L’image séduit – la mondialisation est présentée comme un développement vital, dominant, naturel et équilibré. Après cette première impression, un doute s’installe. Qui ose présenter la mondialisation d’une manière si positive, quand les milieux autres que les économistes l’accusent, surtout les milieux de la culture ? L’artiste a-t-il une double pensée ? Le reflet, l’ombre légère au fond de l’image pourrait le prouver, tout comme les arbres assez sombres et au feuillage incertain. Montrent-ils l’éclosion des feuilles au printemps ou leur séchage d’automne ?
Mais l’artiste cherche l’expression, le message. S’il était opposé à la mondialisation, il forcerait le trait, il n’en resterait pas au message filtré des formes prises dans la nature, il montrerait les déchets de la civilisation mondialisée. L’observateur peut conclure au consentement de l’artiste : les arbres poussent, même fortement, ils sont arrangés d’une manière assez harmonieuse et ne présentent aucun trait de décadence, ils ne subissent rien. Au contraire, ils créent l’espace-monde. Ils instaurent la multitude, la diversité, mais tous ces arbres divers sont ancrés sur le globe – « one world ».
L’économiste est ravi, il trouve une âme sœur qui s’élève au-dessus du débat politicien et de courte vue. Car la mondialisation est la normalité, initiée il y a des millénaires déjà par les commerçants et par l’émulation culturelle des peuples et de leurs régents. L’historien Fernand Braudel l’a bien démontré. La non-mondialisation des nationalismes, des murs douaniers, l’absence de libre passage des personnes ne durait que trente ans, de 1914 à 1945.
J’aime donc ce tableau, sa fraîcheur matinale. Nous ne sommes pas à la fin d’une époque, mais à un nouveau début. Comme toujours, quand une nouvelle étape se dévoile, on trébuche quelquefois. On commet des fautes. Mais il ne faut pas s’arrêter, il faut apprendre à cultiver. Le monde est une pépinière de projets, de solutions.
Beat Kapeller
Texte paru dans le livre [Par défaut…], Jean-Pierre Humbert
Le monde est petit et il m’appartient dit le patron (boss) de
la multinationale. Tant pis pour ceux qui ne peuvent pas se
payer un billet d’avion. Ils n’ont qu’à travailler plus.
Texte de JPH