Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous … Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage…

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LES CHEMINS DE L’UTOPIE – Gravure – JPH – 1991
 
En 1991, pour célébrer son 700e anniversaire (1291-1991), la fête nationale suisse a débuté le 10 janvier à Bellinzone et s’est terminée en novembre à Bâle. Dans cet intervalle, quantités de manifestations et d’attractions ont été organisées aux niveaux communal, cantonal et fédéral. Le comité d’organisation de la manifestation dans le canton de Fribourg m’avait commandé une gravure dont le tirage avait été offert aux personnes, salariées et bénévoles, qui avaient contribué à la bonne marche de la fête dans notre région. Il s’agit de l’œuvre reproduite ci-dessus que j’avais intitulée LES CHEMINS DE L’UTOPIE.

À noter qu’une année plus tard, en 1992, les mêmes autorités qui avaient chanté sur tous les tons la grandeur et la beauté du pays pendant 365 jours, entonnaient, à l’Exposition universelle de Séville, le rap des colonisés, sur l’air de La Suisse n’existe pas.


La Suisse n’existe pas

Telle était la devise que l’artiste Ben avait concocté pour présenter le pavillon suisse lors de l’Exposition universelle de Séville en 1992. Ces expositions servent, parait-il, à asseoir les identités nationales. De ce point de vue, l’affirmation se voulait provocatrice… ça faisait réfléchir nos experts en culture qui tenaient là un sujet de bavardage stipendié à la mesure de leur génie.

En 1992, le slogan de big Ben avait résonné désagréablement à mes oreilles délicates de citoyen solidaire de ses compatriotes. Comme un grand benêt pas encore traité à l’anti-mythes, je croyais encore que la valeureuse Helvétie était un pays souverain, indépendant, qui savait défendre les droits politiques de ses ressortissants. Depuis, 29 années sont passées et l’affirmation tonitruante de l’artiste de service a été méthodiquement instrumentalisée par nos autorités fidèlement (servilement?) relayées par des médias entretenus et acquis à la mondialisation, versus globalisation voulue par la plupart des représentants du peuple. J’ai donc fini par prendre conscience de ce qui se passait réellement dans mon (encore) beau pays. Par l’intermédiaire de ce bon Ben et de son logo de derrière les fagots pourris, nos autorités annonçaient officiellement la couleur: La Suisse n’existe pas, ce qui implique clairement que les suisses n’existent pas. Ça n’avait pas beaucoup plu à bon nombres de patriotes pratiquants, mais, trois décennies plus tard, ceux qui sont encore là, somnolent, la peau du ventre bien tendue. Ils ont plutôt bien digéré la colonisation de l’Helvétistan. Par qui me direz-vous peut-être ? Ce ne sont pas les réponses qui manquent. Étranger sur sa terre d’origine, esprit encore à peu près libre, je garde les miennes pour moi. Je constate à regret que la propagande, le déni profond de réalité et les aberrations bien-pensantes diffusés quotidiennement depuis le pacte de Ben en 1992 ont facilement modelé une population qui avait confiance (moi itou) en ses autorités. Pourvu que cela ne dure pas…

SWISS CORPORATE IDENTITY – Technique mixte – JPH – 1976 – SARL

Fréquenter les chemins de l’utopie, consiste à parcourir des itinéraires au charme bucolique qui conduisent sans faute à l’une ou l’autre forme de dystopie… aujourd’hui, en 2021, le processus de transformation est bien engagé…

Une affichette diffusée, il y a quelques semaines, par le quotidien favori des fribourgeois avait attiré mon attention. Je me suis permis d’en produire une parodie, et de situer l’évènement promu par le journal dans le contexte d’un perpétuel présent qui végète dans un marigot d’absurdités depuis déjà plus d’un an…


Eh oui… les verts ont semble-t-il gagné…
 

Ci-dessus… photographie, et ci-dessous… texte, publiés -notamment- par LE GLÂNEUR D’IMAGES Michel Martin

La confédération en veut entre 800 à 1000 de ces machines en Suisse. Elles auront 220 mètres de haut. Vous les voyez ci-dessus en simulation sur les emplacements prévus … CQFD ! Angle de vue principal d’un promeneur depuis le chemin sur la colline menant à la forêt de Siviriez.


Et… DES AFFIRMATIONS PUBLICITAIRES EMPRUNTÉES AU SITE DU GROUPE E

Groupe E croit en l’éolien, la population aussi – L’approbation du plan directeur cantonal fribourgeois par la Confédération remet sur les rails les projets éoliens cantonaux. Fort de cette décision, Groupe E va poursuivre le développement de parcs éoliens. Un sondage réalisé en septembre par MIS Trend montre que plus de 70 % des répondants sont favorables à la création de parcs éoliens dans le canton.


Est-ce que nous devons les croire et les laisser faire ?…
Un peu de sérieux… avec une réédition de ma peinture
ET LUX FUIT… moulins à vent contre nucléaire

 

ET LUX FUIT … moulins à vent contre nucléaire
Peinture et texte JPH – 2015

 

La Suisse des lumières est préoccupée. Comment fabriquera-t-elle l’électricité qui éclairera ses villes, ses campagnes et ses cerveaux survoltés ?

À des milles de la folie sublime de Don Quichotte, le célèbre hidalgo castillan, je risque un scénario raisonnable pour résoudre le problème de l’approvisionnement en électricité à Fribourg. Une idée rendue possible par la grâce du niveau exceptionnel des scientifiques implantés sur le site «Blue Factory». La peinture, reproduite ci-dessus, donne une assez bonne vue de l’impact esthétique positif induit par mon projet initialement inspiré du mythique combat du héros de Cervantès contre les moulins à vent. La reconstitution de la mer du Nord et l’implantation des éoliennes seront certainement les plus grosses difficultés à résoudre. Mais, avec l’armada d’ingénieurs et d’architectes diplômés à disposition, les étapes de cette réalisation devraient s’imposer d’elles-même. Pour renforcer l’action du vent, les politiciens sont prêts à collégialement s’engager. Si vous trouvez que ma simulation est opaque et trop difficile à décrypter, sur rendez-vous, je me tiens à votre disposition pour vous éclairer. La séance est payante.

Pour une électricité enfin verte, je suis fier d’avoir lancé les moulins éoliens contre le Satan nucléaire. Vous le savez certainement, le génie consiste à proposer des solutions simples aux problèmes complexes.

Et pour finir en beauté… La quatrième vague… photographie trouvée et empruntée à l’internet (auteur inconnu)

 

 

Pendant cette 17e semaine de l’année 2021, du 26 avril au 2 mai, l’Église Orthodoxe revit la Semaine Sainte. Synchrone avec cette actualité, j’ai regardé le film La passion du Christ de Mel Gibson. Une partie de cette œuvre a été tournée à Matera en Italie, notamment les scènes de la crucifixion. C’est dans cette magnifique ville qu’habite le peintre et graveur Pietro-Paolo Tarasco. En 1991, ce formidable artiste avait participé au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE. Depuis cette première collaboration, j’ai édité deux de ses créations, l’une en 1992, était intitulée Nostalgie, elle fut réalisée pour l’abonnement Artistes Européens de la galerie Contraste; et l’autre intitulée FRIBOURG, le manuscrit est parue pour l’édition 2004 de l’abonnement FRIBOURG vu d’ailleurs.

 


PARADIS PERDU, l’utopie sans illusion – Eau-forte – 1991 –  La contribution Pietro-Paolo Tarasco au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE

 

Le Christ s’est arrêté à Eboli. Italien du sud Pietro Paolo Tarasco fait aujourd’hui le même constat d’impuissance – Matera s’écroule. Portes et fenêtres n’ont plus que des trous noirs. Les arbres de la nouvelle ville auront-ils un jour des feuilles ?

Étienne Chatton 1933- 2007


MATERA – Considérée comme l’une des plus vieilles cités habitées au monde, Matera est célèbre pour ses habitats troglodytiques (les Sassi di Matera, littéralement pierres de Matera), classés sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité établie par l’Unesco. La ville a été désignée pour être la capitale européenne de la culture pour l’Italie en 2019.
https://www.pme.ch/loisirs/2019/06/24/un-long-weekend-matera

 

FRIBOURG, le manuscrit – Eau-forte de Pietro-Paolo Tarasco
Édition 2004 de l’abonnement FRIBOURG, vu d’ailleurs – Contraste Éditeur

 

FRIBOURG, le manuscrit

 

La gravure FRIBOURG, le manuscrit de Pietro-Paolo Tarasco a été publiée en 2004 dans la collection Abonnement FRIBOURG, vu d’ailleurs éditée par l’atelier Contraste.

Son œuvre montre la ville de Fribourg vue depuis le quartier de la Neuveville. Elle semble n’être qu’un prolongement du Pont de St-Jean transformé en un imposant livre d’histoire naturelle. Un livre d’histoires qui auraient fait des petits, des petits qui se seraient tous improvisés pépiniéristes. Au milieu de ce pont littéraire et végétal, un grand arbre (fruitier peut-être) obstrue le passage des véhicules tentés de rejoindre les quartiers du Bourg et de l’Auge. De là, servis en tranches de ville juxtaposées et positionnées librement, nous pouvons admirer l’Hôtel de Ville et la Cathédrale St-Nicolas qui nous surplombent et nous envoûtent par leur charme médiéval.

Depuis quelques années, dans la lancée de la construction du pont de la Poya, les autorités communales “requalifient” ce quartier et projettent, semble-t-il, de supprimer les rares arbres qui restent. Selon des “experts”, au Moyen-Âge, il n’y en avait pas dans la ville. Nous sommes bien au XXIe siècle, celui des appréciations absconses pour justifier des projets stupides (à suivre dans d’autres publications). Je préfère quant à moi, la perspective d’avenir que l’ami Tarasco esquisse en toute simplicité dans son œuvre… à savoir planter des arbres dans la ville.

 

MATERA – Photographie de Pietro-Paolo

 

NOSTALGIE – eau-forte – Pietro Paolo Tarasco, Italie
1992 – 4
ème
édition de l’abonnement Artistes Européens – Contraste Éditeur

 

1992 – L’article du journal La Liberté

 


1992 – À la galerie Contraste avant le vernissage de l’exposition des gravures de Pietro-Paolo.
De gauche à droite, Mirko, Philippe (deux de nos fils), Pietro-Paolo et Marc (le cousin)

 


Une photographie publiée par Pietro-Paolo sur l’internet.
De gauche à droite,
Marco Marchi (critique littéraire), Mario Luzi (poète) et Pietro Paolo Tarasco

 

TROU DE MÉMOIRE – 2000-1975 – Technique mixte

 

L’homme n’a point de port,
Le temps n’a point de rives ;
Il coule et nous passons !

Méditations poétiques – Alphonse de Lamartine – 1820

 

DESTINÉES – Technique mixte – 2009 – 1975 – JPH

 

DESTINÉES

Visages figés par ma plume,
Imprimés en sérigraphie sur plusieurs verres,
Assemblés par couches… exposés,
Puis jetés à la décharge,

Découverts par hasard
Et récupérés par mon ami Marco,

Numérisés… Pour vivre avec leur temps.

 

LE DESTIN – Gravure (verni-mou, pointe-sèche, aquatinte) – JPH – 1996

 

Pour plus d’informations, cliquez ici

 


Tous les hommes sont menteurs, inconsistants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches,
méprisables et sensuels;

toutes les femmes sont perfides artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées;

le monde est un égout sans fond où les phoques les plus infâmes rampent et se tordent sur des montagnes de fange …

Alfred de Musset – On ne badine pas avec l’amour – 1834
Rédigé, sans doute, après une visite au Palais de Tokyo – Centre d’art contemporain à Paris


LA DÉBANDADE… Technique mixte – JPH – 2016-2004

 

LA DÉBANDADE
Texte de JPH – Paru dans le livre ANACHRONIQUES Jean-Pierre Humbert – Contraste Éditeur

Dans le miroir pictural de notre temps,
Omniprésente, désabusée, arrogante et moralisatrice,
La disgracieuse face botoxée de l’homme augmenté,
La gueule gonflée à l’hélium de l’artiste contemporain.

Dans le musée impérial du matérialisme mondialisé,
Quelques cuvettes de chiottes recyclées,
Des reliquats de la dernière bamboula
D’une association culturelle subventionnée.

Dans la grande salle d’exposition,
Corrompus par un «commissaire» d’un genre indéterminé,
Deux joyeux ramasseurs d’ordures ménagères
Ont déversé les fruits pourris de leur tournée matinale.

Dans les pages des journaux à prétentions intellectuelles et culturelles,
Un savant reportage relate tous ces pénibles faits divers.
Par la grâce de ce délicieux baratin ludique et didactique,
Vous apprendrez à vous ouvrir à la bêtise.


CONTRASTE GALERIE / Atelier JPH

Ruelle des Cordeliers 6 – CH-1700 Fribourg
www.jphumbert.ch


JPH – L’ÉTAT DES STOCKS

Exposition permanente… mobile

Visites sur rendez-vous : 078 875 96 66 / info@jphumbert.ch

Pour commander le livre : https://jphumbert.ch/publications/livres/anachroniques/

 

 

Huitième étape de ma tournée rétrospective de présentation des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE. Aujourd’hui, je vous invite à goûter à l’humour de l’artiste américain Arthur Geisert.

Arthur Geisert est né en 1941 et il a grandi à Los Angeles. Il a déménagé, il y a plus de cinquante ans, pour s’installer et construire lui-même sa maison avec l’aide de sa famille à Galena (Illinois). Après des études artistiques, il se spécialise en sculpture et gravure, il expose dans de nombreux grands musées américains. Il est un jour remarqué par un éditeur qui lui propose de faire des livres pour enfants… Il a aujourd’hui publié de nombreux livres primés. Il a une passion pour les cochons, héros de bon nombre de ses livres !

 

PARADIS PERDU – Eau-forte – 1991 –  La contribution d’Arthur Geisert au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE

 

Le bonheur serait-il un privilège réservé… à une certaine forme de la sagesse? À l’ egrege porcus” d’Horace répond Goethe: Je me sens l’euphorie d’une phalange de deux cents porcs”. Arthur Geisert reprend la fable de Trilussa. Ses cochons retournent aux joies de la campagne. “Perché in cità ce ne fano troppo porcheriae”.

Étienne Chatton 1933- 2007

 

ARTISTIC LICENSE – Eau-forte – 1991 – Un cadeau d’Arthur Geisert que j’ai pris la liberté de mettre en scène. Je le remercie chaleureusement de m’avoir accordé l’autorisation officielle d’avoir des idées. Était-ce bien prudent de sa part…?


 GOING TO FRIBOURG – Arthur Geisert -2004 –  Gravure – Abonnement Fribourg, vu d’ailleurs – Contraste Éditeur

 

En 2004, j’avais invité Arthur Geisert à venir à Fribourg pour réaliser une estampe pour l’abonnement de gravure FRIBOURG, vu d’ailleurs. Nous l’attendions au mois de septembre, impatients de découvrir l’œuvre que notre ville lui inspirerait.

Malheureusement, Arthur a du renoncer à son déplacement. Nous ne l’avons donc jamais rencontré, et nous avons renoncé à organiser la traditionnelle exposition des œuvres de l’artiste convié à créer une gravure pour l’édition annuelle de notre abonnement. Cette contrariété a stimulé l’imagination d’Arthur qui s’est servi des images des prospectus éditées par l’office du tourisme que je lui avais envoyées pour réaliser une eau-forte qui met en scène les préparatifs de ce voyage avorté. Il a appelé son estampe GOING TO FRIBOURG. Ainsi, Arthur nous démontre que rêver, c’est déjà voyager. Il nous prouve aussi que ceux qui dénigrent les clichés fournis par les officines de la promotion touristique ont tort. Si ces documents n’ont que peu d’influence sur l’indice de fréquentation des hôtels, ils représentent une chance appréciable de voyager à l’œil.

ARTHUR GEISERT pose, en 1991, devant le dessin de l’une de ses arches de Noé

Plus d’informations https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=ARTHUR+GEISERT

 

Sujets:

Onzième incursion dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG. Aujourd’hui, je publie le texte que mon estampe CHERCHEZ LA FEMME a inspiré à mon ami Dominique Rey, professeur de philosophie et d’histoire de l’art. Il travaille sur des questions d’éthique et d’esthétique. Il est aussi artiste peintre.

https://www.facebook.com/people/Dominique-Rey/100010522651413

 


CHERCHEZ LA FEMME – Technique mixte -JPH – 2006-1978

 

CHERCHEZ LA FEMME
Texte de Dominique Rey

Le titre d’une œuvre est sensé donner au spectateur « une suggestion poétique à mi-chemin entre ce qui risquerait d’épaissir ou d’éclaircir le mystère des formes ». Cette proposition du peintre philosophe Atlan pourrait bien s’appliquer à l’œuvre de Jean-Pierre Humbert. L’artiste se joue des contradictions. Philosophe, il serait dialecticien. Rhéteur, il privilégierait l’oxymore. Par tempérament, il a choisi la gravure qui permet au mieux de marier la lumière et l’ombre. Il a créé un univers où la vie fait éclater la pierre, à moins que le vivant lui-même ne soit confronté au risque de la pétrification. C’est ainsi qu’il revisite nos mythes grecs et chrétiens, fait allusion à des œuvres phares de l’histoire de l’art, voire se pastiche lui-même.

Pour créer cette estampe, il a usé de l’intelligence artificielle en remettant en scène ce que la main virtuose du graveur avait créé. Il nous invite à rechercher la femme, séductrice, Vénus-stalactite et figure d’une justice aux yeux bandés. C’est à travers la célèbre allégorie de la caverne que Platon nous interrogeait sur la condition humaine sous le rapport de la culture et de l’inculture. Pour contempler l’Idée de Justice, l’homme prisonnier échappait aux chaînes de l’ignorance en une dialectique ascendante. Or, c’est le contraire qui apparaît d’abord ici : une vie menacée de pétrification. Mais l’eau, qui coule goutte à goutte, produit une double concrétion de formes, descendantes et ascendantes. L’image, condamnée par Platon, devient alors icône. Substituant à l’aquatinte et à la manière noire un traitement numérique de l’image, Jean-Pierre Humbert paraphrase en quelque sorte une transfiguration du réel apparue dans la Résurrection du Christ du Greco. L’homme à la renverse qui projetait le Sauveur de l’humanité hors des pesanteurs terrestres est remplacé par un puits opaque d’où semble s’échapper une moderne Vénus de Lespugue. Ascension ou sublimation ?

 

CHERCHEZ LA FEMME – Technique mixte -JPH – 1978

LES AILES INCANDESCENTES DU DÉSIR – Technique mixte -JPH – 1983

 

Albín Brunovský était un peintre, graphiste, lithographe, graveur, illustrateur et pédagogue slovaque, considéré comme l’un des plus grands peintres slovaques du XXe siècle. Wikipédia (anglais).

Vous le savez tous… enfin peut-être, Wikipédia est un projet cofondé par Jimmy Wales en janvier 2001. En 1989, rares étaient les artistes à publier leur biographie et des reproductions de leurs œuvres sur l’internet. Pour sélectionner les graveurs que je souhaitais inviter à participer au  PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE , j’achetais les catalogues des galeries, des musées et des concours de gravure. C’est ainsi que j’ai découvert les travaux d’Albin Brunovský, que j’ai trouvé son adresse, et que je l’ai invité à participer à ma manifestation. Peu avant le délai de remise des œuvres, excellente surprise, j’ai reçu la convention de participation dûment signée, et une épreuve de la gravure qu’il avait réalisée pour le concours. Son interprétation du thème imposé lui a valu d’obtenir le deuxième prix attribué par le public des visiteurs des six musées et galeries suisses où les estampes ont été exposées.

https://www.google.com/search?source=univ&tbm=isch&q=albin+brunovsky&client=firefox-b-d&sa=X&ved=2ahUKEwjhkuL76qrvAhWBDewKHXFsCSYQiR56BAgVEAI&biw=1920&bih=897https://www.amac-chamalieres.com/artiste/brunovsky

 

Albin Brunovský s’arrache à la terre. Son objet volant non-identifié tient du nid de frelons, de la colonie d’oiseaux tisserins et du vaisseau spatial. Aux amarres s’accrochent encore d’autres nacelles, aux vergues des bipèdes. Armés de lances, ils continuent à combattre les envahisseurs, des mutants de tous stades. De curieux marsupiaux qui ont raté l’embarquement poursuivent l’engin. Superbe utopie! Elle relie l’arche de la Genèse aux mythes futuristes de Zardoz ou Alien.

Étienne Chatton 1933- 2007


1993 – Photographie prise au Musée d’art et d’histoire à Fribourg lors du vernissage de l’exposition des œuvres en concours pour le PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE, et l’accrochage d’une trentaine de gravures de chacun des lauréats. Sur la droite de l’image, Albin Brunovský, lauréat du deuxième prix, et à gauche, Éric Robert-Aymé qui a obtenu le premier prix.


1993 – Séance de signature pour Albin Brunovský.


Tout le temps de la manifestation, j’assurais l’animation d’un atelier d’impression de gravure en taille-douce.


Albin Brunovský


Albin Brunovský – Gravure


VOIE COMPLEXE – Gravure – Albin Brunovský


Albin Brunovský – Gravure


Albin Brunovský – Design of 1980’s emission of Czechoslovak banknotes

 

 


 ACCEPTER DE VIVRE EN ENFER ? – Technique mixte – JPH – 2020-1975

 

Quand j’entends dire d’un médecin ou de quiconque qu’il est très “social” – ma chère – je pense : Dieu sait de quelle noix creuse il s’agit, traversée par les courants d’air d’une théorie.

Georges Haldas – PARADIS PERDU – L’ÉTAT DE POÉSIE – Carnets 1988

 

TOUT ACCEPTER ET LA FERMER
Par JPH


Mon ordinateur était mort. Je me préparais à l’enterrer sans regrets et sans cérémonies, à la mode de chez nous… à la décharge. Avant de passer à l’action, j’ai demandé conseil à l’ami Carlos, un as de la programmation et de la technique, qui a pris l’affaire en main et s’est aussitôt mis à farfouiller les entrailles de mon défunt robot jusqu’en ses recoins les plus intimes. Ça a été long, mais il a fait des miracles. Il n’a pas négligé un seul des composants de la machine. Je crois même qu’il est allé jusqu’à interroger son esprit. Bizarre… bizarre! Bref, il a conservé la vieille carcasse et tous les éléments encore sains, puis il a remplacé bon nombre de pièces vitales, et finalement, il a arrosée le tout avec quelques louches de mémoire. Parfait! Il ne restait qu’à réinstaller mes programmes favoris, ce qui a été fait, après avoir mis sur orbite la dernière version de windows. Depuis, plus le moindre accroc, tout fonctionne parfaitement. Et pourtant, je ne suis pas content…

Carlos n’y est pour rien. Depuis que je bénéficie des dernières modifications du système d’exploitation, à chaque clic sur internet, et il en faut beaucoup pour naviguer sur les réseaux, pour mon bien, une fenêtre s’ouvre qui me demande d’accepter les conditions d’utilisation et d’accès aux programmes ou aux sites que je souhaite visiter. Il paraît qu’il est possible d’activer une application qui confirme automatiquement notre accord, sans avoir à subir le harcèlement continuel de ces avertissements. Plus besoin de distraitement accepter et  fermer les mises en garde, ouf!… la porte s’ouvre instantanément sur les documents que je souhaite consulter. Pour avoir la paix, chaque jour un peu plus, nous confions aveuglément les décisions que nous avons à prendre à des machines. Ainsi nous vivons comme si ce chantage permanent n’existait pas, comme si c’était une sorte de vaccin contre les contrariétés de la vie moderne. Donc, pas de problème: Tout va très bien madame la marquise, cependant, il faut que je vous dise que je déplore un tout petit rien, un incident, une bêtise… pour utiliser mon ordinateur: J’ACCEPTE TOUT, ET JE LA FERME!

La notion de progrès est toute entière contenue dans les découvertes scientifiques, et la rationalisation forcenée de nos activités, avec l’optimisation radicale du rendement financier en point de mire. Le remplacement de l’homme par les robots et les machines semble être l’un des inéluctables objectifs de ce processus déjà très avancé. Nous le savons presque tous et pourtant nous n’y croyons pas  vraiment! C’est tout naturel. À chaque changement qui nous fait perdre un peu de notre souveraineté (je sais, aujourd’hui ça ne veut plus rien dire), de notre liberté (idem), nos dirigeants et leurs “communicants” nous expliquent de manière péremptoire qu’on ne peut pas faire autrement… ah bon ! Il n’y aurait donc qu’une seule réponse à nos si diverses questions et aspirations ?

Ces vingt dernières années, pour imposer son projet de “meilleur des mondes”, la junte de l’hyper-société mondialisatrice qui nous conduit en enfer a mis le turbo. Depuis 2020, elle a même franchi le mur du son. J’ai personnellement croisé quelques membres particulièrement dynamiques de ces destructeurs assermentés de l'”ancien monde”. Gonflés à bloc, ils se déplaçaient à la vitesse de la lumière. C’est dire si les visionnaires sont confiants. Et pour cause, leur dernière mise en scène, le coup de poker coronarien, a parfaitement réussi. Les populations des pays industrialisés, parfaitement encadrées et formatées, découvrent et subissent les effets de la recette d’un produit innovant : la pandémie perpétuelle. Une maladie dont les citoyens européens ont pu apprécier les différents épisodes au fil de rebondissements spectaculaires. Il faut dire que la tâche des marionnettistes contemporains a été facilitée, notamment grâce à Edward Louis Bernays et son livre Propaganda. Théoricien et praticien à succès de la propagande politique et d’entreprise, il y décortique les secrets de l’art de manipuler l’opinion en démocratie, ainsi que ceux de la production du consentement. Ce mode d’emploi pour les gentils bergers du troupeau humain a fait fureur (vous voyez ce que je veux dire), et a grandement contribué a développer la veulerie humaine. Depuis ce modèle a remplacé tous les autres, et il régit nos vies de civilisés éclairés chaque jours un peu plus. Depuis que nous sommes sous l’emprise de l’informatique pour une part sans cesse croissante de nos activités, sous hypnose, la foule sentimentale de la chanson de Souchon marmonne machinalement : oui, j’accepte tout… oui, j’accepte une fois pour toutes. La pandémie perpétuelle, dont nous venons de savourer les prémices, serait-elle le carton d’invitation à vivre dans un zoo sécurisé, tout beau, tout neuf, que des Diafoirus en goguette, associés à des psychopates hallucinés (à vous d’inscrire les noms de vos préférés) nous adressent ? En tous cas, l’affaire est rondement menée. Tu verras ma chère Alice… tu verras mon cher Jean-Pierre, avec ton passeport sanitaire, tu seras logé dans une belle cage, à l’abri des prédateurs, nourri, blanchi, ta santé sera sous contrôle permanent, enfin en sécurité. Quand les conditions statistiques seront favorables, tu pourras même sortir un moment. Ta vie sans mauvaises surprises sera plus longue, beaucoup plus longue, interminablement longue… sur notre terre d’asile psychiatrique.

Assez dormi mes amis1, il est temps de nous révolter contre la perverse dictature qui cherche à s’imposer. Réveillons-nous avant que la réalité ne dépasse la caricature pour longtemps encore, et que le rire ne soit plus qu’une pathétique grimace destinée à se consoler.

Accepter, pourquoi pas ?… mais il faudra apporter des changements au contrat… j’ai bien peur que l’accouchement soit douloureux, et que le troupeau soit encore plus difficile à convaincre que ses maîtres !

En attendant, plus efficace que jamais, mon ordinateur continue à insidieusement m’imposer sa loi. Faudra-t-il que nous divorcions ?

1 Ça ne plaira pas à tous, mais, féministe pratiquant, j’ai renoncé à l’écriture inclusive dans toutes ses ridicules variantes.

 


Aux lecteurs en quête d’humour, je propose quatre minutes et dix-huit secondes en compagnie l’excellent Nathanaël Rochat


Tout va très bien madame la marquise de Ray Ventura

Encore une incursion dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG. Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent. Aujourd’hui, je vous suggère de lire ce qu’évoque mon estampe ÉVASION pour mon ami Alain Bosson.

Alain Bosson
Docteur en histoire moderne de l’Université de Fribourg

Maître d’histoire au Collège de Gambach (Fribourg)
Faites la connaissance d’Alain sur son site internet http://alainbosson.ch/wordpress/ et découvrez ses diverses activités (publications, articles, conférences, etc.)

 
ÉVASION – 1987 – JPH – Peinture acrylique


ÉVASION

Par Alain Bosson

Je n’ai pas toujours aimé Fribourg. Quand on est un enfant, on est comme les oiseaux et les fourmis, on ne vient de nulle part, on se trouve bien où l’on est, sans se poser trop de questions. Les souvenirs et les couleurs de mon enfance, c’est le ciel bleu du Tessin, les murs bariolés d’Ascona, la place de jeu du Monte Verità, et l’institutrice qui m’a donné le goût des livres. Je suis arrivé à Fribourg à l’âge de dix ans, au mois de novembre, un triste mois de novembre. J’avais une tante qui habitait, à cette époque, à la Planche-Supérieure, côté Sarine. Personnage haut en couleurs, elle contrastait avec l’apparente monotonie de la Basse-Ville à ce moment de l’année. Son appartement était très humide et vieillot : on avait l’impression d’entrer dans la taverne d’une sorcière. Elle avait bourlingué, et j’adorais écouter ses récits de voyages, remplis d’humour et d’indépendance d’esprit. Je l’ai rapidement identifiée à tout ce coin du vieux Fribourg.

Lorsque j’ai commencé à découvrir, aux cours de dessin à St-Michel, des œuvres « fribourgeoises » de Jean-Pierre Humbert, j’ai eu le sentiment curieux de retrouver d’un coup mes toutes premières impressions de Fribourg, images transformées jusqu’à l’oubli par une familiarité nouvelle avec les lieux. L’apparente austérité et le calme de surface des compositions de l’artiste, l’équilibre improbable des lieux et des espaces représentés, l’insertion d’éléments hétérogènes qui créent une atmosphère de unheimlich - l’inquiétante étrangeté chère à Freud, sont autant de traits constitutifs de la poétique de Jean-Pierre Humbert lorsqu’il nous propose un Fribourg onirique.

Mais pour rêver une ville, encore faut-il la connaître, et Fribourg n’est pas une ville qui se laisse comprendre facilement. Léon Savary l’a bien senti, lorsqu’il écrit en 1929, « Une cité de rêve… Mais à tous elle ne livre pas son secret ». Sur le plan littéraire, il appartiendra surtout à des écrivains du dehors (Savary, Cingria, Chessex) de nous laisser entrevoir une partie de l’âme profonde de Fribourg. De doctes savants ont consacré leur vie à étudier l’ancienne cité des Zähringen sous toutes ses coutures : les Alexandre Daguet, Pierre de Zurich, Marcel Strub et toutes celles et ceux qui les ont suivis ont contribué à nous donner une connaissance approfondie de la ville, une connaissance claire et intelligible pour l’esprit. Les artistes, eux, nous donnent un accès plus immédiat, plus profond, plus essentiel : ce n’est pas notre intellect cartésien qui est touché, mais notre cœur, nos sentiments, notre univers émotionnel.

Le Fribourg onirique de Jean-Pierre Humbert touche au plus près l’âme profonde de la ville, mais sans passéisme. Au contraire, le dialogue est constant entre le Fribourg qui est et celui qu’il pourrait être. Les lectures multiples, parallèles, toutes celles que l’artiste a rendues possibles et toutes celles qu’il a seulement soupçonnées, éclairent tour à tour les facettes d’une œuvre extraordinairement complexe. Dans Evasion (1987), l’intrusion de la modernité amène, tout à la fois, un sentiment d’écrasement et une ouverture, improbable mais possible vers un ailleurs. La richesse sémantique de l’œuvre n’exclut pas une certaine ambivalence, et, comme dans certains rêves que nous faisons, mais à l’inverse de notre vie consciente, certains éléments étranges nous paraissent, sur le moment, tout à fait familiers et cohérents.

Je ne peux pas croire que Jean-Pierre Humbert fête aujourd’hui ses 60 ans. Jean-Pierre Humbert doit avoir au moins 5 ou 600 ans, au bas mot, pour connaître si intimement le caractère et l’âme de Fribourg.

 


ÉVASION – 1987 – Gravure (Verni-mou, aquatinte, pointe-sèche) – JPH


ÉVASION – 2019-1987 – Technique mixte – JPH