Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

Dans ma nef


VITRINE DU TEMPS PRÉSENT – Texte et image JPH – Technique mixte – 1978

 

En 1978, le temps présent existait déjà. Ce devait être sa manière d’avoir de l’avance sur son époque. Nous avons donc eu la chance de le voir venir de loin. Séduits par ses atours spectaculaires, nous sommes nombreux à avoir minimisé les pièges raffinés qu’il nous réservait.

Avec les stands des artisans, des animations, des concerts et dès 17 heures, le traditionnel cortège; les festivités de la St-Nicolas de Fribourg, organisées par les élèves du Collège St-Michel, auront lieu le samedi 7 décembre 2019. Vous trouverez le programme officiel en cliquant sur ce lien :  https://www.st-nicolas.ch/fr.

Depuis 20 ans, la Galerie Contraste participe à la fête. Elle sera ouverte le 7 décembre de 11 à 18 heures.

Quand, dans la cohue, vous aurez fait dix fois le tour du marché de la Saint-Nicolas, nous vous suggérons de vous encorder et de grimper en face du Musée Tinguely, jusqu’au numéro 6 de la ruelle des Cordeliers.

EXPOSITION – Jean-Pierre HUMBERT – Réchauffement esthétique… suite


SAINT-NICOLAS, le retour – Peinture – JPH – 2013

 

UN PEU D’HISTOIRE…

Chaque année, le Collège St-Michel met en vente sa carte de la St-Nicolas. Les bénéfices de cette entreprise contribuent au financement de la fête. La carte est  l’œuvre de l’élève vainqueur du concours de dessin organisé par l’institution. Feu Louis Dietrich, qui fut professeur et proviseur au Collège St-Michel, avait collectionné et documenté toutes les cartes éditées depuis la première parue en 1906. Ses enfants et petits-enfants on pris le relais. En 2013, pour le lancement du site internet https://www.cartes-saint-nicolas.ch/, avec leur soutien, la Galerie Contraste avait organisé une belle exposition d’une partie de ces cartes. Depuis, chaque année dans un endroit différent, la famille Dietrich organise, avec talent et succès, une exposition originale de la collection. À voir du 14 novembre 2019 au 4 janvier 2020 à la Bibliothèque de la Ville de Fribourg – Renseignements :  https://www.ville-fribourg.ch/bibliothequeVisite commentée par Jacques Dietrich le 4 décembre 2019 à 12:30.

Copié sur le site de la collection Dietrich, j’ai reproduit, ci-dessous, le texte de présentation historique de la fête et de la publication des cartes de la St-Nicolas.

Galerie Contraste – décembre 2013 – Exposition de la collection Dietrich de cartes de la St-Nicolas

 

DU GRAND SAINT NICOLAS, CÉLÉBRONS LA MÉMOIRE …

… Sur l’éclat de sa vie ayons toujours les yeux
Par plus d’une victoire, vivant dans ces bas-lieux
Il mérita la gloire
Des Cieux !
C’est ainsi que commence la  traditionnelle Complainte qui rythme depuis toujours la solennelle démarche du cortège de la Saint-Nicolas à Fribourg. D’ailleurs, dans l’approche grise de ce premier samedi de décembre, les écoles ont déjà résonné aux accents de la vigoureuse chanson de l’Abbé Joseph Bovet (1879-1951):
C’est l’hiver tout est glacé
Novembre est bientôt passé
Entonnons un tra-le-ra-la-la,
Elle arrive  la Saint-Nicolas !
Simultanément apparaissent dans les rues, ou sur notre palier, de jeunes collégiens qui nous proposent d’acheter la carte de la Saint-Nicolas. C’est à cet humble témoignage artistique qu’est consacrée cette collection. Mais commençons d’abord par un bref

RAPPEL HISTORIQUE

La célébration particulière et publique de la Saint-Nicolas s’explique naturellement par le fait que le thaumaturge évêque de Myre, qui assista au Concile de Nicée en 325, fut le patron de la Ville de Fribourg dès sa fondation par le Duc Berthold IV de Zaehringen, en 1157. Il existait déjà sur cet emplacement une bourgade et une chapelle dédiée à Notre-Dame. Plus proche du château que construisait le Duc, est attestée une église dédiée à Saint Nicolas dont quelques bribes des fondations retrouvées remontent à 1178. La ville se développa rapidement, Berthold IV ayant accordé aux bourgeois des franchises intéressantes.

Il fallut donc donner à ses habitants une église plus grande et plus belle, tout en conservant le même Saint Patron. Elle fut consacrée en 1182 par l’Évêque Roger de Lausanne. Nouvelle étape dans l’histoire de Fribourg en 1277 où la ville passa sous la domination de l’Empereur Rodolphe de Habsbourg. A son instigation, la première pierre d’une église plus vaste fut posée en 1283, signe d’une augmentation du nombre des habitants. La construction durera un peu plus de deux cents ans : c’est, compte tenu des rénovations périodiques, l’actuelle cathédrale de Saint Nicolas, d’où part toute l’histoire de sa fête patronale.

Dès le Haut Moyen Âge, la liturgie avait accentué l’aspect théâtral des rites religieux chrétiens. La population dans son ensemble étant illettrée, il fallait trouver d’autres moyens que le texte pour instruire les fidèles et graver dans les esprits des attitudes conduisant à la prière. C’est ainsi que les vitraux racontent l’Évangile tout en laissant entrer la lumière sous  les sombres voûtes de pierre. Ainsi, des scènes tirées des Saintes Écritures sont-elles jouées sur le parvis des cathédrales, et c’est la naissance du théâtre dans l’Occident chrétien. Ainsi encore, des cortèges de saints personnages étaient organisés pour préparer, ou suivre, la célébration liturgique. Ils coïncidèrent rapidement avec des manifestations très laïques accompagnées de réjouissances populaires.

C’est le cas à Fribourg du cortège des jeunes filles à la Sainte-Catherine (25 novembre) ou de la Marche à l’Étoile qui déroulait ses fastes militaires et ses astuces mécaniques sur la Place Notre-Dame à l’occasion de l’Épiphanie. C’est le cas aussi du Cortège de la Saint-Nicolas, qui naquit de la grande Foire médiévale du début de l’hiver, appelée fort opportunément “Foire aux étrennes”. Habituelle à l’époque dans tout chef-lieu commerçant, elle ressemblait fort à ces ” Marchés de Noël ” que l’on fait revivre un peu partout de nos jours. Des lanternes et des flambeaux éclairaient de petites baraques à l’auvent rabattu. Les marchands y étalaient des biscômes et des jouets qu’achetaient les parents. Ces derniers maintenaient les tout petits dans l’idée que le Saint viendrait en personne leur apporter des cadeaux.

Avant de se coucher, les enfants préparaient un peu de foin et de sel pour l’âne. Quant au cortège, il fut d’abord une procession à la sortie de la grand-messe. Le même après-midi, défilaient les enfants des écoles dont quelques-uns étaient costumés de manière à représenter Saint-Nicolas, son porte-crosse et un diacre d’honneur. Venaient ensuite les coralis ou membres de la petite maîtrise de Saint-Nicolas, chantant des hymnes et des cantiques. Il y avait aussi des musiciens jouant de la trompette. La procession faisait trois fois le tour de l’église puis parcourait les rues de la cité. De temps en temps, le pseudo-évêque donnait sa bénédiction et disant « Pax et benedictio super hanc urbem et super omnes habitantes in ea ». (Paix et bénédiction sur cette ville et sur tous ses habitants). La cohabitation d’une Foire et d’un saint cortège ne fut pas facile, les excès de l’une faisant du tort à l’autre. C’est ainsi qu’un édit du Petit Conseil de Fribourg, du 3 décembre 1764, frappa d’interdit toute céleste présence parmi les excès des ivrognes et les débordements moraux entraînés par les mouvements d’une foule commerçante en goguette. Le cortège fut supprimé ! Mais le « Marché aux étrennes » subsista et les croyances enfantines avec lui.

RENAISSANCE DE LA TRADITION

Assez rapidement, la Foire reprit ses droits sans référence religieuse et dans le plus grand désordre : elle devint une sorte de fête de la jeunesse. Ce soir-là, tous les élèves externes du Collège se trouvaient dans les rues, de même d’ailleurs que les gentes demoiselles si étroitement tenues à l’écart tout le reste de l’année. D’où les cris : « Achetez des verges pour fouetter les filles » et les actions bénignes ou plus violentes qui s’ensuivaient. Mais cette animation plaisait assez à un vaste public.

Plus sagement, au Collège Saint-Michel, fondé par Pierre Canisius dans la mouvance de la contre-Réforme en 1582, la fête reprit ses droits parmi les élèves de l’Internat : la soirée était agrémentée de prestations théâtrales et musicales, et surtout, les élèves jouissaient ce soir-là d’un droit à la satire vis-à-vis de leurs professeurs . Ils montaient une sorte de Revue au cours de laquelle Saint Nicolas en personne remettait des cadeaux dérisoires (un  rasoir, par exemple, à un professeur jugé trop ennuyeux !) Il est difficile de fixer l’année où commença cette coutume. Nous possédons le programme de la Saint-Nicolas 1895, fort bien dessiné, mais la tradition était à ce moment-là déjà ancienne et bien rodée. Cette précision  n’est pas étrangère  à notre sujet, car nous allons rencontrer, dans la collection, des années où paraissent deux cartes, l’une « officielle » et l’autre destinée à la Fête de l’Internat. D’autre part, il est vraisemblable que la reprise du cortège en ville ne soit pas étrangère à l’esprit qui régnait dans les classes du Collège, où les élèves internes devaient sans doute raconter leurs exploits.

C’est donc ainsi qu’à l’approche de l’hiver 1906, un groupe d’étudiants du Collège Saint-Michel ressentit l’envie de faire revivre l’antique tradition. Ils se préparèrent dans le plus grand secret, pensant organiser une farce, et redoutant que la Direction du Collège ne la trouve pas à son goût. Contrairement à leur crainte, un immense  succès couronna leur initiative. Comme ils étaient élèves de la sixième classe du Gymnase, appelée “Classe de rhétorique”, cette classe-là fut traditionnellement, puis officiellement, chargée d’organiser la manifestation. Le premier cortège eut donc lieu le samedi 8 décembre 1906.Actuellement, la coutume, avec quelques ajouts au cours des ans, se déroule de la manière suivante :
Le premier samedi de décembre, à la tombée de la nuit, soit vers 17 h.15, un cortège quitte les hauteurs du Collège. Il est ouvert par un groupe de musiciens de la Fanfare du Collège. Suit un ensemble de fifres et tambours dont les airs alternent avec le chant de la Complainte, interprété par de jeunes adolescents.  Saint Nicolas monté sur son âne est entouré de deux porteurs, dont les hottes sont emplies de biscômes : il y puise généreusement pour lancer cette variante locale des pains d’épices sur la foule en joie. Figurent aussi en costumes l’ânier et le boucher sorti tout droit de la légende des trois enfants ressuscités. N’oublions pas les Pères Fouettards chargés de résister à la pression de la foule. Tout le cortège est entouré de torches, portées par des collégiens et, depuis peu, par des collégiennes.

Après un long parcours dans les rues de la cité, on arrive à la Cathédrale. C’est là que la Fête atteint son sommet : Saint Nicolas adresse à la foule un discours chargé d’actualité du haut de la terrasse devant la grande rosace gothique. Un jeu de lumières le met en valeur.  Spectacle magnifique pour une foule qui se serre au coude à coude sur la place et dans les rues avoisinantes. (Notons que Saint Nicolas est, à Fribourg, la seule personne à utiliser cette terrasse.)
Depuis bientôt trente ans, l’Évêque du Diocèse rencontre son homologue d’un jour sous le porche de la cathédrale. Il le salue d’une cordiale poignée de main, voire d’une accolade, avant d’inviter tous les enfants à une messe célébrée pour eux à l’intérieur du sanctuaire.

Louis Dietrich

 

DÉCEMBRE À FRIBOURG – Gravure – JPH – 1997 

VALEUR AJOUTÉE – JPH – 1996 – Technique mixte

Les publications à compte d’auteur ont mauvaise presse. L’écrivain, poète, peintre, photographe, philosophe, paie la publication de son projet de ses propres deniers. Les plus prudents confient, à leurs frais, leur œuvre à un éditeur pratiquant le compte d’auteur. Les inconscients, eux, s’occupent de tout: création, impression, diffusion, et si leur ouvrage ne se vend pas, bien sûr ils casquent. Hommes ou femmes, les auteurs qui ont recours à ce modèle d’édition sont généralement regardés avec condescendance.

Qu’en est-il des publications assumées par des éditeurs réputés, des éditeurs sérieux, des éditeurs qui choisissent leurs auteurs ? Qu’ils soient médiocres ou géniaux, ces derniers changent de statut. Généralement, ils abandonnent leur costume de clown pour revêtir une tenue digne d’eux-mêmes, le prestige de leur condition est tel qu’ils pourraient avantageusement se permettre de s’exhiber à poil.

Comment fonctionnement les maisons d’édition officielles ? En Suisse, dans ce milieu, nous avons affaire à des personnes circonspectes, précautionneuses. Des entrepreneurs respectables et responsables qui comptent parfois avec l’apport financier qu’amène le lectorat, quand l’auteur en a un, et régulièrement avec l’apport de subsides étatiques ou privés. Ces subsides financent occasionnellement le travail de l’auteur, souvent celui de l’éditeur, et quelques fois, les deux. Si vous lisez l’impressum des livres publiés, vous constaterez avec plaisir que, lorsqu’ils ont massivement bénéficié des mannes publiques et privées, ils sont fréquemment imprimés à l’étranger. Dans un tel système, on pourrait se demander pourquoi les imprimeurs et les relieurs devraient affronter la concurrence sans aucune aide ?

Revenons en au sujet. En résumé, l’édition à compte d’auteur implique un engagement financier total de l’auteur, alors que, pour maintenir la voilure et le rythme, l’édition officielle s’appuie largement sur un financement institutionnel en grande partie constitué par l’impôt. Bien sûr, le succès d’un ouvrage édité à compte d’auteur est plus lucratif. Mais il survient aussi rarement qu’aux publications stipendiées.

Si vous êtes abonnés à mon blog, et si vous recevez mes messages par la poste ou par courrier électronique, vous savez qu’en 2018, les éditions Contraste ont publié une monographie intitulée ANACHRONIQUES Jean-Pierre HUMBERT  Dessins, peintures, gravures, lithographies, sérigraphies, vitraux, mosaïques, objets, écriture. Il y a même de bonnes chances que vous ayez commandé l’une ou l’autre version de cet ouvrage et je vous en remercie. Lorsque j’ai décidé de le publier, j’ai proposé mon projet à des éditeurs institutionnels de notre pays. Intéressés par cette aventure qui promettait une belle course d’obstacles financiers, ils voulaient bien se lancer à condition que nous entamions, chacun de son côté, la frénétique danse rituelle du requérant en arts en tous genres. Dans ces conditions, j’ai renoncé à collaborer avec ces éditeurs bien qu’ils soient très compétents et très sympathiques et que la diffusion du livre aurait certainement été meilleure qu’elle ne l’est. Évidemment, ils ne sont pas responsables du fait que je ne supporte plus le bal ridicule de la mendicité imposée par des fonctionnaires, principaux bénéficiaires du financement de la “culture”. Mon évocation de ce monde et de ce système s’arrête là. N’empêche, il y aurait matière à entreprendre une enquête dont l’intrigue ne pourraient qu’être tragi-comique..

Pour produire mon livre, j’ai finalement choisi les Éditions Contraste, dont je suis le principal animateur. Il s’agit en conséquence d’une affaire à compte d’auteur et à compte d’éditeur, puisque je n’ai sollicité aucun subside et que, comble d’arrogance, j’ai fait imprimer le livre à l’imprimerie St-Paul à Fribourg en Suisse.

Le temps des cadeaux revient en force. Pris dans le courant, je vous informe qu’il reste encore quelques exemplaires de mes ANACHRONIQUES à vendre. Pour commander : en ligne – https://jphumbert.ch/publications/livres/anachroniques ou par e-mail info@jphumbert.ch et à emporter à la Galerie Contraste à la ruelle des Cordeliers 6 à Fribourg (Pour être sûr de m’y trouver, appelez le 078 875 96 66 avant de venir).

 

V – JPH – 1998 – Technique mixte

Au jour le jour – J-P Humbert 1993 – lithographie


L’infini c’est maintenant

Texte d’Ivan Sigg

Il n’y a plus un chat-pensée
Dans ma cité-tête
J’ai ouvert les fenêtres
De mes sens
Aux quatre vents

Mes yeux sont frais du jour
Le trafic des mots
Des jugements et des idées
N’embouteille plus les rues
De mon cerveau-ville

Le silence est doux et puissant
Fait de chants d’arbres et d’oiseaux
Et le champ des possibles
Se redéploie
À l’infini

Toutes mes mémoires se sont tues
Les psychologiques végètent
Dans des malles de grenier
Les techniques dans des classeurs
Qui ne s’ouvrent qu’à bon escient

Sous mes pieds
Le passé s’étiole
L’attention circulaire au monde
rompt toutes mes attaches
Il n’y a plus que le présent

Je n’attends plus la mort
Car je meurs à moi-même
à chaque instant
L’éternité c’est maintenant
Je suis prêt à te rencontrer


Textes pour le concours littéraire organisé à l’occasion de
l’exposition de Jean-Pierre Humbert à la Médiathèque de Rueil-Malmaison:

2012-textes-concours-rueil

Le premier prix du concours a été attribué à Ivan Sigg,
par un jury composé de 3 personnes


PARTAGÉ – 1978 – Gravure (eau-forte, aquatinte) – Texte et gravure de JPH

Ma première gravure. Elle m’a été commandée en 1978 par Michel Terrapon (1932-†1989). Alors conservateur du Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg, il était aussi un excellent graveur sur bois. Je garde un souvenir lumineux des années qu’il a passées à la direction du musée.

C’est René-Agass Baumgartner (1948-†2011) qui m’a initié à la gravure dans son atelier de la Grand-Rue à Fribourg et qui a imprimé cette première création. Il a conforté ma passion naissante pour la gravure en taille-douce, qui s’ajoutait à celle que j’avais déjà pour la lithographie et la sérigraphie. De 1985 à 2005, en plus de mes propres réalisations, le virus de l’estampe m’a occupé à plein temps en qualité d’éditeur et d’imprimeur. Depuis 2006, j’ai renoncé à mon activité d’imprimeur et d’éditeur d’estampes pour consacrer plus de temps à la réalisation de mes œuvres.

Ma gravure Partagé n’a, semble-t-il, pas eu un grand succès commercial. Cela ne m’étonne pas car elle est l’expression d’une problématique. Aujourd’hui, avec un appréciable recul de plus de 40 ans, j’y vois un autoportrait qui escamote les traits de mon visage pour révéler une caractéristique de ma nature: Partagé ? Effectivement, je suis partagé entre le besoin de plaire, de ne pas déranger et celui de voir et de montrer le monde tel qu’il est à mes yeux. Comment choisir entre les activités d’éditeur, d’imprimeur, de galeriste, d’artiste, d’enseignant, et l’envie de paresser ou de rêvasser ? Je n’ai pas su trancher et cela a beaucoup contrarié mon tempérament de perfectionniste. Un peu comme mon vieil ami Léonard (1452-†1519), je me suis dispersé, et malheureusement, cela a eu une influence négative sur la qualité de nos prestations. Sournoise nature qui nous a gratifié de tant de dons et qui nous refuse celui d’ubiquité qui nous aurait fait tellement de bien.

Ci-dessus, un aperçu de l’addition des 7 passages que j’ai dessinés pour réaliser la lithographie Passé décomposé. Avis aux amateurs, il reste un seul exemplaire à vendre.

PASSÉ DÉCOMPOSÉ – Lithographie – JPH 1993

Du 8 au 29 novembre 2012, la Médiathèque Jacques Baumel de Rueil-Malmaison a abrité une exposition de mes œuvres. À cette occasion, par le biais d’internet, la Galerie Contraste avait organisé, un concours littéraire ouvert à tous. Les participants étaient invités à «illustrer» ma lithographie Passé décomposé. Parmi les 74 textes reçus en provenance de toute la francophonie, le jury composé de 5 personnes a attribué le premier prix au plus court d’entre eux, un bel haïku de l’artiste peintre romancier, parisien aux origines suisses, Ivan Sigg. http://ivansigg.over-blog.com/


PASSÉ DÉCOMPOSÉ

Ô ville/molaire
Dans la gencive du ciel
Cariée par le temps
Ivan Sigg

Cinq décennies de cheminement artistique s’achèvent et l’artiste ne semble pas encore être arrivé à son but. Il cherche, peaufine et réinvente toujours. Entre dessin peinture et estampe, Jean-Pierre Humbert ne cesse de créer. Cinq décennies d’évolution et de transformation durant lesquelles la vie marque, module et disparaît. Quel artiste n’a su si bien faire évoluer ses œuvres, faire découvrir au public curieux qui s’aventure dans sa galerie tout le panel des techniques picturales et leurs effets sur le regard et la pensée? Irenka Krone-Germann, Réinventer l’art au travers les générations

EN VENTE SUR MON SITE AINSI QU’À LA GALERIE CONTRASTE

ANACHRONIQUES Jean-Pierre HUMBERT
Dessins, peintures, gravures, lithographies, sérigraphies,
vitraux, mosaïques, objets, écriture

Contraste Éditeur

PLUS D’INFORMATIONS – COMMANDE

ÉDITION COURANTE
256 pages au format 23 x 32.5 cm
Impression offset couleur sur du papier satiné de 150 g/m2
Plus de 200 illustrations et des textes de J-P Humbert
CHF 95.- + Frais de port et d’emballage

ÉDITION DE TÊTE
Le livre est accompagné d’une estampe créée pour l’occasion.
Cette œuvre est tirée à 47 exemplaires, numérotés et signés de 1/47 à 47/47
CHF 250.- Port et emballage inclus


Ascenseur pour le paradis – Peinture acrylique –  JPH – 2017


Le triomphe du conformisme – Peinture acrylique –  JPH – 1988


La pause – Technique mixte –  JPH – 2005-2001


L’HUMAIN AUGMENTÉ – Encre de chine, plume et lavis -1988 – Dessin et texte de JPH

La science avance dans la nuit à la vitesse du son… je dirais même plus, à la vitesse de la lumière. Éblouis, les yeux fermés, les génies les plus intrépides affirment humblement que l’homme a conquis des pouvoirs considérés jusque-là comme divins. Grisés, certains savants vont jusqu’à spéculer, sans trop de retenue, sur une possible vie éternelle sur la terre.

Plus modestes, plus sensés peut-être, les bons soldats de la génétique, de la psychologie, de la philosophie, de la neurologie, de l’informatique, enfin de toutes les sciences cognitives, se contentent, dans un premier temps, d’améliorer la condition humaine en mettant à notre disposition des technologies qui permettront notamment d’atténuer le vieillissement et d’augmenter considérablement les capacités psychologiques. Jusque-là, bravo et merci !

Partis à la conquête de l’éternité, certains généticiens plus ambitieux, audacieux et provocateurs, estiment qu’il n’existe qu’une seule voie pour repousser les limites de la génétique. Elle implique une modification radicale du génome humain qui conduira à la création d’une nouvelle espèce: l’Homo novus. Cette forme augmentée de l’Homo sapiens, fabriquée à partir de son génome présentera un aspect différent, impossible à prévoir. Ce chemin offrira-t-il les avantages espérés par les missionnaires du transhumanisme ou, comme dans un scénario de science-fiction, devrons-nous nous contenter d’un clone du monstre de Frankenstein ?

En 1988, lors de la réalisation du dessin Mésaventure géométrique, ici reproduit, j’avais conscience que ma critique naïve des bienfaits du progrès et des conventions sociales n’avait rien à voir avec les projections des savants, des chercheurs et autres inventeurs. C’est la lecture du numéro 137 de CAMPUS, le magazine scientifique de l’université de Genève, et ses excellents articles sur la thématique de l’homme augmenté qui m’a incité à rédiger ce commentaire. En le lisant, je ne sais trop pourquoi, j’ai pensé à mes lointaines Mésaventures géométriques. Je les ai sorties du placard qu’elles n’avaient pas quitté depuis près trente ans. C’est dire si cette œuvre était tombée en disgrâce. Posée dans un coin de l’atelier, elle croisait à nouveau mon regard qui, au fil des jours, se relâchait jusqu’à être complaisant. Me sont alors revenus les multiples scénarios que j’avais envisagés pendant sa réalisation. Je me suis souvenu que la perspective de donner un temps long et indéterminé de ma vie à représenter les aventures et mésaventures d’une population calibrée m’avait rebuté. Je craignais de sombrer dans la caricature militante. Je suis donc passé à d’autres sujets d’inspiration et à d’autres techniques picturales.

Mais, depuis que j’ai déterré ce dessin et que j’ai lu le dossier paru dans CAMPUS, je trouve que mon image produit une mélodie tout à fait en accord avec les changements et les facilités que les progrès technologiques ont apportés. Pour me mettre au diapason de cette amorce d’interprétation, j’ai emprunté le titre du dossier de CAMPUS et j’ai renommé cette œuvre L’humain augmenté.

Notre passage sur terre n’est pas si facile, et chaque trouvaille qui contribue à alléger, voire à prendre en charge l’un ou l’autre des efforts qui nous sont demandés est forcément bienvenue. De ce point de vue, nos existences se sont beaucoup améliorées. On pourrait donc imaginer que nous sommes enfin heureux. Cependant, même les stakhanovistes de l’optimisme doivent bien admettre qu’il reste du chemin pour y parvenir. Nous continuons et nous continuerons donc à chercher bonheur et sérénité. La vie est un combat dont personne ne sort vainqueur. La force, le confort, l’intelligence et les innombrables avantages physiques et matériels que nous apporte le génie humain continueront d’être mis au service de nos vices avant tout. Ce que les machines et la génétique font déjà à notre place comporte une part d’ombre, et bien des compétences humaines se perdent après leur délégation aux machines, robots et autres inventions extraordinaires.

Retour aux humains augmentés que j’ai engendrés. Quoi de plus niais, de plus laid que ces personnages géométriques qui semblent programmés pour le genre d’Eldorado que façonnent la propagande et la publicité qui nous sont imposés. Ils figurent la troupe sans âme du mercantilisme triomphant, du conformisme bien-pensant. Bref, ils m’emmerdent. Ça ne signifie pas que je n’ai aucune affection pour cette foule hébétée qui ne comprend pas que les rêves qui lui sont instillés ne la conduira pas au bonheur auquel elle aspire. Des chimères matérielles qui ne servent qu’à endormir. Ainsi anesthésiés, les êtres ne souffriront plus, clients à vie de la bonne clinique du docteur pognon. La vie sans douleur ne suffit malheureusement pas à rendre heureux, car le bonheur est surtout une périlleuse quête de liberté qui dépasse peut-être la frontière de nos vies terrestres.

À suivre… à distance…


MÉSAVENTURE GÉOMÉTRIQUE – JPH – Technique mixte – 1981

Vendredi 27 et Samedi 28 septembre 2019
de 10 à 12h et de 14 à 18h30
Galerie Contraste – Ruelle des Cordeliers 6 – 1700 Fribourg
078 875 96 66 – info@jphumbert.ch – www.jphumbert.ch

Grand chambardement dans mon atelier et à la galerie contraste. Je fais le ménage et je me sépare du matériel que je n’utiliserai plus, ainsi que de certaines œuvres de ma collection. Pour ce qui est du matériel, j’ai joint quelques photos qui donnent une idée du genre d’objets mis en vente. En ce qui concerne les œuvres de ma collection vous les découvrirez lors de votre passage à la galerie.

À voir aussi : Mes dernières créations ainsi que les projets et les travaux en cours de réalisation

Ci-dessous: DÉGÂTS COLLATÉRAUX – JPH-2013 – Technique mixte


Pied de nez – sérigraphie – Jean-Pierre Humbert – 1984

 

Égalité de genre ou genre d’égalité?

26 mai 2019 | Enfumages, Eric Werner / Antipresse

Les comités néo féministes, en coordination avec les autorités, se mobilisent le 14 juin prochain pour paralyser les villes suisses. Les hommes, ce jour-là, devront raser les murs. On inaugure la guerre des sexes. Mais à quelle iniquité réelle répond cette campagne?

Dans la Démocratie en Amérique, Tocqueville dit que la passion égalitaire varie en raison inverse de l’importance des inégalités qu’elle vise à éradiquer.

Ce théorème prend place dans un chapitre consacré à la question ethnique aux États-Unis, mais il est aisément transposable en d’autres domaines. Il est bien connu, par exemple, que c’est quand les inégalités sociales diminuent que les gens y sont le plus sensibles. Les historiens nous disent par ailleurs que les périodes où les salaires progressent le plus sont en même temps celles où il y a le plus de grèves. D’une manière générale, quand les inégalités sont extrêmes, les protestations qu’elles suscitent sont faibles, voire inexistantes. Elles atteignent en revanche un niveau élevé quand elles sont sur le point de disparaître. On ne dit même pas ce qui se passe quand (juste retour des choses) elles commencent à s’inverser. Le niveau est alors maximum. Entre ces deux extrêmes, il y a tous les positions intermédiaires.

Combats d’arrière-garde

Comment n’en irait-il pas de même dans le rapports hommes-femmes ? Une «grève des femmes» est ainsi programmée pour le 14 juin prochain en Suisse. Les médias mainstream, qui mènent le bal, prévoient d’ores et déjà une mobilisation sans précédent. Tocqueville dirait: sans précédent ? C’est tout à fait normal, puisque, comme vous le constatez, les inégalités de genre n’ont plus aujourd’hui en Suisse qu’un caractère résiduel. Elles n’ont pas encore complètement disparu, je vous le concède. Il en subsiste encore certaines traces. Mais elles sont en voie (d’ailleurs rapide) de disparition. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que le degré de mobilisation atteigne un très haut niveau. Les victimes de discriminations ne se croient jamais à ce point discriminées que quand elles ont pour ainsi dire cessé de l’être.

En ce sens, les gens qui en appellent aujourd’hui à la «grève» pour protester contre le «patriarcat», le «mâle dominateur», etc., sont en retard d’un train. Ils veulent monter dans le train, sauf que le train est déjà passé, et même depuis longtemps. Ils ne font donc que jouer au train, jouer à monter dans le train. Ils miment maladroitement une démarche qui aurait pu (et sans doute dû) être celle de leurs grands et arrière-grands parents, mais qui justement (et pour cause) n’a jamais été la leur. J’excepte ici une ou deux personnes de grand mérite. Il y a toujours des exceptions. Je pense en particulier à l’une de mes grands-tantes: elle, oui, a eu cette démarche. C’était une non-conformiste assumée, elle ne se préoccupait guère du qu’en dira-t-on. Le train passait, sans hésiter elle est montée dedans. Avec quelques autres, certes, mais ils n’étaient pas bien nombreux, soyons honnêtes.

Je ne sais ce que les médias de l’époque disaient des féministes, mais il n’y a pas de raison de penser que les médias d’il y a cinquante ou cent ans étaient moins opportunistes que ceux d’aujourd’hui.

On peut se voiler à soi-même à la réalité, lui substituer ses propres fantasmes, ou encore l’idéologiser. Mais si on ne fait rien de tout cela, on bute sur un certain nombre de faits. Il a vraiment bonne mine, le «patriarcat». Le patriarcat des petit boulots, peut-être? De la quête de plus en plus difficile du premier emploi ? De l’accès plus difficile encore à l’autonomie (vous rêvez d’y accéder, en fait vous n’y accéderez jamais)? De la précarité généralisée (elle n’épargne aujourd’hui personne : pas plus au haut qu’au bas de l’échelle sociale)? De l’assujettissement à l’État total?

Regardons par ailleurs ce qui se passe aujourd’hui dans les universités, et en amont déjà dans les écoles. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Pour diverses raisons (dont les moindres ne sont assurément pas les mesures de discrimination positive prises à leur intention), les filles sont aujourd’hui beaucoup plus nombreuses que les garçons à poursuivre leurs études au niveau post-obligatoire, puis universitaire. Sauf en certains secteurs très limités, la proportion d’étudiantes dans la population universitaire est très largement supérieure à celle des étudiants (58% en France, par exemple). Ce qui signifie que les élites de demain seront très largement aussi féminines.

Pourquoi non? C’est en soi peut-être une bonne chose. Mais elle désigne en creux une réalité qui l’est beaucoup moins: l’actuel «effondrement scolaire des jeunes garçons»(1). Effondrement est en effet le mot qui convient. C’est un phénomène de grande ampleur, mais comme tous les phénomènes comparables, s’inscrivant en-deçà du seuil de perception. Certains spécialistes en parlent, mais leurs propos se perdent dans le vide. On n’a pas non plus tellement l’impression que les innombrables «bureaux de l’égalité» qui prospèrent et fleurissent aujourd’hui à tous les échelons de l’administration s’en émeuvent particulièrement. Il est vrai qu’ils sont très majoritairement, sinon même, exclusivement, composés de femmes. La cause des femmes est une chose, l’égalité une autre.

La sexualité, un mal en voie d’éradication

Les deux tomes de la Démocratie en Amérique datent respectivement de 1835 et de 1840. Un siècle plus tard, dans les Deux sources de la morale et de la religion, son dernier grand livre, paru en 1932, le philosophe Henri Bergson relève: «Toute notre civilisation est aphrodisiaque. Ici encore la science a son mot à dire, et elle le dira un jour si nettement qu’il faudra l’écouter : il n’y aura plus de plaisir à tant aimer le plaisir. La femme hâtera la venue de ce moment dans la mesure où elle voudra réellement, sincèrement, devenir l’égale de l’homme, au lieu de rester l’instrument qu’elle est encore, attendant de vibrer sous l’archet du musicien. Que la transformation s’opère: notre vie sera plus sérieuse en même temps que plus simple. Ce que la femme exige de luxe pour plaire à l’homme et, par ricochet, pour se plaire à elle-même, deviendra en grande partie inutile. Il y aura moins de gaspillage, et aussi moins d’envie»(2).

C’est un autre angle d’approche. Bergson articule la question de l’égalité hommes-femmes à celle de la place qu’occupe le sexe dans notre société : place qu’il juge excessive. «Toute notre civilisation est aphrodisiaque», dit-il. L’égalité hommes-femmes pourrait peut-être contribuer à la rendre moins aphrodisiaque. C’est intéressant comme remarque. Elle n’est pas forcément fausse. Il est effectivement possible que sur le long terme l’égalité de genre ait pour conséquence de rendre les êtres humains (hommes et femmes) moins captifs du sexe. On le souhaiterait pour eux en tout cas (ce serait la position chrétienne: quand Bergson dit que la place qu’occupe le sexe dans notre société est excessive, il s’inscrit dans la ligne du christianisme des origines(3)). Sauf que, pour l’instant au moins, ce n’est pas exactement ce qu’on observe.

Il est vrai que l’accès à la femme devient aujourd’hui, pour l’homme, de plus en plus difficile (et dans certains pays, même, carrément risqué. Même en boîte, cela ne se fait pas d’adresser la parole à une femme. Tout au plus y a-t-il échange de regards. Et encore. Les procureur-e-s sont très attentifs à tout cela). Cela se reflète dans la proportion croissante de célibataires et d’une manière générale de personnes vivant seules au sein de la population. Corrélativement aussi dans la baisse de la courbe des naissances. Pour autant, peut-on dire que notre civilisation soit moins «aphrodisiaque» qu’elle ne l’était autrefois? L’explosion actuelle de la pornographie sur Internet introduit déjà un doute. Il y aurait lieu également de parler de l’homosexualité. A certains égards, l’homosexualité joue aujourd’hui un rôle de «deuxième navigation» (pour reprende une expression platonicienne). C’est une sexualité de recours (encouragée, d’ailleurs, par l’Etat). Beaucoup d’homosexuels actuels sont en fait des hétérosexuels «empêchés».

Bref, je demande à voir. Quand Bergson dit que le sexe nous complique la vie, on ne saurait que lui donner raison. Il nous la complique même passablement. Je ne suis pas sûr en revanche que l’égalité de genre contribue beaucoup, quant à elle, à la simplifier. C’est juste une opinion.


NOTES
– J’emprunte cette expression à Marcel Gauchet (cité in Tribune de Genève, 7-8 juillet 2018, p. 11).
– Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, Genève, Éditions Albert Skira, 1945, p. 289.
– «La mutation anthropologique chrétienne est une totalité (…) : chasteté, féminisme, monogamie absolue, exogamie radicale, marchent de conserve.» (Emmanuel Todd, Où en sommes-nous ? Une esquisse de l’histoire humaine, Seuil, 2017, p. 130).


Les passagers – Peinture acrylique – J-P Humbert – 1997

 

Trois minutes cinquante cinq de bonheur avec le poème Les Passantes d’Antoine Pol, mis en musique et interprété par Georges Brassens en 1972 dans l’album Fernande.

La veille de sa mort, Antoine Pol écrivit : Au fond qu’est-ce qu’une humaine existence ? Un fugace éclair de conscience… , ce qui par la versification et la sonorité en fait un vers extrêmement proche de ce poème.

LES PASSANTES – Poème de Antoine Pol

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu’on connaît à peine
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais

A celle qu’on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu’on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d’un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D’un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d’un jour déçues
Vous serez dans l’oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu’on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l’on a manqué sa vie
on songe avec un peu d’envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu’on n’osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu’on n’a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l’on n’a pas su retenir


La trace – Lithographie – J-P – Humbert- 2002


La dernière séance – Technique mixte – 2005-1981 – Texte et œuvre JPH

Sur l’écran gris du quotidien, un pigeon prend son envol.
Un dernier sourire au photographe et en route pour Hollywood.

Les pigeons croient à leur bonne étoile.

ANACHRONIQUES Jean-Pierre HUMBERT
Dessins, peintures, gravures, lithographies, sérigraphies,
vitraux, mosaïques, objets, textes
Édition Galerie Contraste – Ruelle des Cordeliers 6 – 1700 Fribourg
Plus d’informations


Technique mixte – JPH – 2019-2007 – Texte JPH

 

TENTATIVE D’ÉVASION

Intégrée dans votre chair et dans vos gènes,
À l’abri des yeux inquisiteurs des scanners et des microscopes,
Omniprésente et pourtant invisible,
La route de la libération.

Voie à double sens,
Ticket aller-simple ou aller-retour,
Ligne blanche discontinue pour dépassement de soi,
Destination bonheur.


ANACHRONIQUES Jean-Pierre HUMBERT – Le livre

Contraste Éditeur – Ruelle des Cordeliers 6 – 1700 Fribourg
Plus d’informations – Commande


Encre de chine, plume et lavis – 1979 – Dessin et texte de JPH

 

Du 21 septembre 2016 au 23 janvier 2017, le centre Pompidou présentait une exposition rétrospective des œuvres de René Magritte (1898-1967). Cet événement m’a rappelé qu’il y a fort longtemps, en 1979, en hommage au grand artiste belge, j’avais dessiné (reproduite ci-dessus) une paraphrase de certaines de ses œuvres que j’avais intitulée : En pensant à Magritte.

L’exposition du centre Pompidou s’appelait : MAGRITTE – La trahison des images, tout comme la fameuse toile qui représente une pipe qui n’en est pas une. C’est vrai que personne jamais ne pétunera avec l’objet peint par René François Ghislain, et c’est heureux. En effet, qu’y a-t-il de plus désagréable que l’odeur dégagée par une pipe activée par un fumeur envahissant ?

Cette œuvre est l’une de celles que Magritte a, paraît-il, vouées à la résolution de ce qu’il nomme «un problème». Bien qu’il ait été un grand artiste, un très grand artiste que j’admire, je pense qu’il se faisait un peu mousser lorsqu’il présumait que ses peintures avaient le pouvoir de résoudre, ne serait-ce qu’un problème. Une posture à mettre au crédit du complexe développé par certains de mes confrères artistes face à l’univers scientifique. Un besoin maladroit de s’attribuer une place prestigieuse dans un champ d’action autre que le sien, le besoin tout con de paraître intelligent.

Les peintures qui ont fait la renommée de René François Ghislain proposent effectivement des problèmes inédits, heureusement sans y apporter les habituelles solutions moralisantes. Leur beau et sobre rendu pictural, plutôt traditionnel, est mis au service d’une vision très personnelle de notre environnement quotidien. Faites de représentations paradoxales et de raccourcis visuels novateurs, ses images captivent et l’intellect et le cœur du spectateur. Il a ainsi contribué à modifier et à améliorer notre perception du monde et de ses lois.

Les publicitaires ont été particulièrement influencés et inspirés par ses images et leurs messages saugrenus. Mises au service des marchands, elles ont conservé leur part d’humour et perdu une bonne part de leur fraîcheur poétique. Contrairement à ce qu’insinue le titre de l’exposition du centre Pompidou, les représentations de Magritte ne trahissent rien du tout. Elles révèlent le sens intime des images. La vraie, la belle, la totale trahison des images, nous la devons entre autres aux publicitaires, aux musées, à la presse, aux militaires, aux politiciens. Comment leur en vouloir, nous vivons dans un monde qui ne tient debout que par des mystifications. Avec le triomphe sans partage des prestidigitateurs de l’informatique et de la robotisation, l’image devenue pléthorique est définitivement manipulée et trompeuse et pour faire bon poids, souvent racoleuse et vulgaire.

Afin de mieux connaître cet immense artiste et ses œuvres, une visite du musée Magritte Bruxelles s’impose. En ce qui me concerne, je n’ai pu admirer qu’une seule fois les peintures originales de Magritte, ce fut lors de la magnifique exposition présentée en 1987 par la Fondation de l’Hermitage à Lausanne.

Pour conclure ces commentaires, je dirai que si je devais donner un titre à une exposition Magritte, ce serait : RENÉ MAGRITTE – Une lueur d’espoir.

MUSÉE DE MORAT – https://www.museummurten.ch/fr/
Du 17 mars au 31 mai 2019
HEURES D’OUVERTURE : ma–sa 14h–17h / di 10h–17h
Jeudi 16 mai à 19 heures, visite commentée en allemand

EXPOSITION Jean-Pierre HUMBERT
RÉCHAUFFEMENT ESTHÉTIQUE

 


ET LUX FUIT … moulins à vent contre nucléaire – Peinture et texte  JPH


La Suisse des lumières est préoccupée. Comment fabriquera-t-elle l’électricité qui éclairera ses villes, ses campagnes et ses cerveaux survoltés ?

À des milles de la folie sublime de Don Quichotte, le célèbre hidalgo castillan, je risque un scénario raisonnable pour résoudre le problème de l’approvisionnement en électricité à Fribourg. Une idée rendue possible par la grâce du niveau exceptionnel des scientifiques implantés sur le site «Blue Factory». La peinture, reproduite ci-dessus, donne une assez bonne vue de l’impact esthétique positif induit par mon projet initialement inspiré du mythique combat du héros de Cervantès contre les moulins à vent. La reconstitution de la mer du Nord et l’implantation des éoliennes seront certainement les plus grosses difficultés à résoudre. Mais, avec l’armada d’ingénieurs et d’architectes diplômés à disposition, les étapes de cette réalisation devraient s’imposer d’elles-même. Pour renforcer l’action du vent, les politiciens sont prêts à collégialement s’engager. Si vous trouvez que ma simulation est opaque et trop difficile à décrypter, sur rendez-vous, je me tiens à votre disposition pour vous éclairer. La séance est payante.

Pour une électricité enfin verte, je suis fier d’avoir lancé les moulins éoliens contre le Satan nucléaire. Vous le savez certainement, le génie consiste à proposer des solutions simples aux problèmes complexes.