Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

Paysages à la dérive

Une affichette diffusée, il y a quelques semaines, par le quotidien favori des fribourgeois avait attiré mon attention. Je me suis permis d’en produire une parodie, et de situer l’évènement promu par le journal dans le contexte d’un perpétuel présent qui végète dans un marigot d’absurdités depuis déjà plus d’un an…


Eh oui… les verts ont semble-t-il gagné…
 

Ci-dessus… photographie, et ci-dessous… texte, publiés -notamment- par LE GLÂNEUR D’IMAGES Michel Martin

La confédération en veut entre 800 à 1000 de ces machines en Suisse. Elles auront 220 mètres de haut. Vous les voyez ci-dessus en simulation sur les emplacements prévus … CQFD ! Angle de vue principal d’un promeneur depuis le chemin sur la colline menant à la forêt de Siviriez.


Et… DES AFFIRMATIONS PUBLICITAIRES EMPRUNTÉES AU SITE DU GROUPE E

Groupe E croit en l’éolien, la population aussi – L’approbation du plan directeur cantonal fribourgeois par la Confédération remet sur les rails les projets éoliens cantonaux. Fort de cette décision, Groupe E va poursuivre le développement de parcs éoliens. Un sondage réalisé en septembre par MIS Trend montre que plus de 70 % des répondants sont favorables à la création de parcs éoliens dans le canton.


Est-ce que nous devons les croire et les laisser faire ?…
Un peu de sérieux… avec une réédition de ma peinture
ET LUX FUIT… moulins à vent contre nucléaire

 

ET LUX FUIT … moulins à vent contre nucléaire
Peinture et texte JPH – 2015

 

La Suisse des lumières est préoccupée. Comment fabriquera-t-elle l’électricité qui éclairera ses villes, ses campagnes et ses cerveaux survoltés ?

À des milles de la folie sublime de Don Quichotte, le célèbre hidalgo castillan, je risque un scénario raisonnable pour résoudre le problème de l’approvisionnement en électricité à Fribourg. Une idée rendue possible par la grâce du niveau exceptionnel des scientifiques implantés sur le site «Blue Factory». La peinture, reproduite ci-dessus, donne une assez bonne vue de l’impact esthétique positif induit par mon projet initialement inspiré du mythique combat du héros de Cervantès contre les moulins à vent. La reconstitution de la mer du Nord et l’implantation des éoliennes seront certainement les plus grosses difficultés à résoudre. Mais, avec l’armada d’ingénieurs et d’architectes diplômés à disposition, les étapes de cette réalisation devraient s’imposer d’elles-même. Pour renforcer l’action du vent, les politiciens sont prêts à collégialement s’engager. Si vous trouvez que ma simulation est opaque et trop difficile à décrypter, sur rendez-vous, je me tiens à votre disposition pour vous éclairer. La séance est payante.

Pour une électricité enfin verte, je suis fier d’avoir lancé les moulins éoliens contre le Satan nucléaire. Vous le savez certainement, le génie consiste à proposer des solutions simples aux problèmes complexes.

Et pour finir en beauté… La quatrième vague… photographie trouvée et empruntée à l’internet (auteur inconnu)

 

Encore une incursion dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG. Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent. Aujourd’hui, je vous suggère de lire ce qu’évoque mon estampe ÉVASION pour mon ami Alain Bosson.

Alain Bosson
Docteur en histoire moderne de l’Université de Fribourg

Maître d’histoire au Collège de Gambach (Fribourg)
Faites la connaissance d’Alain sur son site internet http://alainbosson.ch/wordpress/ et découvrez ses diverses activités (publications, articles, conférences, etc.)

 
ÉVASION – 1987 – JPH – Peinture acrylique


ÉVASION

Par Alain Bosson

Je n’ai pas toujours aimé Fribourg. Quand on est un enfant, on est comme les oiseaux et les fourmis, on ne vient de nulle part, on se trouve bien où l’on est, sans se poser trop de questions. Les souvenirs et les couleurs de mon enfance, c’est le ciel bleu du Tessin, les murs bariolés d’Ascona, la place de jeu du Monte Verità, et l’institutrice qui m’a donné le goût des livres. Je suis arrivé à Fribourg à l’âge de dix ans, au mois de novembre, un triste mois de novembre. J’avais une tante qui habitait, à cette époque, à la Planche-Supérieure, côté Sarine. Personnage haut en couleurs, elle contrastait avec l’apparente monotonie de la Basse-Ville à ce moment de l’année. Son appartement était très humide et vieillot : on avait l’impression d’entrer dans la taverne d’une sorcière. Elle avait bourlingué, et j’adorais écouter ses récits de voyages, remplis d’humour et d’indépendance d’esprit. Je l’ai rapidement identifiée à tout ce coin du vieux Fribourg.

Lorsque j’ai commencé à découvrir, aux cours de dessin à St-Michel, des œuvres « fribourgeoises » de Jean-Pierre Humbert, j’ai eu le sentiment curieux de retrouver d’un coup mes toutes premières impressions de Fribourg, images transformées jusqu’à l’oubli par une familiarité nouvelle avec les lieux. L’apparente austérité et le calme de surface des compositions de l’artiste, l’équilibre improbable des lieux et des espaces représentés, l’insertion d’éléments hétérogènes qui créent une atmosphère de unheimlich - l’inquiétante étrangeté chère à Freud, sont autant de traits constitutifs de la poétique de Jean-Pierre Humbert lorsqu’il nous propose un Fribourg onirique.

Mais pour rêver une ville, encore faut-il la connaître, et Fribourg n’est pas une ville qui se laisse comprendre facilement. Léon Savary l’a bien senti, lorsqu’il écrit en 1929, « Une cité de rêve… Mais à tous elle ne livre pas son secret ». Sur le plan littéraire, il appartiendra surtout à des écrivains du dehors (Savary, Cingria, Chessex) de nous laisser entrevoir une partie de l’âme profonde de Fribourg. De doctes savants ont consacré leur vie à étudier l’ancienne cité des Zähringen sous toutes ses coutures : les Alexandre Daguet, Pierre de Zurich, Marcel Strub et toutes celles et ceux qui les ont suivis ont contribué à nous donner une connaissance approfondie de la ville, une connaissance claire et intelligible pour l’esprit. Les artistes, eux, nous donnent un accès plus immédiat, plus profond, plus essentiel : ce n’est pas notre intellect cartésien qui est touché, mais notre cœur, nos sentiments, notre univers émotionnel.

Le Fribourg onirique de Jean-Pierre Humbert touche au plus près l’âme profonde de la ville, mais sans passéisme. Au contraire, le dialogue est constant entre le Fribourg qui est et celui qu’il pourrait être. Les lectures multiples, parallèles, toutes celles que l’artiste a rendues possibles et toutes celles qu’il a seulement soupçonnées, éclairent tour à tour les facettes d’une œuvre extraordinairement complexe. Dans Evasion (1987), l’intrusion de la modernité amène, tout à la fois, un sentiment d’écrasement et une ouverture, improbable mais possible vers un ailleurs. La richesse sémantique de l’œuvre n’exclut pas une certaine ambivalence, et, comme dans certains rêves que nous faisons, mais à l’inverse de notre vie consciente, certains éléments étranges nous paraissent, sur le moment, tout à fait familiers et cohérents.

Je ne peux pas croire que Jean-Pierre Humbert fête aujourd’hui ses 60 ans. Jean-Pierre Humbert doit avoir au moins 5 ou 600 ans, au bas mot, pour connaître si intimement le caractère et l’âme de Fribourg.

 


ÉVASION – 1987 – Gravure (Verni-mou, aquatinte, pointe-sèche) – JPH


ÉVASION – 2019-1987 – Technique mixte – JPH

Ci-dessous, une reproduction de ma gravure RESTRUCTURATION et le texte qu’elle a inspiré à mon ami, le fameux artiste serbe Zeljko Djurovic. La gravure et le texte de Zeljko ont été publiés en 2007 dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité par ESTAMPE.ORG. Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.

Zeljko Djurovic
Est né le 12 décembre 1956 à Danilovgrad au Monténegro. Il est diplômé de la Faculté des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade. Graveur et peintre, il travaille en indépendant depuis la fin de ses études. Il est membre du groupe ULUS et de l’association Ex-Libris de Belgrade. Son travail a été distingué à de très nombreuses reprises.

https://jphumbert.ch/zeljko-djurovic/3204/
Le site de Zeljko : http://www.zeljkodjurovic.com/biography.htm

 

RESTRUCTURATION – Gravure – JPH – 1996

RESTRUCTURATION – Un des 2 croquis réalisés en vue de la création de la gravure – JPH – 1996

 

RESTRUCTURATION

Texte de Zeljko Djurovic, peintre et graveur
Traduit du serbe par Milka et Jean-Pierre Humbert Humbert

La gravure exige maîtrise technique, conscience du procédé et du but. En conséquence, elle demande beaucoup d’habileté et de connaissances. Régie par des lois rigoureuses, élaborées pendant des siècles, contrôlées et perfectionnées, elle libère l’artiste-graveur des questions du lien entre passé et présent. Elle est et a surtout été pratiquée par des hommes d’un grand savoir-faire, habiles de leurs mains, très patients et précis dans le travail.

Une gravure est toujours un dialogue avec le passé, avec l’antique secret de la première empreinte. A l’aurore du genre humain, quand le chasseur préhistorique, prophète et artiste, retira sa main sombre, noircie de suie, du mur de la grotte, il a vu noir sur blanc, le mystère de la gravure. C’est la même émotion qu’éprouve l’artiste-graveur contemporain quand il lève sa feuille de la plaque gravée. Rien n’a changé, la métaphysique de la blancheur, le miracle de l’empreinte, exercent la même fascination. Culte et fétichisme des matières et de leur usage, particularité du procédé ne sont nulle part présents comme dans la gravure. En regardant l’œuvre de Jean-Pierre intitulée Restructuration on ne peut pas faire autrement que de se rappeler toutes ces spécificités de la gravure comme méthode* de création.

Irréprochablement réalisée et imprimée, claire dans ses idées, sa gravure tisse un lien entre le passé et le présent et elle anticipe le futur (pas très rose). Elle éveille chez l’observateur un sentiment nostalgique avec une projection rebutante du futur. Visuellement attractive, elle oblige l’œil du spectateur au changement perpétuel de distance focale, circulant de l’éloignement kilométrique aux micro-détails du premier plan. La correspondance entre le passé et le futur est établie de manière verticale, ce qui semble logique si l’on considère que l’artiste vit dans une ville à l’histoire profonde, et en mutation rapide vers la modernité. Vous ne pouvez pas regarder cette estampe sans vous interroger: d’où venons-nous, qui sommes-nous et où allons-nous ?

Du simple fait qu’il a contribué à faire connaître mon travail sur la scène artistique européenne, je ne peux pas écrire sur l’art de Jean-Pierre Humbert comme un observateur froid et indépendant ( de toutes façons il y a toujours une part de subjectivité dans l’art ). Il faut dire que notre collaboration professionnelle s’est depuis mutée en amitié.

* Méthode: Recherche, voies et moyens de rechercher. Procédé réfléchi et planifié du travail dans le but de trouver la vérité et la lumière.

 

RESTRUCTURATION – Peinture acrylique – JPH – 2001

 

UN NUAGE … UN MIRAGE – Technique mixte –  JPH – 1990-2009

 

UN NUAGE … UN MIRAGE

Assis, les yeux fermés, je regarde un nuage.
Lentement, progressivement,
Il investit l’écran bleu de mes rêveries.
Animé par un vent malicieux,
Il dévoile l’esquisse floutée d’un corps féminin.

Assis, les yeux ouverts, je ne vois plus rien.
Dans le ciel nocturne,
Flotte l’un de mes châteaux en Espagne
Insensiblement absorbé par l’obscurité.

J’aime prendre mes désirs pour la réalité.

 

LARGUEZ LES AMARRES – Lithographie – JPH – 1994

 

Ci-dessous, le texte de Jacques Barberis qui illustre ma lithographie LARGUEZ LES AMARRES. Texte et dessin ont été publiés en 2007 dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité par ESTAMPE.ORG. Cet ouvrage contient les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un écrit d’un auteur à chaque fois différent.

Collaborateur du Comité International de de la Croix Rouge, coutumier des points chauds de la planète, Jacques Barberis travaille actuellement en Afghanistan. Amateur de peinture, grand connaisseur de la gravure, curieux, inspiré, il est aussi organisateur d’expositions de peinture et de gravure, Jacques a la faculté de dénicher de formidables artistes là où le commun des mortels ne trouve que du sable. Je lui dois quelques découvertes comme celles d’Aleksandr Kalugin et d’Aleksandr Kolokoltsev, des artistes dont j’ai édité des gravures et exposé les œuvres, avec son aide.  

 

LARGUEZ LES AMARRES
Aussi intitulé L’APPEL DU LARGE
Par Jacques Barberis


Une fois encore, Jean-Pierre Humbert et Fribourg. Les comptes, qui font les bons amis, ne sont pas encore rendus ! Les rapports restent tendus, et l’on pense malgré soi à Chessex, cet «étranger» protestant qui, occupé à en découdre avec elle, fait tout de même de cette vieille ville un lieu de passions et de drames. Rien de tel chez Jean-Pierre Humbert, pourtant rejeton de ces murs, sous la patte duquel Fribourg est souvent désincarnée, minéralisée, vidée et statique.

Ici, une fois de plus, la « basse » devient la «haute», mais ce n’est que pour mieux être excisée, tissu mort, du vivant organisme urbain. En point culminant, la cathédrale, mère des Institutions, tient fièrement son rôle nouveau de mât ou de tour de contrôle. Seul rescapé de la modernité, un hôtel cubique et sans toit peine à la concurrencer. Mais l’ensemble est instable, plus bateau ivre que paquebot, sans passagers ni équipage.

A la poupe ou à la proue, passerelle inutile, l’un de ces ponts qui ont fait la gloire de la cité résiste, appendice incongru. S’il s’écroule, rupture d’anévrisme, c’est l’asphyxie et l’adieu aux derniers espoirs d’accostage. Or aucun port n’est en vue !

Seule la mer semble vivante, houleuse, démontée même, et écumante : contraste frappant entre un monde minéral et fier, prêt à défier des siècles encore, et un élément capricieux et polymorphe. Le paquebot a déjà perdu la partie cependant, il ne tiendra plus longtemps, chargé d’un poids trop lourd et mal réparti. Il semble d’ailleurs déjà s’être échoué sur le fond, monolithe livré à l’érosion des vagues.

Qui donc a lancé l’ordre de larguer les amarres, scellant ainsi le sort de l’embarcation ? L’inconscient se trouve-t-il sur le pont, ou est-il resté à quai ?

Son regard extérieur ( détaché ? ) jeté sur le paquebot trahit l’auteur : les deux pieds sur la terre ferme, il a choisi le « bon côté » et il assiste, comme le spectateur, au départ des vestiges d’un monde condamné à disparaître, pittoresque mais anémié, réduit à un simple décor. Et avec lui, le naufrage inévitable d’un ordre archaïque, pourtant bien établi encore, et l’anéantissement d’un pont, dernier cordon ombilical, qui de toute façon perdrait dans peu de temps sa raison d’être, remplacé par une autre œuvre projetée dans le monde des vivants.

Alors, Humbert l’anarchiste veut-il vraiment larguer Fribourg ?

 

LARGUEZ LES AMARRES
Texte de Jean Steinauer rédigé lors de la parution de cette lithographie en 1994

Jean Steinauer, né en 1946, a travaillé quinze ans comme rédacteur politique puis journaliste libre pour plusieurs médias de Suisse romande, avant de fonder à Lille une petite agence de presse puis de se consacrer à des activités de formation pour les syndicats genevois. De retour en 2001 à Fribourg, sa ville natale, il a délaissé le journalisme et les activités de communication pour se consacrer à la recherche historique, ainsi qu’à l’écriture et l’édition d’ouvrages de ce domaine. Parmi ses rares livres de fiction, un recueil de Contes et légendes à 3 ou 4 essieux composé en 1989 à l’instigation de ses amis Pierre et Charles Friderici. (Présentation empruntée au site de Bernard Campiche Éditeur)

 Libre aux géologues de croire que les terrains sont stables et que les villes reposent de tout leur poids sur des couches superposées depuis des millénaires.
Et les géographes peuvent bien rêver de prendre les villes au filet, dans le quadrillage des longitudes et des latitudes, afin qu’on les retrouve toujours au même endroit. Les ivrognes et les artistes, qui savent observer, ont compris que les villes dérivent à tous vents, et voguent sans fin sur les campagnes ondulantes.

À preuve le Fribourg de Jean-Pierre Humbert!
Sur un roc au profil d’étrave, l’élancement d’une mâture gothique: cette ville fut armée pour tailler sa route à travers les houles de l’histoire. Elle ne cesse d’échapper à la nuit qui tombe dans son sillage. Toute vibrante d’énergie, elle navigue vers la fin des temps, vers le naufrage inéluctable et apaisant. L’équipage a mis sa confiance dans une longue familiarité avec l’au-delà.

«O mort, vieux capitaine, il est temps! Levons l’ancre…»

 

 

Ci-dessous, une reproduction de ma lithographie PLEINE LUNE commentée par Emile Aebischer (Yoki) 1922-2012 . Paru en 2007 dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité par ESTAMPE.ORG. Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.

 Voir des œuvres de Yoki –  Article paru dans LE TEMPS

 

PLEINE LUNE – Lithographie – JPH – 1997


PLEINE LUNE

Texte de Emile Aebischer (Yoki)

Reconnu comme un graveur connaissant toutes les finesses d’un métier éprouvé, Jean-Pierre Humbert a su rendre ici la poésie intime d’un lieu familier en une lithographie dont la granulométrie est d’une finesse inhabituelle. Une partie de son paysage préalpin, aisément reconnaissable, va se fondre dans une lumière de type lunaire. « Tenté par le surréalisme ? », lâchez-vous à son auteur. Il vous répondra ne pas se reconnaître sous cette étiquette. Il a cependant l’art de faire coexister les contraires en l’unité d’une composition par la hardiesse lumineuse de son faire.

Pour plus d’informations ou pour commander le livre
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert, cliquez sur ce lien


COURRIER DES LECTEURS

je te répondrai la bouche pleine de nuages que la réaction du peintre manque singulièrement de sel sous la langue.
tu me diras de ne pas parler la bouche pleine, je sais une pensée claire et l’art de la métaphore, ça vous laisse  sans voix.
vous êtes rassasié d’un coup d’œil
like grave. ..;-)

bon dimanche
colette maillard

Parmi les quelque 600 représentations de la Tour de Babel, dont la célèbre version de Bruegel l’Ancien, la gravure de la Tour de Babel en Belzé de Jean-Pierre le Jeune apporte son bloc de molasse à l’édification du mythe.

Dans la Genèse selon Jean-Pierre, le berceau de l’humanité se trouve à Fribourg. Les hommes parlaient alors la même langue, le bolze, formaient un seul peuple et cultivaient moult moments d’amitié autour de manoilles rafraîchissantes. Un jour, le roi Nemrod IV de Zæhringen ordonne de bâtir une tour dont le sommet doit toucher les cieux. L’Éternel, divinement agacé par tant d’insolence, redoute que la réussite du projet incite les rêveurs de la cité à échafauder des salles de spectacle et des ponts de la Poya en veux-tu en voilà. Dieu fait parler aux hommes des centaines de langues pour qu’ils ne se comprennent plus puis les éparpille par toute la terre. La Tour de Belzè reste inachevée. Cette vue de Fribourg à la base solide mais dont les étages perdent l’équilibre dans les nuages me renvoie à ma piètre inaptitude: grandir en Nuithonie et ne pas être bilingue, untauglich zu Zweisprachigkeit.

« 3 p’tits tours et… Soyons humbles et déterminés, bâtissons là ou en Basse, mais construisons toujours », disent les Bolzes qui ont plus de trois tours dans leur sackelè. Écoles et bibliothèques s’érigent autour de la patinoire. Un funi droit comme un i file vers l’Uni, rompant le ronron des remparts et des ponts en colimaçon. Des descendants des ouvriers de l’ancienne Tour reviennent s’installer en ville ; les langages se croisent et se mélangent. 3 p’tits tours et… représente une spirale harmonieuse, une ligne qui fait des révolutions pour que la terre tourne mieux. Si le bolze s’imposait comme langage universel, les conflits entre les nations s’apaiseraient.

Texte de Jean-Baptiste Magnin – Extrait de [Par défaut], Jean-Pierre Humbert – Éditions Estampe.org

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – Gravure – Tirage 47 ex. numérotés et signés – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 2e état de la gravure – Tirage 47 ex. numérotés et signés – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 1ère épreuve de travail de la gravure – un seul exemplaire tiré – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 2e épreuve de travail de la gravure – un seul exemplaire tiré – JPH – 1995

 

C’est en 1977 que j’ai réalisé et imprimé ma première sérigraphie dans l’atelier d’André Prin. J’avais emprunté son titre, L’avenir radieux, à Alexandre Zinoviev (1922-2006), l’immense écrivain russe, soviétique en ce temps-là. Cette œuvre était ma réponse à la proposition de mon ami Michel Dousse qui m’avait crédité d’une carte blanche pour créer une estampe pour le club de basket Isotop. Chacun de ses membres devait en vendre deux ou trois exemplaires dont le bénéfice revenait à l’équipe. À ce jeu, Michel était imbattable. À lui seul, il avait écoulé les deux tiers du tirage limité à 60 exemplaires. L’opération s’était avérée fructueuse et a été répétée quatre fois. En 1980, j’ai réinterprété ce sujet pour l’affiche de mon exposition à la galerie du Stalden. Finalement, après avoir produit une deuxième version en sérigraphie en 1987, je réalisais encore deux variantes digitales en 2007. Aujourd’hui, bon nombre des projections ironiques, contenues dans ces œuvres, se sont concrétisées. Mais mes partitions en plusieurs mouvements promettent un chapelet d’heureuses désillusions. L’avenir radieux sera toujours l’insidieux mensonge auquel nous aimons tellement croire.

L’AVENIR RADIEUX – Sérigraphie – JPH – 1977

L’AVENIR RADIEUX – Essai-1 –  Technique mixte – JPH – 2008-1977

L’AVENIR RADIEUX – Essai-2 –  Technique mixte – JPH – 2008-1977

L’AVENIR RADIEUX – Essai-3 –  Technique mixte – JPH – 2008-1977

L’AVENIR RADIEUX – Sérigraphie – Affiche – JPH – 1980

L’AVENIR RADIEUX – Sérigraphie- JPH – 1987

 

On dit que les jumeaux fondateurs de Rome, Romulus et Rémus, ont été nourris et élevés par une louve. Depuis, cette louve nourricière est devenue l’un des symboles de la Ville éternelle. Mais, comment s’appelle-t-elle cette brave bête ? Bien sûr, nos amis rédacteurs de mythes romains ne s’en sont pas préoccupés. Je suis convaincu que l’incontournable Walt Disney aurait pu les aider.

Heureusement, après enquête, les deux excellents journalistes du quotidien “ Roma oggi e domani ”, messieurs Tite-Live et Plutarque avancent un prénom ainsi qu’une explication subtile de la légende.

Selon eux, les jumeaux auraient été découverts dans la grotte du Lupercale par le berger Faustulus, gardien des troupeaux d’Amulius. Celui-ci les aurait confiés aux bons soins de sa femme Laurentia, une prostituée que les bergers appelaient Lupa. Ce serait donc par un jeu symbolique que d’autres auteurs latins auraient créé le mythe de la louve mère biologique de Romulus et Rémus. Une explication rationaliste de cette légende rappelle que le mot latin lupa possède deux sens, « louve » et « prostituée », allusion au beau métier qu’exerçait Laurentia.

Mais, que font donc Romulus et Rémus devant l’Université de Fribourg ? Du tourisme ? Révisent-ils leur latin ? Non, c’est plus simple. Pour honorer les liens qui unissent Fribourg et Rome, dans le domaine académique, la Société Dante Alighieri a offert à l’Université de Fribourg une sculpture commandée à l’artiste italien Alessio Paternesi. Celui-ci s’est inspiré de la fameuse “Lupa Capitolina” donnée en 1473 par le pape Sixte IV à la ville de Rome.

L’œuvre de Paternesi a été officiellement inaugurée le 21 avril 2004. Elle est posée sur un socle le long de la route du Jura, devant l’Université Miséricorde, appelée également l’Alma mater (la mère nourricière).

La photographie de ma chère Milka remet sérieusement en cause la version officielle de la présence de Romulus et Rémus à Fribourg. Il suffisait, comme elle l’a parfaitement fait, de photographier la sculpture dans le bon angle pour se rendre compte qu’elle n’est autre que le nouveau logo du Service Cantonal des Finances. Un logo qui trône au pied du siège bleu et blanc de cette institution. Clairement, Romulus et Rémus symbolisent les agents de la fonction publique ( fonctionnaires ) en train de soulager les citoyens contribuables représentés par la louve, Lupa pour les intimes. Maintenant que vous connaissez sa profession, la vérité saute aux yeux. Le gang des souteneurs est enfin démasqué. Merci Milka.


Romulus et Rémus, au pied de l’immeuble bleu blanc du Service Cantonal des Finances
Photo Milka –
Texte de JPH

Vous trouvez ci-dessous les reproductions de cinq des dix états par lesquels est passée ma gravure ÎLE… sera une fois réalisée en 1997.

Cette année-là, le château de Gruyères était encore accessible par voie terrestre. Aujourd’hui aussi, mais le doute, l’angoisse, le désespoir pointent le bout d’un nez porteur de malheurs. Orchestrée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, avec une enfant prodige à la baguette, la partition inspirée par les gourous de l’apocalypse imminente est intitulée Le rapport. C’est clair, ça chauffe pour nous et pour notre pauvre terre. Selon les salariés de la science météorologique, les hommes ont acquis une telle maîtrise de l’univers et un tel pouvoir qu’ils sont capables de décider du cours du climat, et, rêvons sans retenue, d’influencer la trajectoire des planètes. Ce n’est quand même pas mal  pour des bipèdes. Oui mais… bémol majeur… si personne ne remet vraiment en cause le réchauffement de nos contrées, de nombreux inconscients contestent les modèles qui en attribuent la cause aux délirantes activités humaines. Les giequistes qui détiennent la vérité à ce sujet vous le diront; les sceptiques qui récusent nôtre évangile ne sont que des criminels qui se foutent de l’empreinte carbone. C’est intolérable, il faut à tout prix les faire taire. Un exercice terroriste qu’ils réussissent avec brio.

Bon… retournons sur mon île prise entre le ciel et les eaux montantes pour cause de dégel. Comme souvent, ma gravure a anticipé les conséquences catastrophiques du comportement humain (sic). Décidément, en matière d’intuition prospective, je n’en rate pas une. J’y suis même allé un peu trop fort. Il faudra certainement attendre longtemps pour voir le district de la Gruyère et ses montagnes complètement inondés et pour admirer l’exceptionnel instinct de conservation de la ville de Gruyères avec son château qui, comme des fleurs tendues vers la lumière, se sont élevés de plus de 1300 mètres pour échapper au déluge. Un exploit historique…

Quant à ma gravure avec tous ses états, ils ne sont pratiquement pas sortis des tiroirs qui les tenaient à l’abri de l’inondation. Très peu exposée, mon œuvre, dans ses différentes variantes, attend toujours la montée des eaux qui la fera passer de la fiction à la réalité. Ma représentation, enfin matérialisée, devrait aguicher l’acheteur friand d’images qui offrent l’illusion de la vérité. Je ne serai malheureusement probablement plus là pour encaisser les bénéfices de mes efforts lorsqu’enfin le désastre se produira, mais je fais confiance à mes descendants. J’en suis convaincu, leur longanimité sera récompensée… 

 

ÎLE… sera une fois – État, exemplaire unique – Gravure, verni-mou, aquatinte – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

 

ÎLE… sera une fois – État, aquarellé et crayonné, exemplaire unique – Gravure, verni-mou, aquatinte – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

 

ÎLE… sera une fois – État, avec ciel bleu peint à l’acrylique, exemplaire unique – Gravure, verni-mou, aquatinte – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

ÎLE… sera une fois – État, exemplaire unique – Gravure, verni-mou, aquatinte, pointe-sèche – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

 

ÎLE… sera une fois – État, tirage 47 exemplaires – Gravure, verni-mou, aquatinte, pointe-sèche – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

 


PUBLICITÉ MENSONGÈRE – Peinture acrylique – JPH – 2014

 

Pour une promotion touristique efficace,
Pour la prospérité des entreprises de la région,
Pour une reconnaissance internationale de notre canton,
Je suis prêt à me dévouer.
Avec mes projets de chirurgie plastique du paysage,
Je suis disposé à remodeler complètement le visage du pays.
J’espère être aussi efficace que nos élites,
Et que, comme elles, je saurai me servir et disparaître.


LA GREFFE – Technique mixte – JPH – 2009-1990 – Passé recomposé


VITRINE DU TEMPS PRÉSENT – Texte et image JPH – Technique mixte – 1978

 

En 1978, le temps présent existait déjà. Ce devait être sa manière d’avoir de l’avance sur son époque. Nous avons donc eu la chance de le voir venir de loin. Séduits par ses atours spectaculaires, nous sommes nombreux à avoir minimisé les pièges raffinés qu’il nous réservait.

Au jour le jour – J-P Humbert 1993 – lithographie


L’infini c’est maintenant

Texte d’Ivan Sigg

Il n’y a plus un chat-pensée
Dans ma cité-tête
J’ai ouvert les fenêtres
De mes sens
Aux quatre vents

Mes yeux sont frais du jour
Le trafic des mots
Des jugements et des idées
N’embouteille plus les rues
De mon cerveau-ville

Le silence est doux et puissant
Fait de chants d’arbres et d’oiseaux
Et le champ des possibles
Se redéploie
À l’infini

Toutes mes mémoires se sont tues
Les psychologiques végètent
Dans des malles de grenier
Les techniques dans des classeurs
Qui ne s’ouvrent qu’à bon escient

Sous mes pieds
Le passé s’étiole
L’attention circulaire au monde
rompt toutes mes attaches
Il n’y a plus que le présent

Je n’attends plus la mort
Car je meurs à moi-même
à chaque instant
L’éternité c’est maintenant
Je suis prêt à te rencontrer


Textes pour le concours littéraire organisé à l’occasion de
l’exposition de Jean-Pierre Humbert à la Médiathèque de Rueil-Malmaison:

2012-textes-concours-rueil

Le premier prix du concours a été attribué à Ivan Sigg,
par un jury composé de 3 personnes

Ci-dessus, un aperçu de l’addition des 7 passages que j’ai dessinés pour réaliser la lithographie Passé décomposé. Avis aux amateurs, il reste un seul exemplaire à vendre.

PASSÉ DÉCOMPOSÉ – Lithographie – JPH 1993

Du 8 au 29 novembre 2012, la Médiathèque Jacques Baumel de Rueil-Malmaison a abrité une exposition de mes œuvres. À cette occasion, par le biais d’internet, la Galerie Contraste avait organisé, un concours littéraire ouvert à tous. Les participants étaient invités à «illustrer» ma lithographie Passé décomposé. Parmi les 74 textes reçus en provenance de toute la francophonie, le jury composé de 5 personnes a attribué le premier prix au plus court d’entre eux, un bel haïku de l’artiste peintre romancier, parisien aux origines suisses, Ivan Sigg. http://ivansigg.over-blog.com/


PASSÉ DÉCOMPOSÉ

Ô ville/molaire
Dans la gencive du ciel
Cariée par le temps
Ivan Sigg


ET LUX FUIT … moulins à vent contre nucléaire – Peinture et texte JPH – 2015


La Suisse des lumières est préoccupée. Comment fabriquera-t-elle l’électricité qui éclairera ses villes, ses campagnes et ses cerveaux survoltés ?

À des milles de la folie sublime de Don Quichotte, le célèbre hidalgo castillan, je risque un scénario raisonnable pour résoudre le problème de l’approvisionnement en électricité à Fribourg. Une idée rendue possible par la grâce du niveau exceptionnel des scientifiques implantés sur le site «Blue Factory». La peinture, reproduite ci-dessus, donne une assez bonne vue de l’impact esthétique positif induit par mon projet initialement inspiré du mythique combat du héros de Cervantès contre les moulins à vent. La reconstitution de la mer du Nord et l’implantation des éoliennes seront certainement les plus grosses difficultés à résoudre. Mais, avec l’armada d’ingénieurs et d’architectes diplômés à disposition, les étapes de cette réalisation devraient s’imposer d’elles-même. Pour renforcer l’action du vent, les politiciens sont prêts à collégialement s’engager. Si vous trouvez que ma simulation est opaque et trop difficile à décrypter, sur rendez-vous, je me tiens à votre disposition pour vous éclairer. La séance est payante.

Pour une électricité enfin verte, je suis fier d’avoir lancé les moulins éoliens contre le Satan nucléaire. Vous le savez certainement, le génie consiste à proposer des solutions simples aux problèmes complexes.

Pour plus d’informations, cliquez ici