Nef des fous

La Nef des Fous, le blog de Jean-Pierre Humbert

MON BLOG : … Ma nef pour voyager au long cours en position assise … Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage

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Jean-Pierre Humbert
Peintre et graveur

Rien n’indique que nous sommes au centre d’une ville, sur une place dite grande. De toute évidence, il s’agit d’un parking ressemblant à un jeu de marelle pour bagnoles. Mais les joueurs manquent. Peut-être parce que c’est dimanche. L’invitation à une séance – l’ultime ? – ne déplace pas les foules. Les pigeons sont entre eux. Calme, luxe et volupté pour l’avifaune, même si les toits qui lui restent en ville diminuent d’année en année. Ni spéculateurs ni architectes n’ont d’égard pour ceux qui souillent tout support. La pitié, c’est l’affaire des petites vieilles qui vident en cachette un sac de grains, faisant croire que c’est un cadeau du ciel. Le dimanche, il n’y a pas de cadeau, les dames sont à l’église.
Vu du pigeonnier dont l’ouverture en losange symbolise la vie, la toiture de la bâtisse ressemble à une réserve préalpine. Contrastant avec la crête douce du premier plan, le paysage escarpé des combles témoigne d’extensions diverses et d’un développement dont la précarité est inversement proportionnelle aux prétentions des propriétaires. Le seul élément durable étant l’intérimaire, le provisoire s’installe sur un site perdu entre cité médiévale et quartier à boulevard.

Maison de tir, halle de gymnastique, place du cirque à l’ombre d’une tour balourde : les alentours sont douteux. Au manque de sérieux correspond le désir de divertissement, une recherche de plaisirs d’abord louche, ensuite honnête, d’abord bourgeoise, ensuite alternative. Cinoche, club et bar, boutique pour meubles, livres, disques et vidéos, la bicoque attire un public de plus en plus volatile.

Or, avant le crépuscule d’une culture filant à l’anglaise, si ce n’est à l’américaine, il y a la chasse au profit. Le tissu urbain souffre de la passion du lucre. Contre toute attente, la spéculation aveugle crée un îlot vert. Les oiseaux survolant ce carré de nature sauvage au milieu de l’asphalte sont les seuls à jouir d’une vue d’ensemble ; pour les humains, la dernière séance est l’unique perspective.

Hubertus Von Gemmingen

Texte paru dans le livre [Par défaut…], Jean-Pierre Humbert