Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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Jean-Pierre Humbert
Peintre et graveur

En ma qualité d’ami et de confrère graveur partageant le même courant de pensée, il m’est difficile d’écrire sur une gravure de Jean-Pierre. Mes impressions ont toutes les chances de différer de ses intentions. Si quelqu’un devait écrire sur mes propres œuvres, j’aimerais surtout que son regard me révèle la part inconsciente de ma création.

Jean-Pierre fait partie du cercle des artistes sensibles au message engagé et toujours d’actualité de cette grande œuvre de la Renaissance qu’est La nef des fous de Sébastian Brant, version populaire du savant traité Eloge de la folie d’Erasme de Rotterdam. De Hieronymus Bosch, Pieter Brueghel, Albrecht Dürer et Hans Holbein aux artistes contemporains, aux graveurs du fantastique, comme le grand artiste slovaque Albin Brunovski, ce thème reste toujours aussi attractif car la folie humaine ne change pas, quelles que soient l’époque, l’ambiance et les apparences.

Cependant, Jean-Pierre a gravé une vision différente de La nef des fous. Il n’en offre pas une représentation d’exégète. Il ne nous fait pas la revue des folies individuelles et des vices humains décrits dans les 96 poèmes de Brant qu’Albrecht Dürer fut le premier à illustrer avec 96 gravures sur bois. Jean-Pierre nous montre l’image de la folie de l’ensemble des humains. Sa gravure figure un océan agité au milieu duquel la nef fait plus penser à une île qu’à un bateau. Une île à deux troncs dont la couronne porte une toile de corps humains aux poses grotesques et entrelacés de la manière caractéristique dont il dessine une grande partie de ses sujets. Il semble nous dire que ce qui importe ce n’est pas tant que les gens soient corrompus, exaltés, passionnés et fous, mais bien que le monde est fou et qu’il est gouverné par cette épidémie.

Cette gravure de grand format est, comme toujours chez Jean-Pierre, magistralement réalisée, avec un métier sans faille, artistiquement persuasive et riche en nuances.

Bogdan Krsic

Texte paru dans le livre [Par défaut…], Jean-Pierre Humbert