Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous … Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage…

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LARGUEZ LES AMARRES – Lithographie – JPH – 1994

 

Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG.
Cet ouvrage contient les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un écrit d’un auteur à chaque fois différent.
Ci-dessous, le texte de Jacques Barberis qui illustre ma lithographie LARGUEZ LES AMARRES.

Collaborateur de la Croix Rouge Internationale, coutumier des points chauds de la planète, Jacques Barberis travaille actuellement en Afghanistan. Amateur de peinture, grand connaisseur de la gravure, curieux, inspiré, il est aussi organisateur d’expositions de peinture et de gravure, Jacques a la faculté de dénicher de formidables artistes là où le commun des mortels ne trouve que du sable. Je lui dois quelques découvertes comme celles d’Aleksandr Kalugin et d’Aleksandr Kolokoltsev, des artistes dont j’ai édité des gravures et exposé les œuvres, avec son aide.  

 

LARGUEZ LES AMARRES
Aussi intitulé L’APPEL DU LARGE

Par Jacques Barberis
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert


Une fois encore, Jean-Pierre Humbert et Fribourg. Les comptes, qui font les bons amis, ne sont pas encore rendus ! Les rapports restent tendus, et l’on pense malgré soi à Chessex, cet «étranger» protestant qui, occupé à en découdre avec elle, fait tout de même de cette vieille ville un lieu de passions et de drames. Rien de tel chez Jean-Pierre Humbert, pourtant rejeton de ces murs, sous la patte duquel Fribourg est souvent désincarnée, minéralisée, vidée et statique.

Ici, une fois de plus, la « basse » devient la «haute», mais ce n’est que pour mieux être excisée, tissu mort, du vivant organisme urbain. En point culminant, la cathédrale, mère des Institutions, tient fièrement son rôle nouveau de mât ou de tour de contrôle. Seul rescapé de la modernité, un hôtel cubique et sans toit peine à la concurrencer. Mais l’ensemble est instable, plus bateau ivre que paquebot, sans passagers ni équipage.

A la poupe ou à la proue, passerelle inutile, l’un de ces ponts qui ont fait la gloire de la cité résiste, appendice incongru. S’il s’écroule, rupture d’anévrisme, c’est l’asphyxie et l’adieu aux derniers espoirs d’accostage. Or aucun port n’est en vue !

Seule la mer semble vivante, houleuse, démontée même, et écumante : contraste frappant entre un monde minéral et fier, prêt à défier des siècles encore, et un élément capricieux et polymorphe. Le paquebot a déjà perdu la partie cependant, il ne tiendra plus longtemps, chargé d’un poids trop lourd et mal réparti. Il semble d’ailleurs déjà s’être échoué sur le fond, monolithe livré à l’érosion des vagues.

Qui donc a lancé l’ordre de larguer les amarres, scellant ainsi le sort de l’embarcation ? L’inconscient se trouve-t-il sur le pont, ou est-il resté à quai ?

Son regard extérieur ( détaché ? ) jeté sur le paquebot trahit l’auteur : les deux pieds sur la terre ferme, il a choisi le « bon côté » et il assiste, comme le spectateur, au départ des vestiges d’un monde condamné à disparaître, pittoresque mais anémié, réduit à un simple décor. Et avec lui, le naufrage inévitable d’un ordre archaïque, pourtant bien établi encore, et l’anéantissement d’un pont, dernier cordon ombilical, qui de toute façon perdrait dans peu de temps sa raison d’être, remplacé par une autre œuvre projetée dans le monde des vivants.

Alors, Humbert l’anarchiste veut-il vraiment larguer Fribourg ?

 

LARGUEZ LES AMARRES
Texte de Jean Steinauer rédigé lors de la parution de cette lithographie en 1994

Jean Steinauer, né en 1946, a travaillé quinze ans comme rédacteur politique puis journaliste libre pour plusieurs médias de Suisse romande, avant de fonder à Lille une petite agence de presse puis de se consacrer à des activités de formation pour les syndicats genevois. De retour en 2001 à Fribourg, sa ville natale, il a délaissé le journalisme et les activités de communication pour se consacrer à la recherche historique, ainsi qu’à l’écriture et l’édition d’ouvrages de ce domaine. Parmi ses rares livres de fiction, un recueil de Contes et légendes à 3 ou 4 essieux composé en 1989 à l’instigation de ses amis Pierre et Charles Friderici. (Présentation empruntée au site de Bernard Campiche Éditeur)

 

Libre aux géologues de croire que les terrains sont stables et que les villes reposent de tout leur poids sur des couches superposées depuis des millénaires.
Et les géographes peuvent bien rêver de prendre les villes au filet, dans le quadrillage des longitudes et des latitudes, afin qu’on les retrouve toujours au même endroit. Les ivrognes et les artistes, qui savent observer, ont compris que les villes dérivent à tous vents, et voguent sans fin sur les campagnes ondulantes.

À preuve le Fribourg de Jean-Pierre Humbert!
Sur un roc au profil d’étrave, l’élancement d’une mâture gothique: cette ville fut armée pour tailler sa route à travers les houles de l’histoire. Elle ne cesse d’échapper à la nuit qui tombe dans son sillage. Toute vibrante d’énergie, elle navigue vers la fin des temps, vers le naufrage inéluctable et apaisant. L’équipage a mis sa confiance dans une longue familiarité avec l’au-delà.

«O mort, vieux capitaine, il est temps! Levons l’ancre…»

LA COLÈRE – Technique mixte – JPH – 2006-1990


Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG
Cet ouvrage contient les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par l’écrit d’un auteur à chaque fois différent.

Ci-dessous, le poème d’ Étienne Chatton qui illustre ma représentation de LA COLÈRE, l’un des Sept Péchés Capitaux.

Fondateur, notamment, du Centre International de l’Art Fantastique du Château de Gruyères, Étienne Chatton nous a quitté le 31 décembre 2007. Voir le film que lui a consacré l’Association Plans Fixes

 

LA COLÈRE

Par Étienne Chatton
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

Ton sur ton de grisaille, manies d’enfant sénile
Qui conserve le temps dans ses boites à sardines
Quel architecte fou sur l’infini d’ennui
A planté ses mâchoires aux molaires de buildings ?

Le Ciel de traîne usé des printemps en souffrance
Bat l’écrasant rappel de la vie qui s’achève
Aux fenêtres aveugles, collées de purulences.
Une histoire sans mémoire de mort-nés écrasés
Levures et balayures d’époux irréprochables,

Ô Jupiter, lance Tes ponts, unis les sphères du dais astral
Fulmine dans l’azur Tes féroces fougères aux venins de crotales.
Hors du visqueux magma fais exploser nos rages abyssales.
Aux filles filiformes, cuissardes de cigognes, fulgure un jet de foutre.
Que Tes gongs d’hélium en musique jubilent des alphabets de feu
Au poitrail de pierre des montagnes, accroche Tes médailles.

Quand Tes furieux désastres emporteront nos alluvions
Tristes variations des morts en sursis, dont on enduit
La crevasse des rues et leurs sens interdits,
Aux cascades vêtues de blanches robes de moniales,
Rastas, loubards, rockers, servants de messes putassières,
Poignards de chair, gainés d’envie et de COLÈRE,
Reviendront assoiffer la part perdue des dieux.


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[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert, cliquez sur ce lien

 

COURRIER DES LECTEURS

poème que j’apprécie , théâtral et classique. on voit le  poète sur le devant de la scène- est-il en toge tiens pourquoi pas..? à clamer 😉

dans un pays qui jardine ses paysages, pratique le consensus, brasse les couleurs jusqu’au marron,  il est difficile d’être  le seul artiste dissident politique et philosophique clairement affiché dans chaque œuvre.  en général, au bistrot  ils sont contre mais dans leur art, ils parlent d’autres choses.  (et moi-même, qui ne suis pas des artistes, je me garde de m’exposer)   on te dit “surréaliste. ou fantastique” , pour moi, c’est moins sur…

bon dimanche
colette maillard

PLEINE LUNE – Lithographie – JPH – 1997


Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG

Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.

Ci-dessous, ma lithographie PLEINE LUNE commentée par Emile Aebischer (Yoki) 1922-2012 – Voir des œuvres de Yoki – Article paru dans LE TEMPS


PLEINE LUNE

Texte de Emile Aebischer (Yoki)
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

Reconnu comme un graveur connaissant toutes les finesses d’un métier éprouvé, Jean-Pierre Humbert a su rendre ici la poésie intime d’un lieu familier en une lithographie dont la granulométrie est d’une finesse inhabituelle. Une partie de son paysage préalpin, aisément reconnaissable, va se fondre dans une lumière de type lunaire. « Tenté par le surréalisme ? », lâchez-vous à son auteur. Il vous répondra ne pas se reconnaître sous cette étiquette. Il a cependant l’art de faire coexister les contraires en l’unité d’une composition par la hardiesse lumineuse de son faire.

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COURRIER DES LECTEURS

je te répondrai la bouche pleine de nuages que la réaction du peintre manque singulièrement de sel sous la langue.
tu me diras de ne pas parler la bouche pleine, je sais une pensée claire et l’art de la métaphore, ça vous laisse  sans voix.
vous êtes rassasié d’un coup d’œil
like grave. ..;-)

bon dimanche
colette maillard

Nuit sans lune – Technique mixte – JPH – 2005-1985

 

Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG
Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.
Ci-dessous, ma lithographie NUIT SANS LUNE interprétée par Patrick Rudaz.

Après avoir été conservateur du Musée de Charmey pendant 25 ans, Patrick Rudaz a quitté ses fonctions en mars 2018. Depuis, il se consacre exclusivement à son travail de coordinateur du Parc naturel régional Gruyère-Pays-d’Enhaut.

 

NUIT SANS LUNE

Texte de Patrick Rudaz
P
aru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

C’était une nuit noire
Une nuit inquiétante où rien ne surgit d’une brume inexistante
Une nuit apaisante où les ombres absentes ne dessinent aucun monstre
Une nuit fraîche quand les esprits fouettent les sens.

Je suis descendu dans la rue, j’ai pris le chemin dans une pétillante pénombre. Un candélabre. Des phares automobiles. J’ai marché longuement à la recherche d’un peu de vie, d’une place, d’un parc, d’une promenade, d’une rue animée. Je n’ai rencontré personne. Rien vu ou presque.

C’était une nuit éteinte
Une nuit excitante où les corps s’enlacent et se lassent
Une nuit en toute quiétude où la peur s’efface dans les contrastes oubliés
Une nuit moite quand l’âme affleure les corps.

J’ai déambulé dans les rues basses, puis dans les rues hautes. Pas une robe, pas un escarpin, pas la moindre putain. J’ai vu des pierres et des fontaines, des cathédrales et des cafés. Et je n’ai parlé à personne. Rien dit, rien échangé ou presque.

C’était une nuit sombre
Une nuit affolante où le vent brûle la peau
Une nuit douce où la caresse soulage les peines
Une nuit chaude quand le sang afflue aux extrémités.

Dans l’œil de la rue, j’ai aperçu une femme, belle, qui dans le reflet d’un astre défaillant s’enfuyait. Rien à voir, rien à dire. Je l’ai appelée, elle ne m’a pas répondu. Alors je suis rentré, seul. Et chez moi, couché sur un canapé noir, ma main… ou presque.

C’était une nuit sans lune.


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PASSION VIRALE – Technique mixte – JPH – 2020-1997

 

Pour l’artiste scrupuleux, l’œuvre réalisée, quelle qu’en puisse être la valeur, n’est jamais que la scorie de son rêve. José Maria de Heredia 1842-1905

J’ai souvent de la peine à terminer mes tableaux. Ceux qui ne sont pas simplement détruits peuvent passer des décennies sur mes étagères. Lorsque, après bien des doutes et d’incessants changements, je me décide enfin à les signer, ils collent miraculeusement à la réalité du jour. L’instant est gratifiant et confirme le bien-fondé de ma retenue instinctive de départ et valide la patience d’attendre l’heure H.

C’est ce qui s’est passé pour l’œuvre qui accompagne ces quelques lignes. Je l’ai commencée en 1997 et terminée au mois de mai 2020. Intitulée Passion virale, elle représente, à mes yeux, un instantané peint de l’actuelle triste mutation des relations humaines provoquée par le délirant feuilleton covidien. Bien que les barreurs politiques aux ordres de la finance tentent d’escamoter le tsunami économique qui a déjà commencé à déferler, on devine que le prochain épisode sera palpitant et douloureux. Sus à la monotonie et que dure le terrorisme d’état ! À suivre ailleurs que sur les radios, les télévisions et les journaux que l’on vous contraint à financer, sauf si vous aimez les contes de fées.

Je ne me ferai pas l’exégète de mon tableau. Les œuvres picturales n’ont pas besoin de mode d’emploi. On y trouve parfois la pensée qui s’en dégage. Le spectateur qui ne se contente pas d’aimer un peu, beaucoup, ou pas du tout, a une chance de la découvrir et de l’interpréter à son tour. L’artiste n’a pas forcément conscience des mystères ou des pièges que révèle l’image qu’il a produite. À vous de jouer !

INTRODUCTION EN SI – Technique mixte – JPH – 2005-1985


En septembre 2007 les éditions
ESTAMPE.ORG ont publié un livre intitulé
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert
Il contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes,
accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.
Ci-dessous, découvrez mon INTRODUCTION EN SI interprétée par Colette Gaillard

 

INTRODUCTION EN SI

Texte de Colette Gaillard
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert


Intimité.

Mot de fouille
Mot de fosse.
Ossements de chaleur enfermant le ciel comme une chape d’église.

Je cherche mon temple, une bâtisse à la mesure de ma foi…
La demeure d’un esprit, d’un souffle sec mettant le feu à l’oreille et à l’âme, une étendue de steppe.

Et je ne sais précisément si le vent vient de l’œil ou de la langue,
des mots glissés ou de la caresse de lumière d’un khôl noir fusant mon corps ouvert.

Intimité.
Altération d’offrande
Altération d’un pauvre chant
La partition est laissée aux soins du courant.
Dans le silence infini, dans un océan d’algues vrillées, la vie glisse toute seule.

Spasmes qui s’entourloupent entre ma glotte et mon âme.
Vocables ininterrompus du jus des déchirures.
Je presse mon cœur citron et l’amère transpiration des amours fermentées.
Il coule et trempe.

Je cherche mon temple, une bâtisse à la mesure de ma foi…
Mais se tenir droit, encombré, les bras tendus pour que la nuit y pende sa lessive, ses poussières, ses nippes anciennes et collantes encore de ses vieilles douleurs. Se tenir ainsi, se croyant utile, se croyant aimer.

…oui, à la mesure de ma foi.

 

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VIE PRIVÉE – Gravure – JPH – 1983

 

 

 

Photo Elena Costianu – 2019

ACROBATES, JONGLEURS ET COMPAGNIE – 1985 – Peinture acrylique


Sur une toile marouflée, je dresse les murs de la forteresse qui abritera l’intimité de quelques personnages anonymes qui jouent en boucle le mélodrame humain. Les acteurs et le décor de mon tableau ne se laissent pas faire. Sur ma toile, j’ai consacré trois mois à déplacer des murs, à prêter et à retirer la vie aux éphémères protagonistes de ma tragi-comédie. À chaque étape, les parois prenaient de la hauteur, des personnages apparaissaient, disparaissaient. J’ai beaucoup oublié des épisodes de ce feuilleton. À la fin du mois de septembre 1985, je signais mon œuvre que j’intitulais
Acrobates, jongleurs et compagnie. Mais de la compagnie, il n’y en avait plus beaucoup. Restaient un couple d’amants fossilisés dans le décor, ainsi que, perdue, solitaire, une Vénus narcissique et son chat qui contemplaient la main d’un improbable jongleur. Un savant magicien qui libérait, dans une bulle, un nouvel être humain, fruit de ses éprouvettes; un nouvel être dans un nouveau monde aux racines évanescentes.

En 2008, j’ai une fois de plus remanié mon tableau. Tous les personnages ont disparu. Restent les bulles d’air et le nouveau-né. La forteresse se désagrège lentement dans le ciel nocturne et cède progressivement la place à un paysage inhospitalier. Seul dans son enveloppe, le bébé s’élève lentement Vers la lumière. C’est le titre de l’ultime version de mon tableau.

Serait-ce une lueur d’espoir ?

VERS LA LUMIÈRE – 1985-2008 – Passé recomposé


Cinq décennies de cheminement artistique s’achèvent et l’artiste ne semble pas encore être arrivé à son but. Il cherche, peaufine et réinvente toujours. Entre dessin, peinture et estampe, Jean-Pierre Humbert ne cesse de créer. Cinq décennies d’évolution et de transformation durant lesquelles la vie marque, module et disparaît. Quel artiste n’a su si bien faire évoluer ses œuvres, faire découvrir au public curieux qui s’aventure dans sa galerie tout le panel des techniques picturales et leur effet sur le regard et la pensée?


Irenka Krone-Germann, Réinventer l’art au travers les générations

 

Sorti de presse au mois de décembre 2018, le livre n’est pas diffusée en librairie. Vous pouvez passer commande à cette adresse e-mail: info@jphumbert.ch ou en remplissant le formulaire sur le lien qui suit: https: //jphumbert.ch/publications/livres/anachroniques/. Pour le consulter, rendez-vous à la Galerie Contraste à la ruelle des Cordeliers 6 à Fribourg (078 875 96 66).

FICHE TECHNIQUE DU LIVRE

Édition courante 256 pages au format 23 x 32.5 cm
Impression offset couleur sur du papier satiné de 150 g/m2
Plus de 200 illustrations et des textes de J-P Humbert
Prix: CHF 95.-  Frais de port et d’emballage inclus (seulement en Suisse)


Édition de tête Le livre est accompagné d’une estampe que j’ai créée pour
l’occasion. Cette œuvre est tirée à 47 exemplaires. Le livre et l’estampe sont
numérotés et signés de 1/47 à 47/47
Prix: CHF 250.- Frais de port et d’emballage inclus (seulement en Suisse)

Encore un effort…

Ça y est! Tombent les masques, vous en saurez plus ce soir. À la sauterie du coronavirus, le ralenti savamment maîtrisé de la fin du jeu a démarré. Sur l’air de Ce n’est qu’un au revoir, l’orchestre nous invite a retirer prudemment nos déguisements. L’heure de vérité a sonné ! Nous allons enfin découvrir le visage de l’envoûtant et entraînant danseur qui nous a guidé pendant ces excitants mois de folie. Surprise, surprise… Privés de l’effet ipsilatéral, votre cavalier, et vous, dévoilez une tête ovale, parfaitement lisse, sans nez, sans bouche, sans oreilles, sans yeux; bref une tête d’œuf dépourvue des habituels capteurs humains, si précieux pour réfléchir et agir. Cet étrange phénomène a frappé simultanément tous les participants de cette interminable fête. Probablement des dégâts collatéraux induits par la terreur et la culpabilisation inlassablement instillés par les promoteurs et organisateurs de la tango-pandémie. Simple spéculation!

Par bonheur, le spectacle de cette mutation n’a duré qu’un centième de seconde et il est passé inaperçu. Victimes inconscientes du mensonge, nous avons vite retrouvé le rassurant faciès auquel nous nous identifions habituellement, ainsi que la confiance aveugle en ce que la plupart des gens appellent nos valeurs. Artifices à géométrie variable, ces valeurs offrent de palpables avantages, elles développent la souplesse de la colonne vertébrale et favorisent la pratique indolore du changement de masque. Une compétence indispensable pour survivre dans un monde qui change sans fin de visage pour échapper à la vérité.

Le bal masqué serait-il l’expression humaine du mouvement perpétuel, le balancier déréglé de la bêtise?

J’en ai peur… en toute innocence.

 

CACHE-CACHE – Technique mixte – JPH – 2016-1996

 

Post-scriptum : Reproduits en exergue de ma monographie Anachroniques, vous trouverez mon œuvre CACHE-CACHE ainsi que cette citation de Saint Augustin (354-430) – Algérie:

À force de tout voir on finit par tout supporter…
À force de tout supporter on finit par tout tolérer…
À force de tout tolérer on finit par tout accepter…
À force de tout accepter on finit par tout approuver

Pour commander le livre : https://jphumbert.ch/publications/livres/anachroniques/

Les asiles d’aliénés comportent dans leur personnel des internes et des internés. Entre ceux-ci et ceux-là, ne se dresse que l’épaisseur d’un accent aigu.

Alphonse Allais – 1854-1905

 

 

DÉSESPÉRÉ 
Technique mixte – 2006-1973 – Image et texte JPH

Portrait synthétique et empathique de la foule désemparée des dépressifs, bipolaires, anxieux, paniqués, asociaux, stressés post-traumatique, psychotiques, schizophrènes, boulimiques, anorexiques, paranoïaques, narcissiques, évitants, dépendants, obsessionnels-compulsifs, cette œuvre est composée de quatre dessins réalisés en 1973, retravaillés et assemblés en 2006.

Dans le quotidien La Liberté du 16 juin 2010, une étude présentée par un chercheur financé par le « Brain Mind Institute » de l’EPFL, nous apprend que les grands artistes, quand ils ne sont pas franchement fous, sont pour le moins malades psychiquement. Un constat qui vaudrait aussi, dans une moindre mesure, pour les nabots de la création. Dostoïevski, Kafka, Nietzsche, Proust, Chostakovitch, Van Gogh et les autres (les femmes sont semble-t-il épargnées par le phénomène car ce scientifique n’en cite aucune) : à l’asile, pardon, au Centre de Soins Hospitaliers, s’il vous plaît ! Administrons-leur les médicaments d’usage et quelques séances avec le psychiatre. Le restant du temps, des activités de groupe telles qu’art-thérapie, gymnastique, télévision,etc., devraient les occuper positivement et surtout les guérir. Après quelques semaines de ce traitement, ces individus pourront enfin envisager une activité utile. Avec un peu, avec beaucoup de chance, ils trouveront un emploi dans une banque, une compagnie d’assurance, une usine, une administration, voire dans une université ou, nec plus ultra, à l’EPFL. Enfin libérés de leurs tourments, ils pourront participer efficacement à l’irrésistible œuvre de robotisation entreprise par le monde libre. À l’heure de la retraite, imprégnés du sentiment du devoir accompli, ils verront les portes d’une saine créativité s’ouvrir à eux. Pour occuper le temps qu’il leur restera à vivre, ils pourront se consacrer, qui à la peinture, qui à la littérature, à la sculpture, à la musique …

Une grossière caricature ? Je veux bien. Je suis plutôt enclin à penser que ce ne sont pas les petits et les grands artistes qui sont malades, mais bien nos orgueilleuses sociétés occidentales avec, notamment, leur fâcheuse tendance à utiliser les progrès de la technique et de l’automation pour calibrer les êtres un peu comme les fruits destinés à l’étal des supermarchés. L’humain au service de la technique, telle est la donne. De ce fait, l’avenir du personnel des divers Centres de Soins Hospitaliers s’annonce radieux.

Tous les patients de ces institutions auront-ils le talent de Dostoïevski, Kafka, Nietzsche, Proust, Chostakovitch, Van Gogh et les autres ?

C’est sûr, le paradis terrestre c’est pour demain.