Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

Nouvelles

RÉCHAUFFEMENT ESTHÉTIQUE
EXPOSITION Jean-Pierre HUMBERT
Musée de Morat – https://www.museummurten.ch/fr/

Dimanche 5 mai 2019, je serai au Musée de 14 à 17 heures
Visite commentée à partir de 14h30…

ANACHRONIQUES Jean-Pierre HUMBERT – Le livre
Contraste Éditeur – Ruelle des Cordeliers 6 – 1700 Fribourg
Plus d’informations – Commande


FRIBOURG BRÛLE-T-IL ? – Technique mixte – JPH – 1987-2018

 


FRIBOURG-USA – Technique mixte – JPH – 1987-2006


FRIBOURG-USA – 1987-2006 – Texte JPH

Au XXIe siècle, lorsque de cette peinture j’ai fait une estampe, ma très chère cité de Fribourg, petite ville ambitieuse, brillait de mille feux comme toute parvenue qui se respecte : étalage impudique de richesses, enseignes publicitaires animées et lumineuses, population multiethnique, organisation communautariste, contrôle efficace de la pensée des autochtones, soutien sans faille aux iconoclastes de tous poils et de toutes provenances, la ville était vivante et ses traditions, vidées de toute substance, étaient exploitées pour promouvoir l’économie locale à l’international. Bref, ça roulait joyeusement.

Comment se fait-il que lorsque j’ai conçu cette œuvre, je n’ai pas fait figurer la moindre trace de cette incandescente activité qui promettait d’être immarcescible ? Est-ce par paresse ou par lucidité que mon objectif s’est mu en téléobjectif pour nous projeter dans un lointain futur ? Sur mon image, Fribourg est catapultée quelques siècles plus loin. Fraîchement désertées, pas encore en friche, les fières façades des tours de la cité des Zæhringen made in USA laissent entrevoir les premières fissures engendrées par un lent et inexorable déclin. Bref, ça s’écroule lentement.

Les spectateurs attentifs à mon étrange représentation, où ne subsiste que le plus symbolique édifice historique de la ville, éprouvent un léger trouble. Vite rassurés, ils considèrent que l’implantation de la cathédrale dans le milieu hostile des gratte-ciel n’est qu’un clin d’œil amusant et innocent au phénomène irrésistible qu’on appelle le progrès. C’est, je crois, la raison pour laquelle cette image a plu, si je me fie au critère imparable des ventes. Cette interprétation a aussi été partiellement la mienne lors de la conception du tableau en 1987.

Aujourd’hui, 28 juin 2018, je peine à trouver quoi que ce soit de drôle à mon œuvre. Beaucoup moins spectaculaire que les productions du cinéma catastrophe, elle laisse cependant deviner qu’en filigrane, dissimulé, silencieux, un désastre, non-dit, a eu lieu. Comme si les hommes avaient déserté la vie sur terre, comme si la végétation allait bientôt absorber les fruits pourris du génie humain. Je crains, qu’une fois de plus, mon instinct ait précédé la compréhension des évènements.

QUAND LE TROU NOIR A-T-IL RÉELLEMENT SURGI DANS NOS VIES ?

Aux yeux du monde ébahi, le 10 avril 2019, il n’y avait aucune actualité susceptible de rivaliser avec la galaxie M87. Vous n’avez pas pu le rater, ce rond sombre au milieu d’un halo flamboyant. Il faut dire que la communication avait été soigneusement orchestrée. Présenté lors de six conférences de presse simultanées à travers le globe, le premier monstre cosmique à s’être laissé capturer a été débusqué au centre de la galaxie M87, à environ 50 millions d’années-lumière de la Terre. Soit à 500 millions de milliards de kilomètres.  Le diamètre de cet «objet» est de 40 milliards de kilomètres – l’équivalent de 3 millions de fois celui de la Terre.

Mais, le trou noir a réellement surgi dans nos vies en 1978 comme vous pouvez le constater sur la représentation que j’en ai fait et qui est ci-dessous reproduite. Un instantané rare à voir actuellement au Musée de Morat.

RÉCHAUFFEMENT ESTHÉTIQUE
EXPOSITION Jean-Pierre HUMBERT
Musée de Morat – https://www.museummurten.ch/fr/

Mardi à samedi: 14 – 17 heures
Dimanche: 10 – 17 heures
Ouvertures spéciales sur demande


JPH – Technique mixte – 2019-2004-1996 – Carnaval

ANACHRONIQUES Jean-Pierre HUMBERT – Le livre
Contraste Éditeur – Ruelle des Cordeliers 6 – 1700 Fribourg
Plus d’informations – Commande


CROISSANCE – EXCROISSANCES  – JPH – 2016 – Technique mixte

Dans mes œuvres, je suis présent comme le fantôme qui hante votre maison. Invisible, discret, abandonné, je cultive l’illusion que j’existe vraiment. Silencieuses, mes apparitions ont la forme des images que je produis. Je vagabonde dans les paysages que je compose, je traverse mes foules, je joue à espérer. Bien sûr, cette inutile et mystérieuse errance aura une fin et, qui sait, une raison d’être. Ténue, cette lueur d’espoir explique peut-être mon activité picturale.

«Croissance – Excroissances», tel est le titre de l’estampe que j’ai réalisée en 2016 pour les membres de l’Association Galerie Contraste. Dans un décor qui semble inhabité, la ville de Gruyères et son Château, trônent au milieu d’un fatras de routes désertes en ruines, comme des mirages d’un lointain passé. A quelle époque sommes-nous ? Cet immeuble gigantesque qui barre et englobe le mythique paysage gruérien, qui abrite-t-il ? Quand a-t-il été construit ? Cet étrange mélange fait d’hier et d’après-demain: fiction, réalité, projection ? Par son ambiguïté, cette image pose plus de questions qu’elle ne donne de réponses. C’est précisément l’endroit où je me cache. J’évite ainsi toute forme d’affrontement. Comme un fantôme, je vois tout, je sais tout, et, enveloppé dans un halo paradoxal, je montre tout, puis j’attends la réaction du spectateur. J’attends qu’il dissipe le brouillard et les malentendus dont j’ai lâchement enrobé mon tableau. J’attends qu’il interprète ma partition. Pour jouer cette partie de cache-cache, il suffit de scruter attentivement l’œuvre, d’y pénétrer et de s’y perdre. Peu s’y sont risqués. Ignorants ou érudits, aucun d’eux ne m’a déçu. Si personne ne m’a trouvé, tous se sont révélés, dévoilés… à leur insu.

RÉCHAUFFEMENT ESTHÉTIQUE – EXPOSITION Jean-Pierre HUMBERT
MUSÉE DE MORAT – https://www.museummurten.ch/fr/

ANACHRONIQUES Jean-Pierre HUMBERT – Le livre
Contraste Éditeur – Ruelle des Cordeliers 6 – 1700 Fribourg
Plus d’informations – Commande

Ci-dessous, le lien sur l’article de Joel Rathgeb consacré à mon exposition RÉCHAUFFEMENT ESTHÉTIQUE :
https://murten.unsereregion.ch/kultur/574-dramaturgie-natur-und-moderne-die-wechselausstellung-asthetische-erwarmung-von-jean-pierre-humbert.html

INVITATION
Fondation du Musée de Morat
Le Conseil de fondation et la direction
du musée ont le plaisir de vous inviter au
vernissage de l’exposition

JEAN-PIERRE HUMBERT
Réchauffement esthétique
le samedi 16 mars 2019 à 18 heures

EINLADUNG
Stiftung Museum Murten
Der Stiftungsrat und die Museumsleitung laden
Sie herzlich ein zur Eröffnung der Ausstellung

JEAN-PIERRE HUMBERT
Ästhetische Erwärmung
am Samstag, 16. März 2019 um 18 Uhr

 


La couverture de la revue d’art accrochage


L’article de Madame Monique Durussel

GALERIE CONTRASTE
Ruelle des Cordeliers 6 – FRIBOURG
078 875 96 66 – info@jphumbert.ch

La galerie sera ouverte du 13 au 22 décembre 2018 du jeudi au samedi de 14 à 18 heures. Également sur rendez-vous

EXPOSITION d’un choix de mes œuvres récentes et d’œuvres éditées par la Galerie Contraste ainsi que dédicace et vente de ma monographie ANACHRONIQUES Jean-Pierre Humbert

Pour commander le livre par internet: https://jphumbert.ch/publications/livres/anachroniques/

 

 

 


LA PENSÉE DE BOIS -JPH- 1999 – Technique mixte

Hier, pour remettre au pas une mèche rebelle, je me suis regardé dans le grand miroir qui trône à gauche de la porte de sortie de ma maison. Il me réservait une étrange surprise. À moi qui ne porte jamais le moindre couvre-chef, il renvoyait l’image d’un homme coiffé d’un chapeau pourvu d’un tronc très haut de forme agrémenté de ramifications pourvues de branches aux pointes acérées. Des pointes qui ne demandaient qu’à passer pour des cornes. Je ne me suis pas reconnu. Intrigué, angoissé, dubitatif, j’ai scruté et interrogé la glace.

Si ce n’est pas moi, qui est-ce ?

Lentement, j’ai compris le message et tout ce qu’il révélait … bien sûr, si ce n’était pas moi, c’était donc vous. Vous qui aimez les accents onctueux de la langue de bois, vous qui répétez, avec un élégant brin d’arrogance, le sirupeux mensonge de vos maîtres et de leurs porte-voix. Vous, chers et bienheureux amis, qui préférez la quantité à la qualité. Vous, amateurs passionnés du pain et des jeux qui vous sont généreusement offerts par d’aimables vendeurs de publicité. Vous, éternels enfants, à qui d’astucieux manipulateurs ont inoculé le virus de la pensée de bois. Une pensée que les dialecticiens de la mondialisation arrosent consciencieusement de discours aux arguments lénifiants. Une pensée qui, quoi qu’il se passe, vous permet infailliblement de choisir le bien, qui vous impose de mépriser et d’écraser le mal. Une pensée rassurante, dotée d’un accès direct au cerveau, qui vous susurre que vous détenez la vérité. Une pensée qui vous évite le difficile effort de la réflexion et vous donne tous les droits. Un immense et réconfortant mensonge qui fait du bien.

Je n’ai pas de chance. Après la révélation faite à Moïse à l’intérieur du Buisson Ardent qui brûle sans jamais se consumer, voici qu’un miroir me confirme, en exclusivité, les soupçons des complotistes les mieux informés. C’est le moment d’écraser, de se taire, d’accepter de se faire tondre pour le bien commun de quelques petits malins. Je n’arrive pas à y croire, me voici empêtré dans une affaire à être interné en clinique psychiatrique comme au bon vieux temps du communisme et du matérialisme dialectique. Décidément, il faut se méfier du matérialisme. Dialectique ou pas, ses effets à long terme sont toujours les mêmes.

Je vous livre, ci-contre, le portrait de l’homme à la pensée de bois qui, depuis hier, squatte mon plus beau miroir. Il y a peu de chance que vous vous reconnaissiez, mais méfiez-vous quand même. Peut-être que vous n’êtes pas celui ou celle que vous pensez.


Technique mixte – Texte et dessin JPH – 2002-2007

Deux arbres généalogiques se rencontrent.
Ils papotent, font des projets.

Pour s’associer, faire des petits,
Il faudra assainir, couper quelques branches.

Texte de Bogdan Krsic – 24 mai 1932 – † 21 octobre 2009

Jean-Pierre fait partie du cercle des artistes sensibles au message engagé et toujours d’actualité de cette grande œuvre de la Renaissance qu’est “La nef des fous” de Sébastian Brant, version populaire du savant traité “Eloge de la folie” d’Erasme de Rotterdam. De Hieronymus Bosch, Pieter Brueghel, Albrecht Dürer et Hans Holbein aux artistes contemporains ainsi qu’aux graveurs du fantastique, comme le grand artiste slovaque Albin Brunovski, ce thème reste toujours aussi attractif car la folie humaine ne change pas, quelles que soient l’époque, l’ambiance et les apparences.

Cependant, Jean-Pierre a gravé une vision différente de “La nef des fous”. Il n’en offre pas une représentation d’exégète. Il ne nous fait pas la revue des folies individuelles et des vices humains décrits dans les 96 poèmes de Brant qu’Albrecht Dürer fut le premier à illustrer avec 96 gravures sur bois. Jean-Pierre nous montre l’image de la folie de l’ensemble des humains. Sa gravure figure un océan agité au milieu duquel la nef fait plus penser à une île qu’à un bateau. Une île à deux troncs dont la couronne porte une toile de corps humains aux poses grotesques et entrelacés de la manière caractéristique dont il dessine une grande partie de ses sujets. Il semble nous dire que ce qui importe ce n’est pas tant que les gens soient corrompus, exaltés, passionnés et fous, mais bien que le monde est fou et qu’il est gouverné par cette épidémie.

Cette gravure de grand format est, comme toujours chez Jean-Pierre, magistralement réalisée, avec un métier sans faille, artistiquement persuasive et riche en nuances.