Amalgame de pensées parmi cette masse de corps entassés.
Qui dirige ces êtres qui se croisent, ces pieds qui se heurtent et ces regards figés ?
Villes, métropoles ou hangars bondés.
Soupirs, stupeurs, rires et pleurs.
Entends-tu le silence des parois d’où la foule cherche à s’évader ?
Le souffle de celui qui n’arrive plus à respirer ?
Néant. Noir, vert et blanc. Vide dans un monde aseptisé où toute forme est homogène. Sans différenciation où la ressemblance fait place à l’ignorance.
Discipline, ordre et volonté.
Où vas-tu individu prisonnier d’un esprit tourmenté ?
Avenues, espaces et ruelles combles.
Pourquoi ne quittes-tu pas ce lieu stérile et organisé ?
Obsession, dictature et pensée unique dans un monde où rien ne permet de s’en libérer.
Entends-tu les pas de celui qui marche à côté de toi ?
Sens-tu la présence de celui qui se trouve derrière toi ?
Mensonge, dérision et jeux politiques.
Pouvoir, abus et réflexions cyniques.
La foule te domine sans que tu le remarques. Anodine, sourde, sophistiquée.
Nier. Ignorer ou oublier. La pression augmente dès que tu la frôles.
Dépendance, compassion et envie.
La foule t’étouffe sans que tu puisses l’arrêter.
Elle t’écrase comme tu blesses la fourmi sous tes pieds.
Ils, elle, lui, toi et moi. Qui sommes-nous ?
Qu’as-tu fait pour t’en protéger ? Où étais-tu lorsqu’elle te dictait sa pensée ?
Yeux fermés sur une masse humaine.
Brouhaha sans fin où la voix se perd dans une vague de sons.
Chambres et mansardes pleines.
Corps emmitouflés et membres frêles.
La foule avance d’un pas régulier, nonchalant ou pressé.
Arrives-tu à freiner son rythme ? À résister à cette force qui te semble inébranlable ?
Maintenant ou jamais. Si tu veux y échapper, arrête-toi quelques instants.
Reprends ton souffle ! Observe cet être là au milieu de la foule.
Ses traits fins, son corps fragile et son vêtement pendu à son épaule.
Pureté, liberté, intégrité.
Insouciance et légèreté.
Son corps est là, présent et distant comme si sa pensée s’en était détachée.
Espoir, force, indépendance.
Ses yeux observent et son sourire se dévoile.
Existe-t-il vraiment ou n’est-il qu’un désir inaccessible ?
Sa silhouette se démarque des autres, son corps est vêtu de blanc.
Distance, résistance et délivrance.
Est-ce toi cet être libéré ?
Irenka Krone
Texte paru dans le livre [Par défaut…], Jean-Pierre Humbert