Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

Pour recevoir les articles par email, vous pouvez vous abonner ci-dessous:

Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

Pour recevoir les articles par email, vous pouvez vous abonner ci-dessous:

La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

Dans ma nef

 

 

Après tirage, la plupart des plaques de cuivre et de zinc que j’ai gravées ont terminé leur carrière à la poubelle après avoir été soigneusement débitées en tranches régulières (j’aime que l’ordre règne dans les poubelles).

En 2010, changement radical de politique. Motivé par ma toute nouvelle marotte conservatrice, j’ai opté pour une tentative de valorisation des plaques gravées qui avaient échappé à ma furie destructrice. Pendant l’été 2010, encouragé par Milka, j’ai procédé à leur mise en scène.

Chaque plaque, percée d’un petit trou en bas à gauche ou à droite, est encrée et imprimée une dernière fois. Cette épreuve est ensuite collée sur un support rigide au format de l’image. Après avoir été ré-encrée, la plaque enduite d’un vernis pour la peinture à l’huile est fixée sur un deuxième support. Plaque et épreuve sont ensuite montées côte à côte à l’intérieur d’un cadre en bois. Une deuxième variante voit la plaque encadrée d’un châssis de cinq à sept cm de largeur, artistiquement ornementé de textes et d’extraits de presse, collés et peints.

 

LES AMANTS – La plaque percée avec l’épreuve correspondante – JPH – 1997

 

ECHOSYSTÈME – La plaque percée avec l’épreuve correspondante – JPH – 1996

 

COMPTE À REBOURS – La plaque mise en scène – JPH – 1991-2010

 

MIRAGE – La plaque mise en scène – JPH – 1987-2010

Pour plus d’informations ou pour commander le livre,
cliquez sur la vignette ci-dessus

 

CONTRASTE GALERIE / Atelier JPH
Ruelle des Cordeliers 6 – CH-1700 Fribourg
info@jphumbert.ch – www.jphumbert.ch

 

Contraste Galerie

 

 

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, en 1945, la population de la terre n’a pas cessé d’augmenter. Celle des amis, hommes et femmes nés comme moi à cette époque, elle, n’a pas cessé d’inexorablement décroître et, que voulez-vous, au milieu de la foule grouillante, mélancolique, je regarde ma vie se dépeupler.

C’est ainsi que j’ai récemment appris avec tristesse le décès de l’ami Philippe Virdis, dans la nuit du mardi 22 au mercredi 23 juin 2021.

Nous nous étions rencontrés au collège Saint-Michel, où nous avons été camarades de classe pendant les années soixante. Par la suite, nous nous sommes assez rarement croisés. Ce furent à chaque fois des moments chaleureux qui m’ont laissé deviner qu’il suivait discrètement le cheminement de mes travaux. Beaucoup plus tard, en 2007, lors de la publication du livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert , je lui avais demandé d’illustrer par un écrit mon estampe intitulée L’AVENIR RADIEUX. Dans son texte ENTRE… , ci-dessous reproduit, Philippe évoque notamment le dépôt de mon œuvre gravé à la BCU (Bibliothèque Cantonale Universitaire). Une réalisation qu’il avait amicalement contribué à concrétiser. Adieu cher Philippe…

À Marie-Josée, sa femme, et à sa famille, je présente mes sincères condoléances, Jean-Pierre.

 

   

 


L’AVENIR RADIEUX – Technique mixte – JPH – 2005-2002

 

ENTRE-TEMPS

Par Philippe Virdis

 

Entre-temps, l’âge de la pierre cède, l’espace d’une technologie, la place au béton mais entre-temps, la Sarine grande et généreuse dame, s’en moqua, poursuivant imperturbable et fiable sa mission d’allaitement énergétique de la cité.

Entre pierres et rocher, une soi-disant esthétique architecturale du goût des temps modernes s’est élancée d’un geste d’autant plus beau qu’il pourrait sembler inutile…

Que non puisque rien ne dit qu’il ne soit possible que l’on y entre.

Entre Jean et… Humbert ; je découvre Pierre ; n’y habiterait-t-il pas ? Pourquoi pas, lui qui se plait tant à désarchitecturer la réalité de sa ville, à virtualiser la réalité ; dis-nous Jean-Pierre, n’est-ce vraiment que ton pinceau qui soit si virtuel ou n’est-ce pas ton obsession, une sorte de rêve de toujours accélérer le temps ou au contraire de reculer le présent ?

Entre l’artiste et son public devrait-on imaginer un tel mur, opaque, étanche, que je ressens tel un blockhaus hermétique à tout dialogue, à tout vernissage ou exposition, une sorte d’anti-galerie ?

Entre Chatédrale-1 et La mouche-2, entre Partagé-3, ta première gravure, et Un illuminé-4 mis en lumière plus tard, entre 40 ans de créativité artistique et de partage avec le public, pas sûr que ton œuvre entre en totalité dans ce volume.

Entre donc ton œuvre dans les coffrets de la Bibliothèque cantonale universitaire afin qu’elle y vive longtemps, préservée des altérations, observée par les futures générations et qu’elle reflète pour tout le futur, les visions du passé exprimées au temps présent.

Entre nous subsistera toujours, outre l’amitié datant de notre enfance, le respect que j’éprouve envers l’artiste qui a réussi de son vivant déjà à se faire connaître et obtenu que son œuvre soit reconnue.

 
1 – LA CHATHÉDRALE – Peinture acrylique – JPH – 2002

 


2 – LA MOUCHE – Peinture acrylique – JPH – 1987-88

 


3 – PARTAGÉ – Gravure – JPH – 1978

 


4 – UN ILLUMINÉ – Sérigraphie – JPH – 1984

 

 


LE TOURBILLON – Gravure – JPH – 1996

 

Sept cent millions de chinois, et moi, et moi, et moi… (Jacques Dutronc 1966)

Malgré la politique rigoureuse de l’enfant unique, les chinois sont aujourd’hui un milliard quatre cent millions, ce qui fait de la Chine l’État le plus peuplé de la planète. Quant à la population mondiale, elle dépasse actuellement des huit milliards d’âmes et d’estomacs. Huit milliards de pékins, et moi, et moi, et moi…

En 2016, les statisticiens estimaient que la colonie humaine augmentait de 246’000 personnes par jour, soit la différence entre les 403’000 naissances et les 157’000 décès quotidiens, ce qui représente une hausse de 90 millions de terriens par an. En 2014, environ 54% de la population mondiale vivait en milieu urbain.

Quant à vous, amis et amies abonnés à ma lettre La nef des fous, vous représentez environ le 0,0000000… % de la population mondiale… émoi, émoi, émoi…

AUTOPORTRAIT – Technique mixte – JPH – 2006-1996

 

AUTOPORTRAIT

Partout…
Autour de moi… En moi,
Silencieux comme le néant,
Le lent magma de la foule humaine
Défile sans fin… Inlassablement.

Tous ensemble… Tous seuls…
Où allons-nous ?
Ailleurs… Loin… Très loin…
Perdus dans l’infini présent,
En quête de la maîtrise du temps.

Du temps retrouvé,
Du temps que nous étions vivants,
Du temps que j’étais Jean-Pierre Humbert.
Seul au milieu de rien…
Seul parmi vous…

 

2018 – Test d’admission à l’Académie des Arts en Chine

Décidément, la compétition sera chaude et les places au firmament artistique seront chères, sans compter que la plupart des artistes qui font carrière ne passent pas par les écoles. Reste à définir la notion de firmament artistique…


L’EXÉCUTION
– Huile sur toile de Yue Minjun – 1995

En 2007, la toile EXÉCUTION devient l’œuvre la plus chère de l’histoire de l’art contemporain chinois, elle a été vendue pour près de six millions de dollars. Cela confirme le fait que la valeur d’une œuvre est essentiellement déterminée par le poids financier de l’acheteur et que le firmament artistique se situe dans la salle des coffres.

Yue Minjun (岳敏君 en chinois) est né en 1962 dans la province de Heilongjiang en Chine. Peintre et sculpteur, il est un des artistes chinois contemporains dont les œuvres ont conquis la nomenklatura occidentale, ses milliardaires, ses journalistes, et ses commissaires politiques. Pour une fois, je comprends ce succès. Son savoir-faire de peintre et la tragique systématique de son ironie me fascinent, mais le nihilisme unilatéral et radical de ses peintures me dérange. Cet homme ne regarde et ne transcrit que ce que ses omnipotentes ornières mentales lui permettent de voir. Prenez la peine de cliquer sur mon lien images, vous verrez défiler des personnages à la peau peinte en rose qui tous se fendent la gueule sans retenue. Cette foule hilare est composée d’autoportraits de l’artiste, et de paraphrases parodiques des œuvres phares de la peinture européenne. Souvent en slip, tout ce beau monde se tord de rire, pouffe sans raison, se bidonne en plein drame, se poile en solitaire ou en groupe, s’esclaffe sans fin, se marre obsessionnellement, se gondole à mourir… un étalage systématique de mépris qui constitue un portrait hyperréaliste de la société globale aux manettes. Les plus optimistes y voient une vision critique du mondes dans lequel nous vivons.

“Mais qu’y a-t-il de si drôle” vous demandez-vous ? Rien, bien sûr. Le rire de Yue Minjun et de ses personnages ne vient pas ponctuer la chute d’une plaisanterie amusante. Il n’est que le cri méthodique et désespéré d’un type qui hurle à vos yeux… mais regardez-moi cette existence et ce monde de merde! Selon le “théoricien” Li Xianting, les peintures de Yue Minjun seraient une réaction auto-ironique au vide spirituel et à la folie de la Chine moderne. Un vide et une folie qui ne sont pas un privilège chinois, très loin s’en faut. De ce point de vue, les œuvres de Yue Minjun sont géniales, mais que voulez-vous, je n’arrive pas à me résoudre à accepter leur désespérant constat… j’espère… ne serait-ce que pour le panache.

Fait à l’aide d’informations pêchées sur l’internet sur lequel je vous invite à naviguer si vous souhaitez en savoir plus sur cet artiste d’exception – JPH

Même pays, autre ambiance…
Pour conclure cette brève incursion dans le paysage artistique chinois, je vous offre une reproduction d’une peinture de Hao Chun.

 

LES CHEMINS DE L’UTOPIE – Gravure – JPH – 1991
 
En 1991, pour célébrer son 700e anniversaire (1291-1991), la fête nationale suisse a débuté le 10 janvier à Bellinzone et s’est terminée en novembre à Bâle. Dans cet intervalle, quantités de manifestations et d’attractions ont été organisées aux niveaux communal, cantonal et fédéral. Le comité d’organisation de la manifestation dans le canton de Fribourg m’avait commandé une gravure dont le tirage avait été offert aux personnes, salariées et bénévoles, qui avaient contribué à la bonne marche de la fête dans notre région. Il s’agit de l’œuvre reproduite ci-dessus que j’avais intitulée LES CHEMINS DE L’UTOPIE.

À noter qu’une année plus tard, en 1992, les mêmes autorités qui avaient chanté sur tous les tons la grandeur et la beauté du pays pendant 365 jours, entonnaient, à l’Exposition universelle de Séville, le rap des colonisés, sur l’air de La Suisse n’existe pas.


La Suisse n’existe pas

Telle était la devise que l’artiste Ben avait concocté pour présenter le pavillon suisse lors de l’Exposition universelle de Séville en 1992. Ces expositions servent, parait-il, à asseoir les identités nationales. De ce point de vue, l’affirmation se voulait provocatrice… ça faisait réfléchir nos experts en culture qui tenaient là un sujet de bavardage stipendié à la mesure de leur génie.

En 1992, le slogan de big Ben avait résonné désagréablement à mes oreilles délicates de citoyen solidaire de ses compatriotes. Comme un grand benêt pas encore traité à l’anti-mythes, je croyais encore que la valeureuse Helvétie était un pays souverain, indépendant, qui savait défendre les droits politiques de ses ressortissants. Depuis, 29 années sont passées et l’affirmation tonitruante de l’artiste de service a été méthodiquement instrumentalisée par nos autorités fidèlement (servilement?) relayées par des médias entretenus et acquis à la mondialisation, versus globalisation voulue par la plupart des représentants du peuple. J’ai donc fini par prendre conscience de ce qui se passait réellement dans mon (encore) beau pays. Par l’intermédiaire de ce bon Ben et de son logo de derrière les fagots pourris, nos autorités annonçaient officiellement la couleur: La Suisse n’existe pas, ce qui implique clairement que les suisses n’existent pas. Ça n’avait pas beaucoup plu à bon nombres de patriotes pratiquants, mais, trois décennies plus tard, ceux qui sont encore là, somnolent, la peau du ventre bien tendue. Ils ont plutôt bien digéré la colonisation de l’Helvétistan. Par qui me direz-vous peut-être ? Ce ne sont pas les réponses qui manquent. Étranger sur sa terre d’origine, esprit encore à peu près libre, je garde les miennes pour moi. Je constate à regret que la propagande, le déni profond de réalité et les aberrations bien-pensantes diffusés quotidiennement depuis le pacte de Ben en 1992 ont facilement modelé une population qui avait confiance (moi itou) en ses autorités. Pourvu que cela ne dure pas…

SWISS CORPORATE IDENTITY – Technique mixte – JPH – 1976 – SARL

Fréquenter les chemins de l’utopie, consiste à parcourir des itinéraires au charme bucolique qui conduisent sans faute à l’une ou l’autre forme de dystopie… aujourd’hui, en 2021, le processus de transformation est bien engagé…

Une affichette diffusée, il y a quelques semaines, par le quotidien favori des fribourgeois avait attiré mon attention. Je me suis permis d’en produire une parodie, et de situer l’évènement promu par le journal dans le contexte d’un perpétuel présent qui végète dans un marigot d’absurdités depuis déjà plus d’un an…


Eh oui… les verts ont semble-t-il gagné…
 

Ci-dessus… photographie, et ci-dessous… texte, publiés -notamment- par LE GLÂNEUR D’IMAGES Michel Martin

La confédération en veut entre 800 à 1000 de ces machines en Suisse. Elles auront 220 mètres de haut. Vous les voyez ci-dessus en simulation sur les emplacements prévus … CQFD ! Angle de vue principal d’un promeneur depuis le chemin sur la colline menant à la forêt de Siviriez.


Et… DES AFFIRMATIONS PUBLICITAIRES EMPRUNTÉES AU SITE DU GROUPE E

Groupe E croit en l’éolien, la population aussi – L’approbation du plan directeur cantonal fribourgeois par la Confédération remet sur les rails les projets éoliens cantonaux. Fort de cette décision, Groupe E va poursuivre le développement de parcs éoliens. Un sondage réalisé en septembre par MIS Trend montre que plus de 70 % des répondants sont favorables à la création de parcs éoliens dans le canton.


Est-ce que nous devons les croire et les laisser faire ?…
Un peu de sérieux… avec une réédition de ma peinture
ET LUX FUIT… moulins à vent contre nucléaire

 

ET LUX FUIT … moulins à vent contre nucléaire
Peinture et texte JPH – 2015

 

La Suisse des lumières est préoccupée. Comment fabriquera-t-elle l’électricité qui éclairera ses villes, ses campagnes et ses cerveaux survoltés ?

À des milles de la folie sublime de Don Quichotte, le célèbre hidalgo castillan, je risque un scénario raisonnable pour résoudre le problème de l’approvisionnement en électricité à Fribourg. Une idée rendue possible par la grâce du niveau exceptionnel des scientifiques implantés sur le site «Blue Factory». La peinture, reproduite ci-dessus, donne une assez bonne vue de l’impact esthétique positif induit par mon projet initialement inspiré du mythique combat du héros de Cervantès contre les moulins à vent. La reconstitution de la mer du Nord et l’implantation des éoliennes seront certainement les plus grosses difficultés à résoudre. Mais, avec l’armada d’ingénieurs et d’architectes diplômés à disposition, les étapes de cette réalisation devraient s’imposer d’elles-même. Pour renforcer l’action du vent, les politiciens sont prêts à collégialement s’engager. Si vous trouvez que ma simulation est opaque et trop difficile à décrypter, sur rendez-vous, je me tiens à votre disposition pour vous éclairer. La séance est payante.

Pour une électricité enfin verte, je suis fier d’avoir lancé les moulins éoliens contre le Satan nucléaire. Vous le savez certainement, le génie consiste à proposer des solutions simples aux problèmes complexes.

Et pour finir en beauté… La quatrième vague… photographie trouvée et empruntée à l’internet (auteur inconnu)

 

TROU DE MÉMOIRE – 2000-1975 – Technique mixte

 

L’homme n’a point de port,
Le temps n’a point de rives ;
Il coule et nous passons !

Méditations poétiques – Alphonse de Lamartine – 1820

 

DESTINÉES – Technique mixte – 2009 – 1975 – JPH

 

DESTINÉES

Visages figés par ma plume,
Imprimés en sérigraphie sur plusieurs verres,
Assemblés par couches… exposés,
Puis jetés à la décharge,

Découverts par hasard
Et récupérés par mon ami Marco,

Numérisés… Pour vivre avec leur temps.

 

LE DESTIN – Gravure (verni-mou, pointe-sèche, aquatinte) – JPH – 1996

 

Pour plus d’informations, cliquez ici

 


Tous les hommes sont menteurs, inconsistants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches,
méprisables et sensuels;

toutes les femmes sont perfides artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées;

le monde est un égout sans fond où les phoques les plus infâmes rampent et se tordent sur des montagnes de fange …

Alfred de Musset – On ne badine pas avec l’amour – 1834
Rédigé, sans doute, après une visite au Palais de Tokyo – Centre d’art contemporain à Paris


LA DÉBANDADE… Technique mixte – JPH – 2016-2004

 

LA DÉBANDADE
Texte de JPH – Paru dans le livre ANACHRONIQUES Jean-Pierre Humbert – Contraste Éditeur

Dans le miroir pictural de notre temps,
Omniprésente, désabusée, arrogante et moralisatrice,
La disgracieuse face botoxée de l’homme augmenté,
La gueule gonflée à l’hélium de l’artiste contemporain.

Dans le musée impérial du matérialisme mondialisé,
Quelques cuvettes de chiottes recyclées,
Des reliquats de la dernière bamboula
D’une association culturelle subventionnée.

Dans la grande salle d’exposition,
Corrompus par un «commissaire» d’un genre indéterminé,
Deux joyeux ramasseurs d’ordures ménagères
Ont déversé les fruits pourris de leur tournée matinale.

Dans les pages des journaux à prétentions intellectuelles et culturelles,
Un savant reportage relate tous ces pénibles faits divers.
Par la grâce de ce délicieux baratin ludique et didactique,
Vous apprendrez à vous ouvrir à la bêtise.


CONTRASTE GALERIE / Atelier JPH

Ruelle des Cordeliers 6 – CH-1700 Fribourg
www.jphumbert.ch


JPH – L’ÉTAT DES STOCKS

Exposition permanente… mobile

Visites sur rendez-vous : 078 875 96 66 / info@jphumbert.ch

Pour commander le livre : https://jphumbert.ch/publications/livres/anachroniques/

 

Onzième incursion dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG. Aujourd’hui, je publie le texte que mon estampe CHERCHEZ LA FEMME a inspiré à mon ami Dominique Rey, professeur de philosophie et d’histoire de l’art. Il travaille sur des questions d’éthique et d’esthétique. Il est aussi artiste peintre.

https://www.facebook.com/people/Dominique-Rey/100010522651413

 


CHERCHEZ LA FEMME – Technique mixte -JPH – 2006-1978

 

CHERCHEZ LA FEMME
Texte de Dominique Rey

Le titre d’une œuvre est sensé donner au spectateur « une suggestion poétique à mi-chemin entre ce qui risquerait d’épaissir ou d’éclaircir le mystère des formes ». Cette proposition du peintre philosophe Atlan pourrait bien s’appliquer à l’œuvre de Jean-Pierre Humbert. L’artiste se joue des contradictions. Philosophe, il serait dialecticien. Rhéteur, il privilégierait l’oxymore. Par tempérament, il a choisi la gravure qui permet au mieux de marier la lumière et l’ombre. Il a créé un univers où la vie fait éclater la pierre, à moins que le vivant lui-même ne soit confronté au risque de la pétrification. C’est ainsi qu’il revisite nos mythes grecs et chrétiens, fait allusion à des œuvres phares de l’histoire de l’art, voire se pastiche lui-même.

Pour créer cette estampe, il a usé de l’intelligence artificielle en remettant en scène ce que la main virtuose du graveur avait créé. Il nous invite à rechercher la femme, séductrice, Vénus-stalactite et figure d’une justice aux yeux bandés. C’est à travers la célèbre allégorie de la caverne que Platon nous interrogeait sur la condition humaine sous le rapport de la culture et de l’inculture. Pour contempler l’Idée de Justice, l’homme prisonnier échappait aux chaînes de l’ignorance en une dialectique ascendante. Or, c’est le contraire qui apparaît d’abord ici : une vie menacée de pétrification. Mais l’eau, qui coule goutte à goutte, produit une double concrétion de formes, descendantes et ascendantes. L’image, condamnée par Platon, devient alors icône. Substituant à l’aquatinte et à la manière noire un traitement numérique de l’image, Jean-Pierre Humbert paraphrase en quelque sorte une transfiguration du réel apparue dans la Résurrection du Christ du Greco. L’homme à la renverse qui projetait le Sauveur de l’humanité hors des pesanteurs terrestres est remplacé par un puits opaque d’où semble s’échapper une moderne Vénus de Lespugue. Ascension ou sublimation ?

 

CHERCHEZ LA FEMME – Technique mixte -JPH – 1978

LES AILES INCANDESCENTES DU DÉSIR – Technique mixte -JPH – 1983

 

 


 ACCEPTER DE VIVRE EN ENFER ? – Technique mixte – JPH – 2020-1975

 

Quand j’entends dire d’un médecin ou de quiconque qu’il est très “social” – ma chère – je pense : Dieu sait de quelle noix creuse il s’agit, traversée par les courants d’air d’une théorie.

Georges Haldas – PARADIS PERDU – L’ÉTAT DE POÉSIE – Carnets 1988

 

TOUT ACCEPTER ET LA FERMER
Par JPH


Mon ordinateur était mort. Je me préparais à l’enterrer sans regrets et sans cérémonies, à la mode de chez nous… à la décharge. Avant de passer à l’action, j’ai demandé conseil à l’ami Carlos, un as de la programmation et de la technique, qui a pris l’affaire en main et s’est aussitôt mis à farfouiller les entrailles de mon défunt robot jusqu’en ses recoins les plus intimes. Ça a été long, mais il a fait des miracles. Il n’a pas négligé un seul des composants de la machine. Je crois même qu’il est allé jusqu’à interroger son esprit. Bizarre… bizarre! Bref, il a conservé la vieille carcasse et tous les éléments encore sains, puis il a remplacé bon nombre de pièces vitales, et finalement, il a arrosée le tout avec quelques louches de mémoire. Parfait! Il ne restait qu’à réinstaller mes programmes favoris, ce qui a été fait, après avoir mis sur orbite la dernière version de windows. Depuis, plus le moindre accroc, tout fonctionne parfaitement. Et pourtant, je ne suis pas content…

Carlos n’y est pour rien. Depuis que je bénéficie des dernières modifications du système d’exploitation, à chaque clic sur internet, et il en faut beaucoup pour naviguer sur les réseaux, pour mon bien, une fenêtre s’ouvre qui me demande d’accepter les conditions d’utilisation et d’accès aux programmes ou aux sites que je souhaite visiter. Il paraît qu’il est possible d’activer une application qui confirme automatiquement notre accord, sans avoir à subir le harcèlement continuel de ces avertissements. Plus besoin de distraitement accepter et  fermer les mises en garde, ouf!… la porte s’ouvre instantanément sur les documents que je souhaite consulter. Pour avoir la paix, chaque jour un peu plus, nous confions aveuglément les décisions que nous avons à prendre à des machines. Ainsi nous vivons comme si ce chantage permanent n’existait pas, comme si c’était une sorte de vaccin contre les contrariétés de la vie moderne. Donc, pas de problème: Tout va très bien madame la marquise, cependant, il faut que je vous dise que je déplore un tout petit rien, un incident, une bêtise… pour utiliser mon ordinateur: J’ACCEPTE TOUT, ET JE LA FERME!

La notion de progrès est toute entière contenue dans les découvertes scientifiques, et la rationalisation forcenée de nos activités, avec l’optimisation radicale du rendement financier en point de mire. Le remplacement de l’homme par les robots et les machines semble être l’un des inéluctables objectifs de ce processus déjà très avancé. Nous le savons presque tous et pourtant nous n’y croyons pas  vraiment! C’est tout naturel. À chaque changement qui nous fait perdre un peu de notre souveraineté (je sais, aujourd’hui ça ne veut plus rien dire), de notre liberté (idem), nos dirigeants et leurs “communicants” nous expliquent de manière péremptoire qu’on ne peut pas faire autrement… ah bon ! Il n’y aurait donc qu’une seule réponse à nos si diverses questions et aspirations ?

Ces vingt dernières années, pour imposer son projet de “meilleur des mondes”, la junte de l’hyper-société mondialisatrice qui nous conduit en enfer a mis le turbo. Depuis 2020, elle a même franchi le mur du son. J’ai personnellement croisé quelques membres particulièrement dynamiques de ces destructeurs assermentés de l'”ancien monde”. Gonflés à bloc, ils se déplaçaient à la vitesse de la lumière. C’est dire si les visionnaires sont confiants. Et pour cause, leur dernière mise en scène, le coup de poker coronarien, a parfaitement réussi. Les populations des pays industrialisés, parfaitement encadrées et formatées, découvrent et subissent les effets de la recette d’un produit innovant : la pandémie perpétuelle. Une maladie dont les citoyens européens ont pu apprécier les différents épisodes au fil de rebondissements spectaculaires. Il faut dire que la tâche des marionnettistes contemporains a été facilitée, notamment grâce à Edward Louis Bernays et son livre Propaganda. Théoricien et praticien à succès de la propagande politique et d’entreprise, il y décortique les secrets de l’art de manipuler l’opinion en démocratie, ainsi que ceux de la production du consentement. Ce mode d’emploi pour les gentils bergers du troupeau humain a fait fureur (vous voyez ce que je veux dire), et a grandement contribué a développer la veulerie humaine. Depuis ce modèle a remplacé tous les autres, et il régit nos vies de civilisés éclairés chaque jours un peu plus. Depuis que nous sommes sous l’emprise de l’informatique pour une part sans cesse croissante de nos activités, sous hypnose, la foule sentimentale de la chanson de Souchon marmonne machinalement : oui, j’accepte tout… oui, j’accepte une fois pour toutes. La pandémie perpétuelle, dont nous venons de savourer les prémices, serait-elle le carton d’invitation à vivre dans un zoo sécurisé, tout beau, tout neuf, que des Diafoirus en goguette, associés à des psychopates hallucinés (à vous d’inscrire les noms de vos préférés) nous adressent ? En tous cas, l’affaire est rondement menée. Tu verras ma chère Alice… tu verras mon cher Jean-Pierre, avec ton passeport sanitaire, tu seras logé dans une belle cage, à l’abri des prédateurs, nourri, blanchi, ta santé sera sous contrôle permanent, enfin en sécurité. Quand les conditions statistiques seront favorables, tu pourras même sortir un moment. Ta vie sans mauvaises surprises sera plus longue, beaucoup plus longue, interminablement longue… sur notre terre d’asile psychiatrique.

Assez dormi mes amis1, il est temps de nous révolter contre la perverse dictature qui cherche à s’imposer. Réveillons-nous avant que la réalité ne dépasse la caricature pour longtemps encore, et que le rire ne soit plus qu’une pathétique grimace destinée à se consoler.

Accepter, pourquoi pas ?… mais il faudra apporter des changements au contrat… j’ai bien peur que l’accouchement soit douloureux, et que le troupeau soit encore plus difficile à convaincre que ses maîtres !

En attendant, plus efficace que jamais, mon ordinateur continue à insidieusement m’imposer sa loi. Faudra-t-il que nous divorcions ?

1 Ça ne plaira pas à tous, mais, féministe pratiquant, j’ai renoncé à l’écriture inclusive dans toutes ses ridicules variantes.

 


Aux lecteurs en quête d’humour, je propose quatre minutes et dix-huit secondes en compagnie l’excellent Nathanaël Rochat


Tout va très bien madame la marquise de Ray Ventura

Encore une incursion dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG. Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent. Aujourd’hui, je vous suggère de lire ce qu’évoque mon estampe ÉVASION pour mon ami Alain Bosson.

Alain Bosson
Docteur en histoire moderne de l’Université de Fribourg

Maître d’histoire au Collège de Gambach (Fribourg)
Faites la connaissance d’Alain sur son site internet http://alainbosson.ch/wordpress/ et découvrez ses diverses activités (publications, articles, conférences, etc.)

 
ÉVASION – 1987 – JPH – Peinture acrylique


ÉVASION

Par Alain Bosson

Je n’ai pas toujours aimé Fribourg. Quand on est un enfant, on est comme les oiseaux et les fourmis, on ne vient de nulle part, on se trouve bien où l’on est, sans se poser trop de questions. Les souvenirs et les couleurs de mon enfance, c’est le ciel bleu du Tessin, les murs bariolés d’Ascona, la place de jeu du Monte Verità, et l’institutrice qui m’a donné le goût des livres. Je suis arrivé à Fribourg à l’âge de dix ans, au mois de novembre, un triste mois de novembre. J’avais une tante qui habitait, à cette époque, à la Planche-Supérieure, côté Sarine. Personnage haut en couleurs, elle contrastait avec l’apparente monotonie de la Basse-Ville à ce moment de l’année. Son appartement était très humide et vieillot : on avait l’impression d’entrer dans la taverne d’une sorcière. Elle avait bourlingué, et j’adorais écouter ses récits de voyages, remplis d’humour et d’indépendance d’esprit. Je l’ai rapidement identifiée à tout ce coin du vieux Fribourg.

Lorsque j’ai commencé à découvrir, aux cours de dessin à St-Michel, des œuvres « fribourgeoises » de Jean-Pierre Humbert, j’ai eu le sentiment curieux de retrouver d’un coup mes toutes premières impressions de Fribourg, images transformées jusqu’à l’oubli par une familiarité nouvelle avec les lieux. L’apparente austérité et le calme de surface des compositions de l’artiste, l’équilibre improbable des lieux et des espaces représentés, l’insertion d’éléments hétérogènes qui créent une atmosphère de unheimlich - l’inquiétante étrangeté chère à Freud, sont autant de traits constitutifs de la poétique de Jean-Pierre Humbert lorsqu’il nous propose un Fribourg onirique.

Mais pour rêver une ville, encore faut-il la connaître, et Fribourg n’est pas une ville qui se laisse comprendre facilement. Léon Savary l’a bien senti, lorsqu’il écrit en 1929, « Une cité de rêve… Mais à tous elle ne livre pas son secret ». Sur le plan littéraire, il appartiendra surtout à des écrivains du dehors (Savary, Cingria, Chessex) de nous laisser entrevoir une partie de l’âme profonde de Fribourg. De doctes savants ont consacré leur vie à étudier l’ancienne cité des Zähringen sous toutes ses coutures : les Alexandre Daguet, Pierre de Zurich, Marcel Strub et toutes celles et ceux qui les ont suivis ont contribué à nous donner une connaissance approfondie de la ville, une connaissance claire et intelligible pour l’esprit. Les artistes, eux, nous donnent un accès plus immédiat, plus profond, plus essentiel : ce n’est pas notre intellect cartésien qui est touché, mais notre cœur, nos sentiments, notre univers émotionnel.

Le Fribourg onirique de Jean-Pierre Humbert touche au plus près l’âme profonde de la ville, mais sans passéisme. Au contraire, le dialogue est constant entre le Fribourg qui est et celui qu’il pourrait être. Les lectures multiples, parallèles, toutes celles que l’artiste a rendues possibles et toutes celles qu’il a seulement soupçonnées, éclairent tour à tour les facettes d’une œuvre extraordinairement complexe. Dans Evasion (1987), l’intrusion de la modernité amène, tout à la fois, un sentiment d’écrasement et une ouverture, improbable mais possible vers un ailleurs. La richesse sémantique de l’œuvre n’exclut pas une certaine ambivalence, et, comme dans certains rêves que nous faisons, mais à l’inverse de notre vie consciente, certains éléments étranges nous paraissent, sur le moment, tout à fait familiers et cohérents.

Je ne peux pas croire que Jean-Pierre Humbert fête aujourd’hui ses 60 ans. Jean-Pierre Humbert doit avoir au moins 5 ou 600 ans, au bas mot, pour connaître si intimement le caractère et l’âme de Fribourg.

 


ÉVASION – 1987 – Gravure (Verni-mou, aquatinte, pointe-sèche) – JPH


ÉVASION – 2019-1987 – Technique mixte – JPH

Ci-dessous, une reproduction de ma gravure RESTRUCTURATION et le texte qu’elle a inspiré à mon ami, le fameux artiste serbe Zeljko Djurovic. La gravure et le texte de Zeljko ont été publiés en 2007 dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité par ESTAMPE.ORG. Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.

Zeljko Djurovic
Est né le 12 décembre 1956 à Danilovgrad au Monténegro. Il est diplômé de la Faculté des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade. Graveur et peintre, il travaille en indépendant depuis la fin de ses études. Il est membre du groupe ULUS et de l’association Ex-Libris de Belgrade. Son travail a été distingué à de très nombreuses reprises.

https://jphumbert.ch/zeljko-djurovic/3204/
Le site de Zeljko : http://www.zeljkodjurovic.com/biography.htm

 

RESTRUCTURATION – Gravure – JPH – 1996

RESTRUCTURATION – Un des 2 croquis réalisés en vue de la création de la gravure – JPH – 1996

 

RESTRUCTURATION

Texte de Zeljko Djurovic, peintre et graveur
Traduit du serbe par Milka et Jean-Pierre Humbert Humbert

La gravure exige maîtrise technique, conscience du procédé et du but. En conséquence, elle demande beaucoup d’habileté et de connaissances. Régie par des lois rigoureuses, élaborées pendant des siècles, contrôlées et perfectionnées, elle libère l’artiste-graveur des questions du lien entre passé et présent. Elle est et a surtout été pratiquée par des hommes d’un grand savoir-faire, habiles de leurs mains, très patients et précis dans le travail.

Une gravure est toujours un dialogue avec le passé, avec l’antique secret de la première empreinte. A l’aurore du genre humain, quand le chasseur préhistorique, prophète et artiste, retira sa main sombre, noircie de suie, du mur de la grotte, il a vu noir sur blanc, le mystère de la gravure. C’est la même émotion qu’éprouve l’artiste-graveur contemporain quand il lève sa feuille de la plaque gravée. Rien n’a changé, la métaphysique de la blancheur, le miracle de l’empreinte, exercent la même fascination. Culte et fétichisme des matières et de leur usage, particularité du procédé ne sont nulle part présents comme dans la gravure. En regardant l’œuvre de Jean-Pierre intitulée Restructuration on ne peut pas faire autrement que de se rappeler toutes ces spécificités de la gravure comme méthode* de création.

Irréprochablement réalisée et imprimée, claire dans ses idées, sa gravure tisse un lien entre le passé et le présent et elle anticipe le futur (pas très rose). Elle éveille chez l’observateur un sentiment nostalgique avec une projection rebutante du futur. Visuellement attractive, elle oblige l’œil du spectateur au changement perpétuel de distance focale, circulant de l’éloignement kilométrique aux micro-détails du premier plan. La correspondance entre le passé et le futur est établie de manière verticale, ce qui semble logique si l’on considère que l’artiste vit dans une ville à l’histoire profonde, et en mutation rapide vers la modernité. Vous ne pouvez pas regarder cette estampe sans vous interroger: d’où venons-nous, qui sommes-nous et où allons-nous ?

Du simple fait qu’il a contribué à faire connaître mon travail sur la scène artistique européenne, je ne peux pas écrire sur l’art de Jean-Pierre Humbert comme un observateur froid et indépendant ( de toutes façons il y a toujours une part de subjectivité dans l’art ). Il faut dire que notre collaboration professionnelle s’est depuis mutée en amitié.

* Méthode: Recherche, voies et moyens de rechercher. Procédé réfléchi et planifié du travail dans le but de trouver la vérité et la lumière.

 

RESTRUCTURATION – Peinture acrylique – JPH – 2001

 

 

LA LIB RECRUTE. PARTAGEZ !

Quand, avec la conviction de l’illuminé foudroyé par la foi, un d’jeun’s comme le rédacteur en chef de La Liberté vous enjoint de partager ses messages, solidaire, vous foncez sans réfléchir : VOUS PARTAGEZ ! J’ai écrit vous, car, depuis que, sur toutes sortes de supports publicitaires, les gentils animateurs de ce quotidien m’ont familièrement demandé: T’as lu la Lib, je ne partage plus la propagande poussive qu’ils distillent. Il m’est déjà arrivé que quelqu’un me demande si j’avais lu La Liberté du jour, mais personne ne m’a jamais interpellé avec un joyeux: T’as lu la Lib.

Cette pitoyable parodie d’un mode d’expression jeune complètement fantasmé doit être efficace car, avec le soutien de la Banque Cantonale de Fribourg, sur le même ton, La Liberté continue à draguer les cerveaux mous avec, affiché au format mondial, le slogan: Fini l’information poubelle sans valeur NUTRITIVE / Mets gratuitement dans ta poche de l’info de qualité jusqu’à la fin de tes études. Cela m’intrigue ! Cette forme parfaite de médiocrité racoleuse séduit-elle vraiment ? Si oui, la Force Opérationnelle (pour les colonisés, la Task Force) du groupe St-Paul qui chapeaute le journal le claironnera: Patience !

Depuis bientôt une année que la dictature sanitaire est au pouvoir, nous avons pu mesurer la valeur nutritive du journal préféré de nos concitoyens. À l’unisson avec les autres médias subventionnés du pays, il nous a inlassablement servi le même menu, fait de peur et de culpabilité sur fond de gluante gentillesse bien-pensante. J’en demande pardon à ceux qui ont aimé les plats qui nous ont été concoctés… je n’ai pas avalé grand-chose, et malheureusement, j’ai tout régurgité. Désolé ! Alors, l’information poubelle, c’est qui, c’est quoi ? En tous cas, de qualité ou pas, je la conserverais ailleurs que dans ma poche.

LA LIBERTÉ… une poubelle près de chez vous. PARTAGEZ !


LA LIBERTÉ PRÈS DE CHEZ VOUS – Technique mixte – JPH – 1976-2008

NÉPOTIQUE BUREAU – Lithographie – JPH – 1976


NÉPOTIQUE BUREAU
Texte de Jean-Christophe Emmenegger

Entre la réalité et la fiction, l’image donne encore quelques informations. Pas de l’imagination sans contrôle ou sans objet, ni l’expression de la nécessité d’exister – car l’idéal apparaîtrait derechef sur un plateau comme la tête de Jean Baptiste. Mais l’image essentielle, artistique, – pour l’appeler encore ainsi, – malgré des tentatives de destruction bien actuelles…

Pour détruire la possibilité de l’image, il n’y a pas d’autre choix que s’attaquer à la surface, miser sur l’épuisement par la répétition, se laisser aller à l’hébétude par l’exacerbation des contraires ou introduire le paradoxe en faveur de la vie qu’est le cri d’agonie.

Mais l’image reste autant possible que ce fond noir comme l’univers sans regard, un fond d’erreur ou de possibilité sans limites. Une tête au carré sécrète, exorbite de façon symbolique deux têtes mieux humanisées et ainsi de suite jusqu’au premier plan dénonçant l’illusion : ces quatre personnages sans beaucoup d’identité propre, rappellent autant les camps de concentration que les clones plus récents. Ils nous regardent et disent «c’est ainsi que nous sommes» à moins qu’ils ne posent la question «est-ce ainsi que vous êtes?»

Malgré cette multiplication classique du népotisme à partir du grand patron carré, symbolique, il reste un espoir avec les nuances d’humanité perceptibles dans les visages au premier plan : ce sont eux qui regardent et qui sont regardés, eux qui ont le plus de présence.

Paru dans le livre [Par défaut…], Jean-Pierre Humbert

UN NUAGE … UN MIRAGE – Technique mixte –  JPH – 1990-2009

 

UN NUAGE … UN MIRAGE

Assis, les yeux fermés, je regarde un nuage.
Lentement, progressivement,
Il investit l’écran bleu de mes rêveries.
Animé par un vent malicieux,
Il dévoile l’esquisse floutée d’un corps féminin.

Assis, les yeux ouverts, je ne vois plus rien.
Dans le ciel nocturne,
Flotte l’un de mes châteaux en Espagne
Insensiblement absorbé par l’obscurité.

J’aime prendre mes désirs pour la réalité.

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – Peinture acrylique – JPH – Détail de la version de 1981

 

Penser contre son temps, c’est de l’héroïsme.
Mais le dire, c’est de la folie.
Tueur sans gages – Gallimard – Eugène Ionesco – 1912-1994

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME… feuilleton-saison-2


ÉPISODE 1/5

L’aventure a commencé en 1981. Pour fêter les 10 ans d’existence des Laboratoires Golliez à Courgevaux, la direction de l’établissement m’a sollicité pour créer un nouveau logo et tous les produits publicitaires qui vont avec. Mais ce n’est pas tout… À l’initiative de mes amis Michel Dousse et Jean-Marie Jenny, organisateurs du jubilé de l’entreprise et membres de sa direction, j’ai aussi été mandaté pour réaliser une peinture murale dans l’entrée de l’usine. Mauvais plaisant patenté, j’ai abusé de la liberté totale qui m’était accordée, pour concocter une image ambiguë, affublée de ce titre équivoque: Le triomphe du conformisme. L’histoire s’est terminée en beauté par une grande fête composée de distingués discours officiels, suivis d’un festin comme dans les albums d’Astérix.

ÉPISODE 2/5

Quelques mois plus tard, je suis allé photographier ma peinture. Avec le recul, j’ai trouvé qu’elle avait beaucoup de défauts, et j’ai longtemps songé à me rendre sur place pour y remédier. J’ai ruminé cette idée pendant encore six ans. Finalement, j’y suis retourné pour prendre les mesures de la paroi. Plutôt que de rafistoler ma peinture, j’ai choisi de la refaire. Une fois terminée, je projetais de coller la nouvelle version par-dessus la première. J’ai fabriqué un grand châssis, 351×258 cm sur lequel j’ai tendu ma toile. C’était parti, pendant quatre mois, je m’attaquais une fois de plus au conformisme… Pour la gloire ? Pour l’argent ? Non… Simplement pour essayer de mieux faire… Être en paix…

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – 1988 – Peinture acrylique de…


ÉPISODE 3/5

Le nouveau tableau était pratiquement terminé, quand le fameux boucher artiste-peintre Corpatoo est passé à mon atelier en quête de renseignements. D’emblée, il me dit : C’est magnifique ce que vous faites là ! – Merci du compliment. – Est-ce une commande ? – Non – Alors, il faut le vendre – Euh, je veux bien, mais à qui ? – Moi je connais quelqu’un, je vais lui en parler.

Le lendemain, Monsieur Corpatoo me rend visite à l’atelier, accompagné du gérant du restaurant de l’institution qui s’appelait encore l’École Normale. Enthousiasmé, ce dernier en parle au directeur de l’établissement, qui, à son tour, vient voir l’objet de mon travail. Il réagit très positivement. Quelqu’un de plus prétentieux que moi dirait qu’il était emballé. Décidément, cela s’annonce bien. Il passe commande. Reste à choisir l’emplacement qui recevra mon œuvre. Ce sera au fond du spacieux couloir qui longe la mensa, sur une paroi qui, au centimètre près, a le même format que ma peinture. Un coup de maître du hasard ! Et votre décision de remplacer l’œuvre sise à Courgevaux, me direz-vous? Bon, vous connaissez le livre de Jacques Monod, Le hasard et la nécessité. Oui, c’est injuste, la nécessité abuse souvent du hasard pour justifier ses actes. J’ai renoncé à ce geste chevaleresque et désintéressé. Quelques semaines plus tard, avec mes amis relieurs de la Bibliothèque Cantonale, nous avons collé mon œuvre contre le mur qui semblait l’attendre depuis toujours.

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – Peinture acrylique – JPH – 1987-88


ÉPISODE 4/5

C’était en 2018, au hasard d’une promenade, je passais devant l’École Normale qui a gradé et s’appelle aujourd’hui Haute École Pédagogique. J’ai pensé à mon tableau qui était installé depuis 30 ans dans l’enceinte de cette vénérable institution. Je me suis dit que ce jubilé valait bien une visite. Mon œuvre n’avait pas bougé. Dans la pénombre, à l’extrémité de son confortable couloir, protégée des regards et des agressions de la lumière par une rassurante et reposante pénombre, elle avait été en quelque sorte augmentée par l’apport d’une cinquantaine de chaises soigneusement empilées devant elle. Avec cette touche contemporaine, mon portrait amusé de nos sociétés progressistes et mon goût de la perfection étaient enfin comblés. Amis agents de la fonction publique, je vous remercie chaleureusement  pour votre intervention zéro point zéro, authentique point d’orgue à ma vision du conformisme et du conformiste…

 

LE TRIOMPHE DU CONFORMISME – Version augmentée – Photographie de JPH – 2018


ÉPISODE 5/5 – Épilogue

Les feuilletons les mieux tournés ont une fin. Heureuse et moralisatrice chez les vendeurs d’illusions du conformisme, incertaine et inquiétante pour les autres. Dans ma nouvelle série Réchauffement esthétique aux rebondissements mal pensants (mal pensés?), par le feu, par l’eau, le vent, la chimie, etc., j’ai entrepris et mis en scène la destruction prématurée de certaines de mes réalisations. Le triomphe définitif du conformisme (ci-dessous reproduit) est la première image de cette entreprise ainsi que l’épilogue de mes réalisations consacrées au conformisme qui, à mes yeux et contrairement à ce qu’affirme le dictionnaire, n’a que peu à voir avec le traditionalisme. Je le comprends plutôt comme une expression de la soumission à la doxa du moment.

Pareillement, les entreprises les plus prospères ont une fin. En novembre 2001, la raison sociale Laboratoires Golliez SA est radiée, c’est la faillite. L’usine sert maintenant d’entrepôt pour des produits de luxe. J’y suis allé en 2018. Ambiance crépusculaire… Une secrétaire et un manutentionnaire gèrent le départ des occupants. Ma peinture est encore là… Et moi de même…

 

LE TRIOMPHE DÉFINITIF DU CONFORMISME – Technique mixte – JPH – 2019-1987-88 


J -JPH – 2001

 

LE SEXE DES MOTS

Jean-François Revel (1924-2006)
commente la féminisation des mots :
Byzance tomba aux mains des Turcs tout en discutant du sexe des anges.
Le français achèvera de se décomposer dans l’illettrisme pendant que nous discuterons du sexe des mots.
La querelle actuelle découle de ce fait très simple qu’il n’existe pas en français de genre neutre comme en possèdent le grec, le latin et l’allemand. D’où ce résultat que, chez nous, quantité de noms, de fonctions, métiers et titres, sémantiquement neutres, sont grammaticalement féminins ou masculins. Leur genre n’a rien à voir avec le sexe de la personne qu’ils concernent, laquelle peut être un homme.
Homme, d’ailleurs, s’emploie tantôt en valeur neutre, quand il signifie l’espèce humaine, tantôt en valeur masculine quand il désigne le mâle. Confondre les deux relève d’une incompétence qui condamne à l’embrouillamini sur la féminisation du vocabulaire. Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille.
De sexe féminin, il lui arrive d’être un mannequin, un tyran ou un génie. Le respect de la personne humaine est-il réservé aux femmes, et celui des droits de l’homme aux hommes ?
Absurde!
Ces féminins et masculins sont purement grammaticaux, nullement sexuels.
Certains mots sont précédés d’articles féminins ou masculins sans que ces genres impliquent que les qualités, charges ou talents correspondants appartiennent à un sexe plutôt qu’à l’autre. On dit: «Madame de Sévigné est un grand écrivain» et «Rémy de Goumont est une plume brillante». On dit le garde des Sceaux, même quand c’est une femme, et la sentinelle, qui est presque toujours un homme.
Tous ces termes sont, je le répète, sémantiquement neutres. Accoler à un substantif un article d’un genre opposé au sien ne le fait pas changer de sexe. Ce n’est qu’une banale faute d’accord.
Certains substantifs se féminisent tout naturellement: une pianiste, avocate, chanteuse, directrice, actrice, papesse, doctoresse. Mais une dame ministresse, proviseuse, médecine, gardienne des Sceaux, officière ou commandeuse de la Légion d’Honneur contrevient soit à la clarté, soit à l’esthétique, sans que remarquer cet inconvénient puisse être imputé à l’antiféminisme. Un ambassadeur est un ambassadeur, même quand c’est une femme. Il est aussi une excellence, même quand c’est un homme. L’usage est le maître suprême.
Une langue bouge de par le mariage de la logique et du tâtonnement, qu’accompagne en sourdine une mélodie originale. Le tout est fruit de la lenteur des siècles, non de l’opportunisme des politiques. L’Etat n’a aucune légitimité pour décider du vocabulaire et de la grammaire. Il tombe en outre dans l’abus de pouvoir quand il utilise l’école publique pour imposer ses oukases langagiers à toute une jeunesse.
J’ai entendu objecter: «Vaugelas, au XVIIe siècle, n’a-t-il pas édicté des normes dans ses remarques sur la langue française ?». Certes. Mais Vaugelas n’était pas ministre. Ce n’était qu’un auteur, dont chacun était libre de suivre ou non les avis. Il n’avait pas les moyens d’imposer ses lubies aux enfants. Il n’était pas Richelieu, lequel n’a jamais tranché personnellement de questions de langues.
Si notre gouvernement veut servir le français, il ferait mieux de veiller d’abord à ce qu’on l’enseigne en classe, ensuite à ce que l’audiovisuel public, placé sous sa coupe, n’accumule pas à longueur de soirées les faux sens, solécismes, impropriétés, barbarismes et cuirs qui, pénétrant dans le crâne des gosses, achèvent de rendre impossible la tâche des enseignants. La société française a progressé vers l’égalité des sexes dans tous les métiers, sauf le métier politique. Les coupables de cette honte croient s’amnistier (ils en ont l’habitude) en torturant la grammaire.
Ils ont trouvé le sésame démagogique de cette opération magique : faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes.

 

G – JPH – 2001
ABÉCÉDAIRE – La couverture du coffret – Tout doit être interprété à la lettre, l’imaginaire, le rêve et ses corollaires.

 

ETC…