Nef des fous

La Nef des Fous, le blog de Jean-Pierre Humbert

MON BLOG : … Ma nef pour voyager au long cours en position assise … Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage

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La nef des fous
Le blog de Jean-Pierre Humbert

Journal photo


Photo Mulhauser – Fribourg – Fond BCU

Texte de JPH

Au 4e siècle avant J-C, le philosophe grec Aristote découvre que la lumière entrant dans une pièce sombre par un petit trou projette sur le mur d’en face l’image inversée des objets placés devant l’orifice : « la camera obscura ». En 1826, Nicéphore Niepce réussit la première expérience de fixation permanente d’une image de la nature. En 1990, le premier appareil numérique sans film voit le jour. Aujourd’hui, selon votre tempérament, vous pouvez photographier ou filmer des scènes touchantes ou compromettantes avec votre téléphone portable et les diffuser quasi instantanément et simultanément à des correspondants, journalistes ou simples voyeurs, résidant dans le monde entier.

Il est impossible de comptabiliser le nombre d’images produites en 182 ans par ce moyen que les plus optimistes qualifient d’expression. Une chose est sûre, bien qu’encore très jeune, la photographie est une catin qui a beaucoup vécu. De la chambre à coucher au champ de bataille ; émouvante, banale, belle ou sordide, il n’est pas une seule situation que son objectif n’ait captée mille fois. Restituées par la presse et les éditeurs, agrémentées d’un commentaire orienté, les représentations « réalistes » qu’elle semble donner contribuent efficacement à dessiner les contours jusque là bien flous de la vérité. Avec l’arrivée toute fraîche du numérique, il semble bien qu’enfin nous vivions le temps béni de la vérité sans limites.

Machine à capter le présent, l’appareil photo ne nous rend que du passé. Une trace, des traces qui laissent des plaies lumineuses et généralement indolores qui répondent au doux nom de souvenirs. Pour le vernaculaire, les fonds photographiques de la BCU sont des sources abondantes de bonheur. Les expositions des instantanés de Jacques Thévoz et des Mülhauser père et fils ont attiré une foule émue de fribourgeois venus assister à la résurrection éphémère du passé dont ils sont constitués.

À mes yeux la beauté d’un cliché ne joue qu’un rôle mineur dans son impact. Méprisé par les esprits supérieurs, l’aspect anecdotique d’une représentation touche le spectateur de manière très intime et occupe une place importante dans son cœur. Lors de ma visite de l’exposition consacrée au Fribourg des Mulhauser, quand j’en suis arrivé à la photographie « Planche Supérieure, 21 juin 1957 » reproduite ci-contre, ma première pensée a été : « Tiens, elle n’est pas terrible celle-là », puis : « 13840, mais c’est le numéro des plaques de papa ! » Mon père est mort en 1965 à l’âge de 43 ans. Troublé, j’ai occulté les enfants qui sont le sujet central de cette photo. Depuis, 50 ans après, accroché à un mur de mon atelier, je regarde quotidiennement mon père qui passe immobile par la Planche Supérieure dans cette voiture que j’avais l’obligation d’astiquer tous les samedis matin. Je détestais cette corvée mais j’aime m’en souvenir. Privés du soutien de la photographie, comment nos ancêtres alimentaient-ils leurs besoins de nostalgie ? Avec de la mémoire vive sans doute.

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Photo de Milka Humbert
Texte de Jean-Pierre Humbert

On dit que les jumeaux fondateurs de Rome, Romulus et Rémus, ont été nourris et élevés par une louve. Depuis, cette louve nourricière est devenue l’un des symboles de la Ville éternelle. Mais, comment s’appelle-t-elle cette brave bête ? Bien sûr, nos amis rédacteurs de mythes romains ne s’en sont pas préoccupés. Je suis convaincu que l’incontournable Walt Disney aurait pu les aider.

Heureusement, après enquête, les deux excellents journalistes du quotidien “ Roma ogi e domani ”, messieurs Tite-Live et Plutarque avancent un prénom ainsi qu’une excellente explication de la légende.

Selon eux, les jumeaux auraient été découverts dans la grotte du Lupercale par le berger Faustulus, gardien des troupeaux d’Amulius. Celui-ci les aurait confiés aux bons soins de sa femme Laurentia, une prostituée que les bergers appelaient Lupa. Ce serait donc par un jeu symbolique que d’autres auteurs latins auraient créé le mythe de la louve mère biologique de Romulus et Rémus. Une explication rationaliste de cette légende rappelle que le mot latin lupa possède deux sens, « louve » et « prostituée », allusion au beau métier qu’exerçait Laurentia.

Mais, que font donc Romulus et Rémus devant l’Université de Fribourg ? Du tourisme ? Révisent-ils leur latin ? Non, c’est plus simple. Pour honorer les liens qui unissent Fribourg et Rome, dans le domaine académique, la Société Dante Alighieri a offert à l’Université de Fribourg une sculpture commandée à l’artiste italien Alessio Paternesi. Celui-ci s’est inspiré de la fameuse “Lupa Capitolina” donnée en 1473 par le pape Sixte IV à la ville de Rome.

L’œuvre de Paternesi a été officiellement inaugurée le 21 avril 2004. Elle est posée sur un socle le long de la route du Jura, devant l’Université Miséricorde, appelée également l’Alma mater ( la mère nourricière ).

La photographie de ma chère Milka remet sérieusement en cause la version officielle de la présence de Romulus et Rémus à Fribourg. Il suffisait, comme elle l’a parfaitement fait, de photographier la sculpture dans le bon angle pour se rendre compte qu’elle n’est autre que le nouveau logo du Service Cantonal des Finances. Un logo qui trône au pied du siège de cette institution. Clairement, Romulus et Rémus symbolisent les agents de la fonction publique ( fonctionnaires ) en train de soulager les citoyens contribuables représentés par la louve, Lupa pour les intimes. Maintenant que vous connaissez sa profession, la vérité saute aux yeux. Le gang des souteneurs est enfin démasqué. Merci Milka.

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Photo Milka Humbert
Texte de Jean-Pierre Humbert

Milka, ma chère femme, a reçu un téléphone portable. Pour l’inaugurer, elle a photographié le paysage qui se présente à nous depuis notre terrasse (sic). À Fribourg, comme dans bon nombre de villes, il suffit de changer de quartier pour vivre à des époques différentes. À la ruelle des Maçons, nous sommes transportés au Moyen-Âge. À celles et ceux qui dénoncent l’obscurantisme médiéval, je recommande de scruter attentivement cette photo. Vous avez vu, à l’époque ils bénéficiaient déjà d’un éclairage électrique. Ce n’est pas rien.

Bien sûr, si j’aime le Moyen-Âge, ce n’est pas pour sa technologie 2 point quelque chose, ni pour la vitesse de ses connexions internet, ni pour son confort. Bien sûr en changeant de quartier, vous ne faites que changer de décor. L’auteur et le dialoguiste de la pièce de théâtre, du film, bref du spectacle dont vous êtes l’acteur doivent malheureusement être qualifiés de contemporains. Textes nombrilistes, incohérents, infantiles et vulgaires, flot ininterrompu de bons sentiments et de mensonges, incitation à la déchéance et à la culpabilisation, un scénario qui nous est souvent proposé par la société du spectacle dans sa course pathétique à l’argent et à la reconnaissance. Nous sommes bien égarés au XXI e siècle, très loin des artistes et des bâtisseurs géniaux et plus ou moins anonymes du Moyen-Âge.

Ce soir, assis sur notre terrasse, je scrute la ruelle des Maçons à la lueur du bel éclairage de la cathédrale St-Nicolas et je rends grâce aux merveilleux créateurs du Moyen-Âge qui ont su nous rapprocher de ce qui est au-dessus de nous. JPH

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