Nef des fous

La Nef des Fous, le blog de Jean-Pierre Humbert

MON BLOG : … Ma nef pour voyager au long cours en position assise … Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage

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Jean-Pierre Humbert
Peintre et graveur

Là. C’est le grand vide qui s’ouvre.

Il est plein le vide, plein de rien en train de sourdre, par tous les trous du vide. Et même plus. On l’a à l’œil, le vide. Et haut. On le voit qui s’écartèle. Il s’écartèle tellement le vide qu’on en louche. On louche, saoul d’écart, de grand écart. Les paupières s’écartent tout grand, tout grand écart. En encart, dans la béance du vide, il y a le rien qui pousse, qui suce. Qui submerge, mouille les pieds du cube, les prés carrés. Et s’il s’y trouvait, cet écart entre les formes et l’éphémère ? Des mers d’efforts soutiennent des rues d’épures éparses. Arboricoles borborygmes. A l’envers du décor le spectateur appelle à cour, à tribord, quelque aide, à tort. Tortueuses hypothèses. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Cubes alignés, Cuba Libre, cubitus qui balancent. C’est l’organisation du vide. Elle prend l’eau. Elle prend le temps d’éponger les errances de sa propre béance. Car enfin, elle est déterminée.

Et si le vide ne voulait juste rien ? Même pas dire. Peut-être la porte n’existe-t-elle que par son encadrement. Et le vide, par l’écart qu’il y a entre de part et d’autre. L’autre, Icare, et son comparse, Judas Iscariote, lorgnaient-ils tous deux vers le comblement du vide ? Mais le vide voit qui veut boire le vide, qui en est avide. L’avion – d’avis, l’oiseau – l’Icare tourne à vide et s’évide, s’étale et part. On a percuté le mur du rien, celui qui s’ouvre à chaque destin. Baiser tragique. Il y a l’irréductibilité du plein, bien sûr, mais le silence est la plus chaude des musiques.

Et si le vide, simplement, existait ?

P-Alain Pzest

Texte paru dans le livre [Par défaut…], Jean-Pierre Humbert