Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous … Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage…

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LA LIB RECRUTE. PARTAGEZ !

Quand, avec la conviction de l’illuminé foudroyé par la foi, un d’jeun’s comme le rédacteur en chef de La Liberté vous enjoint de partager ses messages, solidaire, vous foncez sans réfléchir : VOUS PARTAGEZ ! J’ai écrit vous, car, depuis que, sur toutes sortes de supports publicitaires, les gentils animateurs de ce quotidien m’ont familièrement demandé: T’as lu la Lib, je ne partage plus la propagande poussive qu’ils distillent. Il m’est déjà arrivé que quelqu’un me demande si j’avais lu La Liberté du jour, mais personne ne m’a jamais interpellé avec un joyeux: T’as lu la Lib.

Cette pitoyable parodie d’un mode d’expression jeune complètement fantasmé doit être efficace car, avec le soutien de la Banque Cantonale de Fribourg, sur le même ton, La Liberté continue à draguer les cerveaux mous avec, affiché au format mondial, le slogan: Fini l’information poubelle sans valeur NUTRITIVE / Mets gratuitement dans ta poche de l’info de qualité jusqu’à la fin de tes études. Cela m’intrigue ! Cette forme parfaite de médiocrité racoleuse séduit-elle vraiment ? Si oui, la Force Opérationnelle (pour les colonisés, la Task Force) du groupe St-Paul qui chapeaute le journal le claironnera: Patience !

Depuis bientôt une année que la dictature sanitaire est au pouvoir, nous avons pu mesurer la valeur nutritive du journal préféré de nos concitoyens. À l’unisson avec les autres médias subventionnés du pays, il nous a inlassablement servi le même menu, fait de peur et de culpabilité sur fond de gluante gentillesse bien-pensante. J’en demande pardon à ceux qui ont aimé les plats qui nous ont été concoctés… je n’ai pas avalé grand-chose, et malheureusement, j’ai tout régurgité. Désolé ! Alors, l’information poubelle, c’est qui, c’est quoi ? En tous cas, de qualité ou pas, je la conserverais ailleurs que dans ma poche.

LA LIBERTÉ… une poubelle près de chez vous. PARTAGEZ !


LA LIBERTÉ PRÈS DE CHEZ VOUS – Technique mixte – JPH – 1976-2008

NÉPOTIQUE BUREAU – Lithographie – JPH – 1976


NÉPOTIQUE BUREAU
Texte de Jean-Christophe Emmenegger

Entre la réalité et la fiction, l’image donne encore quelques informations. Pas de l’imagination sans contrôle ou sans objet, ni l’expression de la nécessité d’exister – car l’idéal apparaîtrait derechef sur un plateau comme la tête de Jean Baptiste. Mais l’image essentielle, artistique, – pour l’appeler encore ainsi, – malgré des tentatives de destruction bien actuelles…

Pour détruire la possibilité de l’image, il n’y a pas d’autre choix que s’attaquer à la surface, miser sur l’épuisement par la répétition, se laisser aller à l’hébétude par l’exacerbation des contraires ou introduire le paradoxe en faveur de la vie qu’est le cri d’agonie.

Mais l’image reste autant possible que ce fond noir comme l’univers sans regard, un fond d’erreur ou de possibilité sans limites. Une tête au carré sécrète, exorbite de façon symbolique deux têtes mieux humanisées et ainsi de suite jusqu’au premier plan dénonçant l’illusion : ces quatre personnages sans beaucoup d’identité propre, rappellent autant les camps de concentration que les clones plus récents. Ils nous regardent et disent «c’est ainsi que nous sommes» à moins qu’ils ne posent la question «est-ce ainsi que vous êtes?»

Malgré cette multiplication classique du népotisme à partir du grand patron carré, symbolique, il reste un espoir avec les nuances d’humanité perceptibles dans les visages au premier plan : ce sont eux qui regardent et qui sont regardés, eux qui ont le plus de présence.

Paru dans le livre [Par défaut…], Jean-Pierre Humbert

Suite de la présentation de quelques-uns un des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE.

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir le chanteur et graveur bernois Arthur Loosli, dont je viens d’apprendre fortuitement qu’il est mort récemment, le cinq janvier 2021, à l’âge de 94 ans.

En 1986, dans les rues de Fribourg, une affiche annonçait la tenue d’une exposition des œuvres d’Arthur Loosli au musée de Thoune. Une découverte… subjugué par la superbe gravure reproduite sur cet imprimé de format mondial, je me suis empressé d’aller visiter l’exposition. Je n’ai pas été déçu. À mon, je proposai à Monsieur Loosli d’exposer dans ma galerie Contraste et de réaliser une gravure pour l’abonnement “Artistes suisses”.  MUSIQUE VIVANTE, l’estampe qu’il a gravée pour nous, a été présentée aux abonnés de la galerie lors du vernissage de l’exposition consacrée à ses œuvres en 1987. Arthur Loosli était aussi un chanteur de renom (baryton-basse). Pendant l’exposition, j’avais loué un piano à queue. Entouré de ses dessins et accompagné de son pianiste, Arthur avait interprété des compositions de Brahms et de Schubert pour les fidèles amis de la galerie. Mémorable!

En 1990, il a réalisé une suite de 7 dessins pour la publication LES 7 PÉCHÉS CAPITAUX vus par 7 artistes (Contraste Éditeur) ainsi qu’une gravure, sur le thème de LA COLÈRE (voir la reproduction un peu plus bas), destinée à l’édition de tête de ce livre. L’année suivante, il avait répondu positivement à mon invitation à participer au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE avec sa pointe sèche LE COUCHER DU SOLEIL.

Plus tard, il m’a confié le tirage de plusieurs de ses gravures. Dans les tiroirs qui abritent sa collection, l’Association Galerie Contraste conserve précieusement une épreuve du bon à tirer de chacun des sujets que j’ai imprimés. De quoi monter une belle exposition…

Depuis 1993, nous nous sommes perdus de vue. Me baladant sur internet, je me suis demandé ce qu’il était devenu. C’est ainsi que j’ai appris qu’il avait quitté notre monde pour l’éternité. Depuis longtemps, presque quotidiennement, j’ai une pensée pour lui, quand mon regard croise deux de ses représentations de DON QUICHOTTE accrochées à nos murs. Des pensées fugitives qui m’accompagneront encore longtemps. À bientôt, cher Arthur…JPH

Plus d’images – https://www.google.com/search?source=univ&tbm=isch&q=arthur+loosli&client=firefox-b-d&sa=X&ved=2ahUKEwi5pObDmp7uAhURrKQKHXT9CvsQiR56BAgUEAI&biw=1280&bih=882

 


MUSIQUE VIVANTE – Arthur Loosli – Eau-forte – 1987
CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH – Abonnement Artistes suisses 1987

 


LE COUCHER DU SOLEIL – La contribution d’Arthur Loosli au  PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE.

 

Arthur Loosli joue le cow-boy solitaire. La brume envahit la plaine. Seul, émerge encore Guillaume Tell, Vieux Fidèle des Westerns Emmenthal. L’effigie du Père Fondateur se détache sur un soleil couchant qui brille comme une pièce de cent sous. L’amour décapité s’appuie à son arc. Il n’a plus de carquois et sa flèche est restée plantée dans la pomme de Gessler. Un ange passe, trop haut pour qu’on puisse le plumer.

Mais qu’est-ce qui a pu motiver ce coup de pied aux sans-futur ?

Texte Étienne Chatton (1933- 2007)

 

LA COLÈRE
Arthur Loosli – Eau-forte – 1990

Cette œuvre est insérée dans le coffret qui constitue l’édition de tête du livre LES 7 PÉCHÉS CAPITAUX, vus par 7 artistes. Ont aussi participé à cette aventure:  Teddy Aeby, Peter Brauninger, François Gendre, Josiane Guilland, Jean-Pierre Humbert et Patrck Savary.

CONTRASTE ÉDITEUR / Atelier JPH  – 1990

 


1999 – Arthur Loosli grave – Photographie empruntée à l’internet


BIOGRAPHIE
Pour en savoir plus sur Arthur Loosli, je vous suggère de visiter son site internet : http://www.arthurloosli.ch/home.html

 

Article de Béatrice Geinoz-Berset pour La Liberté

 


Arthur Loosli als Konzertsänger an einem Liederabend, 1962 – Photographie empruntée à l’internet


LE MUSICIEN Arthur Loosli

Hommage: http://www.buero-dlb.ch/de/archiv/bildende-kunst-fotografie-grafik-architektur-design/der-schweizer-konzertsaenger-zeichner-kunstmaler-und-lehrer-arthur-loosli-ist-gestorben

https://www.musicme.com/Arthur-Loosli,-Karl-Grenacher/

Comme annoncé dans un précédent épisode de ma NEF DES FOUS du mois de décembre 2020, en ce début de l’an 2021, je vous présente quelques-uns un des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE. Aujourd’hui je vous propose de découvrir le graveur et ébéniste français Pierre Vincendon (1923-2007). 

1991- L’UTOPIE SANS ILLUSION
Ci-dessus, la gravure au burin avec laquelle Pierre Vincendon a participé
au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE en 1991


La paix, un bel oiseau de paradis, plié amoureusement par Pierre Vincendon. La main du graveur le tient si haut que nous devrions croire à son éternité. La colombe porte en guise de plumet cinq feuilles de laurier toujours vert. Mais le ciel est barré de trajectoires d’autres oiseaux. Des superforteresses volantes lâchent leurs bombes. Un de ces œufs a explosé si près qu’il a touché la cocotte dérisoire; une traînée de sang poisse la main de l’artiste. Clarté et mesure du génie français: une aura de tendresse voile la totale cohérence de la démarche.

Texte d’Étienne Chatton (1933- 2007)

 

Portrait de Pierre Vincendon emprunté à internet et trafiqué par mes soins sur photoshop


Notice biographique
http://www.auxerretv.com/content/index.php?post/2011/09/18/Pierre-Vincendon-sera-incin%C3%A9r%C3%A9-lundi-%C3%A0-Auxerre

Né en 1923, à Pont-Evêque dans l’Isère, après le bac, il est entré à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon en 1941.
Suite à des mouvements étudiants, il arrive en 1943 au camp de Cravant qui servait d’usine de réparation d’avions allemands. Consécutivement à un bombardement anglais, il s’évade et entre dans le maquis FTP «La Marseillaise» de Vermenton. Blessé, il rencontrera sa future épouse, Simone.

Après guerre, il réintègre l’École, achève ses études et œuvre dans le vitrail et le fer forgé. En 1949, il devient professeur en cette même École où comme il le disait il devint professeur aux côtés de ses anciens professeurs, puis de ses camarades de promo et enfin de ses propres élèves. Parallèlement à son activité d’enseignement il pratique l’art du burin en taille douce (une centaine de «plaques») et à cette occasion part à la quête des grands anciens et de leurs recherches sur les proportions harmoniques, les canons de la Beauté…

Effectuant ses recherches et gravant ses plaques à Lyon, il effectuait les tirages dans sa résidence secondaire de Brosses (89660) dans l’Avallonnais. Ce qui lui permettait de signer de son nom en ajoutant les lettres EA = épreuve d’artiste (gravure dessinée, gravée et tirée par l’artiste). Il s’attachera tout particulièrement au Nombre d’Or et ses rapports au pentagone qui lui feront aimer le château de Maulnes (il créera une composition sur ce thème).

Son ami Jean-Marie Lemaire qui organisa l’une de ses expositions dit dans la présentation: «Pierre Vincendon a fait le deuil de la couleur. Il nous fait partager son respect pour le Travail, ses outils et la main qui les tient, son admiration pour l’Architecture, le Nombre d’Or et la Divine Proportion. Ainsi grâce au juste équilibre des énergies qui sous-tendent chaque composition, comme magie noire et magie blanche, Pierre Vincendon, tel l’Alchimiste, nous aide à passer par sa Porte d’Harmonie et à pénétrer à l’intérieur de l’Œuvre qu’il construit à la mesure du Monde.»

Il exposera dans de nombreux lieux de Vezelay à Tokyo.

Retraité en 1966, il continuera jusqu’en 2003 la gravure puis pour des raisons de santé devra l’abandonner. Il reviendra, toujours dans le même esprit, au dessin et au pastel… Ces derniers mois, sa santé s’était altérée, mais il continua jusque dans les derniers jours à dessiner.

Il souhaitait donner son corps à la science mais n’eut pas le temps de remplir les papiers.

Utopiste, il croyait en la phrase de Dostoïevski : «La Beauté sauvera le monde…»

 

COURRIER DES LECTEURS

oui les traités de paix ne sont qu’illusion de papier, bons à faire des cocottes
quelle estampe! idée, finesse exceptionnelle et richesse des interprétations.
j’aime particulièrement la singularité de la main qui semble sortie d’un tableau d’avant la renaissance.  si délicate et douce qu’elle semble peinte. à elle seule, elle me fait gamberger dans le tranchant de son déco.

bon dimanche

colette maillard

Comme annoncé dans un épisode du mois de décembre 2020 de ma NEF DES FOUS, je vous présente un des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE J’inaugure cette suite avec le graveur lausannois Jean-Pierre KAISER (1915-2001). 

1991- L’UTOPIE SANS ILLUSION
Ci-dessus, la gravure à l’eau-forte avec laquelle Jean-Pierre Kaiser a participé
au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE en 1991

Jean-Pierre Kaiser hausse d’un ton l’insolence. Elle atteint au sommet les maîtres de l’Utopie dont la morgue surpasse nos glaciers pourtant marqués de l’emblème national. Quand les arbres meurent, la candeur n’est plus de mise; osons voir la réalité sous ses deux profils. Tout est dit dans ces robots affrontés: la machine de guerre des multinationales, leur emprise sur la cité, leurs hiérarchies calquées sur les trois pouvoirs qu’elles enserrent de leurs anneaux. Aux commandes: des puissances invisibles parce que hors du cadre. Énergie sidérante, à la mesure de son objet. Le propre de l’homme, c’est son inhumanité.   Texte d’Étienne Chatton (1933- 2007)

Deux liens pour mieux connaître Jean-Pierre Kaiser :
Jean-Pierre Kaiser- Météores et phénomènes
Jean-Pierre Kaiser – Biographie

Pendant les années septante, je feuilletais régulièrement le journal de La Migros qui s’appelait alors Construire. Ce n’était pas pour m’informer des dernières actions avantageuses proposées par le supermarché , mais pour y découvrir des artistes peintres et graveurs. Monsieur Sylvio Acatos, un fameux historien de l’Art, en était le rédacteur en chef. Sous sa direction, le journal présentait régulièrement un artiste suisse et éditait une de ses estampes dont le tirage très limité était numéroté et signé. Les coopérateurs pouvaient acheter l’œuvre, qui était vendue à un prix attractif. C’est là que pour la première fois j’ai vu une reproduction d’une gravure de Jean-Pierre Kaiser. Coup de foudre, commande, et… le tirage était épuisé.

En 1989, lorsque j’ai lancé les invitations à participer au 1er PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE, j’ai bien sûr pensé à Jean-Pierre Kaiser. Il a répondu à mon invitation avec la gravure L’Utopie sans illusion… reproduite plus haut. Quelques année plus tard, en 1998, avec Milka, nous l’avons enfin rencontré, et il a accepté que nous éditions trois de ses gravures pour notre publication Abonnement Artistes Suisses. Pour les amateurs, il reste une épreuve à vendre de chacune des trois gravures de l’Abonnement (ESPACE XIX / ESPACE XVIII / ESPACE XXIV).

C’est avec nostalgie que je me souviens de longues et passionnantes discussions, assis dans la véranda qui surplombait un beau jardin et la ville de Lausanne. En 2015, quatorze ans après sa mort, nous lui avons rendu un modeste hommage à la Galerie Contraste. Toutes les personnes présentes lors du vernissage se souviennent de l’émouvant et poétique exposé de notre ami commun, le peintre et graveur Jacques Cesa (1945-2018) qui fut l’élève de Jean-Pierre Kaiser à l’École des Beaux-Arts. Malheureusement, je ne peux pas vous en montrer plus, car je n’ai pas reçu le manuscrit de la présentation de Jacques et, comme souvent à la galerie Contraste, les photographes étaient au chômage. JPH

ESPACE XIX – Eau-forte – Jean-Pierre Kaiser – 1998
Édition 1998 de l’abonnement ARTISTES SUISSES de la Galerie Contraste

ESPACE XVIII – Eau-forte – Jean-Pierre Kaiser – 1998
Édition 1998 de l’abonnement ARTISTES SUISSES de la Galerie Contraste

ESPACE XXIV – Eau-forte – Jean-Pierre Kaiser – 1998
Édition 1998 de l’abonnement ARTISTES SUISSES de la Galerie Contraste

Eau-forte de Jean-Pierre Kaiser

UN NUAGE … UN MIRAGE – Technique mixte –  JPH – 1990-2009

 

UN NUAGE … UN MIRAGE

Assis, les yeux fermés, je regarde un nuage.
Lentement, progressivement,
Il investit l’écran bleu de mes rêveries.
Animé par un vent malicieux,
Il dévoile l’esquisse floutée d’un corps féminin.

Assis, les yeux ouverts, je ne vois plus rien.
Dans le ciel nocturne,
Flotte l’un de mes châteaux en Espagne
Insensiblement absorbé par l’obscurité.

J’aime prendre mes désirs pour la réalité.

Retour en 1991, avec le concours international d’estampes (lithographie, gravure, sérigraphie) que j’ai organisé sur le thème PARADIS PERDU… ou l’utopie… sans illusion. À charge pour les artistes invités à y participer d’illustrer ce paradoxe. Le format de l’œuvre à réaliser était aussi imposé. 85 artistes venus des cinq continents ont répondu à mon appel dont il faut dire qu’il était très alléchant. Les œuvres en concours ont été exposées et mises en vente aux cimaises de sept institutions différentes en Suisse romande et en Suisse alémanique. Elles étaient toutes reproduites dans un livre, dont vous pouvez voir la couverture ci-dessus. Résultants du vote des visiteurs de la tournée d’expositions, trois prix ont été attribués aux artistes graveurs Eric Robert-Aymé (France), Albin Brunovski (Slovaquie) et Jean Coulon (Belgique). L’aventure s’est terminée en beauté en 1993 au Musée d’art et d’histoire à Fribourg par une exposition des œuvres en concours, et l’accrochage d’une trentaine de gravures de chacun des lauréats. Tout le temps de la manifestation, j’assurais l’animation d’un atelier d’impression de gravure en taille-douce.

Depuis, j’ai édité des œuvres de plusieurs des participants au concours. Pendant l’année 2021, je vous ferai découvrir quelques-uns de ces artistes dans ma rubrique DANS L’OCÉAN ARTISTIQUE – courants chauds de ce carnet de bord.

 

Eric Robert-Aymé a froissé le journal et ses feuillets maculés d’encre. Ses caractères d’imprimerie n’ont guère plus de sens que l’agitation des fourmis noires. Toujours le même “Monde”. De notre envoyé spécial: sensationnel, imminent, combats, rencontres, alliés, paix. Mais effrayée de tant de bruit, la colombe s’est envolée.

Étienne Chatton 1933- 2007

Albin Brunovsky s’arrache à la terre. Son objet volant non-identifié tient du nid de frelons, de la colonie d’oiseaux tisserins et du vaisseau spatial. Aux amarres s’accrochent encore d’autres nacelles, aux vergues des bipèdes. Armés de lances, ils continuent à combattre les envahisseurs, des mutants de tous stades. De curieux marsupiaux qui ont raté l’embarquement poursuivent l’engin. Superbe utopie! Elle relie l’arche de la Genèse aux mythes futuristes de Zardoz ou Alien.

Étienne Chatton 1933- 2007

Jean Coulon a construit l’arche, mais le déluge n’est pas venu. L’embarquement n’a pas eu lieu. Sur la plage à sec, le grand oiseau dort sur ses cales. Aux vergues pendent les cordages. Dans la ville qu’on avait laissée à l’abandon, il eût fallu se remettre à l’ouvrage. On a dressé une échelle, quelques échafaudages mais le cœur n’y était plus.

Étienne Chatton 1933- 2007

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – Peinture acrylique – JPH – Détail de la version de 1981

 

Penser contre son temps, c’est de l’héroïsme.
Mais le dire, c’est de la folie.
Tueur sans gages – Gallimard – Eugène Ionesco – 1912-1994

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME… feuilleton-saison-2


ÉPISODE 1/5

L’aventure a commencé en 1981. Pour fêter les 10 ans d’existence des Laboratoires Golliez à Courgevaux, la direction de l’établissement m’a sollicité pour créer un nouveau logo et tous les produits publicitaires qui vont avec. Mais ce n’est pas tout… À l’initiative de mes amis Michel Dousse et Jean-Marie Jenny, organisateurs du jubilé de l’entreprise et membres de sa direction, j’ai aussi été mandaté pour réaliser une peinture murale dans l’entrée de l’usine. Mauvais plaisant patenté, j’ai abusé de la liberté totale qui m’était accordée, pour concocter une image ambiguë, affublée de ce titre équivoque: Le triomphe du conformisme. L’histoire s’est terminée en beauté par une grande fête composée de distingués discours officiels, suivis d’un festin comme dans les albums d’Astérix.

ÉPISODE 2/5

Quelques mois plus tard, je suis allé photographier ma peinture. Avec le recul, j’ai trouvé qu’elle avait beaucoup de défauts, et j’ai longtemps songé à me rendre sur place pour y remédier. J’ai ruminé cette idée pendant encore six ans. Finalement, j’y suis retourné pour prendre les mesures de la paroi. Plutôt que de rafistoler ma peinture, j’ai choisi de la refaire. Une fois terminée, je projetais de coller la nouvelle version par-dessus la première. J’ai fabriqué un grand châssis, 351×258 cm sur lequel j’ai tendu ma toile. C’était parti, pendant quatre mois, je m’attaquais une fois de plus au conformisme… Pour la gloire ? Pour l’argent ? Non… Simplement pour essayer de mieux faire… Être en paix…

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – 1988 – Peinture acrylique de…


ÉPISODE 3/5

Le nouveau tableau était pratiquement terminé, quand le fameux boucher artiste-peintre Corpatoo est passé à mon atelier en quête de renseignements. D’emblée, il me dit : C’est magnifique ce que vous faites là ! – Merci du compliment. – Est-ce une commande ? – Non – Alors, il faut le vendre – Euh, je veux bien, mais à qui ? – Moi je connais quelqu’un, je vais lui en parler.

Le lendemain, Monsieur Corpatoo me rend visite à l’atelier, accompagné du gérant du restaurant de l’institution qui s’appelait encore l’École Normale. Enthousiasmé, ce dernier en parle au directeur de l’établissement, qui, à son tour, vient voir l’objet de mon travail. Il réagit très positivement. Quelqu’un de plus prétentieux que moi dirait qu’il était emballé. Décidément, cela s’annonce bien. Il passe commande. Reste à choisir l’emplacement qui recevra mon œuvre. Ce sera au fond du spacieux couloir qui longe la mensa, sur une paroi qui, au centimètre près, a le même format que ma peinture. Un coup de maître du hasard ! Et votre décision de remplacer l’œuvre sise à Courgevaux, me direz-vous? Bon, vous connaissez le livre de Jacques Monod, Le hasard et la nécessité. Oui, c’est injuste, la nécessité abuse souvent du hasard pour justifier ses actes. J’ai renoncé à ce geste chevaleresque et désintéressé. Quelques semaines plus tard, avec mes amis relieurs de la Bibliothèque Cantonale, nous avons collé mon œuvre contre le mur qui semblait l’attendre depuis toujours.

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – Peinture acrylique – JPH – 1987-88


ÉPISODE 4/5

C’était en 2018, au hasard d’une promenade, je passais devant l’École Normale qui a gradé et s’appelle aujourd’hui Haute École Pédagogique. J’ai pensé à mon tableau qui était installé depuis 30 ans dans l’enceinte de cette vénérable institution. Je me suis dit que ce jubilé valait bien une visite. Mon œuvre n’avait pas bougé. Dans la pénombre, à l’extrémité de son confortable couloir, protégée des regards et des agressions de la lumière par une rassurante et reposante pénombre, elle avait été en quelque sorte augmentée par l’apport d’une cinquantaine de chaises soigneusement empilées devant elle. Avec cette touche contemporaine, mon portrait amusé de nos sociétés progressistes et mon goût de la perfection étaient enfin comblés. Amis agents de la fonction publique, je vous remercie chaleureusement  pour votre intervention zéro point zéro, authentique point d’orgue à ma vision du conformisme et du conformiste…

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – Version augmentée – Photographie de JPH – 2018


ÉPISODE 5/5 – Épilogue

Les feuilletons les mieux tournés ont une fin. Heureuse et moralisatrice chez les vendeurs d’illusions du conformisme, incertaine et inquiétante pour les autres. Dans ma nouvelle série Réchauffement esthétique aux rebondissements mal pensants (mal pensés?), par le feu, par l’eau, le vent, la chimie, etc., j’ai entrepris et mis en scène la destruction prématurée de certaines de mes réalisations. Le triomphe définitif du conformisme (ci-dessous reproduit) est la première image de cette entreprise ainsi que l’épilogue de mes réalisations consacrées au conformisme qui, à mes yeux et contrairement à ce qu’affirme le dictionnaire, n’a que peu à voir avec le traditionalisme. Je le comprends plutôt comme une expression de la soumission à la doxa du moment.

Pareillement, les entreprises les plus prospères ont une fin. En novembre 2001, la raison sociale Laboratoires Golliez SA est radiée, c’est la faillite. L’usine sert maintenant d’entrepôt pour des produits de luxe. J’y suis allé en 2018. Ambiance crépusculaire… Une secrétaire et un manutentionnaire gèrent le départ des occupants. Ma peinture est encore là… Et moi de même…

 

LE TRIOMPHE DÉFINITIF DU CONFORMISME – Technique mixte – JPH – 2019-1987-88 


J -JPH – 2001

 

LE SEXE DES MOTS

Jean-François Revel (1924-2006)
commente la féminisation des mots :
Byzance tomba aux mains des Turcs tout en discutant du sexe des anges.
Le français achèvera de se décomposer dans l’illettrisme pendant que nous discuterons du sexe des mots.
La querelle actuelle découle de ce fait très simple qu’il n’existe pas en français de genre neutre comme en possèdent le grec, le latin et l’allemand. D’où ce résultat que, chez nous, quantité de noms, de fonctions, métiers et titres, sémantiquement neutres, sont grammaticalement féminins ou masculins. Leur genre n’a rien à voir avec le sexe de la personne qu’ils concernent, laquelle peut être un homme.
Homme, d’ailleurs, s’emploie tantôt en valeur neutre, quand il signifie l’espèce humaine, tantôt en valeur masculine quand il désigne le mâle. Confondre les deux relève d’une incompétence qui condamne à l’embrouillamini sur la féminisation du vocabulaire. Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille.
De sexe féminin, il lui arrive d’être un mannequin, un tyran ou un génie. Le respect de la personne humaine est-il réservé aux femmes, et celui des droits de l’homme aux hommes ?
Absurde!
Ces féminins et masculins sont purement grammaticaux, nullement sexuels.
Certains mots sont précédés d’articles féminins ou masculins sans que ces genres impliquent que les qualités, charges ou talents correspondants appartiennent à un sexe plutôt qu’à l’autre. On dit: «Madame de Sévigné est un grand écrivain» et «Rémy de Goumont est une plume brillante». On dit le garde des Sceaux, même quand c’est une femme, et la sentinelle, qui est presque toujours un homme.
Tous ces termes sont, je le répète, sémantiquement neutres. Accoler à un substantif un article d’un genre opposé au sien ne le fait pas changer de sexe. Ce n’est qu’une banale faute d’accord.
Certains substantifs se féminisent tout naturellement: une pianiste, avocate, chanteuse, directrice, actrice, papesse, doctoresse. Mais une dame ministresse, proviseuse, médecine, gardienne des Sceaux, officière ou commandeuse de la Légion d’Honneur contrevient soit à la clarté, soit à l’esthétique, sans que remarquer cet inconvénient puisse être imputé à l’antiféminisme. Un ambassadeur est un ambassadeur, même quand c’est une femme. Il est aussi une excellence, même quand c’est un homme. L’usage est le maître suprême.
Une langue bouge de par le mariage de la logique et du tâtonnement, qu’accompagne en sourdine une mélodie originale. Le tout est fruit de la lenteur des siècles, non de l’opportunisme des politiques. L’Etat n’a aucune légitimité pour décider du vocabulaire et de la grammaire. Il tombe en outre dans l’abus de pouvoir quand il utilise l’école publique pour imposer ses oukases langagiers à toute une jeunesse.
J’ai entendu objecter: «Vaugelas, au XVIIe siècle, n’a-t-il pas édicté des normes dans ses remarques sur la langue française ?». Certes. Mais Vaugelas n’était pas ministre. Ce n’était qu’un auteur, dont chacun était libre de suivre ou non les avis. Il n’avait pas les moyens d’imposer ses lubies aux enfants. Il n’était pas Richelieu, lequel n’a jamais tranché personnellement de questions de langues.
Si notre gouvernement veut servir le français, il ferait mieux de veiller d’abord à ce qu’on l’enseigne en classe, ensuite à ce que l’audiovisuel public, placé sous sa coupe, n’accumule pas à longueur de soirées les faux sens, solécismes, impropriétés, barbarismes et cuirs qui, pénétrant dans le crâne des gosses, achèvent de rendre impossible la tâche des enseignants. La société française a progressé vers l’égalité des sexes dans tous les métiers, sauf le métier politique. Les coupables de cette honte croient s’amnistier (ils en ont l’habitude) en torturant la grammaire.
Ils ont trouvé le sésame démagogique de cette opération magique : faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes.

 

G – JPH – 2001
ABÉCÉDAIRE – La couverture du coffret – Tout doit être interprété à la lettre, l’imaginaire, le rêve et ses corollaires.

 

ETC…

LE CHOC DES CULTURES –  Technique mixte – JPH – 2006-1982


Bel exemple de clonage thérapeutique :
Avec le noyau d’une cellule de ma peinture intitulée
Phantasme, j’ai éliminé tout ce que cette œuvre incluait de dégénérescence morale et picturale. L’image ainsi régénérée s’est d’abord prénommée Le choc des civilisations. Mais, y a-t-il encore civilisation lorsqu’il y a choc? Finalement, j’ai opté pour Le choc des cultures. Tous les historiens vous le diront, la culture vaut bien un petit choc. Mais qu’importent ces tergiversations langagières quand tous les moyens et tous les prétextes sont bons pour guerroyer sans retenue.

Voir plus s’il y a mésentente !

 

PHANTASME –  Peinture – JPH – 1982


NE RATEZ PAS LA PRÉSENTATION DE NENAD ANDRIC !


Dans le cadre de l’exposition
HILANDAR le LAMENTO

Peintures et gravures de BRANISLAV MAKES

Monsieur Nenad Andric vous dévoilera
quelques secrets du monastère serbe Hilandar au Mont Athos
Dimanche 27 septembre 2020 dès 15 heures,
pendant une vingtaine de minutes

Ouvert du vendredi 11 septembre au dimanche 11 octobre 2020
vendredi et samedi de 14 à 18 heures,
et dimanche de 14 à 17 heures

Plus d’informations:
https://jphumbert.ch/hilandar-le-lamento/3577/

CONTRASTE GALERIE / Atelier JPH
Ruelle des Cordeliers 6 – CH-1700 Fribourg
078 875 96 66 – www.jphumbert.ch

LA PARABOLE DES AVEUGLES – Brueghel l’Ancien -1568


L’art s’arrête où cesse l’admiration
Victor CherbuliezLes études de littérature et d’art (1873)

 

L’ADMIRATION
Texte de JPH

Bien qu’à l’indice du pouce levé, elle soit mal notée par la bobo-pensance, l’admiration a encore ses adeptes et j’en fais partie. En balade sur internet, les définitions éclairées du mot invitent l’admirateur à se réveiller et à enfourcher les lunettes de la lucidité afin d’atténuer l’effet aveuglant de sa fébrile exaltation. Tant pis, je le répète, j’aime admirer. Pour mesurer la chaleur de mon enthousiasme, je dispose même d’un thermomètre infaillible. Il suffit qu’un objet, un son, une œuvre, un acte exceptionnel m’émerveille pour que, saisi du désir de me surpasser, je me mette au travail. Je retrouve ainsi le cœur à l’ouvrage perdu lors de ma dernière visite d’un des innombrables et innommables centres voués à la dictature de l’art dit contemporain.Des visites qui me laissent découragé et bras ballants… aquoiboniste. Un sujet tragi-comique que je développerai certainement une fois dans le carnet de bord de ma nef des fous.

Mais place aujourd’hui au bonheur de savourer des chefs-d’œuvre. Dans le domaine des arts visuels, auquel j’ai consacré une grande partie de ma vie, les artistes et les œuvres exceptionnels sont paradoxalement très nombreux. Une encyclopédie n’en donnerait qu’un pâle résumé. Impossible donc de faire un tour complet des prodiges qui ont été conservés au fil de l’Histoire. Pour illustrer mon propos, minimaliste, je n’ai retenu que deux reproductions. Celle de la fameuse peinture de Brueghel l’Ancien intitulée La parabole des aveugles, peinte en 1568, et la gravure Rainman que l’artiste slovaque Igor Piacka a créée en 2004 pour les abonnés de mes Éditions Contraste. J’ai aussi joint à ce message un lien sur l’enregistrement d’un concert donné en 1964 par le formidable compositeur et interprète de jazz Dave Brubeck (1920-2012), dont le père Peter Brubeck était un éleveur de bétail d’origine suisse. Une musique qui devrait transporter les “personnes à risque” au Chess Bar entre 1964 et 1965.

Parmi tant de belles créations, j’ai choisi La parabole des aveugles de Brueghel l’Ancien pour éclairer mon propos parce que, à mon avis, et malgré les siècles qui nous séparent de sa création, elle a conservé tout son sens. La toile met en scène la parabole des aveugles de l’Évangile: Laissez-les: ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou ! (Mathieu 15,14). Avec les spectateurs amateurs de feuilletons, j’ai envie de voir comment se termine la scène peinte par Brueghel. Les six aveugles, la main sur l’épaule de celui qui le précède ou tenant son bâton, tomberont-ils tous dans le trou ? Je ne crois pas. Celui qui est en troisième position sait déjà que ses deux compères ont chuté, et nous lisons l’angoisse de ceux qui le suivent. Le personnage qui est encore debout s’arrête et crie: arrêtez-vous, Jean et Pierre sont tombés! Désemparés, les quatre aveugles, immobiles, attendent un guide… un guide capable de les conduire. 

Téléportons-nous au mois de janvier 2020. Le monde entier est tombé malade, zut, pas de chance! Sûrs des compétences de leurs conseillers, transhumanistes pratiquants dont le cerveau et le cœur sont assistés par les meilleurs ordinateurs, ceux qui conduisent le civilisé mondialisé se sont donnés la main pour terroriser les populations et humilier les sceptiques, avant même qu’ils aient seulement émis un doute sur leur manière de gérer ce qui a été qualifié de pandémie. Avec émotion, la peinture de Brueghel nous montre le douloureux destin de ceux qui, aveugles, sont conduits par des aveugles. Notre actualité est bien sûr différente, mais le délire dictatorial mis en place à des degrés divers dans les orgueilleux pays progressistes interroge même les citoyens les plus crédules. Ceux qui nous conduisent seraient-ils par hasard aveugles ou nous égarent-ils en connaissance de cause? La réponse compte peu, car si nous les suivons nous serons perdus comme les aveugles de la puissante œuvre du peintre brabançon.


L’admiration est un ancien tribut qu’on ne paye plus. On ne cherche plus à la mériter aujourd’hui, parce que personne n’en veut plus accorder ; les niveleurs ont tout rabaissé afin de tout réduire à leur taille
.

Chauvot de Beauchêne – 1749-1824 – Les maximes, réflexions et pensées diverses (1819)

Quel visionnaire, ce Monsieur Chauvot de Beauchêne ! Aujourd’hui en l’an 2020, les descendants des niveleurs du XIXe siècle sont solidement installés à l’ombre des puissants. Qu’ils soient fantômes, zombies, ou de chair et de sang vêtus, ils errent inlassablement dans les couloirs fréquentés par les dirigeants en tous genres, en quête perpétuelle d’argent pour financer leurs projets de mise en œuvre du plus petit dénominateur commun égalitaire. Leur réussite est spectaculaire dans les microcosmes intellectuels et auprès des médias de masse. Heureusement, la résistance s’organise…

 

Igor Piacka – Peintre et graveur slovaque photographié devant l’une de ses œuvres


Avec Igor Piacka, vous faites la connaissance d’un des artistes contemporains dont j’admire les peintures et les gravures.

Pendant 25 ans, j’ai édité une ou plusieurs estampe(s) d’une cinquantaine d’artistes différents. Ce fut ma façon de leur témoigner mon estime. J’ai ainsi visité les cinq continents à travers leurs œuvres. Autant de rencontres et d’aventures picturales qu’il serait peut-être intéressant de raconter. Igor Piacka a été l’un d’eux. À la parution, sa gravure Rainman avait inspiré un excellent texte de notre ami, le journaliste et écrivain Philippe de Bellet. Vous le trouverez plus bas, sous la reproduction de la gravure.


Igor Piacka – Raccourci biographique

1962-8-10 – Naissance à Třebíč (République Tchèque)
1983-89 – Étudie à l’Académie des Beaux-Arts de Bratislava (Slovaquie), Département de graphisme libre illustration (Professeur Albin Brunosky)
1987-88 –  Étudie à l’Académie des Beaux-Arts à Bruxelles (Belgique)
1990- 2003 – Professeur assistant à l’Académie des Beaux-Arts de Bratislava, Département des Arts Graphiques
2003 – Travaille en qualité d’artiste indépendant

Depuis 1990 – Plus de cent expositions individuelles (Bratislava, Prague, Londres, Moscou, New-York, Shanghai, Tokyo…). Ainsi que de nombreuses expositions collectives partout dans le monde.

Récompenses — Depuis 1985 – 35 prix pour ses créations graphiques (Ex-Libris, Peintures, Timbres-poste et Illustrations (Bratislava, Prague, Belgrade, Paris, Uzice, Toronto, Sapporo, Qingdao, Kanagawa, Pékin…)

Œuvres présentes dans plusieurs collections privées et aussi dans des Galeries et des Musées et internationales en Slovaquie et à l’étranger

Pour voir d’autres œuvres – https://www.facebook.com/Igor.Piackart/

 

 

RAINMAN
Gravure d’Igor Piacka – Slovaquie – Abonnement artistes européens – Contraste Éditeur – 2004
Texte de Philippe de Bellet


Les gens se courent après, nous courons après nos rêves dans lesquels tout cohabite, se croise, se frôle ou s’entremêle et s’interpénètre. Sublimes et folles visions, libérées des entraves de la pensée contrôlée, structurée, organisée, censurée. Tout est désormais possible, tout s’y produit, tout s’y transforme: ce que l’on espère et ce que l’on redoute. Même ce à quoi nous n’avions jamais accordé une once d’attention. Et contrairement à la réalité dans laquelle, éveillé, on est plongé, l’univers du rêve s’impose à nous sans que nous puissions y influer en aucune manière que ce soit. Le rêve, lui, est libre, nous pas.

Lumière et ombres, silhouettes et personnages identifiables, chutes et ascensions, espoirs et désillusions, menaces et promesses. Les petits personnages en séquence dont est constellé «Rainman», engagés dans leur ballet aérien – mais peut-être s’agit-il d’une danse rituelle, voire initiatique – ne font-ils pas aussi penser aux damnés de Jérôme Bosch, chutant et se débattant en vain dans la géhenne ? Jusqu’où dure le rêve avant de basculer dans le cauchemar, comme le bien dans le mal, la lumière dans l’ombre ou la nuit ? Inquiétant et fascinant.

Et qu’augurent ces signes symboliques qui égrènent, eux aussi, tant le chasseur mystérieux que sa proie – à moins qu’il ne s’agisse de sa conquête, voyez son doux sourire ! Notre ami graveur nous annonce l’heure grave.

 

 

COURRIER DES LECTEURS

deux remarques après ce très intéressant mail.
l’admiration qui agit est la seule qui puisse avoir une valeur. souvent on se contente d’admirer mais même la raison qui nous pousse à admirer ne semble pas mériter notre attention profonde et notre réflexion. on se contente  de l’éclat que cela nous fait, un aveuglement  sans intérêt.
l’autre remarque c’est que tu soulèves en passant juste comme ça l’énorme problème qu’est la mainmise affairiste et capitaliste sur l’art et il ne s’agit pas que de  prix de tableaux mais d’un contrôle global sur ce qui est beau… et de ce que l’on doit admirer finalement.
quant à la crise du Covid, il est de plus en plus évident qu’il s’agit d’un muselage du lien social.

merci pour la découverte Piacka
bon dimanche grave homme

colette maillard