sceptiques, avant même qu’ils aient seulement émis un doute sur leur manière de gérer ce qui a été qualifié de pandémie. Avec émotion, la peinture de Brueghel nous montre le douloureux destin de ceux qui, aveugles, sont conduits par des aveugles. Notre actualité est bien sûr différente, mais le délire dictatorial mis en place à des degrés divers dans les orgueilleux pays progressistes interroge même les citoyens les plus crédules. Ceux qui nous conduisent seraient-ils par hasard aveugles ou nous égarent-ils en connaissance de cause? La réponse compte peu, car si nous les suivons nous serons perdus comme les aveugles de la puissante œuvre du peintre brabançon.


L’admiration est un ancien tribut qu’on ne paye plus. On ne cherche plus à la mériter aujourd’hui, parce que personne n’en veut plus accorder ; les niveleurs ont tout rabaissé afin de tout réduire à leur taille
.

Chauvot de Beauchêne – 1749-1824 – Les maximes, réflexions et pensées diverses (1819)

Quel visionnaire, ce Monsieur Chauvot de Beauchêne ! Aujourd’hui en l’an 2020, les descendants des niveleurs du XIXe siècle sont solidement installés à l’ombre des puissants. Qu’ils soient fantômes, zombies, ou de chair et de sang vêtus, ils errent inlassablement dans les couloirs fréquentés par les dirigeants en tous genres, en quête perpétuelle d’argent pour financer leurs projets de mise en œuvre du plus petit dénominateur commun égalitaire. Leur réussite est spectaculaire dans les microcosmes intellectuels et auprès des médias de masse. Heureusement, la résistance s’organise…

 

Igor Piacka – Peintre et graveur slovaque photographié devant l’une de ses œuvres


Avec Igor Piacka, vous faites la connaissance d’un des artistes contemporains dont j’admire les peintures et les gravures.

Pendant 25 ans, j’ai édité une ou plusieurs estampe(s) d’une cinquantaine d’artistes différents. Ce fut ma façon de leur témoigner mon estime. J’ai ainsi visité les cinq continents à travers leurs œuvres. Autant de rencontres et d’aventures picturales qu’il serait peut-être intéressant de raconter. Igor Piacka a été l’un d’eux. À la parution, sa gravure Rainman avait inspiré un excellent texte de notre ami, le journaliste et écrivain Philippe de Bellet. Vous le trouverez plus bas, sous la reproduction de la gravure.


Igor Piacka – Raccourci biographique

1962-8-10 – Naissance à Třebíč (République Tchèque)
1983-89 – Étudie à l’Académie des Beaux-Arts de Bratislava (Slovaquie), Département de graphisme libre illustration (Professeur Albin Brunosky)
1987-88 –  Étudie à l’Académie des Beaux-Arts à Bruxelles (Belgique)
1990- 2003 – Professeur assistant à l’Académie des Beaux-Arts de Bratislava, Département des Arts Graphiques
2003 – Travaille en qualité d’artiste indépendant

Depuis 1990 – Plus de cent expositions individuelles (Bratislava, Prague, Londres, Moscou, New-York, Shanghai, Tokyo…). Ainsi que de nombreuses expositions collectives partout dans le monde.

Récompenses — Depuis 1985 – 35 prix pour ses créations graphiques (Ex-Libris, Peintures, Timbres-poste et Illustrations (Bratislava, Prague, Belgrade, Paris, Uzice, Toronto, Sapporo, Qingdao, Kanagawa, Pékin…)

Œuvres présentes dans plusieurs collections privées et aussi dans des Galeries et des Musées et internationales en Slovaquie et à l’étranger

Pour voir d’autres œuvres – https://www.facebook.com/Igor.Piackart/

 

 

RAINMAN
Gravure d’Igor Piacka – Slovaquie – Abonnement artistes européens – Contraste Éditeur – 2004
Texte de Philippe de Bellet


Les gens se courent après, nous courons après nos rêves dans lesquels tout cohabite, se croise, se frôle ou s’entremêle et s’interpénètre. Sublimes et folles visions, libérées des entraves de la pensée contrôlée, structurée, organisée, censurée. Tout est désormais possible, tout s’y produit, tout s’y transforme: ce que l’on espère et ce que l’on redoute. Même ce à quoi nous n’avions jamais accordé une once d’attention. Et contrairement à la réalité dans laquelle, éveillé, on est plongé, l’univers du rêve s’impose à nous sans que nous puissions y influer en aucune manière que ce soit. Le rêve, lui, est libre, nous pas.

Lumière et ombres, silhouettes et personnages identifiables, chutes et ascensions, espoirs et désillusions, menaces et promesses. Les petits personnages en séquence dont est constellé «Rainman», engagés dans leur ballet aérien – mais peut-être s’agit-il d’une danse rituelle, voire initiatique – ne font-ils pas aussi penser aux damnés de Jérôme Bosch, chutant et se débattant en vain dans la géhenne ? Jusqu’où dure le rêve avant de basculer dans le cauchemar, comme le bien dans le mal, la lumière dans l’ombre ou la nuit ? Inquiétant et fascinant.

Et qu’augurent ces signes symboliques qui égrènent, eux aussi, tant le chasseur mystérieux que sa proie – à moins qu’il ne s’agisse de sa conquête, voyez son doux sourire ! Notre ami graveur nous annonce l’heure grave.

 

 

COURRIER DES LECTEURS

deux remarques après ce très intéressant mail.
l’admiration qui agit est la seule qui puisse avoir une valeur. souvent on se contente d’admirer mais même la raison qui nous pousse à admirer ne semble pas mériter notre attention profonde et notre réflexion. on se contente  de l’éclat que cela nous fait, un aveuglement  sans intérêt.
l’autre remarque c’est que tu soulèves en passant juste comme ça l’énorme problème qu’est la mainmise affairiste et capitaliste sur l’art et il ne s’agit pas que de  prix de tableaux mais d’un contrôle global sur ce qui est beau… et de ce que l’on doit admirer finalement.
quant à la crise du Covid, il est de plus en plus évident qu’il s’agit d’un muselage du lien social.

merci pour la découverte Piacka
bon dimanche grave homme

colette maillard

HILANDAR, l’incendie – 2004 – Peinture de Branislav Makès

 

AU FEU !

Chaude ambiance sur la planète Terre: brûlent forêts, villes et villages… brûlent chapelles, églises et cathédrales…

Située sur la route des conquérants de tous poils, la Serbie a régulièrement été mise à feu et à sang depuis des siècles. Ottomans, communistes, otanistes et autres philanthropes, ont en bonne conscience écrasé et massacré ce peuple épris d’indépendance et de liberté. Chaque fois, arc-boutés sur leur tradition orthodoxe, les serbes ont relevé la tête.

En 2004, quand le monastère Hilandar, symbole séculaire de leur identité a été en grande partie détruit par le feu, les fonds pour le restaurer ont afflué de Serbie. Cette catastrophe avait profondément attristé Branislav Makès et l’avait incité à entreprendre une suite de peintures consacrées à l’incendie du monastère.

Contemporaines, ses représentations de la destruction sont esthétiquement inspirées par l’art médiéval Byzantin. Un chant pictural à voir et à admirer du 11 septembre au 11 octobre 2020 à la Galerie Contraste.

 

 

Tirage d’une gravure en taille-douce par Branislav Makès – 1

Tirage d’une gravure en taille-douce par Branislav Makès – 2


Branislav Makès

est né le 4 janvier 1938 à Sabac en Serbie. Il est mort le 26 juillet 2020 à Belgrade.

En 1962, avec Bogdan Krsic et d’autres graveurs, il fut membre fondateur du fameux groupe de graveurs ULUS. En 1964, il obtenait le diplôme de l’Académie des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade, dont il deviendra plus tard professeur ordinaire. Pendant toute sa carrière d’enseignant, il a incessamment produit et exposé ses peintures et ses gravures. Depuis 2008, il est retraité et il poursuit ses expérimentations picturales jusqu’à son tout récent décès, le 28 juillet 2020.

L’exposition «Hilandar, le lamento» de la Galerie Contraste est sa cinquantième exposition personnelle. Il a notamment montré ses œuvres, en Hongrie, Autriche, Espagne, France, Suisse et en Italie.

En 1967, il obtient le prix de gravure du Musée Albertina à Vienne. Il fut aussi Lauréat du Prix du Salon d’Octobre du Musée de Sabac et du Prix du Mémorial Milena Pavlovic Barili à Požarevac. En 1997, à Uzice, il est honoré pour l’ensemble de son œuvre gravé.

Ses productions sont présentes dans tous les principaux Musées de Serbie ainsi qu’au Musée d’Art Moderne de New-york et au Musée Albertina de Vienne, et chez de nombreux collectionneurs.

Il a notamment réalisé dix mappes et coffrets de gravures sur divers thèmes et de nombreux catalogues d’exposition sont consacrés à ses travaux.

 

Ci-dessus, pour ceux qui lisent et comprennent le serbe, l’hommage du quotidien POLITIKA rendu à Branislav Makès, un article de Liliana Cinkul

 

Gravure de Branislav Makès

 

Gravure de Branislav Makès

 

Gravure de Branislav Makès

 

HILANDAR –  Monastère orthodoxe serbe du Mont Athos – Photo trouvée sur internet

 

HILANDAR, raccourci historique
Fait en partie avec des informations empruntées à Wikipédia

Le monastère Hilandar est un des vingt monastères orthodoxes de la République Monastique du Mont Athos et, à ce titre, bien que de langue serbe, il relève de la juridiction du Patriarcat de Constantinople. Il est aussi appelé Le Monastère Serbe du fait que ses fondateurs et la plupart des moines étaient d’origine serbe. Aujourd’hui, Hilandar constitue l’un des plus grands sanctuaires religieux et culturels pour le peuple serbe.

Le monastère fut construit la première fois à la fin du Xe siècle par le moine grec Georges Chélandaris. Abandonné à la suite d’attaques de pirates, il fut refondé en 1198 par le roi serbe de l’époque, Stefan Nemanja, qui devint Saint Siméon, et par son fils, Rastko Nemanjic qui choisit la vie monastique et qui est connu sous le nom de Saint Sava. Au fil du temps, ils absorbèrent d’autres monastères abandonnés des environs. Le monastère renferme des trésors d’une importance capitale pour le monde chrétien dans son ensemble. Ils ont trouvé refuge en ses murs après la conquête de la Serbie par les turcs, en 1459.

Le monastère, est une fondation royale de la dynastie serbe des Némanjides. En 2004, un incendie accidentel l’a endommagé de manière significative, détruisant environ 40 à 50 % de sa surface au sol. Les dégâts étaient considérables, bien que l’essentiel de ses richesses (fresques, icônes, reliques, bibliothèques et objets de culte) aient été sauvées. Il a été presque totalement rénové, grâce notamment au soutien de fonds venus de Serbie. Cet incendie précède de quelques jours la destruction de trente églises et monastères serbes orthodoxes au Kosovo, s’ajoutant à la démolition et au saccage de plus de cent vingt édifices sacrés depuis juin 1999 dans cette même province. Il s’agit de pertes désastreuses pour l’Eglise orthodoxe serbe, gardienne d’un patrimoine essentiel pour la chrétienté et l’humanité entière.

En août 2012, un puissant incendie a ravagé le nord du Mont Athos, menaçant la ville d’Ouranopolis ainsi que le monastère. À la demande du ministre de la culture de Serbie, le ministère de l’intérieur serbe envoya des pompiers serbes pour défendre le monastère. Le 12 août, après des semaines de canicule, alors que l’incendie se trouve à moins de mille mètres du monastère, il se met à pleuvoir. Cette fois, l’intervention conjuguée des pompiers et de la pluie sauva le monastère.

 

HILANDAR –  L’incendie de 2004 – Photo trouvée sur internet

 

En marge de l’exposition des œuvres de Branislav Makès, nous consacrons un peu de l’espace de la galerie aux créations de quatre artistes serbes que nous avions déjà exposés et dont nous avions édité une ou plusieurs gravures. À l’exception de Zeljko Djurovic, ce sont des proches de Branislav Makès.

 

Bogdan Krsic 1932 – † 2009
Diplômé et Docteur de l’Académie des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade, iI fut membre fondateur de l’association Graficki Kolektivn. Professeur et responsable de la faculté des Arts Appliqués et de Design de l’Université de Belgrade de 1962 à 1997, iI est surtout connu et reconnu pour ses créations gravées en taille-douce, ses illustrations, ses conceptions de livres, ses scénographies et ses céramiques.


Zeljko Djurovic
Est né le 12 décembre 1956 à Danilovgrad au Monténegro.
Il est diplômé de la Faculté des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade. Graveur et peintre, il travaille en indépendant depuis la fin de ses études. Il est membre du groupe ULUS et de l’association Ex-Libris de Belgrade. Son travail a été distingué à de nombreuses reprises.


Jugoslav Vlahovic
Dessinateur de presse serbe, né en 1949 à Belgrade, il est diplômé de la faculté des Arts Appliqués de Belgrade. Illustrateur prolifique, il est engagé en 1976 au magazine NIN. Ses dessins sont aussi publiés par le New York Times, le Wiener Zeitung, la Repubblica ou encore le Sonntagsblatt. Il fut aussi le guitariste du fameux groupe «Porodicna Manufaktura Crnog Hleba» et professeur à la faculté des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade jusqu’à sa récente retraite.


Iljia Knezevic
Est né en 1957 à Belgrade
Diplômé et Docteur de l’Académie des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade section typographie et gravure. Actuellement, il est professeur ordinaire de typographie, section atelier du livre et gravure dans cette institution.
Il pratique aussi avec talent, le difficile art de la gravure à la manière-noire. Jusqu’en 2008, il a régulièrement exposé ses diverses créations. Il a obtenu plusieurs prix prestigieux.

 

À des milles des miasmes du virus bêtement intellectualisant qui mine le monde pictural de Suisse et d’ailleurs, ingénu dans un univers peuplé de tordus, l’ami Fred-Engelbert Knecht a, sa vie durant, inlassablement promené ses pinceaux et son regard amusé sur notre pays. Il a laissé une œuvre foisonnante, tant par la quantité que par la qualité. Des dessins et des peintures qui lui ressemblent. Franc, frais, direct et sincère, Fred-Engelbert Knecht a peint les beautés et les travers de l’Helvétie avec la candeur d’un éternel rêveur, et la confiance souriante d’un homme qui croit que le passé a plus d’avenir que le futur.

Fred-Engelbert réalisait ses lithographies dans le même atelier que moi. C’est là que j’ai découvert et que j’ai été séduit par ses travaux. Walo Steiner, le lithographe, m’a communiqué son adresse et je l’ai contacté pour lui commander une gravure pour l’abonnement Artistes suisses que j’éditais une fois par an. Il a réalisé pour mes abonnés, ce qui, je crois, était sa première et seule gravure. Reproduite ci-dessous, elle est intitulée Zürich 2032. Après l’exposition organisée à la Galerie Contraste pour la parution de son estampe, Fred a eu la gentillesse de m’inviter à exposer dans son Bar-Galerie 16a à Zürich. À ma grande surprise, dans ce lieu très fréquenté et largement voué aux travaux de son ami Hans Ruedi Giger, j’ai vendu les quatre gravures que j’avais présentées. Par la suite, nos relations se sont espacées et je n’ai appris sa disparition en 2010 que bien plus tard. Adieu Fred, je t’aimais bien…


«Quel est l’intrus?» semble demander l’artiste zürichois Fred Engelbert Knecht dont une vingtaine de tableaux seront exposés le week-end du 8 au 9 septembre à l’Atelier Contraste de Fribourg. Ouvert au public de 10h à 18h, l’atelier fera à l’occasion une démonstration de gravures tirées de l’Abécédaire de Jean-Pierre Humbert. La visite sera accompagnée par interludes, au son de la clarinette de Jean-Daniel Lugrin. Les toiles exposées de Fred Engelbert Knecht, comme pour la plus grande partie de son œuvre, ont pour thème la disharmonie entre culture et nature. L’enfance de l’artiste a effectivement été marquée par d’heureuses vacances parmi les poules et les porcs dans la ferme de son grand-père. Bien qu’étant né et ayant passé sa jeunesse à Zürich, il reste profondément imprégné de l’amour de la nature. Au travers de sa peinture, où il met en scène des paysages urbains reconquis par le monde végétal et animal, on rejoint l’univers de l’enfance. Comme Adolf Dietrich, auquel il voue une grande admiration, ce peintre visionnaire recherche à créer, sans ironie ou ambivalence, des images simples, belles et pleines de sentiments.


La Liberté – EH

 

Zürich 2032 – gravure de Fred Engelbert Knecht – 2001 – 17e édition de l’abonnement Artistes Suisses de la Galerie Contraste

2001… la galerie est encore assez sommairement aménagée. En avant-première, Jean-Daniel Lugrin interprète pour moi les compositions qu’il a préparées pour le vernissage de l’exposition des œuvres de Fred Engelbert Knecht.

 

Fred Engelbert Knecht pose devant une de ses peintures, en 1982, à l’occasion de l’ouverture de son exposition à la Galerie Maurer à Zürich. Photo publiée par la NZZ dans un article qui lui est consacré.

 

CINQ FONTAINES DE FRIBOURG – Estampe numérique de Zeljko Djurovic – 2007 – Contraste Éditeur

 

Pour l’édition 2007 de la collection d’estampes “FRIBOURG vu d’ailleurs”, en plus de sa magnifique gravure intitulée “Vertical bonheur”, Zeljko Djurovic avait créé une estampe numérique qui représente librement cinq des treize fontaines de Fribourg. À savoir, de gauche à droite, la fontaine Sainte-Anne, la fontaine de la Force, la fontaine Saint-Georges, la fontaine de la Samaritaine et la fontaine Samson.

Manquent sur l’estampe de Zeljko Djurovic : la fontaine du Sauvage, la fontaine de la Vaillance, la fontaine de la Fidélité, la fontaine Saint-Pierre, la fontaine de l’école professionnelle, la fontaine Jo Siffert, la fontaine de Notre-Dame du Rosaire et la fontaine de Saint-Jean.


LE CONCOURS

LE PRIX : Un exemplaire encadré de la gravure intitulée SELFIE que Zeljko Djurovic avait créée en 2014 pour les membres de l’Association Galerie Contraste.

LA QUESTION : Quelles sont les adresses (nom de l’emplacement) des treize fontaines de Fribourg répertoriées dans cette publication ?

LE JURY : Si je reçois plusieurs bonnes réponses, pour des raisons de sécurité, le tirage au sort se fera en l’absence de notaire. Les réclamations sont bienvenues. Si elles devaient être nombreuses, la personne qui recevra une réponse sera aussi tirée au sort.

Répondre jusqu’au 29 février 2020 à : info@jphumbert.ch

 

VERTICAL BONHEUR – Gravure – Zeljko Djurovic – FVA-2007 – Édition Galerie Contraste


Texte – Étienne Chatton (†2007)

Découpées en ogives capables d’enterrer la ville à la verticale, les falaises de la foi tirent sur le tissu sidéral jusqu’à la déchirure. Du noir au blanc héraldique, la cathédrale marque sa frontière. Dans ses marges, se déroulent les batailles de l’humide et du sec, qu’arbitre la maternante cigogne.

Les assauts décapant du gel et du vent ont fait éclater un pan de molasse. Plissée de partout, une pousse grumeleuse, aux squames mal dégagés du magma originel, érige sa peau de reptile entre jubilation et extase. Contrastant avec la dignité impersonnelle du socle, un buste aux seins exubérants ose y superposer quelque vestige de civilisation. Angelot cathodique, vigile de vierges sages ou engelure ou phrygienne souvenance de folies libertaires, cet angélus lancé dans l’azur vient ajouter du volume à la lumière. Son carillon de Fête-Dieu, vole à notre imaginaire ses ailes de carton doré aiguisées au feu du ciel.

J’entends le bulbeux gargouillis du lait, un lait de poule qui tourne ses volutes de fer forgé en accroche-cœurs. Apparu sur la rue des Épouses patientes et de Maris fidèles, éclipsant même les lanternes rouges de la Grand-Fontaine, de labyrinthes en circonvolutions, un astre d’Épiphanie nous entraîne jusqu’à la Providence illuminée soudain par une étoile absinthe.

Le site de Zeljko : http://www.zeljkodjurovic.com/biography.htm

Souvenir de l’exposition des gravures d’Aleksandr Kalugin à la Galerie Contraste en 1990
Une manifestation organisée à la parution de sa gravure
Razbudil-Le réveil (Voir ci-dessous)


C’était il y a 30 ans, la dernière semaine de l’année 1989. La pérestroïka initiée en 1985 par monsieur Gorbatchev approche de son dénouement qui, dès l’été 1991, verra l’éclatement de l’URSS. Avec mon fils Mirko (9 ans à l’époque), je m’étais rendu à Moscou à la rencontre d’Aleksandr Kalugin, afin de récupérer le tirage de la gravure Razbudil-Le réveil que je lui avais commandée pour l’édition 1990 de l’abonnement d’estampes Artistes Européens. À chaque parution de cet abonnement, j’organisais une exposition des œuvres de l’artiste invité. J’étais donc aussi là pour choisir et transporter une cinquantaine de gravures d’Aleksandr destinées à être exposées à la Galerie Contraste.

Pour se rendre en URSS, il était de règle de voyager en groupe et d’être encadré par des officiels. C’est donc en bonne compagnie que nous sommes arrivés à l’hôtel qui nous était réservé. Dès le lendemain, Jacques Barberis, qui était à la maison en URSS, nous a rejoint. Nous avons pris nos distances avec le groupe et avons visité la ville au gré des initiatives inspirées de Jacques, notre mentor personnel. Il nous a fait vivre une semaine truffée de bonnes surprises. Outre la rencontre avec Tamara et Aleksandr Kalugin, parmi de nombreux très bons souvenirs, je retiens notre passage aux bains Sandouny qui n’avaient pas encore subi les “bienfaits” de la privatisation. En très bonne compagnie, nous y avons passé quelques inoubliables heures dans une saine ambiance crépusculaire.

Au moment du départ, le 31 décembre 1989, en vue du transport en bus jusqu’à l’aéroport de Cheremetievo, nous avons retrouvé notre groupe et le guide officiel dans le hall de l’hôtel. Aleksandr, Jacques et moi étions inquiets car je m’apprêtais à sortir toutes les œuvres d’Aleksandr clandestinement. Si je me faisais pincer au passage de la douane, les répercussions auraient été dramatiques pour Aleksandr, qui, pour ses créations satiriques, avait subi de longs séjours en clinique psychiatrique en 1974, en 1982 et en 1988. J’avais acheté de nombreux posters d’expositions d’un format de plus ou moins 70×100 cm, destinés à dissimuler les estampes. Le groupe était constitué d’une vingtaine de personnes. Nous avions préparé autant de rouleaux. Les deux-tiers étaient faits de gravures enveloppées dans 2 ou 3 affiches enroulées, et le tiers restant n’était constitué que de posters. J’ai expliqué la situation à ces compagnons de voyage parfaitement inconnus, et je leur ai proposé de prendre chacun un rouleau, le temps de passer la douane. Ils ont tous accepté de le faire. Avais-je été particulièrement éloquent ou était-ce la présence d’un enfant en ma compagnie qui les a convaincus? Cette confiance reste un mystère pour moi.

À quelques minutes de minuit, notre avion était le dernier à quitter l’aéroport en 1989. Postés derrière la barrière de verre qui les séparaient des partants, Aleksandr et Jacques suivaient anxieux le contrôle de notre groupe par un fonctionnaire grincheux vêtu d’un uniforme. Qu’y a-t-il dans ce grand rouleau? Des posters! Des posters, une fois, des posters deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois… Monsieur, j’aimerais les voir s’il vous plaît. Grand moment de tension dans un aéroport soviétique presque désert. Mirko et moi sommes juste derrière la personne contrôlée. Sereinement, elle déroule son colis qui, une chance sur trois, ne contenait pas de gravures d’Aleksandr… Sourire du douanier qui, pressé d’en finir et de réveillonner, nous a ensuite tous laissés passer sans la moindre tracasserie… Ouf!, enfin détendus, Aleksandr et Jacques nous saluent discrètement et sortent de Cheremetievo.

Arrivés à Zürich au petit matin du premier jour de l’année 1990, nous n’avions qu’une Bonne et Heureuse Année 1990 à déclarer!

En 1990, Tamara et Aleksandr Kalugin ont obtenu un visa de sortie d’URSS pour participer au vernissage de l’exposition que j’avais intitulée Voyagez à l’œil. Ils quittaient le pays pour la première fois. L’exposition fut un grand succès; la presse, les visiteurs et les ventes étaient au rendez-vous. Par la suite, nous avons plusieurs fois collaboré avec Aleksandr Kalugin, avec à chaque fois le sentiment de vivre une aventure.

 

LE RÉVEIL – La gravure qu’Aleksandr Kalugin à réalisée en 1989 pour l’édition 1990 de l’abonnement Artistes européens

 


Croquis et gravure d’Aleksandr Kalugin – Photo JPH

Lors de son premier séjour à Fribourg en 1990, Aleksandr a dessiné, puis gravé, la maison située à l’angle de la rue Grimoux et de la rue d’Alt qu’il voyait depuis la chambre qu’il occupait avec sa femme Tamara. Sous sa pointe à graver, le paisible et vétuste immeuble destiné à la démolition qu’il voyait par la fenêtre, a pris des allures de ruine en voie de végétalisation. Depuis, à cet endroit, main dans la main, promoteurs et autorités ont concrétisé leurs projets de densification et de rationalisation. Parfaitement géométriques, petits et grands immeubles chantent la mélopée lancinante de la victoire du béton confortable et du triomphe des têtes carrées.

 

Affiche – UN HÔTE BRUYANT et LE DESSERT – Les deux gravures qu’Aleksandr Kalugin à réalisée pour l’édition 2001 de l’abonnement Fribourg, vu d’ailleurs

 

LA GRANDE LESSIVE – Eau-forte d’Aleksandr Kalugin

 

Aleksandr Kalugin et une de ses peintures – Photo copiée sur internet

 

Devant une de ses peintures, Aleksandr Kalugin accompagné d’un jeune admirateur – Photo copiée sur internet

 LA MÈRE – JPH – 2008-1987 – Technique mixte

 

Chers amis abonnés à La Nef des Fous

Pour vous souhaiter une très belle Fête de Noël, je vous offre cinq représentations de la nativité. Vous connaissez probablement déjà certaines de ces œuvres. À part la belle peinture Le nouveau-né de Georges de la Tour et La crèche napolitaine de Notre Dame à Fribourg, les images reproduites ont été réalisées par des artistes fribourgeois. Que la sérénité soit avec les passagers de notre nef. Amitiés et Joyeux Noël, JPH

 

LE NOUVEAU-NÉ – Peinture de Georges de la Tour (1593–1652)
Lien sur l’article de wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_de_La_Tour

 

NATIVITÉ – Armand Niquille (1912-1996) – Huile et tempéra sur panneau – Le site : https://www.armand-niquille.ch/

 

La crèche napolitaine de Notre Dame à Fribourg – Photo de Luca Barbieri pour le blog du Bourg – Intéressant : RTS émission du 04 décembre 2003 (27 secondes)

«Cette crèche est arrivée ici grâce à un concours de circonstances favorables», explique Ivan Andrey, responsable cantonal des biens culturels meubles. Son acquisition est due à Mgr John Rast (1895-1981), recteur de Notre-Dame dès 1929. Et secrétaire particulier de Mgr Filippo Bernardini, nonce apostolique à Berne, qui a trouvé cette crèche napolitaine en 1940, chez un antiquaire de Rome. «C’est exceptionnel qu’une église comme Notre-Dame achète une telle crèche, affirme Ivan Andrey. Surprenante à Fribourg, elle tranche avec la tradition sulpicienne.» Son hypothèse: l’achat peut s’expliquer par le fait que «Notre-Dame était basilique depuis 1932. Son modèle était Santa Maria Maggiore, à Rome, où se trouve une relique de la Crèche.»

Un premier décor a été mis en place pour Noël 1941. Le vol de plusieurs animaux, l’année suivante, contraint à la protéger par une vitre. Mais la crèche était toujours montée et démontée chaque année. En 1965, elle est installée de manière permanente, dans une vitrine, et complétée d’un ciel et d’un sol. Aujourd’hui, les nouveaux panneaux de bois de l’arrière de la vitrine sont placés à 5 cm des murs, désormais isolés. Un circuit de fils de cuivre tempère cet espace. La température intérieure est stabilisée entre 16 et 17 degrés, avec 50% d’humidité. Sur la droite, une deuxième ouverture permet un autre point de vue sur l’entrée du village. L’ensemble de la restauration a coûté 240000 francs. Elle a aussi permis de dater les figurines, réalisées aux XVIIIe et XIXe siècles. La ruine romaine, seul élément conservé de l’ancien décor, date de 1935. Unique en Suisse («Il existe des modules, mais pas de crèches entières», précise le restaurateur Christophe Zindel), cette œuvre est protégée par un store, qui s’ouvre contre une pièce de monnaie. Extrait de l’article d’Eric Bulliard pour le journal La Gruyères – 23 décembre 2003

 

LES ROIS MAGES – Pointe-sèche de Teddy Aeby (1928-1992)
Voir sur mon blog, l’article que j’ai consacré à Teddy Aeby

 


Photos – JPH – Juillet 2019

Dans le quartier de Dorcol à Belgrade, un inconditionnel et anonyme supporter du Partizan Belgrade, amateur de poésie, de sport et de dessin a réalisé de très nombreux graffitis en hommage à quelques personnalités connues pour leur attachement  à ce club omnisports. Ces portraits ne représentent, semble-t-il, que des personnes décédées. J’en ai photographié quelques-uns. J’aime beaucoup l’atmosphère de cet intéressant coin de ville très arborisé…

De haut en bas et de gauche à droite, la traduction du commentaire qui accompagne chacun des tags reproduits

Portrait de l’écrivain et poète Dobrica Eric 1936-2019 – Quel est ce boucan plus fort que les bourrasques et les tempêtes ? Ce sont les chants des supporters du Partizan Belgrade

Portrait du comédien Slobodan Aligrudic 1934-1985 – J’aimerais que les fans (grobari) sachent que le plus chaud supporter du Partizan Belgrade était un artiste

Portrait du réalisateur de cinéma Sloba Novakovic1939-2007 – Hors-jeu aveugle

Portrait du comédien Zoran Radmilovic 1933-1985

Portrait du comédien Mija Aleksic – Toujours plus de jeunes supporter du Partizan Belgrade

Portrait de l’acteur et comédien Petar Banicevic 1930-2006

Portrait du producteur de musique Sasa Aleks 1936-2019

D’autres informations sur Google, en tapant notamment “The Sublime Partizan Graffiti of Dorcol, Belgrade”


Encre de chine, plume et lavis – 1979 – Dessin et texte de JPH

 

Du 21 septembre 2016 au 23 janvier 2017, le centre Pompidou présentait une exposition rétrospective des œuvres de René Magritte (1898-1967). Cet événement m’a rappelé qu’il y a fort longtemps, en 1979, en hommage au grand artiste belge, j’avais dessiné (reproduite ci-dessus) une paraphrase de certaines de ses œuvres que j’avais intitulée : En pensant à Magritte.

L’exposition du centre Pompidou s’appelait : MAGRITTE – La trahison des images, tout comme la fameuse toile qui représente une pipe qui n’en est pas une. C’est vrai que personne jamais ne pétunera avec l’objet peint par René François Ghislain, et c’est heureux. En effet, qu’y a-t-il de plus désagréable que l’odeur dégagée par une pipe activée par un fumeur envahissant ?

Cette œuvre est l’une de celles que Magritte a, paraît-il, vouées à la résolution de ce qu’il nomme «un problème». Bien qu’il ait été un grand artiste, un très grand artiste que j’admire, je pense qu’il se faisait un peu mousser lorsqu’il présumait que ses peintures avaient le pouvoir de résoudre, ne serait-ce qu’un problème. Une posture à mettre au crédit du complexe développé par certains de mes confrères artistes face à l’univers scientifique. Un besoin maladroit de s’attribuer une place prestigieuse dans un champ d’action autre que le sien, le besoin tout con de paraître intelligent.

Les peintures qui ont fait la renommée de René François Ghislain proposent effectivement des problèmes inédits, heureusement sans y apporter les habituelles solutions moralisantes. Leur beau et sobre rendu pictural, plutôt traditionnel, est mis au service d’une vision très personnelle de notre environnement quotidien. Faites de représentations paradoxales et de raccourcis visuels novateurs, ses images captivent et l’intellect et le cœur du spectateur. Il a ainsi contribué à modifier et à améliorer notre perception du monde et de ses lois.

Les publicitaires ont été particulièrement influencés et inspirés par ses images et leurs messages saugrenus. Mises au service des marchands, elles ont conservé leur part d’humour et perdu une bonne part de leur fraîcheur poétique. Contrairement à ce qu’insinue le titre de l’exposition du centre Pompidou, les représentations de Magritte ne trahissent rien du tout. Elles révèlent le sens intime des images. La vraie, la belle, la totale trahison des images, nous la devons entre autres aux publicitaires, aux musées, à la presse, aux militaires, aux politiciens. Comment leur en vouloir, nous vivons dans un monde qui ne tient debout que par des mystifications. Avec le triomphe sans partage des prestidigitateurs de l’informatique et de la robotisation, l’image devenue pléthorique est définitivement manipulée et trompeuse et pour faire bon poids, souvent racoleuse et vulgaire.

Afin de mieux connaître cet immense artiste et ses œuvres, une visite du musée Magritte Bruxelles s’impose. En ce qui me concerne, je n’ai pu admirer qu’une seule fois les peintures originales de Magritte, ce fut lors de la magnifique exposition présentée en 1987 par la Fondation de l’Hermitage à Lausanne.

Pour conclure ces commentaires, je dirai que si je devais donner un titre à une exposition Magritte, ce serait : RENÉ MAGRITTE – Une lueur d’espoir.

 
2008 – À la Galerie Contraste à Fribourg, de gauche à droite, JPH, Jugoslav et Milka H

 

PRÉSENTATION

Jugoslav Vlahovic est un dessinateur de presse serbe, né en 1949 à Belgrade. En 1974, diplôme en poche, il quitte la faculté des arts appliqués de Belgrade. Il entame une carrière d’illustrateur qui sera pour le moins prolifique. Deux ans plus tard, il est engagé au magazine NIN pour croquer l’actualité hebdomadaire, activité qu’il exerce encore à ce jour. Ses travaux graphiques ont très vite eu un rayonnement international. Ses caricatures sont publiées dans des journaux de renom, tels que le New York Times, le Wiener Zeitung, la Repubblica ou encore le Sonntagsblatt.

S’il excelle dans le domaine de l’illustration de presse, Jugoslav fut aussi guitariste d’un groupe à géométrie variable : le Porodicna Manufaktura Crnog Hleba (La manufacture familiale de pain noir). Cette formation ne se contentait pas de faire de la musique, il s’agissait également d’une troupe de théâtre qui se produisait à l’Atelje 212 à Belgrade. Le Porodicna Manufaktura Crnog Hleba agrémentait ses performances de diapositives et de courts-métrages. Après la dissolution du groupe, Jugoslav Vlahovic continue de côtoyer le monde de la musique, puisqu’il sera l’auteur d’un grand nombre de pochettes de disques, notamment pour la célèbre formation rock Riblja Corba.

À ce jour, il comptabilise au moins sept livres de ses propres caricatures et un cartable d’estampes. Il s’est vu récompensé de nombreux prix pour ses travaux graphiques. En plus de sa carrière au magazine NIN, il a été professeur à la faculté des arts appliqués de Belgrade jusqu’à sa toute récente retraite.

 

 

AU SECOURS

Cette œuvre de Jugoslav a été reproduite dans le catalogue de la manifestation intitulée MONDIALISATION , PRIX CONTRASTE DE L’ESTAMPE NUMÉRIQUE. Un concours international organisé en 2014 par la Galerie Contraste.

 

 

LA PORTE BLEUE

Avec ce dessin, Jugoslav ouvre une porte céleste sur un fragment d’univers. Les montants et les gonds sont fixés sur un fond noir qui évoque l’éternité. Minuscules composantes de cet ensemble, nos vies prennent un sens vertigineux … patience …

Comme vous le constatez sur la reproduction ci-dessus, cette œuvre a servi d’affiche et de carton d’invitation pour notre exposition commune à la Galerie Contraste en 2008.