Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous … Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage…

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Parmi les quelque 600 représentations de la Tour de Babel, dont la célèbre version de Bruegel l’Ancien, la gravure de la Tour de Babel en Belzé de Jean-Pierre le Jeune apporte son bloc de molasse à l’édification du mythe.

Dans la Genèse selon Jean-Pierre, le berceau de l’humanité se trouve à Fribourg. Les hommes parlaient alors la même langue, le bolze, formaient un seul peuple et cultivaient moult moments d’amitié autour de manoilles rafraîchissantes. Un jour, le roi Nemrod IV de Zæhringen ordonne de bâtir une tour dont le sommet doit toucher les cieux. L’Éternel, divinement agacé par tant d’insolence, redoute que la réussite du projet incite les rêveurs de la cité à échafauder des salles de spectacle et des ponts de la Poya en veux-tu en voilà. Dieu fait parler aux hommes des centaines de langues pour qu’ils ne se comprennent plus puis les éparpille par toute la terre. La Tour de Belzè reste inachevée. Cette vue de Fribourg à la base solide mais dont les étages perdent l’équilibre dans les nuages me renvoie à ma piètre inaptitude: grandir en Nuithonie et ne pas être bilingue, untauglich zu Zweisprachigkeit.

« 3 p’tits tours et… Soyons humbles et déterminés, bâtissons là ou en Basse, mais construisons toujours », disent les Bolzes qui ont plus de trois tours dans leur sackelè. Écoles et bibliothèques s’érigent autour de la patinoire. Un funi droit comme un i file vers l’Uni, rompant le ronron des remparts et des ponts en colimaçon. Des descendants des ouvriers de l’ancienne Tour reviennent s’installer en ville ; les langages se croisent et se mélangent. 3 p’tits tours et… représente une spirale harmonieuse, une ligne qui fait des révolutions pour que la terre tourne mieux. Si le bolze s’imposait comme langage universel, les conflits entre les nations s’apaiseraient.

Texte de Jean-Baptiste Magnin – Extrait de [Par défaut], Jean-Pierre Humbert – Éditions Estampe.org

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – Gravure – Tirage 47 ex. numérotés et signés – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 2e état de la gravure – Tirage 47 ex. numérotés et signés – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 1ère épreuve de travail de la gravure – un seul exemplaire tiré – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 2e épreuve de travail de la gravure – un seul exemplaire tiré – JPH – 1995

 

À des milles des miasmes du virus bêtement intellectualisant qui mine le monde pictural de Suisse et d’ailleurs, ingénu dans un univers peuplé de tordus, l’ami Fred-Engelbert Knecht a, sa vie durant, inlassablement promené ses pinceaux et son regard amusé sur notre pays. Il a laissé une œuvre foisonnante, tant par la quantité que par la qualité. Des dessins et des peintures qui lui ressemblent. Franc, frais, direct et sincère, Fred-Engelbert Knecht a peint les beautés et les travers de l’Helvétie avec la candeur d’un éternel rêveur, et la confiance souriante d’un homme qui croit que le passé a plus d’avenir que le futur.

Fred-Engelbert réalisait ses lithographies dans le même atelier que moi. C’est là que j’ai découvert et que j’ai été séduit par ses travaux. Walo Steiner, le lithographe, m’a communiqué son adresse et je l’ai contacté pour lui commander une gravure pour l’abonnement Artistes suisses que j’éditais une fois par an. Il a réalisé pour mes abonnés, ce qui, je crois, était sa première et seule gravure. Reproduite ci-dessous, elle est intitulée Zürich 2032. Après l’exposition organisée à la Galerie Contraste pour la parution de son estampe, Fred a eu la gentillesse de m’inviter à exposer dans son Bar-Galerie 16a à Zürich. À ma grande surprise, dans ce lieu très fréquenté et largement voué aux travaux de son ami Hans Ruedi Giger, j’ai vendu les quatre gravures que j’avais présentées. Par la suite, nos relations se sont espacées et je n’ai appris sa disparition en 2010 que bien plus tard. Adieu Fred, je t’aimais bien…


«Quel est l’intrus?» semble demander l’artiste zürichois Fred Engelbert Knecht dont une vingtaine de tableaux seront exposés le week-end du 8 au 9 septembre à l’Atelier Contraste de Fribourg. Ouvert au public de 10h à 18h, l’atelier fera à l’occasion une démonstration de gravures tirées de l’Abécédaire de Jean-Pierre Humbert. La visite sera accompagnée par interludes, au son de la clarinette de Jean-Daniel Lugrin. Les toiles exposées de Fred Engelbert Knecht, comme pour la plus grande partie de son œuvre, ont pour thème la disharmonie entre culture et nature. L’enfance de l’artiste a effectivement été marquée par d’heureuses vacances parmi les poules et les porcs dans la ferme de son grand-père. Bien qu’étant né et ayant passé sa jeunesse à Zürich, il reste profondément imprégné de l’amour de la nature. Au travers de sa peinture, où il met en scène des paysages urbains reconquis par le monde végétal et animal, on rejoint l’univers de l’enfance. Comme Adolf Dietrich, auquel il voue une grande admiration, ce peintre visionnaire recherche à créer, sans ironie ou ambivalence, des images simples, belles et pleines de sentiments.


La Liberté – EH

 

Zürich 2032 – gravure de Fred Engelbert Knecht – 2001 – 17e édition de l’abonnement Artistes Suisses de la Galerie Contraste

2001… la galerie est encore assez sommairement aménagée. En avant-première, Jean-Daniel Lugrin interprète pour moi les compositions qu’il a préparées pour le vernissage de l’exposition des œuvres de Fred Engelbert Knecht.

 

Fred Engelbert Knecht pose devant une de ses peintures, en 1982, à l’occasion de l’ouverture de son exposition à la Galerie Maurer à Zürich. Photo publiée par la NZZ dans un article qui lui est consacré.

C’est en 1977 que j’ai réalisé et imprimé ma première sérigraphie dans l’atelier d’André Prin. J’avais emprunté son titre, L’avenir radieux, à Alexandre Zinoviev (1922-2006), l’immense écrivain russe, soviétique en ce temps-là. Cette œuvre était ma réponse à la proposition de mon ami Michel Dousse qui m’avait crédité d’une carte blanche pour créer une estampe pour le club de basket Isotop. Chacun de ses membres devait en vendre deux ou trois exemplaires dont le bénéfice revenait à l’équipe. À ce jeu, Michel était imbattable. À lui seul, il avait écoulé les deux tiers du tirage limité à 60 exemplaires. L’opération s’était avérée fructueuse et a été répétée quatre fois. En 1980, j’ai réinterprété ce sujet pour l’affiche de mon exposition à la galerie du Stalden. Finalement, après avoir produit une deuxième version en sérigraphie en 1987, je réalisais encore deux variantes digitales en 2007. Aujourd’hui, bon nombre des projections ironiques, contenues dans ces œuvres, se sont concrétisées. Mais mes partitions en plusieurs mouvements promettent un chapelet d’heureuses désillusions. L’avenir radieux sera toujours l’insidieux mensonge auquel nous aimons tellement croire.

 

L’AVENIR RADIEUX – Sérigraphie – JPH – 1977

L’AVENIR RADIEUX – Essai-1 –  Technique mixte – JPH – 2008-1977

L’AVENIR RADIEUX – Essai-2 –  Technique mixte – JPH – 2008-1977

L’AVENIR RADIEUX – Essai-3 –  Technique mixte – JPH – 2008-1977

L’AVENIR RADIEUX – Sérigraphie – Affiche – JPH – 1980

L’AVENIR RADIEUX – Sérigraphie- JPH – 1987

La galerie Osmoz réalise aujourd’hui un vieux rêve en organisant une exposition exclusivement consacrée au thème de la ville de Fribourg et en réunissant les principaux artistes fribourgeois du 18e siècle à aujourd’hui qui ont œuvré dans les différentes techniques de l’estampe (lithographie, gravure sérigraphie, estampe numérique).

À voir des œuvres de… Jean-Pierre Humbert, Ludo Hartmann, Diana Rachmuth, Jean-Michel Robert, Jean-René Rossier, Henri Robert, Teddy Aeby, Joseph Reichlen, Paul Robert, Ferruccio Garopesani, Gaston Thévoz, Roger Bohnenblust, Augustin Genoud, Marie-Thérèse Dewarrat, Philippe de Fégely, et bien d’autres….

Les artistes vivants seront présents les dimanches 22 mars et 5 avril 2020 pour le finissage.

 

 

On dit que les jumeaux fondateurs de Rome, Romulus et Rémus, ont été nourris et élevés par une louve. Depuis, cette louve nourricière est devenue l’un des symboles de la Ville éternelle. Mais, comment s’appelle-t-elle cette brave bête ? Bien sûr, nos amis rédacteurs de mythes romains ne s’en sont pas préoccupés. Je suis convaincu que l’incontournable Walt Disney aurait pu les aider.

Heureusement, après enquête, les deux excellents journalistes du quotidien “ Roma oggi e domani ”, messieurs Tite-Live et Plutarque avancent un prénom ainsi qu’une explication subtile de la légende.

Selon eux, les jumeaux auraient été découverts dans la grotte du Lupercale par le berger Faustulus, gardien des troupeaux d’Amulius. Celui-ci les aurait confiés aux bons soins de sa femme Laurentia, une prostituée que les bergers appelaient Lupa. Ce serait donc par un jeu symbolique que d’autres auteurs latins auraient créé le mythe de la louve mère biologique de Romulus et Rémus. Une explication rationaliste de cette légende rappelle que le mot latin lupa possède deux sens, « louve » et « prostituée », allusion au beau métier qu’exerçait Laurentia.

Mais, que font donc Romulus et Rémus devant l’Université de Fribourg ? Du tourisme ? Révisent-ils leur latin ? Non, c’est plus simple. Pour honorer les liens qui unissent Fribourg et Rome, dans le domaine académique, la Société Dante Alighieri a offert à l’Université de Fribourg une sculpture commandée à l’artiste italien Alessio Paternesi. Celui-ci s’est inspiré de la fameuse “Lupa Capitolina” donnée en 1473 par le pape Sixte IV à la ville de Rome.

L’œuvre de Paternesi a été officiellement inaugurée le 21 avril 2004. Elle est posée sur un socle le long de la route du Jura, devant l’Université Miséricorde, appelée également l’Alma mater (la mère nourricière).

La photographie de ma chère Milka remet sérieusement en cause la version officielle de la présence de Romulus et Rémus à Fribourg. Il suffisait, comme elle l’a parfaitement fait, de photographier la sculpture dans le bon angle pour se rendre compte qu’elle n’est autre que le nouveau logo du Service Cantonal des Finances. Un logo qui trône au pied du siège bleu et blanc de cette institution. Clairement, Romulus et Rémus symbolisent les agents de la fonction publique ( fonctionnaires ) en train de soulager les citoyens contribuables représentés par la louve, Lupa pour les intimes. Maintenant que vous connaissez sa profession, la vérité saute aux yeux. Le gang des souteneurs est enfin démasqué. Merci Milka.


Romulus et Rémus, au pied de l’immeuble bleu blanc du Service Cantonal des Finances
Photo Milka –
Texte de JPH

 

CINQ FONTAINES DE FRIBOURG – Estampe numérique de Zeljko Djurovic – 2007 – Contraste Éditeur

 

Pour l’édition 2007 de la collection d’estampes “FRIBOURG vu d’ailleurs”, en plus de sa magnifique gravure intitulée “Vertical bonheur”, Zeljko Djurovic avait créé une estampe numérique qui représente librement cinq des treize fontaines de Fribourg. À savoir, de gauche à droite, la fontaine Sainte-Anne, la fontaine de la Force, la fontaine Saint-Georges, la fontaine de la Samaritaine et la fontaine Samson.

Manquent sur l’estampe de Zeljko Djurovic : la fontaine du Sauvage, la fontaine de la Vaillance, la fontaine de la Fidélité, la fontaine Saint-Pierre, la fontaine de l’école professionnelle, la fontaine Jo Siffert, la fontaine de Notre-Dame du Rosaire et la fontaine de Saint-Jean.


LE CONCOURS

LE PRIX : Un exemplaire encadré de la gravure intitulée SELFIE que Zeljko Djurovic avait créée en 2014 pour les membres de l’Association Galerie Contraste.

LA QUESTION : Quelles sont les adresses (nom de l’emplacement) des treize fontaines de Fribourg répertoriées dans cette publication ?

LE JURY : Si je reçois plusieurs bonnes réponses, pour des raisons de sécurité, le tirage au sort se fera en l’absence de notaire. Les réclamations sont bienvenues. Si elles devaient être nombreuses, la personne qui recevra une réponse sera aussi tirée au sort.

Répondre jusqu’au 29 février 2020 à : info@jphumbert.ch

 

VERTICAL BONHEUR – Gravure – Zeljko Djurovic – FVA-2007 – Édition Galerie Contraste


Texte – Étienne Chatton (†2007)

Découpées en ogives capables d’enterrer la ville à la verticale, les falaises de la foi tirent sur le tissu sidéral jusqu’à la déchirure. Du noir au blanc héraldique, la cathédrale marque sa frontière. Dans ses marges, se déroulent les batailles de l’humide et du sec, qu’arbitre la maternante cigogne.

Les assauts décapant du gel et du vent ont fait éclater un pan de molasse. Plissée de partout, une pousse grumeleuse, aux squames mal dégagés du magma originel, érige sa peau de reptile entre jubilation et extase. Contrastant avec la dignité impersonnelle du socle, un buste aux seins exubérants ose y superposer quelque vestige de civilisation. Angelot cathodique, vigile de vierges sages ou engelure ou phrygienne souvenance de folies libertaires, cet angélus lancé dans l’azur vient ajouter du volume à la lumière. Son carillon de Fête-Dieu, vole à notre imaginaire ses ailes de carton doré aiguisées au feu du ciel.

J’entends le bulbeux gargouillis du lait, un lait de poule qui tourne ses volutes de fer forgé en accroche-cœurs. Apparu sur la rue des Épouses patientes et de Maris fidèles, éclipsant même les lanternes rouges de la Grand-Fontaine, de labyrinthes en circonvolutions, un astre d’Épiphanie nous entraîne jusqu’à la Providence illuminée soudain par une étoile absinthe.

Le site de Zeljko : http://www.zeljkodjurovic.com/biography.htm

Vous trouvez ci-dessous les reproductions de cinq des dix états par lesquels est passée ma gravure ÎLE… sera une fois réalisée en 1997.

Cette année-là, le château de Gruyères était encore accessible par voie terrestre. Aujourd’hui aussi, mais le doute, l’angoisse, le désespoir pointent le bout d’un nez porteur de malheurs. Orchestrée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, avec une enfant prodige à la baguette, la partition inspirée par les gourous de l’apocalypse imminente est intitulée Le rapport. C’est clair, ça chauffe pour nous et pour notre pauvre terre. Selon les salariés de la science météorologique, les hommes ont acquis une telle maîtrise de l’univers et un tel pouvoir qu’ils sont capables de décider du cours du climat, et, rêvons sans retenue, d’influencer la trajectoire des planètes. Ce n’est quand même pas mal  pour des bipèdes. Oui mais… bémol majeur… si personne ne remet vraiment en cause le réchauffement de nos contrées, de nombreux inconscients contestent les modèles qui en attribuent la cause aux délirantes activités humaines. Les giequistes qui détiennent la vérité à ce sujet vous le diront; les sceptiques qui récusent nôtre évangile ne sont que des criminels qui se foutent de l’empreinte carbone. C’est intolérable, il faut à tout prix les faire taire. Un exercice terroriste qu’ils réussissent avec brio.

Bon… retournons sur mon île prise entre le ciel et les eaux montantes pour cause de dégel. Comme souvent, ma gravure a anticipé les conséquences catastrophiques du comportement humain (sic). Décidément, en matière d’intuition prospective, je n’en rate pas une. J’y suis même allé un peu trop fort. Il faudra certainement attendre longtemps pour voir le district de la Gruyère et ses montagnes complètement inondés et pour admirer l’exceptionnel instinct de conservation de la ville de Gruyères avec son château qui, comme des fleurs tendues vers la lumière, se sont élevés de plus de 1300 mètres pour échapper au déluge. Un exploit historique…

Quant à ma gravure avec tous ses états, ils ne sont pratiquement pas sortis des tiroirs qui les tenaient à l’abri de l’inondation. Très peu exposée, mon œuvre, dans ses différentes variantes, attend toujours la montée des eaux qui la fera passer de la fiction à la réalité. Ma représentation, enfin matérialisée, devrait aguicher l’acheteur friand d’images qui offrent l’illusion de la vérité. Je ne serai malheureusement probablement plus là pour encaisser les bénéfices de mes efforts lorsqu’enfin le désastre se produira, mais je fais confiance à mes descendants. J’en suis convaincu, leur longanimité sera récompensée… 

 

ÎLE… sera une fois – État, exemplaire unique – Gravure, verni-mou, aquatinte – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

 

ÎLE… sera une fois – État, aquarellé et crayonné, exemplaire unique – Gravure, verni-mou, aquatinte – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

 

ÎLE… sera une fois – État, avec ciel bleu peint à l’acrylique, exemplaire unique – Gravure, verni-mou, aquatinte – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

ÎLE… sera une fois – État, exemplaire unique – Gravure, verni-mou, aquatinte, pointe-sèche – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

 

ÎLE… sera une fois – État, tirage 47 exemplaires – Gravure, verni-mou, aquatinte, pointe-sèche – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

 

CARIE… CATURE – Gravure (détail) – JPH – 1989


Quand tombent les dents lactéales (dents de lait), alors poussent les dents permanentes qui finissent aussi, l’âge aidant, par tomber. Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’informer les membres de la société suisse des médecins-dentistes que je suis le bénéficiaire d’un processus physiologique révolutionnaire. À plus de 70 ans, après que mes dents permanentes m’ont lâché, de nouvelles dents sont apparues dans ma mâchoire usée. Pour la première fois, des dents de vieillesse ont poussé sur un être humain. Je suis content et fier d’inaugurer ainsi une nouvelle ère prometteuse pour les vieux. Je suis disposé à ouvrir grand ma bouche, afin que les scientifiques les plus expérimentés analysent ce phénomène inédit. Une bonne nouvelle pour les retraités… Un coup dur pour les arracheurs de dents.

 

Les amis du musée – Technique mixte – JPH – 2010-1988 – Parmi les œuvres exposées dans ce musée de rêve, sur la cimaise de gauche vous trouvez une représentation de mon crane, et sur la paroi du fond à droite, ma denture avant la percée de mes dents de vieillesse. 

 

Mise en scène: les amis du musée – Technique mixte – JPH – 2010-1988


Dans ma bouche: ma dentition, cathédrale gothique en ruine, abandonnée aux soins d’une femme qui se dit hygiéniste.
Reliques historiques, mes chagnottes sont livrées sans garantie de succès à cette restauratrice en maladies archéologiques.

Que de risques pris avec ma sublime denture qui, demain, sera classée au patrimoine naturel mondial de l’UNESCO.

À l’entame d’un nouveau projet, les échecs du passé s’estompent de votre mémoire. La confiance retrouvée, vous croyez que les résultats de votre travail ont de bonnes chances d’être à la hauteur de vos attentes. Pessimiste modéré et optimiste néo-réaliste, je souhaite ardemment la réussite de ce que j’entreprends. J’y crois… un peu… beaucoup… passionnément… pas du tout… J’ai la foi et les fantasmes du rêveur…  du rêveur éveillé. Une foi et des fantasmes maitrisés. Je n’ai jamais été déçu, à mes yeux, toutes mes initiatives ont été raisonnablement récompensées par une réussite polie, sœur jumelle de l’indifférence. Les groupies hystériques et les admirateurs déchaînés ne se sont pas déplacés. Mes proches pensent que je suis trop gourmand, trop orgueilleux. Selon eux, quand on n’a pas ce que l’on aime, il faut aimer ce que l’on a. C’est bien, j’y pense.

L’âge aidant, un être sensé renonce à ses chimères. Les ornières bien en place, le petit doigt levé, la petite cuillère à la main, patient et serein, il déguste les beautés de l’existence avant d’élégamment prendre la porte. Malheureusement, jusqu’à ce jour, l’âge n’est pas venu à mon secours. J’espère encore que mon chef-d’œuvre est à venir, bel et ennuyeux exemple d’aveuglement. Or, les peintres aveugles et célèbres sont rares et toujours d’expression non figurative. C’est joli…

Ces quelques réflexions m’ont été soufflées par un esprit taquin, alors que je me demandais comment vous présenter le décor peint sur le plateau du bar de mon atelier dont vous voyez cinq extraits ci-dessous.

Cela s’est passé de la manière suivante: dans un premier temps, sur toute la surface du plateau du bar, j’ai collé  les cartons mous que j’utilisais pour sécher et aplatir gravures et aquarelles. Puis j’ai essayé de convaincre les visiteurs de l’atelier et de la galerie de laisser une trace de leur passage sur ce support, avec un commentaire ou un dessin. Ce fut le flop total… échec et mat en un coup. Je m’y suis donc attelé moi-même. À l’heure du nettoyage des pinceaux, c’est là que je les déchargeais de leur surplus de couleur et que j’y collais des dessins déchirés destinés à la poubelle. Petit à petit, l’ensemble devenait plaisant et distrayant. Finalement, j’ai eu recours aux citations de quelques personnalités de premier plan pour lui donner un peu de lustre. Avec ces reproductions photographiques, je vous soumets cinq gros plans de mon bar en mutation continuelle. Je vous suggère aussi de visiter mon exposition permanente, un parcours dont le point final se situe précisément sur l’un de ses tabourets.

À bientôt, JPH

 

 

 

 

 

Souvenir de l’exposition des gravures d’Aleksandr Kalugin à la Galerie Contraste en 1990
Une manifestation organisée à la parution de sa gravure
Razbudil-Le réveil (Voir ci-dessous)


C’était il y a 30 ans, la dernière semaine de l’année 1989. La pérestroïka initiée en 1985 par monsieur Gorbatchev approche de son dénouement qui, dès l’été 1991, verra l’éclatement de l’URSS. Avec mon fils Mirko (9 ans à l’époque), je m’étais rendu à Moscou à la rencontre d’Aleksandr Kalugin, afin de récupérer le tirage de la gravure Razbudil-Le réveil que je lui avais commandée pour l’édition 1990 de l’abonnement d’estampes Artistes Européens. À chaque parution de cet abonnement, j’organisais une exposition des œuvres de l’artiste invité. J’étais donc aussi là pour choisir et transporter une cinquantaine de gravures d’Aleksandr destinées à être exposées à la Galerie Contraste.

Pour se rendre en URSS, il était de règle de voyager en groupe et d’être encadré par des officiels. C’est donc en bonne compagnie que nous sommes arrivés à l’hôtel qui nous était réservé. Dès le lendemain, Jacques Barberis, qui était à la maison en URSS, nous a rejoint. Nous avons pris nos distances avec le groupe et avons visité la ville au gré des initiatives inspirées de Jacques, notre mentor personnel. Il nous a fait vivre une semaine truffée de bonnes surprises. Outre la rencontre avec Tamara et Aleksandr Kalugin, parmi de nombreux très bons souvenirs, je retiens notre passage aux bains Sandouny qui n’avaient pas encore subi les “bienfaits” de la privatisation. En très bonne compagnie, nous y avons passé quelques inoubliables heures dans une saine ambiance crépusculaire.

Au moment du départ, le 31 décembre 1989, en vue du transport en bus jusqu’à l’aéroport de Cheremetievo, nous avons retrouvé notre groupe et le guide officiel dans le hall de l’hôtel. Aleksandr, Jacques et moi étions inquiets car je m’apprêtais à sortir toutes les œuvres d’Aleksandr clandestinement. Si je me faisais pincer au passage de la douane, les répercussions auraient été dramatiques pour Aleksandr, qui, pour ses créations satiriques, avait subi de longs séjours en clinique psychiatrique en 1974, en 1982 et en 1988. J’avais acheté de nombreux posters d’expositions d’un format de plus ou moins 70×100 cm, destinés à dissimuler les estampes. Le groupe était constitué d’une vingtaine de personnes. Nous avions préparé autant de rouleaux. Les deux-tiers étaient faits de gravures enveloppées dans 2 ou 3 affiches enroulées, et le tiers restant n’était constitué que de posters. J’ai expliqué la situation à ces compagnons de voyage parfaitement inconnus, et je leur ai proposé de prendre chacun un rouleau, le temps de passer la douane. Ils ont tous accepté de le faire. Avais-je été particulièrement éloquent ou était-ce la présence d’un enfant en ma compagnie qui les a convaincus? Cette confiance reste un mystère pour moi.

À quelques minutes de minuit, notre avion était le dernier à quitter l’aéroport en 1989. Postés derrière la barrière de verre qui les séparaient des partants, Aleksandr et Jacques suivaient anxieux le contrôle de notre groupe par un fonctionnaire grincheux vêtu d’un uniforme. Qu’y a-t-il dans ce grand rouleau? Des posters! Des posters, une fois, des posters deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois… Monsieur, j’aimerais les voir s’il vous plaît. Grand moment de tension dans un aéroport soviétique presque désert. Mirko et moi sommes juste derrière la personne contrôlée. Sereinement, elle déroule son colis qui, une chance sur trois, ne contenait pas de gravures d’Aleksandr… Sourire du douanier qui, pressé d’en finir et de réveillonner, nous a ensuite tous laissés passer sans la moindre tracasserie… Ouf!, enfin détendus, Aleksandr et Jacques nous saluent discrètement et sortent de Cheremetievo.

Arrivés à Zürich au petit matin du premier jour de l’année 1990, nous n’avions qu’une Bonne et Heureuse Année 1990 à déclarer!

En 1990, Tamara et Aleksandr Kalugin ont obtenu un visa de sortie d’URSS pour participer au vernissage de l’exposition que j’avais intitulée Voyagez à l’œil. Ils quittaient le pays pour la première fois. L’exposition fut un grand succès; la presse, les visiteurs et les ventes étaient au rendez-vous. Par la suite, nous avons plusieurs fois collaboré avec Aleksandr Kalugin, avec à chaque fois le sentiment de vivre une aventure.

 

LE RÉVEIL – La gravure qu’Aleksandr Kalugin à réalisée en 1989 pour l’édition 1990 de l’abonnement Artistes européens

 


Croquis et gravure d’Aleksandr Kalugin – Photo JPH

Lors de son premier séjour à Fribourg en 1990, Aleksandr a dessiné, puis gravé, la maison située à l’angle de la rue Grimoux et de la rue d’Alt qu’il voyait depuis la chambre qu’il occupait avec sa femme Tamara. Sous sa pointe à graver, le paisible et vétuste immeuble destiné à la démolition qu’il voyait par la fenêtre, a pris des allures de ruine en voie de végétalisation. Depuis, à cet endroit, main dans la main, promoteurs et autorités ont concrétisé leurs projets de densification et de rationalisation. Parfaitement géométriques, petits et grands immeubles chantent la mélopée lancinante de la victoire du béton confortable et du triomphe des têtes carrées.

 

Affiche – UN HÔTE BRUYANT et LE DESSERT – Les deux gravures qu’Aleksandr Kalugin à réalisée pour l’édition 2001 de l’abonnement Fribourg, vu d’ailleurs

 

LA GRANDE LESSIVE – Eau-forte d’Aleksandr Kalugin

 

Aleksandr Kalugin et une de ses peintures – Photo copiée sur internet

 

Devant une de ses peintures, Aleksandr Kalugin accompagné d’un jeune admirateur – Photo copiée sur internet

 LA MÈRE – JPH – 2008-1987 – Technique mixte

 

Chers amis abonnés à La Nef des Fous

Pour vous souhaiter une très belle Fête de Noël, je vous offre cinq représentations de la nativité. Vous connaissez probablement déjà certaines de ces œuvres. À part la belle peinture Le nouveau-né de Georges de la Tour et La crèche napolitaine de Notre Dame à Fribourg, les images reproduites ont été réalisées par des artistes fribourgeois. Que la sérénité soit avec les passagers de notre nef. Amitiés et Joyeux Noël, JPH

 

LE NOUVEAU-NÉ – Peinture de Georges de la Tour (1593–1652)
Lien sur l’article de wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_de_La_Tour

 

NATIVITÉ – Armand Niquille (1912-1996) – Huile et tempéra sur panneau – Le site : https://www.armand-niquille.ch/

 

La crèche napolitaine de Notre Dame à Fribourg – Photo de Luca Barbieri pour le blog du Bourg – Intéressant : RTS émission du 04 décembre 2003 (27 secondes)

«Cette crèche est arrivée ici grâce à un concours de circonstances favorables», explique Ivan Andrey, responsable cantonal des biens culturels meubles. Son acquisition est due à Mgr John Rast (1895-1981), recteur de Notre-Dame dès 1929. Et secrétaire particulier de Mgr Filippo Bernardini, nonce apostolique à Berne, qui a trouvé cette crèche napolitaine en 1940, chez un antiquaire de Rome. «C’est exceptionnel qu’une église comme Notre-Dame achète une telle crèche, affirme Ivan Andrey. Surprenante à Fribourg, elle tranche avec la tradition sulpicienne.» Son hypothèse: l’achat peut s’expliquer par le fait que «Notre-Dame était basilique depuis 1932. Son modèle était Santa Maria Maggiore, à Rome, où se trouve une relique de la Crèche.»

Un premier décor a été mis en place pour Noël 1941. Le vol de plusieurs animaux, l’année suivante, contraint à la protéger par une vitre. Mais la crèche était toujours montée et démontée chaque année. En 1965, elle est installée de manière permanente, dans une vitrine, et complétée d’un ciel et d’un sol. Aujourd’hui, les nouveaux panneaux de bois de l’arrière de la vitrine sont placés à 5 cm des murs, désormais isolés. Un circuit de fils de cuivre tempère cet espace. La température intérieure est stabilisée entre 16 et 17 degrés, avec 50% d’humidité. Sur la droite, une deuxième ouverture permet un autre point de vue sur l’entrée du village. L’ensemble de la restauration a coûté 240000 francs. Elle a aussi permis de dater les figurines, réalisées aux XVIIIe et XIXe siècles. La ruine romaine, seul élément conservé de l’ancien décor, date de 1935. Unique en Suisse («Il existe des modules, mais pas de crèches entières», précise le restaurateur Christophe Zindel), cette œuvre est protégée par un store, qui s’ouvre contre une pièce de monnaie. Extrait de l’article d’Eric Bulliard pour le journal La Gruyères – 23 décembre 2003

 

LES ROIS MAGES – Pointe-sèche de Teddy Aeby (1928-1992)
Voir sur mon blog, l’article que j’ai consacré à Teddy Aeby