Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

Nature humaine


Tous les hommes sont menteurs, inconsistants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches,
méprisables et sensuels;

toutes les femmes sont perfides artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées;

le monde est un égout sans fond où les phoques les plus infâmes rampent et se tordent sur des montagnes de fange …

Alfred de Musset – On ne badine pas avec l’amour – 1834
Rédigé, sans doute, après une visite au Palais de Tokyo – Centre d’art contemporain à Paris


LA DÉBANDADE… Technique mixte – JPH – 2016-2004

 

LA DÉBANDADE
Texte de JPH – Paru dans le livre ANACHRONIQUES Jean-Pierre Humbert – Contraste Éditeur

Dans le miroir pictural de notre temps,
Omniprésente, désabusée, arrogante et moralisatrice,
La disgracieuse face botoxée de l’homme augmenté,
La gueule gonflée à l’hélium de l’artiste contemporain.

Dans le musée impérial du matérialisme mondialisé,
Quelques cuvettes de chiottes recyclées,
Des reliquats de la dernière bamboula
D’une association culturelle subventionnée.

Dans la grande salle d’exposition,
Corrompus par un «commissaire» d’un genre indéterminé,
Deux joyeux ramasseurs d’ordures ménagères
Ont déversé les fruits pourris de leur tournée matinale.

Dans les pages des journaux à prétentions intellectuelles et culturelles,
Un savant reportage relate tous ces pénibles faits divers.
Par la grâce de ce délicieux baratin ludique et didactique,
Vous apprendrez à vous ouvrir à la bêtise.


CONTRASTE GALERIE / Atelier JPH

Ruelle des Cordeliers 6 – CH-1700 Fribourg
www.jphumbert.ch


JPH – L’ÉTAT DES STOCKS

Exposition permanente… mobile

Visites sur rendez-vous : 078 875 96 66 / info@jphumbert.ch

Pour commander le livre : https://jphumbert.ch/publications/livres/anachroniques/

 

Onzième incursion dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG. Aujourd’hui, je publie le texte que mon estampe CHERCHEZ LA FEMME a inspiré à mon ami Dominique Rey, professeur de philosophie et d’histoire de l’art. Il travaille sur des questions d’éthique et d’esthétique. Il est aussi artiste peintre.

https://www.facebook.com/people/Dominique-Rey/100010522651413

 


CHERCHEZ LA FEMME – Technique mixte -JPH – 2006-1978

 

CHERCHEZ LA FEMME
Texte de Dominique Rey

Le titre d’une œuvre est sensé donner au spectateur « une suggestion poétique à mi-chemin entre ce qui risquerait d’épaissir ou d’éclaircir le mystère des formes ». Cette proposition du peintre philosophe Atlan pourrait bien s’appliquer à l’œuvre de Jean-Pierre Humbert. L’artiste se joue des contradictions. Philosophe, il serait dialecticien. Rhéteur, il privilégierait l’oxymore. Par tempérament, il a choisi la gravure qui permet au mieux de marier la lumière et l’ombre. Il a créé un univers où la vie fait éclater la pierre, à moins que le vivant lui-même ne soit confronté au risque de la pétrification. C’est ainsi qu’il revisite nos mythes grecs et chrétiens, fait allusion à des œuvres phares de l’histoire de l’art, voire se pastiche lui-même.

Pour créer cette estampe, il a usé de l’intelligence artificielle en remettant en scène ce que la main virtuose du graveur avait créé. Il nous invite à rechercher la femme, séductrice, Vénus-stalactite et figure d’une justice aux yeux bandés. C’est à travers la célèbre allégorie de la caverne que Platon nous interrogeait sur la condition humaine sous le rapport de la culture et de l’inculture. Pour contempler l’Idée de Justice, l’homme prisonnier échappait aux chaînes de l’ignorance en une dialectique ascendante. Or, c’est le contraire qui apparaît d’abord ici : une vie menacée de pétrification. Mais l’eau, qui coule goutte à goutte, produit une double concrétion de formes, descendantes et ascendantes. L’image, condamnée par Platon, devient alors icône. Substituant à l’aquatinte et à la manière noire un traitement numérique de l’image, Jean-Pierre Humbert paraphrase en quelque sorte une transfiguration du réel apparue dans la Résurrection du Christ du Greco. L’homme à la renverse qui projetait le Sauveur de l’humanité hors des pesanteurs terrestres est remplacé par un puits opaque d’où semble s’échapper une moderne Vénus de Lespugue. Ascension ou sublimation ?

 

CHERCHEZ LA FEMME – Technique mixte -JPH – 1978

LES AILES INCANDESCENTES DU DÉSIR – Technique mixte -JPH – 1983

 

 


 ACCEPTER DE VIVRE EN ENFER ? – Technique mixte – JPH – 2020-1975

 

Quand j’entends dire d’un médecin ou de quiconque qu’il est très “social” – ma chère – je pense : Dieu sait de quelle noix creuse il s’agit, traversée par les courants d’air d’une théorie.

Georges Haldas – PARADIS PERDU – L’ÉTAT DE POÉSIE – Carnets 1988

 

TOUT ACCEPTER ET LA FERMER
Par JPH


Mon ordinateur était mort. Je me préparais à l’enterrer sans regrets et sans cérémonies, à la mode de chez nous… à la décharge. Avant de passer à l’action, j’ai demandé conseil à l’ami Carlos, un as de la programmation et de la technique, qui a pris l’affaire en main et s’est aussitôt mis à farfouiller les entrailles de mon défunt robot jusqu’en ses recoins les plus intimes. Ça a été long, mais il a fait des miracles. Il n’a pas négligé un seul des composants de la machine. Je crois même qu’il est allé jusqu’à interroger son esprit. Bizarre… bizarre! Bref, il a conservé la vieille carcasse et tous les éléments encore sains, puis il a remplacé bon nombre de pièces vitales, et finalement, il a arrosée le tout avec quelques louches de mémoire. Parfait! Il ne restait qu’à réinstaller mes programmes favoris, ce qui a été fait, après avoir mis sur orbite la dernière version de windows. Depuis, plus le moindre accroc, tout fonctionne parfaitement. Et pourtant, je ne suis pas content…

Carlos n’y est pour rien. Depuis que je bénéficie des dernières modifications du système d’exploitation, à chaque clic sur internet, et il en faut beaucoup pour naviguer sur les réseaux, pour mon bien, une fenêtre s’ouvre qui me demande d’accepter les conditions d’utilisation et d’accès aux programmes ou aux sites que je souhaite visiter. Il paraît qu’il est possible d’activer une application qui confirme automatiquement notre accord, sans avoir à subir le harcèlement continuel de ces avertissements. Plus besoin de distraitement accepter et  fermer les mises en garde, ouf!… la porte s’ouvre instantanément sur les documents que je souhaite consulter. Pour avoir la paix, chaque jour un peu plus, nous confions aveuglément les décisions que nous avons à prendre à des machines. Ainsi nous vivons comme si ce chantage permanent n’existait pas, comme si c’était une sorte de vaccin contre les contrariétés de la vie moderne. Donc, pas de problème: Tout va très bien madame la marquise, cependant, il faut que je vous dise que je déplore un tout petit rien, un incident, une bêtise… pour utiliser mon ordinateur: J’ACCEPTE TOUT, ET JE LA FERME!

La notion de progrès est toute entière contenue dans les découvertes scientifiques, et la rationalisation forcenée de nos activités, avec l’optimisation radicale du rendement financier en point de mire. Le remplacement de l’homme par les robots et les machines semble être l’un des inéluctables objectifs de ce processus déjà très avancé. Nous le savons presque tous et pourtant nous n’y croyons pas  vraiment! C’est tout naturel. À chaque changement qui nous fait perdre un peu de notre souveraineté (je sais, aujourd’hui ça ne veut plus rien dire), de notre liberté (idem), nos dirigeants et leurs “communicants” nous expliquent de manière péremptoire qu’on ne peut pas faire autrement… ah bon ! Il n’y aurait donc qu’une seule réponse à nos si diverses questions et aspirations ?

Ces vingt dernières années, pour imposer son projet de “meilleur des mondes”, la junte de l’hyper-société mondialisatrice qui nous conduit en enfer a mis le turbo. Depuis 2020, elle a même franchi le mur du son. J’ai personnellement croisé quelques membres particulièrement dynamiques de ces destructeurs assermentés de l'”ancien monde”. Gonflés à bloc, ils se déplaçaient à la vitesse de la lumière. C’est dire si les visionnaires sont confiants. Et pour cause, leur dernière mise en scène, le coup de poker coronarien, a parfaitement réussi. Les populations des pays industrialisés, parfaitement encadrées et formatées, découvrent et subissent les effets de la recette d’un produit innovant : la pandémie perpétuelle. Une maladie dont les citoyens européens ont pu apprécier les différents épisodes au fil de rebondissements spectaculaires. Il faut dire que la tâche des marionnettistes contemporains a été facilitée, notamment grâce à Edward Louis Bernays et son livre Propaganda. Théoricien et praticien à succès de la propagande politique et d’entreprise, il y décortique les secrets de l’art de manipuler l’opinion en démocratie, ainsi que ceux de la production du consentement. Ce mode d’emploi pour les gentils bergers du troupeau humain a fait fureur (vous voyez ce que je veux dire), et a grandement contribué a développer la veulerie humaine. Depuis ce modèle a remplacé tous les autres, et il régit nos vies de civilisés éclairés chaque jours un peu plus. Depuis que nous sommes sous l’emprise de l’informatique pour une part sans cesse croissante de nos activités, sous hypnose, la foule sentimentale de la chanson de Souchon marmonne machinalement : oui, j’accepte tout… oui, j’accepte une fois pour toutes. La pandémie perpétuelle, dont nous venons de savourer les prémices, serait-elle le carton d’invitation à vivre dans un zoo sécurisé, tout beau, tout neuf, que des Diafoirus en goguette, associés à des psychopates hallucinés (à vous d’inscrire les noms de vos préférés) nous adressent ? En tous cas, l’affaire est rondement menée. Tu verras ma chère Alice… tu verras mon cher Jean-Pierre, avec ton passeport sanitaire, tu seras logé dans une belle cage, à l’abri des prédateurs, nourri, blanchi, ta santé sera sous contrôle permanent, enfin en sécurité. Quand les conditions statistiques seront favorables, tu pourras même sortir un moment. Ta vie sans mauvaises surprises sera plus longue, beaucoup plus longue, interminablement longue… sur notre terre d’asile psychiatrique.

Assez dormi mes amis1, il est temps de nous révolter contre la perverse dictature qui cherche à s’imposer. Réveillons-nous avant que la réalité ne dépasse la caricature pour longtemps encore, et que le rire ne soit plus qu’une pathétique grimace destinée à se consoler.

Accepter, pourquoi pas ?… mais il faudra apporter des changements au contrat… j’ai bien peur que l’accouchement soit douloureux, et que le troupeau soit encore plus difficile à convaincre que ses maîtres !

En attendant, plus efficace que jamais, mon ordinateur continue à insidieusement m’imposer sa loi. Faudra-t-il que nous divorcions ?

1 Ça ne plaira pas à tous, mais, féministe pratiquant, j’ai renoncé à l’écriture inclusive dans toutes ses ridicules variantes.

 


Aux lecteurs en quête d’humour, je propose quatre minutes et dix-huit secondes en compagnie l’excellent Nathanaël Rochat


Tout va très bien madame la marquise de Ray Ventura

 

LA LIB RECRUTE. PARTAGEZ !

Quand, avec la conviction de l’illuminé foudroyé par la foi, un d’jeun’s comme le rédacteur en chef de La Liberté vous enjoint de partager ses messages, solidaire, vous foncez sans réfléchir : VOUS PARTAGEZ ! J’ai écrit vous, car, depuis que, sur toutes sortes de supports publicitaires, les gentils animateurs de ce quotidien m’ont familièrement demandé: T’as lu la Lib, je ne partage plus la propagande poussive qu’ils distillent. Il m’est déjà arrivé que quelqu’un me demande si j’avais lu La Liberté du jour, mais personne ne m’a jamais interpellé avec un joyeux: T’as lu la Lib.

Cette pitoyable parodie d’un mode d’expression jeune complètement fantasmé doit être efficace car, avec le soutien de la Banque Cantonale de Fribourg, sur le même ton, La Liberté continue à draguer les cerveaux mous avec, affiché au format mondial, le slogan: Fini l’information poubelle sans valeur NUTRITIVE / Mets gratuitement dans ta poche de l’info de qualité jusqu’à la fin de tes études. Cela m’intrigue ! Cette forme parfaite de médiocrité racoleuse séduit-elle vraiment ? Si oui, la Force Opérationnelle (pour les colonisés, la Task Force) du groupe St-Paul qui chapeaute le journal le claironnera: Patience !

Depuis bientôt une année que la dictature sanitaire est au pouvoir, nous avons pu mesurer la valeur nutritive du journal préféré de nos concitoyens. À l’unisson avec les autres médias subventionnés du pays, il nous a inlassablement servi le même menu, fait de peur et de culpabilité sur fond de gluante gentillesse bien-pensante. J’en demande pardon à ceux qui ont aimé les plats qui nous ont été concoctés… je n’ai pas avalé grand-chose, et malheureusement, j’ai tout régurgité. Désolé ! Alors, l’information poubelle, c’est qui, c’est quoi ? En tous cas, de qualité ou pas, je la conserverais ailleurs que dans ma poche.

LA LIBERTÉ… une poubelle près de chez vous. PARTAGEZ !


LA LIBERTÉ PRÈS DE CHEZ VOUS – Technique mixte – JPH – 1976-2008

NÉPOTIQUE BUREAU – Lithographie – JPH – 1976


NÉPOTIQUE BUREAU
Texte de Jean-Christophe Emmenegger

Entre la réalité et la fiction, l’image donne encore quelques informations. Pas de l’imagination sans contrôle ou sans objet, ni l’expression de la nécessité d’exister – car l’idéal apparaîtrait derechef sur un plateau comme la tête de Jean Baptiste. Mais l’image essentielle, artistique, – pour l’appeler encore ainsi, – malgré des tentatives de destruction bien actuelles…

Pour détruire la possibilité de l’image, il n’y a pas d’autre choix que s’attaquer à la surface, miser sur l’épuisement par la répétition, se laisser aller à l’hébétude par l’exacerbation des contraires ou introduire le paradoxe en faveur de la vie qu’est le cri d’agonie.

Mais l’image reste autant possible que ce fond noir comme l’univers sans regard, un fond d’erreur ou de possibilité sans limites. Une tête au carré sécrète, exorbite de façon symbolique deux têtes mieux humanisées et ainsi de suite jusqu’au premier plan dénonçant l’illusion : ces quatre personnages sans beaucoup d’identité propre, rappellent autant les camps de concentration que les clones plus récents. Ils nous regardent et disent «c’est ainsi que nous sommes» à moins qu’ils ne posent la question «est-ce ainsi que vous êtes?»

Malgré cette multiplication classique du népotisme à partir du grand patron carré, symbolique, il reste un espoir avec les nuances d’humanité perceptibles dans les visages au premier plan : ce sont eux qui regardent et qui sont regardés, eux qui ont le plus de présence.

Paru dans le livre [Par défaut…], Jean-Pierre Humbert

UN NUAGE … UN MIRAGE – Technique mixte –  JPH – 1990-2009

 

UN NUAGE … UN MIRAGE

Assis, les yeux fermés, je regarde un nuage.
Lentement, progressivement,
Il investit l’écran bleu de mes rêveries.
Animé par un vent malicieux,
Il dévoile l’esquisse floutée d’un corps féminin.

Assis, les yeux ouverts, je ne vois plus rien.
Dans le ciel nocturne,
Flotte l’un de mes châteaux en Espagne
Insensiblement absorbé par l’obscurité.

J’aime prendre mes désirs pour la réalité.

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – Peinture acrylique – JPH – Détail de la version de 1981

 

Penser contre son temps, c’est de l’héroïsme.
Mais le dire, c’est de la folie.
Tueur sans gages – Gallimard – Eugène Ionesco – 1912-1994

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME… feuilleton-saison-2


ÉPISODE 1/5

L’aventure a commencé en 1981. Pour fêter les 10 ans d’existence des Laboratoires Golliez à Courgevaux, la direction de l’établissement m’a sollicité pour créer un nouveau logo et tous les produits publicitaires qui vont avec. Mais ce n’est pas tout… À l’initiative de mes amis Michel Dousse et Jean-Marie Jenny, organisateurs du jubilé de l’entreprise et membres de sa direction, j’ai aussi été mandaté pour réaliser une peinture murale dans l’entrée de l’usine. Mauvais plaisant patenté, j’ai abusé de la liberté totale qui m’était accordée, pour concocter une image ambiguë, affublée de ce titre équivoque: Le triomphe du conformisme. L’histoire s’est terminée en beauté par une grande fête composée de distingués discours officiels, suivis d’un festin comme dans les albums d’Astérix.

ÉPISODE 2/5

Quelques mois plus tard, je suis allé photographier ma peinture. Avec le recul, j’ai trouvé qu’elle avait beaucoup de défauts, et j’ai longtemps songé à me rendre sur place pour y remédier. J’ai ruminé cette idée pendant encore six ans. Finalement, j’y suis retourné pour prendre les mesures de la paroi. Plutôt que de rafistoler ma peinture, j’ai choisi de la refaire. Une fois terminée, je projetais de coller la nouvelle version par-dessus la première. J’ai fabriqué un grand châssis, 351×258 cm sur lequel j’ai tendu ma toile. C’était parti, pendant quatre mois, je m’attaquais une fois de plus au conformisme… Pour la gloire ? Pour l’argent ? Non… Simplement pour essayer de mieux faire… Être en paix…

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – 1988 – Peinture acrylique de…


ÉPISODE 3/5

Le nouveau tableau était pratiquement terminé, quand le fameux boucher artiste-peintre Corpatoo est passé à mon atelier en quête de renseignements. D’emblée, il me dit : C’est magnifique ce que vous faites là ! – Merci du compliment. – Est-ce une commande ? – Non – Alors, il faut le vendre – Euh, je veux bien, mais à qui ? – Moi je connais quelqu’un, je vais lui en parler.

Le lendemain, Monsieur Corpatoo me rend visite à l’atelier, accompagné du gérant du restaurant de l’institution qui s’appelait encore l’École Normale. Enthousiasmé, ce dernier en parle au directeur de l’établissement, qui, à son tour, vient voir l’objet de mon travail. Il réagit très positivement. Quelqu’un de plus prétentieux que moi dirait qu’il était emballé. Décidément, cela s’annonce bien. Il passe commande. Reste à choisir l’emplacement qui recevra mon œuvre. Ce sera au fond du spacieux couloir qui longe la mensa, sur une paroi qui, au centimètre près, a le même format que ma peinture. Un coup de maître du hasard ! Et votre décision de remplacer l’œuvre sise à Courgevaux, me direz-vous? Bon, vous connaissez le livre de Jacques Monod, Le hasard et la nécessité. Oui, c’est injuste, la nécessité abuse souvent du hasard pour justifier ses actes. J’ai renoncé à ce geste chevaleresque et désintéressé. Quelques semaines plus tard, avec mes amis relieurs de la Bibliothèque Cantonale, nous avons collé mon œuvre contre le mur qui semblait l’attendre depuis toujours.

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – Peinture acrylique – JPH – 1987-88


ÉPISODE 4/5

C’était en 2018, au hasard d’une promenade, je passais devant l’École Normale qui a gradé et s’appelle aujourd’hui Haute École Pédagogique. J’ai pensé à mon tableau qui était installé depuis 30 ans dans l’enceinte de cette vénérable institution. Je me suis dit que ce jubilé valait bien une visite. Mon œuvre n’avait pas bougé. Dans la pénombre, à l’extrémité de son confortable couloir, protégée des regards et des agressions de la lumière par une rassurante et reposante pénombre, elle avait été en quelque sorte augmentée par l’apport d’une cinquantaine de chaises soigneusement empilées devant elle. Avec cette touche contemporaine, mon portrait amusé de nos sociétés progressistes et mon goût de la perfection étaient enfin comblés. Amis agents de la fonction publique, je vous remercie chaleureusement  pour votre intervention zéro point zéro, authentique point d’orgue à ma vision du conformisme et du conformiste…

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – Version augmentée – Photographie de JPH – 2018


ÉPISODE 5/5 – Épilogue

Les feuilletons les mieux tournés ont une fin. Heureuse et moralisatrice chez les vendeurs d’illusions du conformisme, incertaine et inquiétante pour les autres. Dans ma nouvelle série Réchauffement esthétique aux rebondissements mal pensants (mal pensés?), par le feu, par l’eau, le vent, la chimie, etc., j’ai entrepris et mis en scène la destruction prématurée de certaines de mes réalisations. Le triomphe définitif du conformisme (ci-dessous reproduit) est la première image de cette entreprise ainsi que l’épilogue de mes réalisations consacrées au conformisme qui, à mes yeux et contrairement à ce qu’affirme le dictionnaire, n’a que peu à voir avec le traditionalisme. Je le comprends plutôt comme une expression de la soumission à la doxa du moment.

Pareillement, les entreprises les plus prospères ont une fin. En novembre 2001, la raison sociale Laboratoires Golliez SA est radiée, c’est la faillite. L’usine sert maintenant d’entrepôt pour des produits de luxe. J’y suis allé en 2018. Ambiance crépusculaire… Une secrétaire et un manutentionnaire gèrent le départ des occupants. Ma peinture est encore là… Et moi de même…

 

LE TRIOMPHE DÉFINITIF DU CONFORMISME – Technique mixte – JPH – 2019-1987-88 


J -JPH – 2001

 

LE SEXE DES MOTS

Jean-François Revel (1924-2006)
commente la féminisation des mots :
Byzance tomba aux mains des Turcs tout en discutant du sexe des anges.
Le français achèvera de se décomposer dans l’illettrisme pendant que nous discuterons du sexe des mots.
La querelle actuelle découle de ce fait très simple qu’il n’existe pas en français de genre neutre comme en possèdent le grec, le latin et l’allemand. D’où ce résultat que, chez nous, quantité de noms, de fonctions, métiers et titres, sémantiquement neutres, sont grammaticalement féminins ou masculins. Leur genre n’a rien à voir avec le sexe de la personne qu’ils concernent, laquelle peut être un homme.
Homme, d’ailleurs, s’emploie tantôt en valeur neutre, quand il signifie l’espèce humaine, tantôt en valeur masculine quand il désigne le mâle. Confondre les deux relève d’une incompétence qui condamne à l’embrouillamini sur la féminisation du vocabulaire. Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille.
De sexe féminin, il lui arrive d’être un mannequin, un tyran ou un génie. Le respect de la personne humaine est-il réservé aux femmes, et celui des droits de l’homme aux hommes ?
Absurde!
Ces féminins et masculins sont purement grammaticaux, nullement sexuels.
Certains mots sont précédés d’articles féminins ou masculins sans que ces genres impliquent que les qualités, charges ou talents correspondants appartiennent à un sexe plutôt qu’à l’autre. On dit: «Madame de Sévigné est un grand écrivain» et «Rémy de Goumont est une plume brillante». On dit le garde des Sceaux, même quand c’est une femme, et la sentinelle, qui est presque toujours un homme.
Tous ces termes sont, je le répète, sémantiquement neutres. Accoler à un substantif un article d’un genre opposé au sien ne le fait pas changer de sexe. Ce n’est qu’une banale faute d’accord.
Certains substantifs se féminisent tout naturellement: une pianiste, avocate, chanteuse, directrice, actrice, papesse, doctoresse. Mais une dame ministresse, proviseuse, médecine, gardienne des Sceaux, officière ou commandeuse de la Légion d’Honneur contrevient soit à la clarté, soit à l’esthétique, sans que remarquer cet inconvénient puisse être imputé à l’antiféminisme. Un ambassadeur est un ambassadeur, même quand c’est une femme. Il est aussi une excellence, même quand c’est un homme. L’usage est le maître suprême.
Une langue bouge de par le mariage de la logique et du tâtonnement, qu’accompagne en sourdine une mélodie originale. Le tout est fruit de la lenteur des siècles, non de l’opportunisme des politiques. L’Etat n’a aucune légitimité pour décider du vocabulaire et de la grammaire. Il tombe en outre dans l’abus de pouvoir quand il utilise l’école publique pour imposer ses oukases langagiers à toute une jeunesse.
J’ai entendu objecter: «Vaugelas, au XVIIe siècle, n’a-t-il pas édicté des normes dans ses remarques sur la langue française ?». Certes. Mais Vaugelas n’était pas ministre. Ce n’était qu’un auteur, dont chacun était libre de suivre ou non les avis. Il n’avait pas les moyens d’imposer ses lubies aux enfants. Il n’était pas Richelieu, lequel n’a jamais tranché personnellement de questions de langues.
Si notre gouvernement veut servir le français, il ferait mieux de veiller d’abord à ce qu’on l’enseigne en classe, ensuite à ce que l’audiovisuel public, placé sous sa coupe, n’accumule pas à longueur de soirées les faux sens, solécismes, impropriétés, barbarismes et cuirs qui, pénétrant dans le crâne des gosses, achèvent de rendre impossible la tâche des enseignants. La société française a progressé vers l’égalité des sexes dans tous les métiers, sauf le métier politique. Les coupables de cette honte croient s’amnistier (ils en ont l’habitude) en torturant la grammaire.
Ils ont trouvé le sésame démagogique de cette opération magique : faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes.

 

G – JPH – 2001
ABÉCÉDAIRE – La couverture du coffret – Tout doit être interprété à la lettre, l’imaginaire, le rêve et ses corollaires.

 

ETC…

LE CHOC DES CULTURES –  Technique mixte – JPH – 2006-1982


Bel exemple de clonage thérapeutique :
Avec le noyau d’une cellule de ma peinture intitulée
Phantasme, j’ai éliminé tout ce que cette œuvre incluait de dégénérescence morale et picturale. L’image ainsi régénérée s’est d’abord prénommée Le choc des civilisations. Mais, y a-t-il encore civilisation lorsqu’il y a choc? Finalement, j’ai opté pour Le choc des cultures. Tous les historiens vous le diront, la culture vaut bien un petit choc. Mais qu’importent ces tergiversations langagières quand tous les moyens et tous les prétextes sont bons pour guerroyer sans retenue.

Voir plus s’il y a mésentente !

 

PHANTASME –  Peinture – JPH – 1982


NE RATEZ PAS LA PRÉSENTATION DE NENAD ANDRIC !


Dans le cadre de l’exposition
HILANDAR le LAMENTO

Peintures et gravures de BRANISLAV MAKES

Monsieur Nenad Andric vous dévoilera
quelques secrets du monastère serbe Hilandar au Mont Athos
Dimanche 27 septembre 2020 dès 15 heures,
pendant une vingtaine de minutes

Ouvert du vendredi 11 septembre au dimanche 11 octobre 2020
vendredi et samedi de 14 à 18 heures,
et dimanche de 14 à 17 heures

Plus d’informations:
https://jphumbert.ch/hilandar-le-lamento/3577/

CONTRASTE GALERIE / Atelier JPH
Ruelle des Cordeliers 6 – CH-1700 Fribourg
078 875 96 66 – www.jphumbert.ch

 Ci-dessous, le texte que ma lithographie SOCIÉTÉ ANONYME avait inspiré à Irenka Krone. C’est un des 47 écrits publiés dans mon livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG. Pour plus d’informations ou pour commander le livre, cliquez sur ce lien

Infatigable promotrice du “Jobsharing”, Irenka est aussi l’auteure d’un roman intitulé SANS RACINE. Ma lithographie SOCIÉTÉ ANONYME avait fait la couverture de ce livre.


SOCIÉTÉ ANONYME – Lithographie – JPH – 1999

 

SOCIÉTÉ ANONYME
Texte de Irenka Krone


Amalgame de pensées parmi cette masse de corps entassés.
Qui dirige ces êtres qui se croisent, ces pieds qui se heurtent et ces regards figés ?
Villes, métropoles ou hangars bondés.
Soupirs, stupeurs, rires et pleurs.
Entends-tu le silence des parois d’où la foule cherche à s’évader ?
Le souffle de celui qui n’arrive plus à respirer ?

Néant. Noir, vert et blanc. Vide dans un monde aseptisé où toute forme est homogène. Sans différenciation où la ressemblance fait place à l’ignorance.
Discipline, ordre et volonté.
Où vas-tu individu prisonnier d’un esprit tourmenté ?
Avenues, espaces et ruelles combles.
Pourquoi ne quittes-tu pas ce lieu stérile et organisé ?
Obsession, dictature et pensée unique dans un monde où rien ne permet de s’en libérer.
Entends-tu les pas de celui qui marche à côté de toi ?
Sens-tu la présence de celui qui se trouve derrière toi ?
Mensonge, dérision et jeux politiques.
Pouvoir, abus et réflexions cyniques.
La foule te domine sans que tu le remarques. Anodine, sourde, sophistiquée.

Nier. Ignorer ou oublier. La pression augmente dès que tu la frôles.
Dépendance, compassion et envie.
La foule t’étouffe sans que tu puisses l’arrêter.
Elle t’écrase comme tu blesses la fourmi sous tes pieds.
Ils, elle, lui, toi et moi. Qui sommes-nous ?
Qu’as-tu fait pour t’en protéger ? Où étais-tu lorsqu’elle te dictait sa pensée ?

Yeux fermés sur une masse humaine.
Brouhaha sans fin où la voix se perd dans une vague de sons.
Chambres et mansardes pleines.
Corps emmitouflés et membres frêles.
La foule avance d’un pas régulier, nonchalant ou pressé.
Arrives-tu à freiner son rythme ? À résister à cette force qui te semble inébranlable ?

Maintenant ou jamais. Si tu veux y échapper, arrête-toi quelques instants.
Reprends ton souffle ! Observe cet être là au milieu de la foule.
Ses traits fins, son corps fragile et son vêtement pendu à son épaule.
Pureté, liberté, intégrité.
Insouciance et légèreté.
Son corps est là, présent et distant comme si sa pensée s’en était détachée.

Espoir, force, indépendance.
Ses yeux observent et son sourire se dévoile.
Existe-t-il vraiment ou n’est-il qu’un désir inaccessible ?
Sa silhouette se démarque des autres, son corps est vêtu de blanc.
Distance, résistance et délivrance.
Est-ce toi cet être libéré ?

 

CONTRASTE GALERIE / Atelier JPH – Ruelle des Cordeliers 6 – CH-1700 Fribourg

INVITATION AU VERNISSAGE

HILANDAR le LAMENTOEXPOSITION BRANISLAV MAKES – Peintures et gravures
Vous êtes cordialement invités à participer au vernissage de l’exposition
le vendredi 11 septembre 2020 à partir de 17h00
Pour les personnes qui souhaitent éviter l’heure de pointe du vernissage
La galerie sera ouverte dès 14 heures

ЛАМЕНТ НАД ХИЛАНДАРОМизложба Бранислава Макеша – слике и графике
Позивамо Вас на свечано отварање изложбе
у петак 11 Септембра 2020 од 17 и 30 часова

Ouvert du vendredi 11 septembre au dimanche 11 octobre 2020
vendredi et samedi de 14 à 18 heures, dimanche de 14 à 17 heures
Plus d’informations: https://jphumbert.ch/hilandar-le-lamento/3577/

 

 

Ci-dessous, une reproduction de ma gravure LA TRACE et le texte qu’elle a inspiré à mon fils Mirko. La gravure et le texte ont été publiés en 2007 dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité par ESTAMPE.ORG. Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.

Mirko Humbert est graphiste et créateur de sites internet indépendant (le contacter). Il anime aussi plusieurs blogs en anglais ou en français. Les plus populaires sont Designer Daily et Typography Daily  ainsi que le site Estampes Japonaises. Il écrit également sur différents sujets pour d’autres sites, principalement sur des thématiques liées aux nouvelles technologies (son dernier article sur Domaine Public).


LA TRACE – Lithographie – JPH – 2000

 

LA TRACE

Par Mirko Humbert

Le son précède souvent la trace, il nous prépare à son arrivée. Dans bien des cas, un «bam», un «ploc» ou un «prout» est suffisant et permet parfois même d’identifier la nature de l’empreinte.

Dans cette estampe, on attend désespérément ce bruit annonciateur de trace, ce “scritch scratch» qui écorchera notre regard. Rien à faire, l’œuvre reste muette. La foule emprisonnée retient ses cris. Les silhouettes sont aveugles, sourdes, muettes, dénuées de sens. Le doute s’installe, entendra-t-on jamais ce grondement salvateur ?

Désorienté, on continue de tendre l’oreille au lieu de simplement observer ce personnage qui se dirige vers la sortie. Sans se soucier des autres, il évolue à son rythme et se laisse emporter par la brume ambiante. Disparu dans la marge, il n’est plus qu’un souvenir, une ride qui cadence la lithographie. Par son passage, il a créé une œuvre, cette œuvre qui l’a créé.

 


Ci-dessous, le poème d’ Étienne Chatton qui illustre ma représentation de LA COLÈRE, l’un des Sept Péchés Capitaux. Paru en 2007 dans le livre
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité par ESTAMPE.ORG. Cet ouvrage contient les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par l’écrit d’un auteur à chaque fois différent.

Étienne Chatton a notamment fondé le Centre International de l’Art Fantastique du Château de Gruyères, il nous a quitté le 31 décembre 2007.
Voir le film que lui a consacré l’Association Plans Fixes

 

LA COLÈRE – Technique mixte – JPH – 2006-1990

 

LA COLÈRE
Par Étienne Chatton (†2007)

Ton sur ton de grisaille, manies d’enfant sénile
Qui conserve le temps dans ses boites à sardines
Quel architecte fou sur l’infini d’ennui
A planté ses mâchoires aux molaires de buildings ?

Le Ciel de traîne usé des printemps en souffrance
Bat l’écrasant rappel de la vie qui s’achève
Aux fenêtres aveugles, collées de purulences.
Une histoire sans mémoire de mort-nés écrasés
Levures et balayures d’époux irréprochables,

Ô Jupiter, lance Tes ponts, unis les sphères du dais astral
Fulmine dans l’azur Tes féroces fougères aux venins de crotales.
Hors du visqueux magma fais exploser nos rages abyssales.
Aux filles filiformes, cuissardes de cigognes, fulgure un jet de foutre.
Que Tes gongs d’hélium en musique jubilent des alphabets de feu
Au poitrail de pierre des montagnes, accroche Tes médailles.

Quand Tes furieux désastres emporteront nos alluvions
Tristes variations des morts en sursis, dont on enduit
La crevasse des rues et leurs sens interdits,
Aux cascades vêtues de blanches robes de moniales,
Rastas, loubards, rockers, servants de messes putassières,
Poignards de chair, gainés d’envie et de COLÈRE,
Reviendront assoiffer la part perdue des dieux.


Pour plus d’informations ou pour commander le livre

[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert, cliquez sur ce lien

 

COURRIER DES LECTEURS

poème que j’apprécie, théâtral et classique. on voit le poète sur le devant de la scène- est-il en toge tiens pourquoi pas..? à clamer 😉
dans un pays qui jardine ses paysages, pratique le consensus, brasse les couleurs jusqu’au marron,  il est difficile d’être  le seul artiste dissident politique et philosophique clairement affiché dans chaque œuvre.  en général, au bistrot  ils sont contre mais dans leur art, ils parlent d’autres choses.  (et moi-même, qui ne suis pas des artistes, je me garde de m’exposer)   on te dit “surréaliste. ou fantastique” , pour moi, c’est moins sur…

bon dimanche
colette maillard

Ci-dessous, ma lithographie NUIT SANS LUNE interprétée par Patrick Rudaz. Paru en 2007 dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG. Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.

Après avoir été conservateur du Musée de Charmey pendant 25 ans, Patrick Rudaz a quitté ses fonctions en mars 2018. Depuis, il se consacre exclusivement à son travail de coordinateur du Parc naturel régional Gruyère-Pays-d’Enhaut.

 

Nuit sans lune – Technique mixte – JPH – 2005-1985

 

NUIT SANS LUNE
Texte de Patrick Rudaz

C’était une nuit noire
Une nuit inquiétante où rien ne surgit d’une brume inexistante
Une nuit apaisante où les ombres absentes ne dessinent aucun monstre
Une nuit fraîche quand les esprits fouettent les sens.

Je suis descendu dans la rue, j’ai pris le chemin dans une pétillante pénombre. Un candélabre. Des phares automobiles. J’ai marché longuement à la recherche d’un peu de vie, d’une place, d’un parc, d’une promenade, d’une rue animée. Je n’ai rencontré personne. Rien vu ou presque.

C’était une nuit éteinte
Une nuit excitante où les corps s’enlacent et se lassent
Une nuit en toute quiétude où la peur s’efface dans les contrastes oubliés
Une nuit moite quand l’âme affleure les corps.

J’ai déambulé dans les rues basses, puis dans les rues hautes. Pas une robe, pas un escarpin, pas la moindre putain. J’ai vu des pierres et des fontaines, des cathédrales et des cafés. Et je n’ai parlé à personne. Rien dit, rien échangé ou presque.

C’était une nuit sombre
Une nuit affolante où le vent brûle la peau
Une nuit douce où la caresse soulage les peines
Une nuit chaude quand le sang afflue aux extrémités.

Dans l’œil de la rue, j’ai aperçu une femme, belle, qui dans le reflet d’un astre défaillant s’enfuyait. Rien à voir, rien à dire. Je l’ai appelée, elle ne m’a pas répondu. Alors je suis rentré, seul. Et chez moi, couché sur un canapé noir, ma main… ou presque.

C’était une nuit sans lune.


Pour plus d’informations ou pour commander le livre
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert, cliquez sur ce lien

 


En septembre 2007, les éditions
ESTAMPE.ORG ont publié un livre intitulé [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert.
Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.

Découvrez, ci-dessous, ma partition interprétée par
Colette Gaillard

 

INTRODUCTION EN SI – Technique mixte – JPH – 2005-1985

 

INTRODUCTION EN SI
Texte de Colette Gaillard


Intimité.

Mot de fouille
Mot de fosse.
Ossements de chaleur enfermant le ciel comme une chape d’église.

Je cherche mon temple, une bâtisse à la mesure de ma foi…
La demeure d’un esprit, d’un souffle sec mettant le feu à l’oreille et à l’âme, une étendue de steppe.

Et je ne sais précisément si le vent vient de l’œil ou de la langue,
des mots glissés ou de la caresse de lumière d’un khôl noir fusant mon corps ouvert.

Intimité.
Altération d’offrande
Altération d’un pauvre chant
La partition est laissée aux soins du courant.
Dans le silence infini, dans un océan d’algues vrillées, la vie glisse toute seule.

Spasmes qui s’entourloupent entre ma glotte et mon âme.
Vocables ininterrompus du jus des déchirures.
Je presse mon cœur citron et l’amère transpiration des amours fermentées.
Il coule et trempe.

Je cherche mon temple, une bâtisse à la mesure de ma foi…
Mais se tenir droit, encombré, les bras tendus pour que la nuit y pende sa lessive, ses poussières, ses nippes anciennes et collantes encore de ses vieilles douleurs. Se tenir ainsi, se croyant utile, se croyant aimer.

…oui, à la mesure de ma foi.

 

Pour plus d’informations ou pour commander le livre
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VIE PRIVÉE – Gravure – JPH – 1983

À force de tout voir on finit par tout supporter…
À force de tout supporter on finit par tout tolérer…
À force de tout tolérer on finit par tout accepter…
À force de tout accepter on finit par tout approuver !

Saint Augustin ( 354-430 ) – Algérie


PARAPHRASE…

À force de ne rien accepter, nous n’approuvons plus grand-chose
À force de désapprouver, nous peinons à tolérer.
À force de peiner à tolérer, nous finissons par peiner à supporter
À force de peiner à supporter, nous préférons ne rien voir !

Nous y sommes.

JPH ( 1947-2047 ) – Suisse

 

CACHE-CACHE – Technique mixte – JPH – 2016-1996


BAL MASQUÉ
Par JPH


6 juin 2020 
Encore un effort…

Ça y est Tombent les masques, vous en saurez plus ce soir… À la sauterie du coronavirus, le ralenti savamment maîtrisé de la fin du jeu a démarré. Sur l’air de Ce n’est qu’un au revoir, l’orchestre nous invite a retirer prudemment nos déguisements. L’heure de vérité a sonné ! Nous allons enfin découvrir le visage de l’envoûtant et entrainant danseur qui nous a guidés pendant ces excitants mois de folie. Surprise, surprise… Privés de l’effet ipsilatéral, vous et votre cavalier dévoilez une tête ovale, parfaitement lisse, sans nez, sans bouche, sans oreilles, sans yeux; bref une tête d’œuf dépourvue des habituels capteurs humains vitaux, si précieux pour réfléchir et agir. Cet étrange phénomène a frappé simultanément tous les participants de cette interminable fête. Probablement des dégâts collatéraux induits par la terreur et la culpabilisation inlassablement insufflés par les promoteurs et organisateurs de la tango pandémie. Simple spéculation !

Par bonheur, le spectacle de cette mutation n’a duré qu’un centième de seconde et il est passé inaperçu. Victimes inconscientes du mensonge, nous avons retrouvé le rassurant faciès auquel nous nous identifions habituellement ainsi que la confiance aveugle en ce que la plupart des gens appellent nos valeurs. Artifices à géométrie variable, ces valeurs offrent de palpables avantages. Elle développent notamment la souplesse de la colonne vertébrale et favorisent la pratique indolore du changement de masque. Une compétence indispensable pour survivre dans un monde qui change sans fin de face pour échapper à la vérité.

Le bal masqué serait-il l’expression humaine du mouvement perpétuel, le balancier permanent destiné à pérenniser la bêtise ?

Je le crains…


Post-scriptum

25 novembre 2020  Au festival du coronavirus, les organisateurs ne baissent pas les bras et tiennent leurs promesses : Ce n’est qu’un au revoir, chantaient-ils… Ils ne nous auront pas fait patienter trop longtemps. La recette magique qui amplifie la terreur jusqu’à l’absurde a été réactivée sans coup férir et semble s’imposer durablement. Plus grave encore, les branquignols qui nous font danser ont, eux aussi, le trouillomètre à zéro. Ce n’est pas le virus assassin qui les angoisse; l’objet de leurs tourments est plus prosaïque. Ils redoutent un réveil de la population et les conséquences néfastes qu’il entraînerait certainement pour eux. Je rêve, bien sûr… Si par miracle les citoyens domestiqués devaient sortir de leur confortable sommeil et si les titulaires de postes à responsabilités devaient payer un jour pour leurs fautes, cela se saurait. Non, ces gens n’appréhendent qu’une chose, la réalité qui pourrait leur faire perdre leurs privilèges. Pour les conserver, ils sont prêts aux pires folies. C’est bien parti…

Les asiles d’aliénés comportent dans leur personnel des internes et des internés. Entre ceux-ci et ceux-là, ne se dresse que l’épaisseur d’un accent aigu.

Alphonse Allais – 1854-1905

 

 

DÉSESPÉRÉ 
Technique mixte – 2006-1973 – Image et texte JPH

Portrait synthétique et empathique de la foule désemparée des dépressifs, bipolaires, anxieux, paniqués, asociaux, stressés post-traumatique, psychotiques, schizophrènes, boulimiques, anorexiques, paranoïaques, narcissiques, évitants, dépendants, obsessionnels-compulsifs, cette œuvre est composée de quatre dessins réalisés en 1973, retravaillés et assemblés en 2006.

Dans le quotidien La Liberté du 16 juin 2010, une étude présentée par un chercheur financé par le « Brain Mind Institute » de l’EPFL, nous apprend que les grands artistes, quand ils ne sont pas franchement fous, sont pour le moins malades psychiquement. Un constat qui vaudrait aussi, dans une moindre mesure, pour les nabots de la création. Dostoïevski, Kafka, Nietzsche, Proust, Chostakovitch, Van Gogh et les autres (les femmes sont semble-t-il épargnées par le phénomène car ce scientifique n’en cite aucune) : à l’asile, pardon, au Centre de Soins Hospitaliers, s’il vous plaît ! Administrons-leur les médicaments d’usage et quelques séances avec le psychiatre. Le restant du temps, des activités de groupe telles qu’art-thérapie, gymnastique, télévision,etc., devraient les occuper positivement et surtout les guérir. Après quelques semaines de ce traitement, ces individus pourront enfin envisager une activité utile. Avec un peu, avec beaucoup de chance, ils trouveront un emploi dans une banque, une compagnie d’assurance, une usine, une administration, voire dans une université ou, nec plus ultra, à l’EPFL. Enfin libérés de leurs tourments, ils pourront participer efficacement à l’irrésistible œuvre de robotisation entreprise par le monde libre. À l’heure de la retraite, imprégnés du sentiment du devoir accompli, ils verront les portes d’une saine créativité s’ouvrir à eux. Pour occuper le temps qu’il leur restera à vivre, ils pourront se consacrer, qui à la peinture, qui à la littérature, à la sculpture, à la musique …

Une grossière caricature ? Je veux bien. Je suis plutôt enclin à penser que ce ne sont pas les petits et les grands artistes qui sont malades, mais bien nos orgueilleuses sociétés occidentales avec, notamment, leur fâcheuse tendance à utiliser les progrès de la technique et de l’automation pour calibrer les êtres un peu comme les fruits destinés à l’étal des supermarchés. L’humain au service de la technique, telle est la donne. De ce fait, l’avenir du personnel des divers Centres de Soins Hospitaliers s’annonce radieux.

Tous les patients de ces institutions auront-ils le talent de Dostoïevski, Kafka, Nietzsche, Proust, Chostakovitch, Van Gogh et les autres ?

C’est sûr, le paradis terrestre c’est pour demain.