Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous … Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage…

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On dit que les jumeaux fondateurs de Rome, Romulus et Rémus, ont été nourris et élevés par une louve. Depuis, cette louve nourricière est devenue l’un des symboles de la Ville éternelle. Mais, comment s’appelle-t-elle cette brave bête ? Bien sûr, nos amis rédacteurs de mythes romains ne s’en sont pas préoccupés. Je suis convaincu que l’incontournable Walt Disney aurait pu les aider.

Heureusement, après enquête, les deux excellents journalistes du quotidien “ Roma oggi e domani ”, messieurs Tite-Live et Plutarque avancent un prénom ainsi qu’une explication subtile de la légende.

Selon eux, les jumeaux auraient été découverts dans la grotte du Lupercale par le berger Faustulus, gardien des troupeaux d’Amulius. Celui-ci les aurait confiés aux bons soins de sa femme Laurentia, une prostituée que les bergers appelaient Lupa. Ce serait donc par un jeu symbolique que d’autres auteurs latins auraient créé le mythe de la louve mère biologique de Romulus et Rémus. Une explication rationaliste de cette légende rappelle que le mot latin lupa possède deux sens, « louve » et « prostituée », allusion au beau métier qu’exerçait Laurentia.

Mais, que font donc Romulus et Rémus devant l’Université de Fribourg ? Du tourisme ? Révisent-ils leur latin ? Non, c’est plus simple. Pour honorer les liens qui unissent Fribourg et Rome, dans le domaine académique, la Société Dante Alighieri a offert à l’Université de Fribourg une sculpture commandée à l’artiste italien Alessio Paternesi. Celui-ci s’est inspiré de la fameuse “Lupa Capitolina” donnée en 1473 par le pape Sixte IV à la ville de Rome.

L’œuvre de Paternesi a été officiellement inaugurée le 21 avril 2004. Elle est posée sur un socle le long de la route du Jura, devant l’Université Miséricorde, appelée également l’Alma mater (la mère nourricière).

La photographie de ma chère Milka remet sérieusement en cause la version officielle de la présence de Romulus et Rémus à Fribourg. Il suffisait, comme elle l’a parfaitement fait, de photographier la sculpture dans le bon angle pour se rendre compte qu’elle n’est autre que le nouveau logo du Service Cantonal des Finances. Un logo qui trône au pied du siège bleu et blanc de cette institution. Clairement, Romulus et Rémus symbolisent les agents de la fonction publique ( fonctionnaires ) en train de soulager les citoyens contribuables représentés par la louve, Lupa pour les intimes. Maintenant que vous connaissez sa profession, la vérité saute aux yeux. Le gang des souteneurs est enfin démasqué. Merci Milka.


Romulus et Rémus, au pied de l’immeuble bleu blanc du Service Cantonal des Finances
Photo Milka –
Texte de JPH

 

CINQ FONTAINES DE FRIBOURG – Estampe numérique de Zeljko Djurovic – 2007 – Contraste Éditeur

 

Pour l’édition 2007 de la collection d’estampes “FRIBOURG vu d’ailleurs”, en plus de sa magnifique gravure intitulée “Vertical bonheur”, Zeljko Djurovic avait créé une estampe numérique qui représente librement cinq des treize fontaines de Fribourg. À savoir, de gauche à droite, la fontaine Sainte-Anne, la fontaine de la Force, la fontaine Saint-Georges, la fontaine de la Samaritaine et la fontaine Samson.

Manquent sur l’estampe de Zeljko Djurovic : la fontaine du Sauvage, la fontaine de la Vaillance, la fontaine de la Fidélité, la fontaine Saint-Pierre, la fontaine de l’école professionnelle, la fontaine Jo Siffert, la fontaine de Notre-Dame du Rosaire et la fontaine de Saint-Jean.


LE CONCOURS

LE PRIX : Un exemplaire encadré de la gravure intitulée SELFIE que Zeljko Djurovic avait créée en 2014 pour les membres de l’Association Galerie Contraste.

LA QUESTION : Quelles sont les adresses (nom de l’emplacement) des treize fontaines de Fribourg répertoriées dans cette publication ?

LE JURY : Si je reçois plusieurs bonnes réponses, pour des raisons de sécurité, le tirage au sort se fera en l’absence de notaire. Les réclamations sont bienvenues. Si elles devaient être nombreuses, la personne qui recevra une réponse sera aussi tirée au sort.

Répondre jusqu’au 29 février 2020 à : info@jphumbert.ch

 

VERTICAL BONHEUR – Gravure – Zeljko Djurovic – FVA-2007 – Édition Galerie Contraste


Texte – Étienne Chatton (†2007)

Découpées en ogives capables d’enterrer la ville à la verticale, les falaises de la foi tirent sur le tissu sidéral jusqu’à la déchirure. Du noir au blanc héraldique, la cathédrale marque sa frontière. Dans ses marges, se déroulent les batailles de l’humide et du sec, qu’arbitre la maternante cigogne.

Les assauts décapant du gel et du vent ont fait éclater un pan de molasse. Plissée de partout, une pousse grumeleuse, aux squames mal dégagés du magma originel, érige sa peau de reptile entre jubilation et extase. Contrastant avec la dignité impersonnelle du socle, un buste aux seins exubérants ose y superposer quelque vestige de civilisation. Angelot cathodique, vigile de vierges sages ou engelure ou phrygienne souvenance de folies libertaires, cet angélus lancé dans l’azur vient ajouter du volume à la lumière. Son carillon de Fête-Dieu, vole à notre imaginaire ses ailes de carton doré aiguisées au feu du ciel.

J’entends le bulbeux gargouillis du lait, un lait de poule qui tourne ses volutes de fer forgé en accroche-cœurs. Apparu sur la rue des Épouses patientes et de Maris fidèles, éclipsant même les lanternes rouges de la Grand-Fontaine, de labyrinthes en circonvolutions, un astre d’Épiphanie nous entraîne jusqu’à la Providence illuminée soudain par une étoile absinthe.

Le site de Zeljko : http://www.zeljkodjurovic.com/biography.htm

Vous trouverez ci-dessous les reproductions de cinq des dix états par lesquels est passée ma gravure ÎLE… sera une fois réalisée en 1997.

Cette année-là, le château de Gruyères était encore accessible par voie terrestre. Aujourd’hui aussi, mais le doute, l’angoisse, le désespoir pointent le bout d’un nez porteur de malheurs. Orchestrée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, avec une enfant prodige à la baguette, la partition inspirée par les gourous de l’apocalypse imminente est intitulée Le rapport. C’est clair, ça chauffe pour nous et pour notre pauvre terre. Selon les salariés de la science météorologique, les hommes ont acquis une telle maîtrise de l’univers et un tel pouvoir qu’ils sont capables de décider du cours du climat, et, rêvons sans retenue, d’influencer la trajectoire des planètes. Ce n’est quand même pas mal  pour des bipèdes. Oui mais… bémol majeur… si personne ne remet vraiment en cause le réchauffement de nos contrées, de nombreux inconscients contestent les modèles qui en attribuent la cause aux délirantes activités humaines. Les giequistes qui détiennent la vérité à ce sujet vous le diront; les sceptiques qui récusent nôtre évangile ne sont que des criminels qui se foutent de l’empreinte carbone. C’est intolérable, il faut à tout prix les faire taire. Un exercice terroriste qu’ils réussissent avec brio.

Assez rigolé… retournons sur mon île prise entre le ciel et les eaux montantes pour cause de dégel. Comme souvent, ma gravure a anticipé les conséquences catastrophiques du comportement humain (sic). Décidément, en matière d’intuition prospective, je n’en rate pas une. J’y suis même allé un peu trop fort. Il faudra certainement attendre longtemps pour voir le district de la Gruyère et ses montagnes complètement inondés et pour admirer l’exceptionnel instinct de conservation de la ville de Gruyères avec son château qui, comme des fleurs tendues vers la lumière, se sont élevés de plus de 1300 mètres pour échapper au déluge. Un exploit historique…

Quant à ma gravure avec tous ses états, ils ne sont pratiquement pas sortis des tiroirs qui les tenaient à l’abri de l’inondation. Très peu exposée, mon œuvre, dans ses différentes variantes, attend toujours la montée des eaux qui la fera passer de la fiction à la réalité. Ma représentation, enfin matérialisée, devrait aguicher l’acheteur friand d’images qui offrent l’illusion de la vérité. Je ne serai malheureusement probablement plus là pour encaisser les bénéfices de mes efforts lorsqu’enfin le désastre se produira, mais je fais confiance à mes descendants. J’en suis convaincu, leur longanimité sera récompensée… 

 

ÎLE… sera une fois – État, exemplaire unique – Gravure, verni-mou, aquatinte – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

 

ÎLE… sera une fois – État, aquarellé et crayonné, exemplaire unique – Gravure, verni-mou, aquatinte – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

 

ÎLE… sera une fois – État, avec ciel bleu peint à l’acrylique, exemplaire unique – Gravure, verni-mou, aquatinte – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

ÎLE… sera une fois – État, exemplaire unique – Gravure, verni-mou, aquatinte, pointe-sèche – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

 

ÎLE… sera une fois – État, tirage 47 exemplaires – Gravure, verni-mou, aquatinte, pointe-sèche – dessin 60×40 cm – JPH – 1997

 

CARIE… CATURE – Gravure (détail) – JPH – 1989


Quand tombent les dents lactéales (dents de lait), alors poussent les dents permanentes qui finissent aussi, l’âge aidant, par tomber. Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’informer les membres de la société suisse des médecins-dentistes que je suis le bénéficiaire d’un processus physiologique révolutionnaire. À plus de 70 ans, après que mes dents permanentes m’ont lâché, de nouvelles dents sont apparues dans ma mâchoire usée. Pour la première fois, des dents de vieillesse ont poussé sur un être humain. Je suis content et fier d’inaugurer ainsi une nouvelle ère prometteuse pour les vieux. Je suis disposé à ouvrir grand ma bouche, afin que les scientifiques les plus expérimentés analysent ce phénomène inédit. Une bonne nouvelle pour les retraités… Un coup dur pour les arracheurs de dents.

 

Les amis du musée – Technique mixte – JPH – 2010-1988 – Parmi les œuvres exposées dans ce musée de rêve, sur la cimaise de gauche vous trouvez une représentation de mon crane, et sur la paroi du fond à droite, ma denture avant la percée de mes dents de vieillesse. 

 

Mise en scène: les amis du musée – Technique mixte – JPH – 2010-1988


Dans ma bouche: ma dentition, cathédrale gothique en ruine, abandonnée aux soins d’une femme qui se dit hygiéniste.
Reliques historiques, mes chagnottes sont livrées sans garantie de succès à cette restauratrice en maladies archéologiques.

Que de risques pris avec ma sublime denture qui, demain, sera classée au patrimoine naturel mondial de l’UNESCO.

À l’entame d’un nouveau projet, les échecs du passé s’estompent de votre mémoire. La confiance retrouvée, vous croyez que les résultats de votre travail ont de bonnes chances d’être à la hauteur de vos attentes. Pessimiste modéré et optimiste néo-réaliste, je souhaite ardemment la réussite de ce que j’entreprends. J’y crois… un peu… beaucoup… passionnément… pas du tout… J’ai la foi et les fantasmes du rêveur…  du rêveur éveillé. Une foi et des fantasmes maitrisés. Je n’ai jamais été déçu, à mes yeux, toutes mes initiatives ont été raisonnablement récompensées par une réussite polie, sœur jumelle de l’indifférence. Les groupies hystériques et les admirateurs déchaînés ne se sont pas déplacés. Mes proches pensent que je suis trop gourmand, trop orgueilleux. Selon eux, quand on n’a pas ce que l’on aime, il faut aimer ce que l’on a. C’est bien, j’y pense.

L’âge aidant, un être sensé renonce à ses chimères. Les ornières bien en place, le petit doigt levé, la petite cuillère à la main, patient et serein, il déguste les beautés de l’existence avant d’élégamment prendre la porte. Malheureusement, jusqu’à ce jour, l’âge n’est pas venu à mon secours. J’espère encore que mon chef-d’œuvre est à venir, bel et ennuyeux exemple d’aveuglement. Or, les peintres aveugles et célèbres sont rares et toujours d’expression non figurative. C’est joli…

Ces quelques réflexions m’ont été soufflées par un esprit taquin, alors que je me demandais comment vous présenter le décor peint sur le plateau du bar de mon atelier dont vous voyez cinq extraits ci-dessous.

Cela s’est passé de la manière suivante: dans un premier temps, sur toute la surface du plateau du bar, j’ai collé  les cartons mous que j’utilisais pour sécher et aplatir gravures et aquarelles. Puis j’ai essayé de convaincre les visiteurs de l’atelier et de la galerie de laisser une trace de leur passage sur ce support, avec un commentaire ou un dessin. Ce fut le flop total… échec et mat en un coup. Je m’y suis donc attelé moi-même. À l’heure du nettoyage des pinceaux, c’est là que je les déchargeais de leur surplus de couleur et que j’y collais des dessins déchirés destinés à la poubelle. Petit à petit, l’ensemble devenait plaisant et distrayant. Finalement, j’ai eu recours aux citations de quelques personnalités de premier plan pour lui donner un peu de lustre. Avec ces reproductions photographiques, je vous soumets cinq gros plans de mon bar en mutation continuelle. Je vous suggère aussi de visiter mon exposition permanente, un parcours dont le point final se situe précisément sur l’un de ses tabourets.

À bientôt, JPH

 

 

 

 

 

Souvenir de l’exposition des gravures d’Aleksandr Kalugin à la Galerie Contraste en 1990
Une manifestation organisée à la parution de sa gravure
Razbudil-Le réveil (Voir ci-dessous)


C’était il y a 30 ans, la dernière semaine de l’année 1989. La pérestroïka initiée en 1985 par monsieur Gorbatchev approche de son dénouement qui, dès l’été 1991, verra l’éclatement de l’URSS. Avec mon fils Mirko (9 ans à l’époque), je m’étais rendu à Moscou à la rencontre d’Aleksandr Kalugin, afin de récupérer le tirage de la gravure Razbudil-Le réveil que je lui avais commandée pour l’édition 1990 de l’abonnement d’estampes Artistes Européens. À chaque parution de cet abonnement, j’organisais une exposition des œuvres de l’artiste invité. J’étais donc aussi là pour choisir et transporter une cinquantaine de gravures d’Aleksandr destinées à être exposées à la Galerie Contraste.

Pour se rendre en URSS, il était de règle de voyager en groupe et d’être encadré par des officiels. C’est donc en bonne compagnie que nous sommes arrivés à l’hôtel qui nous était réservé. Dès le lendemain, Jacques Barberis, qui était à la maison en URSS, nous a rejoint. Nous avons pris nos distances avec le groupe et avons visité la ville au gré des initiatives inspirées de Jacques, notre mentor personnel. Il nous a fait vivre une semaine truffée de bonnes surprises. Outre la rencontre avec Tamara et Aleksandr Kalugin, parmi de nombreux très bons souvenirs, je retiens notre passage aux bains Sandouny qui n’avaient pas encore subi les “bienfaits” de la privatisation. En très bonne compagnie, nous y avons passé quelques inoubliables heures dans une saine ambiance crépusculaire.

Au moment du départ, le 31 décembre 1989, en vue du transport en bus jusqu’à l’aéroport de Cheremetievo, nous avons retrouvé notre groupe et le guide officiel dans le hall de l’hôtel. Aleksandr, Jacques et moi étions inquiets car je m’apprêtais à sortir toutes les œuvres d’Aleksandr clandestinement. Si je me faisais pincer au passage de la douane, les répercussions auraient été dramatiques pour Aleksandr, qui, pour ses créations satiriques, avait subi de longs séjours en clinique psychiatrique en 1974, en 1982 et en 1988. J’avais acheté de nombreux posters d’expositions d’un format de plus ou moins 70×100 cm, destinés à dissimuler les estampes. Le groupe était constitué d’une vingtaine de personnes. Nous avions préparé autant de rouleaux. Les deux-tiers étaient faits de gravures enveloppées dans 2 ou 3 affiches enroulées, et le tiers restant n’était constitué que de posters. J’ai expliqué la situation à ces compagnons de voyage parfaitement inconnus, et je leur ai proposé de prendre chacun un rouleau, le temps de passer la douane. Ils ont tous accepté de le faire. Avais-je été particulièrement éloquent ou était-ce la présence d’un enfant en ma compagnie qui les a convaincus? Cette confiance reste un mystère pour moi.

À quelques minutes de minuit, notre avion était le dernier à quitter l’aéroport en 1989. Postés derrière la barrière de verre qui les séparaient des partants, Aleksandr et Jacques suivaient anxieux le contrôle de notre groupe par un fonctionnaire grincheux vêtu d’un uniforme. Qu’y a-t-il dans ce grand rouleau? Des posters! Des posters, une fois, des posters deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois… Monsieur, j’aimerais les voir s’il vous plaît. Grand moment de tension dans un aéroport soviétique presque désert. Mirko et moi sommes juste derrière la personne contrôlée. Sereinement, elle déroule son colis qui, une chance sur trois, ne contenait pas de gravures d’Aleksandr… Sourire du douanier qui, pressé d’en finir et de réveillonner, nous a ensuite tous laissés passer sans la moindre tracasserie… Ouf!, enfin détendus, Aleksandr et Jacques nous saluent discrètement et sortent de Cheremetievo.

Arrivés à Zürich au petit matin du premier jour de l’année 1990, nous n’avions qu’une Bonne et Heureuse Année 1990 à déclarer!

En 1990, Tamara et Aleksandr Kalugin ont obtenu un visa de sortie d’URSS pour participer au vernissage de l’exposition que j’avais intitulée Voyagez à l’œil. Ils quittaient le pays pour la première fois. L’exposition fut un grand succès; la presse, les visiteurs et les ventes étaient au rendez-vous. Par la suite, nous avons plusieurs fois collaboré avec Aleksandr Kalugin, avec à chaque fois le sentiment de vivre une aventure.

 

LE RÉVEIL – La gravure qu’Aleksandr Kalugin à réalisée en 1989 pour l’édition 1990 de l’abonnement Artistes européens

 


Croquis et gravure d’Aleksandr Kalugin – Photo JPH

Lors de son premier séjour à Fribourg en 1990, Aleksandr a dessiné, puis gravé, la maison située à l’angle de la rue Grimoux et de la rue d’Alt qu’il voyait depuis la chambre qu’il occupait avec sa femme Tamara. Sous sa pointe à graver, le paisible et vétuste immeuble destiné à la démolition qu’il voyait par la fenêtre, a pris des allures de ruine en voie de végétalisation. Depuis, à cet endroit, main dans la main, promoteurs et autorités ont concrétisé leurs projets de densification et de rationalisation. Parfaitement géométriques, petits et grands immeubles chantent la mélopée lancinante de la victoire du béton confortable et du triomphe des têtes carrées.

 

Affiche – UN HÔTE BRUYANT et LE DESSERT – Les deux gravures qu’Aleksandr Kalugin à réalisée pour l’édition 2001 de l’abonnement Fribourg, vu d’ailleurs

 

LA GRANDE LESSIVE – Eau-forte d’Aleksandr Kalugin

 

Aleksandr Kalugin et une de ses peintures – Photo copiée sur internet

 

Devant une de ses peintures, Aleksandr Kalugin accompagné d’un jeune admirateur – Photo copiée sur internet

 LA MÈRE – JPH – 2008-1987 – Technique mixte

 

Chers amis abonnés à La Nef des Fous

Pour vous souhaiter une très belle Fête de Noël, je vous offre cinq représentations de la nativité. Vous connaissez probablement déjà certaines de ces œuvres. À part la belle peinture Le nouveau-né de Georges de la Tour et La crèche napolitaine de Notre Dame à Fribourg, les images reproduites ont été réalisées par des artistes fribourgeois. Que la sérénité soit avec les passagers de notre nef. Amitiés et Joyeux Noël, JPH

 

LE NOUVEAU-NÉ – Peinture de Georges de la Tour (1593–1652)
Lien sur l’article de wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_de_La_Tour

 

NATIVITÉ – Armand Niquille (1912-1996) – Huile et tempéra sur panneau – Le site : https://www.armand-niquille.ch/

 

La crèche napolitaine de Notre Dame à Fribourg – Photo de Luca Barbieri pour le blog du Bourg – Intéressant : RTS émission du 04 décembre 2003 (27 secondes)

«Cette crèche est arrivée ici grâce à un concours de circonstances favorables», explique Ivan Andrey, responsable cantonal des biens culturels meubles. Son acquisition est due à Mgr John Rast (1895-1981), recteur de Notre-Dame dès 1929. Et secrétaire particulier de Mgr Filippo Bernardini, nonce apostolique à Berne, qui a trouvé cette crèche napolitaine en 1940, chez un antiquaire de Rome. «C’est exceptionnel qu’une église comme Notre-Dame achète une telle crèche, affirme Ivan Andrey. Surprenante à Fribourg, elle tranche avec la tradition sulpicienne.» Son hypothèse: l’achat peut s’expliquer par le fait que «Notre-Dame était basilique depuis 1932. Son modèle était Santa Maria Maggiore, à Rome, où se trouve une relique de la Crèche.»

Un premier décor a été mis en place pour Noël 1941. Le vol de plusieurs animaux, l’année suivante, contraint à la protéger par une vitre. Mais la crèche était toujours montée et démontée chaque année. En 1965, elle est installée de manière permanente, dans une vitrine, et complétée d’un ciel et d’un sol. Aujourd’hui, les nouveaux panneaux de bois de l’arrière de la vitrine sont placés à 5 cm des murs, désormais isolés. Un circuit de fils de cuivre tempère cet espace. La température intérieure est stabilisée entre 16 et 17 degrés, avec 50% d’humidité. Sur la droite, une deuxième ouverture permet un autre point de vue sur l’entrée du village. L’ensemble de la restauration a coûté 240000 francs. Elle a aussi permis de dater les figurines, réalisées aux XVIIIe et XIXe siècles. La ruine romaine, seul élément conservé de l’ancien décor, date de 1935. Unique en Suisse («Il existe des modules, mais pas de crèches entières», précise le restaurateur Christophe Zindel), cette œuvre est protégée par un store, qui s’ouvre contre une pièce de monnaie. Extrait de l’article d’Eric Bulliard pour le journal La Gruyères – 23 décembre 2003

 

LES ROIS MAGES – Pointe-sèche de Teddy Aeby (1928-1992)
Voir sur mon blog, l’article que j’ai consacré à Teddy Aeby

 


PUBLICITÉ MENSONGÈRE – Peinture acrylique – JPH – 2014

 

Pour une promotion touristique efficace,
Pour la prospérité des entreprises de la région,
Pour une reconnaissance internationale de notre canton,
Je suis prêt à me dévouer.
Avec mes projets de chirurgie plastique du paysage,
Je suis disposé à remodeler complètement le visage du pays.
J’espère être aussi efficace que nos élites,
Et que, comme elles, je saurai me servir et disparaître.


LA GREFFE – Technique mixte – JPH – 2009-1990 – Passé recomposé


VITRINE DU TEMPS PRÉSENT – Texte et image JPH – Technique mixte – 1978

 

En 1978, le temps présent existait déjà. Ce devait être sa manière d’avoir de l’avance sur son époque. Nous avons donc eu la chance de le voir venir de loin. Séduits par ses atours spectaculaires, nous sommes nombreux à avoir minimisé les pièges raffinés qu’il nous réservait.

Avec les stands des artisans, des animations, des concerts et dès 17 heures, le traditionnel cortège; les festivités de la St-Nicolas de Fribourg, organisées par les élèves du Collège St-Michel, auront lieu le samedi 7 décembre 2019. Vous trouverez le programme officiel en cliquant sur ce lien :  https://www.st-nicolas.ch/fr.

Depuis 20 ans, la Galerie Contraste participe à la fête. Elle sera ouverte le 7 décembre de 11 à 18 heures.

Quand, dans la cohue, vous aurez fait dix fois le tour du marché de la Saint-Nicolas, nous vous suggérons de vous encorder et de grimper en face du Musée Tinguely, jusqu’au numéro 6 de la ruelle des Cordeliers.

EXPOSITION – Jean-Pierre HUMBERT – Réchauffement esthétique… suite


SAINT-NICOLAS, le retour – Peinture – JPH – 2013

 

UN PEU D’HISTOIRE…

Chaque année, le Collège St-Michel met en vente sa carte de la St-Nicolas. Les bénéfices de cette entreprise contribuent au financement de la fête. La carte est  l’œuvre de l’élève vainqueur du concours de dessin organisé par l’institution. Feu Louis Dietrich, qui fut professeur et proviseur au Collège St-Michel, avait collectionné et documenté toutes les cartes éditées depuis la première parue en 1906. Ses enfants et petits-enfants on pris le relais. En 2013, pour le lancement du site internet https://www.cartes-saint-nicolas.ch/, avec leur soutien, la Galerie Contraste avait organisé une belle exposition d’une partie de ces cartes. Depuis, chaque année dans un endroit différent, la famille Dietrich organise, avec talent et succès, une exposition originale de la collection. À voir du 14 novembre 2019 au 4 janvier 2020 à la Bibliothèque de la Ville de Fribourg – Renseignements :  https://www.ville-fribourg.ch/bibliothequeVisite commentée par Jacques Dietrich le 4 décembre 2019 à 12:30.

Copié sur le site de la collection Dietrich, j’ai reproduit, ci-dessous, le texte de présentation historique de la fête et de la publication des cartes de la St-Nicolas.

Galerie Contraste – décembre 2013 – Exposition de la collection Dietrich de cartes de la St-Nicolas

 

DU GRAND SAINT NICOLAS, CÉLÉBRONS LA MÉMOIRE …

… Sur l’éclat de sa vie ayons toujours les yeux
Par plus d’une victoire, vivant dans ces bas-lieux
Il mérita la gloire
Des Cieux !
C’est ainsi que commence la  traditionnelle Complainte qui rythme depuis toujours la solennelle démarche du cortège de la Saint-Nicolas à Fribourg. D’ailleurs, dans l’approche grise de ce premier samedi de décembre, les écoles ont déjà résonné aux accents de la vigoureuse chanson de l’Abbé Joseph Bovet (1879-1951):
C’est l’hiver tout est glacé
Novembre est bientôt passé
Entonnons un tra-le-ra-la-la,
Elle arrive  la Saint-Nicolas !
Simultanément apparaissent dans les rues, ou sur notre palier, de jeunes collégiens qui nous proposent d’acheter la carte de la Saint-Nicolas. C’est à cet humble témoignage artistique qu’est consacrée cette collection. Mais commençons d’abord par un bref

RAPPEL HISTORIQUE

La célébration particulière et publique de la Saint-Nicolas s’explique naturellement par le fait que le thaumaturge évêque de Myre, qui assista au Concile de Nicée en 325, fut le patron de la Ville de Fribourg dès sa fondation par le Duc Berthold IV de Zaehringen, en 1157. Il existait déjà sur cet emplacement une bourgade et une chapelle dédiée à Notre-Dame. Plus proche du château que construisait le Duc, est attestée une église dédiée à Saint Nicolas dont quelques bribes des fondations retrouvées remontent à 1178. La ville se développa rapidement, Berthold IV ayant accordé aux bourgeois des franchises intéressantes.

Il fallut donc donner à ses habitants une église plus grande et plus belle, tout en conservant le même Saint Patron. Elle fut consacrée en 1182 par l’Évêque Roger de Lausanne. Nouvelle étape dans l’histoire de Fribourg en 1277 où la ville passa sous la domination de l’Empereur Rodolphe de Habsbourg. A son instigation, la première pierre d’une église plus vaste fut posée en 1283, signe d’une augmentation du nombre des habitants. La construction durera un peu plus de deux cents ans : c’est, compte tenu des rénovations périodiques, l’actuelle cathédrale de Saint Nicolas, d’où part toute l’histoire de sa fête patronale.

Dès le Haut Moyen Âge, la liturgie avait accentué l’aspect théâtral des rites religieux chrétiens. La population dans son ensemble étant illettrée, il fallait trouver d’autres moyens que le texte pour instruire les fidèles et graver dans les esprits des attitudes conduisant à la prière. C’est ainsi que les vitraux racontent l’Évangile tout en laissant entrer la lumière sous  les sombres voûtes de pierre. Ainsi, des scènes tirées des Saintes Écritures sont-elles jouées sur le parvis des cathédrales, et c’est la naissance du théâtre dans l’Occident chrétien. Ainsi encore, des cortèges de saints personnages étaient organisés pour préparer, ou suivre, la célébration liturgique. Ils coïncidèrent rapidement avec des manifestations très laïques accompagnées de réjouissances populaires.

C’est le cas à Fribourg du cortège des jeunes filles à la Sainte-Catherine (25 novembre) ou de la Marche à l’Étoile qui déroulait ses fastes militaires et ses astuces mécaniques sur la Place Notre-Dame à l’occasion de l’Épiphanie. C’est le cas aussi du Cortège de la Saint-Nicolas, qui naquit de la grande Foire médiévale du début de l’hiver, appelée fort opportunément “Foire aux étrennes”. Habituelle à l’époque dans tout chef-lieu commerçant, elle ressemblait fort à ces ” Marchés de Noël ” que l’on fait revivre un peu partout de nos jours. Des lanternes et des flambeaux éclairaient de petites baraques à l’auvent rabattu. Les marchands y étalaient des biscômes et des jouets qu’achetaient les parents. Ces derniers maintenaient les tout petits dans l’idée que le Saint viendrait en personne leur apporter des cadeaux.

Avant de se coucher, les enfants préparaient un peu de foin et de sel pour l’âne. Quant au cortège, il fut d’abord une procession à la sortie de la grand-messe. Le même après-midi, défilaient les enfants des écoles dont quelques-uns étaient costumés de manière à représenter Saint-Nicolas, son porte-crosse et un diacre d’honneur. Venaient ensuite les coralis ou membres de la petite maîtrise de Saint-Nicolas, chantant des hymnes et des cantiques. Il y avait aussi des musiciens jouant de la trompette. La procession faisait trois fois le tour de l’église puis parcourait les rues de la cité. De temps en temps, le pseudo-évêque donnait sa bénédiction et disant « Pax et benedictio super hanc urbem et super omnes habitantes in ea ». (Paix et bénédiction sur cette ville et sur tous ses habitants). La cohabitation d’une Foire et d’un saint cortège ne fut pas facile, les excès de l’une faisant du tort à l’autre. C’est ainsi qu’un édit du Petit Conseil de Fribourg, du 3 décembre 1764, frappa d’interdit toute céleste présence parmi les excès des ivrognes et les débordements moraux entraînés par les mouvements d’une foule commerçante en goguette. Le cortège fut supprimé ! Mais le « Marché aux étrennes » subsista et les croyances enfantines avec lui.

RENAISSANCE DE LA TRADITION

Assez rapidement, la Foire reprit ses droits sans référence religieuse et dans le plus grand désordre : elle devint une sorte de fête de la jeunesse. Ce soir-là, tous les élèves externes du Collège se trouvaient dans les rues, de même d’ailleurs que les gentes demoiselles si étroitement tenues à l’écart tout le reste de l’année. D’où les cris : « Achetez des verges pour fouetter les filles » et les actions bénignes ou plus violentes qui s’ensuivaient. Mais cette animation plaisait assez à un vaste public.

Plus sagement, au Collège Saint-Michel, fondé par Pierre Canisius dans la mouvance de la contre-Réforme en 1582, la fête reprit ses droits parmi les élèves de l’Internat : la soirée était agrémentée de prestations théâtrales et musicales, et surtout, les élèves jouissaient ce soir-là d’un droit à la satire vis-à-vis de leurs professeurs . Ils montaient une sorte de Revue au cours de laquelle Saint Nicolas en personne remettait des cadeaux dérisoires (un  rasoir, par exemple, à un professeur jugé trop ennuyeux !) Il est difficile de fixer l’année où commença cette coutume. Nous possédons le programme de la Saint-Nicolas 1895, fort bien dessiné, mais la tradition était à ce moment-là déjà ancienne et bien rodée. Cette précision  n’est pas étrangère  à notre sujet, car nous allons rencontrer, dans la collection, des années où paraissent deux cartes, l’une « officielle » et l’autre destinée à la Fête de l’Internat. D’autre part, il est vraisemblable que la reprise du cortège en ville ne soit pas étrangère à l’esprit qui régnait dans les classes du Collège, où les élèves internes devaient sans doute raconter leurs exploits.

C’est donc ainsi qu’à l’approche de l’hiver 1906, un groupe d’étudiants du Collège Saint-Michel ressentit l’envie de faire revivre l’antique tradition. Ils se préparèrent dans le plus grand secret, pensant organiser une farce, et redoutant que la Direction du Collège ne la trouve pas à son goût. Contrairement à leur crainte, un immense  succès couronna leur initiative. Comme ils étaient élèves de la sixième classe du Gymnase, appelée “Classe de rhétorique”, cette classe-là fut traditionnellement, puis officiellement, chargée d’organiser la manifestation. Le premier cortège eut donc lieu le samedi 8 décembre 1906.Actuellement, la coutume, avec quelques ajouts au cours des ans, se déroule de la manière suivante :
Le premier samedi de décembre, à la tombée de la nuit, soit vers 17 h.15, un cortège quitte les hauteurs du Collège. Il est ouvert par un groupe de musiciens de la Fanfare du Collège. Suit un ensemble de fifres et tambours dont les airs alternent avec le chant de la Complainte, interprété par de jeunes adolescents.  Saint Nicolas monté sur son âne est entouré de deux porteurs, dont les hottes sont emplies de biscômes : il y puise généreusement pour lancer cette variante locale des pains d’épices sur la foule en joie. Figurent aussi en costumes l’ânier et le boucher sorti tout droit de la légende des trois enfants ressuscités. N’oublions pas les Pères Fouettards chargés de résister à la pression de la foule. Tout le cortège est entouré de torches, portées par des collégiens et, depuis peu, par des collégiennes.

Après un long parcours dans les rues de la cité, on arrive à la Cathédrale. C’est là que la Fête atteint son sommet : Saint Nicolas adresse à la foule un discours chargé d’actualité du haut de la terrasse devant la grande rosace gothique. Un jeu de lumières le met en valeur.  Spectacle magnifique pour une foule qui se serre au coude à coude sur la place et dans les rues avoisinantes. (Notons que Saint Nicolas est, à Fribourg, la seule personne à utiliser cette terrasse.)
Depuis bientôt trente ans, l’Évêque du Diocèse rencontre son homologue d’un jour sous le porche de la cathédrale. Il le salue d’une cordiale poignée de main, voire d’une accolade, avant d’inviter tous les enfants à une messe célébrée pour eux à l’intérieur du sanctuaire.

Louis Dietrich

 

DÉCEMBRE À FRIBOURG – Gravure – JPH – 1997