Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous … Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage…

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PLEINE LUNE – Lithographie – JPH – 1997


Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG

Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.

Ci-dessous, ma lithographie PLEINE LUNE commentée par Emile Aebischer (Yoki) 1922-2012 – Voir des œuvres de Yoki – Article paru dans LE TEMPS


PLEINE LUNE

Texte de Emile Aebischer (Yoki)
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

Reconnu comme un graveur connaissant toutes les finesses d’un métier éprouvé, Jean-Pierre Humbert a su rendre ici la poésie intime d’un lieu familier en une lithographie dont la granulométrie est d’une finesse inhabituelle. Une partie de son paysage préalpin, aisément reconnaissable, va se fondre dans une lumière de type lunaire. « Tenté par le surréalisme ? », lâchez-vous à son auteur. Il vous répondra ne pas se reconnaître sous cette étiquette. Il a cependant l’art de faire coexister les contraires en l’unité d’une composition par la hardiesse lumineuse de son faire.

Pour plus d’informations ou pour commander le livre
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert, cliquez sur ce lien

 


COURRIER DES LECTEURS

je te répondrai la bouche pleine de nuages que la réaction du peintre manque singulièrement de sel sous la langue.
tu me diras de ne pas parler la bouche pleine, je sais une pensée claire et l’art de la métaphore, ça vous laisse  sans voix.
vous êtes rassasié d’un coup d’œil
like grave. ..;-)

bon dimanche
colette maillard

Nuit sans lune – Technique mixte – JPH – 2005-1985

 

Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG
Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.
Ci-dessous, ma lithographie NUIT SANS LUNE interprétée par Patrick Rudaz.

Après avoir été conservateur du Musée de Charmey pendant 25 ans, Patrick Rudaz a quitté ses fonctions en mars 2018. Depuis, il se consacre exclusivement à son travail de coordinateur du Parc naturel régional Gruyère-Pays-d’Enhaut.

 

NUIT SANS LUNE

Texte de Patrick Rudaz
P
aru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

C’était une nuit noire
Une nuit inquiétante où rien ne surgit d’une brume inexistante
Une nuit apaisante où les ombres absentes ne dessinent aucun monstre
Une nuit fraîche quand les esprits fouettent les sens.

Je suis descendu dans la rue, j’ai pris le chemin dans une pétillante pénombre. Un candélabre. Des phares automobiles. J’ai marché longuement à la recherche d’un peu de vie, d’une place, d’un parc, d’une promenade, d’une rue animée. Je n’ai rencontré personne. Rien vu ou presque.

C’était une nuit éteinte
Une nuit excitante où les corps s’enlacent et se lassent
Une nuit en toute quiétude où la peur s’efface dans les contrastes oubliés
Une nuit moite quand l’âme affleure les corps.

J’ai déambulé dans les rues basses, puis dans les rues hautes. Pas une robe, pas un escarpin, pas la moindre putain. J’ai vu des pierres et des fontaines, des cathédrales et des cafés. Et je n’ai parlé à personne. Rien dit, rien échangé ou presque.

C’était une nuit sombre
Une nuit affolante où le vent brûle la peau
Une nuit douce où la caresse soulage les peines
Une nuit chaude quand le sang afflue aux extrémités.

Dans l’œil de la rue, j’ai aperçu une femme, belle, qui dans le reflet d’un astre défaillant s’enfuyait. Rien à voir, rien à dire. Je l’ai appelée, elle ne m’a pas répondu. Alors je suis rentré, seul. Et chez moi, couché sur un canapé noir, ma main… ou presque.

C’était une nuit sans lune.


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PASSION VIRALE – Technique mixte – JPH – 2020-1997

 

Pour l’artiste scrupuleux, l’œuvre réalisée, quelle qu’en puisse être la valeur, n’est jamais que la scorie de son rêve. José Maria de Heredia 1842-1905

J’ai souvent de la peine à terminer mes tableaux. Ceux qui ne sont pas simplement détruits peuvent passer des décennies sur mes étagères. Lorsque, après bien des doutes et d’incessants changements, je me décide enfin à les signer, ils collent miraculeusement à la réalité du jour. L’instant est gratifiant et confirme le bien-fondé de ma retenue instinctive de départ et valide la patience d’attendre l’heure H.

C’est ce qui s’est passé pour l’œuvre qui accompagne ces quelques lignes. Je l’ai commencée en 1997 et terminée au mois de mai 2020. Intitulée Passion virale, elle représente, à mes yeux, un instantané peint de l’actuelle triste mutation des relations humaines provoquée par le délirant feuilleton covidien. Bien que les barreurs politiques aux ordres de la finance tentent d’escamoter le tsunami économique qui a déjà commencé à déferler, on devine que le prochain épisode sera palpitant et douloureux. Sus à la monotonie et que dure le terrorisme d’état ! À suivre ailleurs que sur les radios, les télévisions et les journaux que l’on vous contraint à financer, sauf si vous aimez les contes de fées.

Je ne me ferai pas l’exégète de mon tableau. Les œuvres picturales n’ont pas besoin de mode d’emploi. On y trouve parfois la pensée qui s’en dégage. Le spectateur qui ne se contente pas d’aimer un peu, beaucoup, ou pas du tout, a une chance de la découvrir et de l’interpréter à son tour. L’artiste n’a pas forcément conscience des mystères ou des pièges que révèle l’image qu’il a produite. À vous de jouer !

INTRODUCTION EN SI – Technique mixte – JPH – 2005-1985


En septembre 2007 les éditions
ESTAMPE.ORG ont publié un livre intitulé
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert
Il contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes,
accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.
Ci-dessous, découvrez mon INTRODUCTION EN SI interprétée par Colette Gaillard

 

INTRODUCTION EN SI

Texte de Colette Gaillard
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert


Intimité.

Mot de fouille
Mot de fosse.
Ossements de chaleur enfermant le ciel comme une chape d’église.

Je cherche mon temple, une bâtisse à la mesure de ma foi…
La demeure d’un esprit, d’un souffle sec mettant le feu à l’oreille et à l’âme, une étendue de steppe.

Et je ne sais précisément si le vent vient de l’œil ou de la langue,
des mots glissés ou de la caresse de lumière d’un khôl noir fusant mon corps ouvert.

Intimité.
Altération d’offrande
Altération d’un pauvre chant
La partition est laissée aux soins du courant.
Dans le silence infini, dans un océan d’algues vrillées, la vie glisse toute seule.

Spasmes qui s’entourloupent entre ma glotte et mon âme.
Vocables ininterrompus du jus des déchirures.
Je presse mon cœur citron et l’amère transpiration des amours fermentées.
Il coule et trempe.

Je cherche mon temple, une bâtisse à la mesure de ma foi…
Mais se tenir droit, encombré, les bras tendus pour que la nuit y pende sa lessive, ses poussières, ses nippes anciennes et collantes encore de ses vieilles douleurs. Se tenir ainsi, se croyant utile, se croyant aimer.

…oui, à la mesure de ma foi.

 

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VIE PRIVÉE – Gravure – JPH – 1983

 

 

 

Photo Elena Costianu – 2019

ACROBATES, JONGLEURS ET COMPAGNIE – 1985 – Peinture acrylique


Sur une toile marouflée, je dresse les murs de la forteresse qui abritera l’intimité de quelques personnages anonymes qui jouent en boucle le mélodrame humain. Les acteurs et le décor de mon tableau ne se laissent pas faire. Sur ma toile, j’ai consacré trois mois à déplacer des murs, à prêter et à retirer la vie aux éphémères protagonistes de ma tragi-comédie. À chaque étape, les parois prenaient de la hauteur, des personnages apparaissaient, disparaissaient. J’ai beaucoup oublié des épisodes de ce feuilleton. À la fin du mois de septembre 1985, je signais mon œuvre que j’intitulais
Acrobates, jongleurs et compagnie. Mais de la compagnie, il n’y en avait plus beaucoup. Restaient un couple d’amants fossilisés dans le décor, ainsi que, perdue, solitaire, une Vénus narcissique et son chat qui contemplaient la main d’un improbable jongleur. Un savant magicien qui libérait, dans une bulle, un nouvel être humain, fruit de ses éprouvettes; un nouvel être dans un nouveau monde aux racines évanescentes.

En 2008, j’ai une fois de plus remanié mon tableau. Tous les personnages ont disparu. Restent les bulles d’air et le nouveau-né. La forteresse se désagrège lentement dans le ciel nocturne et cède progressivement la place à un paysage inhospitalier. Seul dans son enveloppe, le bébé s’élève lentement Vers la lumière. C’est le titre de l’ultime version de mon tableau.

Serait-ce une lueur d’espoir ?

VERS LA LUMIÈRE – 1985-2008 – Passé recomposé


Cinq décennies de cheminement artistique s’achèvent et l’artiste ne semble pas encore être arrivé à son but. Il cherche, peaufine et réinvente toujours. Entre dessin, peinture et estampe, Jean-Pierre Humbert ne cesse de créer. Cinq décennies d’évolution et de transformation durant lesquelles la vie marque, module et disparaît. Quel artiste n’a su si bien faire évoluer ses œuvres, faire découvrir au public curieux qui s’aventure dans sa galerie tout le panel des techniques picturales et leur effet sur le regard et la pensée?


Irenka Krone-Germann, Réinventer l’art au travers les générations

 

Sorti de presse au mois de décembre 2018, le livre n’est pas diffusée en librairie. Vous pouvez passer commande à cette adresse e-mail: info@jphumbert.ch ou en remplissant le formulaire sur le lien qui suit: https: //jphumbert.ch/publications/livres/anachroniques/. Pour le consulter, rendez-vous à la Galerie Contraste à la ruelle des Cordeliers 6 à Fribourg (078 875 96 66).

FICHE TECHNIQUE DU LIVRE

Édition courante 256 pages au format 23 x 32.5 cm
Impression offset couleur sur du papier satiné de 150 g/m2
Plus de 200 illustrations et des textes de J-P Humbert
Prix: CHF 95.-  Frais de port et d’emballage inclus (seulement en Suisse)


Édition de tête Le livre est accompagné d’une estampe que j’ai créée pour
l’occasion. Cette œuvre est tirée à 47 exemplaires. Le livre et l’estampe sont
numérotés et signés de 1/47 à 47/47
Prix: CHF 250.- Frais de port et d’emballage inclus (seulement en Suisse)

Encore un effort…

Ça y est! Tombent les masques, vous en saurez plus ce soir. À la sauterie du coronavirus, le ralenti savamment maîtrisé de la fin du jeu a démarré. Sur l’air de Ce n’est qu’un au revoir, l’orchestre nous invite a retirer prudemment nos déguisements. L’heure de vérité a sonné ! Nous allons enfin découvrir le visage de l’envoûtant et entraînant danseur qui nous a guidé pendant ces excitants mois de folie. Surprise, surprise… Privés de l’effet ipsilatéral, votre cavalier et vous dévoilez une tête ovale, parfaitement lisse, sans nez, sans bouche, sans oreilles, sans yeux; bref une tête d’œuf dépourvue des habituels capteurs humains, si précieux pour réfléchir et agir. Cet étrange phénomène a frappé simultanément tous les participants de cette interminable fête. Probablement des dégâts collatéraux induits par la terreur et la culpabilisation inlassablement instillés par les promoteurs et organisateurs de la tango-pandémie. Simple spéculation!

Par bonheur, le spectacle de cette mutation n’a duré qu’un centième de seconde et il est passé inaperçu. Victimes inconscientes du mensonge, nous avons vite retrouvé le rassurant faciès auquel nous nous identifions habituellement, ainsi que la confiance aveugle en ce que la plupart des gens appellent nos valeurs. Artifices à géométrie variable, ces valeurs offrent de palpables avantages, elles développent la souplesse de la colonne vertébrale et favorisent la pratique indolore du changement de masque. Une compétence indispensable pour survivre dans un monde qui change sans fin de visage pour échapper à la vérité.

Le bal masqué serait-il l’expression humaine du mouvement perpétuel, le balancier déréglé de la bêtise?

J’en ai peur… en toute innocence.

 

CACHE-CACHE – Technique mixte – JPH – 2016-1996

 

Post-scriptum : Reproduits en exergue de ma monographie Anachroniques, vous trouverez mon œuvre CACHE-CACHE ainsi que cette citation de Saint Augustin (354-430) – Algérie:

À force de tout voir on finit par tout supporter…
À force de tout supporter on finit par tout tolérer…
À force de tout tolérer on finit par tout accepter…
À force de tout accepter on finit par tout approuver

Pour commander le livre : https://jphumbert.ch/publications/livres/anachroniques/

Les asiles d’aliénés comportent dans leur personnel des internes et des internés. Entre ceux-ci et ceux-là, ne se dresse que l’épaisseur d’un accent aigu.

Alphonse Allais – 1854-1905

 

 

DÉSESPÉRÉ 
Technique mixte – 2006-1973 – Image et texte JPH

Portrait synthétique et empathique de la foule désemparée des dépressifs, bipolaires, anxieux, paniqués, asociaux, stressés post-traumatique, psychotiques, schizophrènes, boulimiques, anorexiques, paranoïaques, narcissiques, évitants, dépendants, obsessionnels-compulsifs, cette œuvre est composée de quatre dessins réalisés en 1973, retravaillés et assemblés en 2006.

Dans le quotidien La Liberté du 16 juin 2010, une étude présentée par un chercheur financé par le « Brain Mind Institute » de l’EPFL, nous apprend que les grands artistes, quand ils ne sont pas franchement fous, sont pour le moins malades psychiquement. Un constat qui vaudrait aussi, dans une moindre mesure, pour les nabots de la création. Dostoïevski, Kafka, Nietzsche, Proust, Chostakovitch, Van Gogh et les autres (les femmes sont semble-t-il épargnées par le phénomène car ce scientifique n’en cite aucune) : à l’asile, pardon, au Centre de Soins Hospitaliers, s’il vous plaît ! Administrons-leur les médicaments d’usage et quelques séances avec le psychiatre. Le restant du temps, des activités de groupe telles qu’art-thérapie, gymnastique, télévision,etc., devraient les occuper positivement et surtout les guérir. Après quelques semaines de ce traitement, ces individus pourront enfin envisager une activité utile. Avec un peu, avec beaucoup de chance, ils trouveront un emploi dans une banque, une compagnie d’assurance, une usine, une administration, voire dans une université ou, nec plus ultra, à l’EPFL. Enfin libérés de leurs tourments, ils pourront participer efficacement à l’irrésistible œuvre de robotisation entreprise par le monde libre. À l’heure de la retraite, imprégnés du sentiment du devoir accompli, ils verront les portes d’une saine créativité s’ouvrir à eux. Pour occuper le temps qu’il leur restera à vivre, ils pourront se consacrer, qui à la peinture, qui à la littérature, à la sculpture, à la musique …

Une grossière caricature ? Je veux bien. Je suis plutôt enclin à penser que ce ne sont pas les petits et les grands artistes qui sont malades, mais bien nos orgueilleuses sociétés occidentales avec, notamment, leur fâcheuse tendance à utiliser les progrès de la technique et de l’automation pour calibrer les êtres un peu comme les fruits destinés à l’étal des supermarchés. L’humain au service de la technique, telle est la donne. De ce fait, l’avenir du personnel des divers Centres de Soins Hospitaliers s’annonce radieux.

Tous les patients de ces institutions auront-ils le talent de Dostoïevski, Kafka, Nietzsche, Proust, Chostakovitch, Van Gogh et les autres ?

C’est sûr, le paradis terrestre c’est pour demain.

 

Au jour le jour, les siècles passent tranquillement. Les révolutions se succèdent. Le monarque autocrate est remplacé par le tyran socialo-communiste, lui-même relayé par le totalitarisme démocratique, destitué à son tour par un despote probablement éclairé. Le monde bouge, les mœurs changent, seule subsiste la religion du Veau d’Or. Tant qu’il y aura des hommes, le culte de l’argent règnera. Au fil du temps, les formes et les manifestations de l’attrait pour ce pouvoir ont changé. Les nouveaux moyens techniques offrent des opportunités infinies pour l’exercice d’asservissement qui nous est habillement imposé. L’avenir s’annonce donc radieux pour les maîtres de ce jeu de dupes. Pour leur seul bénéfice, assistés par l’informatique et par l’automatisation, les manipulateurs qui conduisent le troupeau sauront pérenniser sans concession leur stupide et mortifère idolâtrie.

Et nous, objets presque inertes, impuissants, englués dans la mélasse publicitaire, étouffés sous des avalanches de paperasse, nous nous surprenons à espérer la venue d’un sauveur. Fruit du découragement, ce désir a suscité de nombreuses vocations parmi les escrocs de tous poils prêts à plumer leurs concitoyens découragés et déprimés. Les candidats crédibles à ce poste sont eux rarissimes. Si les plus chanceux ont droit aux honneurs et à la reconnaissance des personnes qu’ils ont soutenues, le métier est risqué et dans la plupart des cas, dangereux et décevant. Pour peu que le sauveur ait contribué à dévoiler les mensonges des puissants, il s’expose à la haine, aux quolibets, aux insultes et à la souffrance. Les exemples récents ne manquent pas. Celui qui dit la vérité doit être anéanti, c’est la règle.

En cette année 2020, l’évènement le plus important des Églises catholiques et orthodoxes, la Semaine Sainte, est agendée du 5 au 13 avril. Dans une Europe guidée par des Lumières, les peuples en pleine déliquescence intellectuelle et morale l’ont promue au rang de fête du lapin en chocolat et de l’œuf cuit dur peint. Pour mémoire, avant le triomphe du Progrès, pendant plus de deux millénaires, les chrétiens commémoraient la Passion de Jésus Christ de sa mort à sa résurrection. Appelé Le Sauveur, Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu envoyé sur Terre pour sauver les hommes de leurs péchés, aussi connu sous le nom de Messie.

Ceux qui attendent un Sauveur n’ont plus à patienter, il est là !  Son enseignement transcrit dans le Nouveau Testament a accompagné les vies d’une majorités d’européens et de nombreux peuples pendant plusieurs siècles, et il a inspiré des œuvres sublimes à des peintres, des sculpteurs, des architectes, des écrivains, des musiciens et des savants restés souvent anonymes. Qu’ils aient la foi ou non, les écœurés du tout-à-l’argent malhonnête entendront là une mélodie réconfortante, à mille lieues du tintamarre vulgaire produit par les chantres de la sempiternelle doctrine matérialiste de la croissance.

De quoi émerger un peu… beaucoup… du sac d’embrouilles dont nous sommes captifs… et enfin réintégrer la création et ses beautés. Allez, Joyeuses Pâques !

 

LE SAUVEUR – Technique mixte – 2009-2003 – Texte et dessin JPH

Parmi les quelque 600 représentations de la Tour de Babel, dont la célèbre version de Bruegel l’Ancien, la gravure de la Tour de Babel en Belzé de Jean-Pierre le Jeune apporte son bloc de molasse à l’édification du mythe.

Dans la Genèse selon Jean-Pierre, le berceau de l’humanité se trouve à Fribourg. Les hommes parlaient alors la même langue, le bolze, formaient un seul peuple et cultivaient moult moments d’amitié autour de manoilles rafraîchissantes. Un jour, le roi Nemrod IV de Zæhringen ordonne de bâtir une tour dont le sommet doit toucher les cieux. L’Éternel, divinement agacé par tant d’insolence, redoute que la réussite du projet incite les rêveurs de la cité à échafauder des salles de spectacle et des ponts de la Poya en veux-tu en voilà. Dieu fait parler aux hommes des centaines de langues pour qu’ils ne se comprennent plus puis les éparpille par toute la terre. La Tour de Belzè reste inachevée. Cette vue de Fribourg à la base solide mais dont les étages perdent l’équilibre dans les nuages me renvoie à ma piètre inaptitude: grandir en Nuithonie et ne pas être bilingue, untauglich zu Zweisprachigkeit.

« 3 p’tits tours et… Soyons humbles et déterminés, bâtissons là ou en Basse, mais construisons toujours », disent les Bolzes qui ont plus de trois tours dans leur sackelè. Écoles et bibliothèques s’érigent autour de la patinoire. Un funi droit comme un i file vers l’Uni, rompant le ronron des remparts et des ponts en colimaçon. Des descendants des ouvriers de l’ancienne Tour reviennent s’installer en ville ; les langages se croisent et se mélangent. 3 p’tits tours et… représente une spirale harmonieuse, une ligne qui fait des révolutions pour que la terre tourne mieux. Si le bolze s’imposait comme langage universel, les conflits entre les nations s’apaiseraient.

Texte de Jean-Baptiste Magnin – Extrait de [Par défaut], Jean-Pierre Humbert – Éditions Estampe.org

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – Gravure – Tirage 47 ex. numérotés et signés – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 2e état de la gravure – Tirage 47 ex. numérotés et signés – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 1ère épreuve de travail de la gravure – un seul exemplaire tiré – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 2e épreuve de travail de la gravure – un seul exemplaire tiré – JPH – 1995