Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

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Jean-Pierre Humbert
Peintre et graveur

Le titre d’une œuvre est sensé donner au spectateur « une suggestion poétique à mi-chemin entre ce qui risquerait d’épaissir ou d’éclaircir le mystère des formes ». Cette proposition du peintre philosophe Atlan pourrait bien s’appliquer à l’œuvre de Jean-Pierre Humbert. L’artiste se joue des contradictions. Philosophe, il serait dialecticien. Rhéteur, il privilégierait l’oxymore. Par tempérament, il a choisi la gravure qui permet au mieux de marier la lumière et l’ombre. Il a créé un univers où la vie fait éclater la pierre, à moins que le vivant lui-même ne soit confronté au risque de la pétrification. C’est ainsi qu’il revisite nos mythes grecs et chrétiens, fait allusion à des œuvres phares de l’histoire de l’art, voire se pastiche lui-même.

Pour créer cette estampe, il a usé de l’intelligence artificielle en remettant en scène ce que la main virtuose du graveur avait créé. Il nous invite à rechercher la femme, séductrice, Vénus-stalactite et figure d’une justice aux yeux bandés. C’est à travers la célèbre allégorie de la caverne que Platon nous interrogeait sur la condition humaine sous le rapport de la culture et de l’inculture. Pour contempler l’Idée de Justice, l’homme prisonnier échappait aux chaînes de l’ignorance en une dialectique ascendante. Or, c’est le contraire qui apparaît d’abord ici : une vie menacée de pétrification. Mais l’eau, qui coule goutte à goutte, produit une double concrétion de formes, descendantes et ascendantes. L’image, condamnée par Platon, devient alors icône. Substituant à l’aquatinte et à la manière noire un traitement numérique de l’image, Jean-Pierre Humbert paraphrase en quelque sorte une transfiguration du réel apparue dans la Résurrection du Christ du Greco. L’homme à la renverse qui projetait le Sauveur de l’humanité hors des pesanteurs terrestres est remplacé par un puit opaque d’où semble s’échapper une moderne Vénus de Lespugue. Ascension ou sublimation ?

Dominique Rey

Texte paru dans le livre [Par défaut…], Jean-Pierre Humbert