Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

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Jean-Pierre Humbert
Peintre et graveur

au jour le jour

J’écris… dans ma tête, plus rien n’existe qu’un lieu incertain suspendu dans l’égarement du temps et emporté par la dérive des évènements. Je perçois, quelque part dans ma fragilité, l’éclatement de l’imperceptible, la rupture brutale d’une mince ligne d’infini. Tout bascule de l’intérieur et c’est l’affolement des sens, le mépris du sentiment et le nivellement de ce que fut, jadis, mon identité.

Fuir! Ailleurs! Loin! Plus loin que les galaxies, m’envoler au-delà et rejeter sur mes frères la responsabilité de mon aveuglement. Fuir en préservant quelques beautés et oublier les origines de cette laideur généralisée, engendrée par tant de vanité et de petitesse. Facile, suffit de fermer les yeux, de me recroqueviller et tout devient possible, certitude et supériorité de l’espèce.
J’ai, sous les yeux, un ciel fissuré, dans la bouche, un gout de poussière aride, les racines jaillissent hors de ma gorge et s’entremêlent. C’est trop tard! Je refuse, recrache la terre des ancêtres. Pourtant, égoïste, j’accueille ceux qui squattent mon esprit au nom de la nécessité et leur offre, sans partage, mon âme dépouillée.

Ainsi, je peux me moquer des battements affolés du cœur de la terre, insensible au combat de ses créatures pour la vie. La terre se meurt, son dernier souffle virevolte, elle panique devant la présence des maitres, cancer putride en amas de chair morte, destruction, déchirement et débris à perte de vue, d’un ciel à l’autre, les pôles et ses extrêmes.

Je vois son corps se détacher, se rétracter, se disloquer dans son centre et je n’y peux rien et, surtout, par ma soif de puissance, je ne veux rien y changer. La terre a fait son temps, qu’elle s’efface des mémoires, nous lui devions trop pour l’aimer sincèrement et, sa présence, nous rappelle nos liens et notre absence d’humilité. Qu’elle disparaisse en nous abandonnant à notre bienveillante supériorité, nous nous débrouillerons sans elle. Émancipés, nous n’avons plus besoin de sa matrice encombrante.

Pierre Lalanne