Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

Nature humaine

Au jour le jour – J-P Humbert 1993 – lithographie


L’infini c’est maintenant

Texte d’Ivan Sigg

Il n’y a plus un chat-pensée
Dans ma cité-tête
J’ai ouvert les fenêtres
De mes sens
Aux quatre vents

Mes yeux sont frais du jour
Le trafic des mots
Des jugements et des idées
N’embouteille plus les rues
De mon cerveau-ville

Le silence est doux et puissant
Fait de chants d’arbres et d’oiseaux
Et le champ des possibles
Se redéploie
À l’infini

Toutes mes mémoires se sont tues
Les psychologiques végètent
Dans des malles de grenier
Les techniques dans des classeurs
Qui ne s’ouvrent qu’à bon escient

Sous mes pieds
Le passé s’étiole
L’attention circulaire au monde
rompt toutes mes attaches
Il n’y a plus que le présent

Je n’attends plus la mort
Car je meurs à moi-même
à chaque instant
L’éternité c’est maintenant
Je suis prêt à te rencontrer


Textes pour le concours littéraire organisé à l’occasion de
l’exposition de Jean-Pierre Humbert à la Médiathèque de Rueil-Malmaison:

2012-textes-concours-rueil

Le premier prix du concours a été attribué à Ivan Sigg,
par un jury composé de 3 personnes


PARTAGÉ – 1978 – Gravure (eau-forte, aquatinte) – Texte et gravure de JPH

Ma première gravure. Elle m’a été commandée en 1978 par Michel Terrapon (1932-†1989). Alors conservateur du Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg, il était aussi un excellent graveur sur bois. Je garde un souvenir lumineux des années qu’il a passées à la direction du musée.

C’est René-Agass Baumgartner (1948-†2011) qui m’a initié à la gravure dans son atelier de la Grand-Rue à Fribourg et qui a imprimé cette première création. Il a conforté ma passion naissante pour la gravure en taille-douce, qui s’ajoutait à celle que j’avais déjà pour la lithographie et la sérigraphie. De 1985 à 2005, en plus de mes propres réalisations, le virus de l’estampe m’a occupé à plein temps en qualité d’éditeur et d’imprimeur. Depuis 2006, j’ai renoncé à mon activité d’imprimeur et d’éditeur d’estampes pour consacrer plus de temps à la réalisation de mes œuvres.

Ma gravure Partagé n’a, semble-t-il, pas eu un grand succès commercial. Cela ne m’étonne pas car elle est l’expression d’une problématique. Aujourd’hui, avec un appréciable recul de plus de 40 ans, j’y vois un autoportrait qui escamote les traits de mon visage pour révéler une caractéristique de ma nature: Partagé ? Effectivement, je suis partagé entre le besoin de plaire, de ne pas déranger et celui de voir et de montrer le monde tel qu’il est à mes yeux. Comment choisir entre les activités d’éditeur, d’imprimeur, de galeriste, d’artiste, d’enseignant, et l’envie de paresser ou de rêvasser ? Je n’ai pas su trancher et cela a beaucoup contrarié mon tempérament de perfectionniste. Un peu comme mon vieil ami Léonard (1452-†1519), je me suis dispersé, et malheureusement, cela a eu une influence négative sur la qualité de nos prestations. Sournoise nature qui nous a gratifié de tant de dons et qui nous refuse celui d’ubiquité qui nous aurait fait tellement de bien.


L’HUMAIN AUGMENTÉ – Encre de chine, plume et lavis -1988 – Dessin et texte de JPH

La science avance dans la nuit à la vitesse du son… je dirais même plus, à la vitesse de la lumière. Éblouis, les yeux fermés, les génies les plus intrépides affirment humblement que l’homme a conquis des pouvoirs considérés jusque-là comme divins. Grisés, certains savants vont jusqu’à spéculer, sans trop de retenue, sur une possible vie éternelle sur la terre.

Plus modestes, plus sensés peut-être, les bons soldats de la génétique, de la psychologie, de la philosophie, de la neurologie, de l’informatique, enfin de toutes les sciences cognitives, se contentent, dans un premier temps, d’améliorer la condition humaine en mettant à notre disposition des technologies qui permettront notamment d’atténuer le vieillissement et d’augmenter considérablement les capacités psychologiques. Jusque-là, bravo et merci !

Partis à la conquête de l’éternité, certains généticiens plus ambitieux, audacieux et provocateurs, estiment qu’il n’existe qu’une seule voie pour repousser les limites de la génétique. Elle implique une modification radicale du génome humain qui conduira à la création d’une nouvelle espèce: l’Homo novus. Cette forme augmentée de l’Homo sapiens, fabriquée à partir de son génome présentera un aspect différent, impossible à prévoir. Ce chemin offrira-t-il les avantages espérés par les missionnaires du transhumanisme ou, comme dans un scénario de science-fiction, devrons-nous nous contenter d’un clone du monstre de Frankenstein ?

En 1988, lors de la réalisation du dessin Mésaventure géométrique, ici reproduit, j’avais conscience que ma critique naïve des bienfaits du progrès et des conventions sociales n’avait rien à voir avec les projections des savants, des chercheurs et autres inventeurs. C’est la lecture du numéro 137 de CAMPUS, le magazine scientifique de l’université de Genève, et ses excellents articles sur la thématique de l’homme augmenté qui m’a incité à rédiger ce commentaire. En le lisant, je ne sais trop pourquoi, j’ai pensé à mes lointaines Mésaventures géométriques. Je les ai sorties du placard qu’elles n’avaient pas quitté depuis près trente ans. C’est dire si cette œuvre était tombée en disgrâce. Posée dans un coin de l’atelier, elle croisait à nouveau mon regard qui, au fil des jours, se relâchait jusqu’à être complaisant. Me sont alors revenus les multiples scénarios que j’avais envisagés pendant sa réalisation. Je me suis souvenu que la perspective de donner un temps long et indéterminé de ma vie à représenter les aventures et mésaventures d’une population calibrée m’avait rebuté. Je craignais de sombrer dans la caricature militante. Je suis donc passé à d’autres sujets d’inspiration et à d’autres techniques picturales.

Mais, depuis que j’ai déterré ce dessin et que j’ai lu le dossier paru dans CAMPUS, je trouve que mon image produit une mélodie tout à fait en accord avec les changements et les facilités que les progrès technologiques ont apportés. Pour me mettre au diapason de cette amorce d’interprétation, j’ai emprunté le titre du dossier de CAMPUS et j’ai renommé cette œuvre L’humain augmenté.

Notre passage sur terre n’est pas si facile, et chaque trouvaille qui contribue à alléger, voire à prendre en charge l’un ou l’autre des efforts qui nous sont demandés est forcément bienvenue. De ce point de vue, nos existences se sont beaucoup améliorées. On pourrait donc imaginer que nous sommes enfin heureux. Cependant, même les stakhanovistes de l’optimisme doivent bien admettre qu’il reste du chemin pour y parvenir. Nous continuons et nous continuerons donc à chercher bonheur et sérénité. La vie est un combat dont personne ne sort vainqueur. La force, le confort, l’intelligence et les innombrables avantages physiques et matériels que nous apporte le génie humain continueront d’être mis au service de nos vices avant tout. Ce que les machines et la génétique font déjà à notre place comporte une part d’ombre, et bien des compétences humaines se perdent après leur délégation aux machines, robots et autres inventions extraordinaires.

Retour aux humains augmentés que j’ai engendrés. Quoi de plus niais, de plus laid que ces personnages géométriques qui semblent programmés pour le genre d’Eldorado que façonnent la propagande et la publicité qui nous sont imposés. Ils figurent la troupe sans âme du mercantilisme triomphant, du conformisme bien-pensant. Bref, ils m’emmerdent. Ça ne signifie pas que je n’ai aucune affection pour cette foule hébétée qui ne comprend pas que les rêves qui lui sont instillés ne la conduira pas au bonheur auquel elle aspire. Des chimères matérielles qui ne servent qu’à endormir. Ainsi anesthésiés, les êtres ne souffriront plus, clients à vie de la bonne clinique du docteur pognon. La vie sans douleur ne suffit malheureusement pas à rendre heureux, car le bonheur est surtout une périlleuse quête de liberté qui dépasse peut-être la frontière de nos vies terrestres.

À suivre… à distance…


MÉSAVENTURE GÉOMÉTRIQUE – JPH – Technique mixte – 1981


Pied de nez – sérigraphie – Jean-Pierre Humbert – 1984

 

Égalité de genre ou genre d’égalité?

26 mai 2019 | Enfumages, Eric Werner / Antipresse

Les comités néo féministes, en coordination avec les autorités, se mobilisent le 14 juin prochain pour paralyser les villes suisses. Les hommes, ce jour-là, devront raser les murs. On inaugure la guerre des sexes. Mais à quelle iniquité réelle répond cette campagne?

Dans la Démocratie en Amérique, Tocqueville dit que la passion égalitaire varie en raison inverse de l’importance des inégalités qu’elle vise à éradiquer.

Ce théorème prend place dans un chapitre consacré à la question ethnique aux États-Unis, mais il est aisément transposable en d’autres domaines. Il est bien connu, par exemple, que c’est quand les inégalités sociales diminuent que les gens y sont le plus sensibles. Les historiens nous disent par ailleurs que les périodes où les salaires progressent le plus sont en même temps celles où il y a le plus de grèves. D’une manière générale, quand les inégalités sont extrêmes, les protestations qu’elles suscitent sont faibles, voire inexistantes. Elles atteignent en revanche un niveau élevé quand elles sont sur le point de disparaître. On ne dit même pas ce qui se passe quand (juste retour des choses) elles commencent à s’inverser. Le niveau est alors maximum. Entre ces deux extrêmes, il y a tous les positions intermédiaires.

Combats d’arrière-garde

Comment n’en irait-il pas de même dans le rapports hommes-femmes ? Une «grève des femmes» est ainsi programmée pour le 14 juin prochain en Suisse. Les médias mainstream, qui mènent le bal, prévoient d’ores et déjà une mobilisation sans précédent. Tocqueville dirait: sans précédent ? C’est tout à fait normal, puisque, comme vous le constatez, les inégalités de genre n’ont plus aujourd’hui en Suisse qu’un caractère résiduel. Elles n’ont pas encore complètement disparu, je vous le concède. Il en subsiste encore certaines traces. Mais elles sont en voie (d’ailleurs rapide) de disparition. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le degré de mobilisation atteigne un très haut niveau. Les victimes de discriminations ne se croient jamais à ce point discriminées que quand elles ont pour ainsi dire cessé de l’être.

En ce sens, les gens qui en appellent aujourd’hui à la «grève» pour protester contre le «patriarcat», le «mâle dominateur», etc., sont en retard d’un train. Ils veulent monter dans le train, sauf que le train est déjà passé, et même depuis longtemps. Ils ne font donc que jouer au train, jouer à monter dans le train. Ils miment maladroitement une démarche qui aurait pu (et sans doute dû) être celle de leurs grands et arrière-grands parents, mais qui justement (et pour cause) n’a jamais été la leur. J’excepte ici une ou deux personnes de grand mérite. Il y a toujours des exceptions. Je pense en particulier à l’une de mes grands-tantes: elle, oui, a eu cette démarche. C’était une non-conformiste assumée, elle ne se préoccupait guère du qu’en dira-t-on. Le train passait, sans hésiter elle est montée dedans. Avec quelques autres, certes, mais ils n’étaient pas bien nombreux, soyons honnêtes.

Je ne sais ce que les médias de l’époque disaient des féministes, mais il n’y a pas de raison de penser que les médias d’il y a cinquante ou cent ans étaient moins opportunistes que ceux d’aujourd’hui.

On peut se voiler à soi-même à la réalité, lui substituer ses propres fantasmes, ou encore l’idéologiser. Mais si on ne fait rien de tout cela, on bute sur un certain nombre de faits. Il a vraiment bonne mine, le «patriarcat». Le patriarcat des petit boulots, peut-être? De la quête de plus en plus difficile du premier emploi ? De l’accès plus difficile encore à l’autonomie (vous rêvez d’y accéder, en fait vous n’y accéderez jamais)? De la précarité généralisée (elle n’épargne aujourd’hui personne : pas plus au haut qu’au bas de l’échelle sociale)? De l’assujettissement à l’État total?

Regardons par ailleurs ce qui se passe aujourd’hui dans les universités, et en amont déjà dans les écoles. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Pour diverses raisons (dont les moindres ne sont assurément pas les mesures de discrimination positive prises à leur intention), les filles sont aujourd’hui beaucoup plus nombreuses que les garçons à poursuivre leurs études au niveau post-obligatoire, puis universitaire. Sauf en certains secteurs très limités, la proportion d’étudiantes dans la population universitaire est très largement supérieure à celle des étudiants (58% en France, par exemple). Ce qui signifie que les élites de demain seront très largement aussi féminines.

Pourquoi non? C’est en soi peut-être une bonne chose. Mais elle désigne en creux une réalité qui l’est beaucoup moins: l’actuel «effondrement scolaire des jeunes garçons»(1). Effondrement est en effet le mot qui convient. C’est un phénomène de grande ampleur, mais comme tous les phénomènes comparables, s’inscrivant en-deçà du seuil de perception. Certains spécialistes en parlent, mais leurs propos se perdent dans le vide. On n’a pas non plus tellement l’impression que les innombrables «bureaux de l’égalité» qui prospèrent et fleurissent aujourd’hui à tous les échelons de l’administration s’en émeuvent particulièrement. Il est vrai qu’ils sont très majoritairement, sinon même, exclusivement, composés de femmes. La cause des femmes est une chose, l’égalité une autre.

La sexualité, un mal en voie d’éradication

Les deux tomes de la Démocratie en Amérique datent respectivement de 1835 et de 1840. Un siècle plus tard, dans les Deux sources de la morale et de la religion, son dernier grand livre, paru en 1932, le philosophe Henri Bergson relève: «Toute notre civilisation est aphrodisiaque. Ici encore la science a son mot à dire, et elle le dira un jour si nettement qu’il faudra l’écouter : il n’y aura plus de plaisir à tant aimer le plaisir. La femme hâtera la venue de ce moment dans la mesure où elle voudra réellement, sincèrement, devenir l’égale de l’homme, au lieu de rester l’instrument qu’elle est encore, attendant de vibrer sous l’archet du musicien. Que la transformation s’opère: notre vie sera plus sérieuse en même temps que plus simple. Ce que la femme exige de luxe pour plaire à l’homme et, par ricochet, pour se plaire à elle-même, deviendra en grande partie inutile. Il y aura moins de gaspillage, et aussi moins d’envie»(2).

C’est un autre angle d’approche. Bergson articule la question de l’égalité hommes-femmes à celle de la place qu’occupe le sexe dans notre société : place qu’il juge excessive. «Toute notre civilisation est aphrodisiaque», dit-il. L’égalité hommes-femmes pourrait peut-être contribuer à la rendre moins aphrodisiaque. C’est intéressant comme remarque. Elle n’est pas forcément fausse. Il est effectivement possible que sur le long terme l’égalité de genre ait pour conséquence de rendre les êtres humains (hommes et femmes) moins captifs du sexe. On le souhaiterait pour eux en tout cas (ce serait la position chrétienne: quand Bergson dit que la place qu’occupe le sexe dans notre société est excessive, il s’inscrit dans la ligne du christianisme des origines(3)). Sauf que, pour l’instant au moins, ce n’est pas exactement ce qu’on observe.

Il est vrai que l’accès à la femme devient aujourd’hui, pour l’homme, de plus en plus difficile (et dans certains pays, même, carrément risqué. Même en boîte, cela ne se fait pas d’adresser la parole à une femme. Tout au plus y a-t-il échange de regards. Et encore. Les procureur-e-s sont très attentifs à tout cela). Cela se reflète dans la proportion croissante de célibataires et d’une manière générale de personnes vivant seules au sein de la population. Corrélativement aussi dans la baisse de la courbe des naissances. Pour autant, peut-on dire que notre civilisation soit moins «aphrodisiaque» qu’elle ne l’était autrefois? L’explosion actuelle de la pornographie sur Internet introduit déjà un doute. Il y aurait lieu également de parler de l’homosexualité. A certains égards, l’homosexualité joue aujourd’hui un rôle de «deuxième navigation» (pour reprende une expression platonicienne). C’est une sexualité de recours (encouragée, d’ailleurs, par l’Etat). Beaucoup d’homosexuels actuels sont en fait des hétérosexuels «empêchés».

Bref, je demande à voir. Quand Bergson dit que le sexe nous complique la vie, on ne saurait que lui donner raison. Il nous la complique même passablement. Je ne suis pas sûr en revanche que l’égalité de genre contribue beaucoup, quant à elle, à la simplifier. C’est juste une opinion.


NOTES
– J’emprunte cette expression à Marcel Gauchet (cité in Tribune de Genève, 7-8 juillet 2018, p. 11).
– Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, Genève, Éditions Albert Skira, 1945, p. 289.
– «La mutation anthropologique chrétienne est une totalité (…) : chasteté, féminisme, monogamie absolue, exogamie radicale, marchent de conserve.» (Emmanuel Todd, Où en sommes-nous ? Une esquisse de l’histoire humaine, Seuil, 2017, p. 130).


Les passagers – Peinture acrylique – J-P Humbert – 1997

 

Trois minutes cinquante cinq de bonheur avec le poème Les Passantes d’Antoine Pol, mis en musique et interprété par Georges Brassens en 1972 dans l’album Fernande.

La veille de sa mort, Antoine Pol écrivit : Au fond qu’est-ce qu’une humaine existence ? Un fugace éclair de conscience… , ce qui par la versification et la sonorité en fait un vers extrêmement proche de ce poème.

LES PASSANTES – Poème de Antoine Pol

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu’on connaît à peine
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais

A celle qu’on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu’on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d’un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D’un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d’un jour déçues
Vous serez dans l’oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu’on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l’on a manqué sa vie
on songe avec un peu d’envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu’on n’osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu’on n’a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l’on n’a pas su retenir


La trace – Lithographie – J-P – Humbert- 2002


La dernière séance – Technique mixte – 2005-1981 – Texte et œuvre JPH

Sur l’écran gris du quotidien, un pigeon prend son envol.
Un dernier sourire au photographe et en route pour Hollywood.

Les pigeons croient à leur bonne étoile.

ANACHRONIQUES Jean-Pierre HUMBERT
Dessins, peintures, gravures, lithographies, sérigraphies,
vitraux, mosaïques, objets, textes
Édition Galerie Contraste – Ruelle des Cordeliers 6 – 1700 Fribourg
Plus d’informations


Technique mixte – JPH – 2019-2007 – Texte JPH

 

TENTATIVE D’ÉVASION

Intégrée dans votre chair et dans vos gènes,
À l’abri des yeux inquisiteurs des scanners et des microscopes,
Omniprésente et pourtant invisible,
La route de la libération.

Voie à double sens,
Ticket aller-simple ou aller-retour,
Ligne blanche discontinue pour dépassement de soi,
Destination bonheur.


ANACHRONIQUES Jean-Pierre HUMBERT – Le livre

Contraste Éditeur – Ruelle des Cordeliers 6 – 1700 Fribourg
Plus d’informations – Commande


Encre de chine, plume et lavis – 1979 – Dessin et texte de JPH

 

Du 21 septembre 2016 au 23 janvier 2017, le centre Pompidou présentait une exposition rétrospective des œuvres de René Magritte (1898-1967). Cet événement m’a rappelé qu’il y a fort longtemps, en 1979, en hommage au grand artiste belge, j’avais dessiné (reproduite ci-dessus) une paraphrase de certaines de ses œuvres que j’avais intitulée : En pensant à Magritte.

L’exposition du centre Pompidou s’appelait : MAGRITTE – La trahison des images, tout comme la fameuse toile qui représente une pipe qui n’en est pas une. C’est vrai que personne jamais ne pétunera avec l’objet peint par René François Ghislain, et c’est heureux. En effet, qu’y a-t-il de plus désagréable que l’odeur dégagée par une pipe activée par un fumeur envahissant ?

Cette œuvre est l’une de celles que Magritte a, paraît-il, vouées à la résolution de ce qu’il nomme «un problème». Bien qu’il ait été un grand artiste, un très grand artiste que j’admire, je pense qu’il se faisait un peu mousser lorsqu’il présumait que ses peintures avaient le pouvoir de résoudre, ne serait-ce qu’un problème. Une posture à mettre au crédit du complexe développé par certains de mes confrères artistes face à l’univers scientifique. Un besoin maladroit de s’attribuer une place prestigieuse dans un champ d’action autre que le sien, le besoin tout con de paraître intelligent.

Les peintures qui ont fait la renommée de René François Ghislain proposent effectivement des problèmes inédits, heureusement sans y apporter les habituelles solutions moralisantes. Leur beau et sobre rendu pictural, plutôt traditionnel, est mis au service d’une vision très personnelle de notre environnement quotidien. Faites de représentations paradoxales et de raccourcis visuels novateurs, ses images captivent et l’intellect et le cœur du spectateur. Il a ainsi contribué à modifier et à améliorer notre perception du monde et de ses lois.

Les publicitaires ont été particulièrement influencés et inspirés par ses images et leurs messages saugrenus. Mises au service des marchands, elles ont conservé leur part d’humour et perdu une bonne part de leur fraîcheur poétique. Contrairement à ce qu’insinue le titre de l’exposition du centre Pompidou, les représentations de Magritte ne trahissent rien du tout. Elles révèlent le sens intime des images. La vraie, la belle, la totale trahison des images, nous la devons entre autres aux publicitaires, aux musées, à la presse, aux militaires, aux politiciens. Comment leur en vouloir, nous vivons dans un monde qui ne tient debout que par des mystifications. Avec le triomphe sans partage des prestidigitateurs de l’informatique et de la robotisation, l’image devenue pléthorique est définitivement manipulée et trompeuse et pour faire bon poids, souvent racoleuse et vulgaire.

Afin de mieux connaître cet immense artiste et ses œuvres, une visite du musée Magritte Bruxelles s’impose. En ce qui me concerne, je n’ai pu admirer qu’une seule fois les peintures originales de Magritte, ce fut lors de la magnifique exposition présentée en 1987 par la Fondation de l’Hermitage à Lausanne.

Pour conclure ces commentaires, je dirai que si je devais donner un titre à une exposition Magritte, ce serait : RENÉ MAGRITTE – Une lueur d’espoir.


LA PENSÉE DE BOIS -JPH- 1999 – Technique mixte

Hier, pour remettre au pas une mèche rebelle, je me suis regardé dans le grand miroir qui trône à gauche de la porte de sortie de ma maison. Il me réservait une étrange surprise. À moi qui ne porte jamais le moindre couvre-chef, il renvoyait l’image d’un homme coiffé d’un chapeau pourvu d’un tronc très haut de forme agrémenté de ramifications pourvues de branches aux pointes acérées. Des pointes qui ne demandaient qu’à passer pour des cornes. Je ne me suis pas reconnu. Intrigué, angoissé, dubitatif, j’ai scruté et interrogé la glace.

Si ce n’est pas moi, qui est-ce ?

Lentement, j’ai compris le message et tout ce qu’il révélait … bien sûr, si ce n’était pas moi, c’était donc vous. Vous qui aimez les accents onctueux de la langue de bois, vous qui répétez, avec un élégant brin d’arrogance, le sirupeux mensonge de vos maîtres et de leurs porte-voix. Vous, chers et bienheureux amis, qui préférez la quantité à la qualité. Vous, amateurs passionnés du pain et des jeux qui vous sont généreusement offerts par d’aimables vendeurs de publicité. Vous, éternels enfants, à qui d’astucieux manipulateurs ont inoculé le virus de la pensée de bois. Une pensée que les dialecticiens de la mondialisation arrosent consciencieusement de discours aux arguments lénifiants. Une pensée qui, quoi qu’il se passe, vous permet infailliblement de choisir le bien, qui vous impose de mépriser et d’écraser le mal. Une pensée rassurante, dotée d’un accès direct au cerveau, qui vous susurre que vous détenez la vérité. Une pensée qui vous évite le difficile effort de la réflexion et vous donne tous les droits. Un immense et réconfortant mensonge qui fait du bien.

Je n’ai pas de chance. Après la révélation faite à Moïse à l’intérieur du Buisson Ardent qui brûle sans jamais se consumer, voici qu’un miroir me confirme, en exclusivité, les soupçons des complotistes les mieux informés. C’est le moment d’écraser, de se taire, d’accepter de se faire tondre pour le bien commun de quelques petits malins. Je n’arrive pas à y croire, me voici empêtré dans une affaire à être interné en clinique psychiatrique comme au bon vieux temps du communisme et du matérialisme dialectique. Décidément, il faut se méfier du matérialisme. Dialectique ou pas, ses effets à long terme sont toujours les mêmes.

Je vous livre, ci-contre, le portrait de l’homme à la pensée de bois qui, depuis hier, squatte mon plus beau miroir. Il y a peu de chance que vous vous reconnaissiez, mais méfiez-vous quand même. Peut-être que vous n’êtes pas celui ou celle que vous pensez.


LA SCIENCE APPELLE LES JEUNES – 1977 – Poster – Texte et peinture JPH

Séquence souvenir dédiée à Monsieur Bopp.

Partie en fumée la technique qu’utilisaient les indiens d’Amérique pour appeler les jeunes à la science. De trouvaille en trouvailles, en 1977, nous en sommes arrivés à communiquer à distance au moyen d’un instrument dont le modèle économique était fixé au mur et dont le spécimen prestigieux, bien que retenu par une laisse, pouvait être déplacé. C’est cet instrument que j’ai représenté lorsque Monsieur Bopp m’a sollicité pour créer une affiche destinée à inciter les jeunes gens intéressés par la recherche scientifique à s’exprimer (voir la reproduction ci-jointe). Le message est merveilleusement bien passé puisque depuis la publication de cette invitation et un peu grâce à moi, la jeunesse de ces temps reculés a inventé un appareil encore plus perfectionné que celui que nous utilisions. Il vous permet de communiquer avec le monde entier, de photographier et surtout de vous photographier, de lire votre journal et j’en oublie. Aujourd’hui, en 2018, il tient compagnie à la plupart des gens. Il se range aisément dans la poche. Les esprits pratiques préfèrent cependant le conserver dans la main et ne le quittent jamais des yeux. Un extraordinaire progrès : enfin libéré de sa laisse, cet objet distingué appelé téléphone cellulaire conduit son détenteur à ses côtés sans jamais le perdre de vue. La machine a pris le pouvoir. C’est une évolution extrêmement rassurante. Les êtres humains sont enfin libérés de l’obligation de réfléchir par cet appareil qui a réponse à toutes leurs questions. Ils sont aussi dispensés de regarder autour d’eux et de communiquer avec leurs proches. Le monde leur appartient et, virtuelles, leurs relations, légères, légères, flottent dans la bulle vide des réseaux sociaux. Une légèreté que j’ai retrouvée dans l’affiche très dépouillée de l’appel 2018 à la jeunesse émis par la Fondation La Science appelle les jeunes.

Wikipedia nous dit:

Depuis 1967, la Fondation La Science appelle les jeunes (Saj) a pour objectif de soutenir la recherche scientifique chez les jeunes curieux, motivés et passionnés par la recherche. La Fondation poursuit ce but grâce à trois activités principales en fonction de l’âge des participant-e-s et à son réseau d’Alumni. La mission principale de la Saj est de soutenir sur le long terme les jeunes Suisses curieux, motivés et novateurs dans les domaines des sciences techniques, naturelles, humaines et sociales. La fondation promeut et maintient ainsi l’excellence de la Suisse en matière d’innovation et de réflexivité sur le plan international.
alumni – Une association d’anciens élèves est une association dont les membres sont les anciens élèves d’un établissement d’enseignement secondaire ou d’enseignement supérieur. Le terme alumni aujourd’hui utilisé internationalement provient du mot latin alumni…


ROMAN-PHOTO – JPH – 1994 – Lithographie
Texte de Bernard Bailly

Un visage aux yeux grands ouverts nous fait face. Regard intense, interrogateur. Mine défaite : le fard coule.

Quinze états du même personnage – celui qui nous fixe – montrent les stades de sa descente vers l’abîme : du simple vague à l’âme à la chute libre dans le vide.

Le gouffre aspire ce personnage. La faille s’éclaircit et s’élargit vers le bas. Les bords droit et gauche sont foncés. Ils mettent en évidence la profondeur de l’abîme et tracent la direction vers cette funeste issue.

Une tache à la hauteur du front montre la souffrance insupportable endurée par le personnage central. Les racines n’ont même plus la résistance suffisante pour retenir ce trop lourd fardeau : il est lâché !

Si le titre de l’estampe est Photo-roman, le thème en est la dépression.

Le photo-roman raconte une histoire au moyen d’une succession de photographies. Ici, le rapport au titre est la succession et la superposition d’états montrant les dernières secondes avant l’irrémédiable chute. L’objet réel de ce drame n’est pas expliqué. Ce non-dessiné permet toutes les suppositions. Drame personnel de l’artiste ou de ses proches ?

Cette souffrance invisible parce qu’intérieure, apparemment sans objet, volontairement non décrite par l’artiste, fait mystère et attire.

C’est dans l’œil du spectateur que va s’opérer l’alchimie. Cette image est intense. Elle dure. Elle prend son temps pour se révéler. Elle est forte dans le mouvement de l’émotion. Le spectateur peut y projeter son propre vertige.

Mémoire vive – JPH – 1996 – Lithographie et sérigraphie

 


JPH – 1996 – Passé recomposé

Partout…
Autour de moi… En moi,
Silencieux comme le néant,
Le lent magma de la foule humaine
Défile sans fin… Inlassablement.

Tous ensemble… Tous seuls…
Où allons-nous ?
Ailleurs…Très loin…
Perdus dans l’infini présent,
En quête de la maîtrise du temps.

Du temps retrouvé,
Du temps que nous étions vivants,
Du temps que j’étais Jean-Pierre Humbert.
Seul au milieu de rien…
Seul parmi vous…


Médiacrité-Médiacratie – JPH 2016 – Technique mixte

 


JPH – Technique mixte – 1965-2006 – Texte JPH

Le cinéma de papa, c’est le titre de ma première lithographie réalisée en 1965 chez Dédé Robert et dont j’ai égaré le tirage. À partir d’une piteuse maculature retrouvée à la Bibliothèque Cantonale Universitaire de Fribourg, j’ai construit cette version digitale. Après quelques modifications du document noir-blanc, je me suis attelé à produire une version colorisée.

Comme cela se fait avec le cinéma de papa.