Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

Dans ma nef

SOCIÉTÉ ANONYME – Lithographie – JPH – 1999


Ci-dessous, le texte que ma lithographie SOCIÉTÉ ANONYME avait inspiré à Irenka Krone. C’est un des 47 écrits publiés dans mon livre
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG. Pour plus d’informations ou pour commander le livre, cliquez sur ce lien

Infatigable promotrice du “Jobsharing”, Irenka est aussi l’auteure d’un roman intitulé SANS RACINE. Ma lithographie SOCIÉTÉ ANONYME avait fait la couverture de ce livre.

 

SOCIÉTÉ ANONYME
Texte de Irenka Krone
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

Amalgame de pensées parmi cette masse de corps entassés.
Qui dirige ces êtres qui se croisent, ces pieds qui se heurtent et ces regards figés ?
Villes, métropoles ou hangars bondés.
Soupirs, stupeurs, rires et pleurs.
Entends-tu le silence des parois d’où la foule cherche à s’évader ?
Le souffle de celui qui n’arrive plus à respirer ?

Néant. Noir, vert et blanc. Vide dans un monde aseptisé où toute forme est homogène. Sans différenciation où la ressemblance fait place à l’ignorance.
Discipline, ordre et volonté.
Où vas-tu individu prisonnier d’un esprit tourmenté ?
Avenues, espaces et ruelles combles.
Pourquoi ne quittes-tu pas ce lieu stérile et organisé ?
Obsession, dictature et pensée unique dans un monde où rien ne permet de s’en libérer.
Entends-tu les pas de celui qui marche à côté de toi ?
Sens-tu la présence de celui qui se trouve derrière toi ?
Mensonge, dérision et jeux politiques.
Pouvoir, abus et réflexions cyniques.
La foule te domine sans que tu le remarques. Anodine, sourde, sophistiquée.

Nier. Ignorer ou oublier. La pression augmente dès que tu la frôles.
Dépendance, compassion et envie.
La foule t’étouffe sans que tu puisses l’arrêter.
Elle t’écrase comme tu blesses la fourmi sous tes pieds.
Ils, elle, lui, toi et moi. Qui sommes-nous ?
Qu’as-tu fait pour t’en protéger ? Où étais-tu lorsqu’elle te dictait sa pensée ?

Yeux fermés sur une masse humaine.
Brouhaha sans fin où la voix se perd dans une vague de sons.
Chambres et mansardes pleines.
Corps emmitouflés et membres frêles.
La foule avance d’un pas régulier, nonchalant ou pressé.
Arrives-tu à freiner son rythme ? À résister à cette force qui te semble inébranlable ?

Maintenant ou jamais. Si tu veux y échapper, arrête-toi quelques instants.
Reprends ton souffle ! Observe cet être là au milieu de la foule.
Ses traits fins, son corps fragile et son vêtement pendu à son épaule.
Pureté, liberté, intégrité.
Insouciance et légèreté.
Son corps est là, présent et distant comme si sa pensée s’en était détachée.

Espoir, force, indépendance.
Ses yeux observent et son sourire se dévoile.
Existe-t-il vraiment ou n’est-il qu’un désir inaccessible ?
Sa silhouette se démarque des autres, son corps est vêtu de blanc.
Distance, résistance et délivrance.
Est-ce toi cet être libéré ?

 

CONTRASTE GALERIE / Atelier JPH – Ruelle des Cordeliers 6 – CH-1700 Fribourg

INVITATION AU VERNISSAGE

HILANDAR le LAMENTOEXPOSITION BRANISLAV MAKES – Peintures et gravures
Vous êtes cordialement invités à participer au vernissage de l’exposition
le vendredi 11 septembre 2020 à partir de 17h00
Pour les personnes qui souhaitent éviter l’heure de pointe du vernissage
La galerie sera ouverte dès 14 heures

ЛАМЕНТ НАД ХИЛАНДАРОМизложба Бранислава Макеша – слике и графике
Позивамо Вас на свечано отварање изложбе
у петак 11 Септембра 2020 од 17 и 30 часова

Ouvert du vendredi 11 septembre au dimanche 11 octobre 2020
vendredi et samedi de 14 à 18 heures, dimanche de 14 à 17 heures
Plus d’informations: https://jphumbert.ch/hilandar-le-lamento/3577/

HILANDAR, l’incendie – 2004 – Peinture de Branislav Makès

 

AU FEU !

Chaude ambiance sur la planète Terre: brûlent forêts, villes et villages… brûlent chapelles, églises et cathédrales…

Située sur la route des conquérants de tous poils, la Serbie a régulièrement été mise à feu et à sang depuis des siècles. Ottomans, communistes, otanistes et autres philanthropes, ont en bonne conscience écrasé et massacré ce peuple épris d’indépendance et de liberté. Chaque fois, arc-boutés sur leur tradition orthodoxe, les serbes ont relevé la tête.

En 2004, quand le monastère Hilandar, symbole séculaire de leur identité a été en grande partie détruit par le feu, les fonds pour le restaurer ont afflué de Serbie. Cette catastrophe avait profondément attristé Branislav Makès et l’avait incité à entreprendre une suite de peintures consacrées à l’incendie du monastère.

Contemporaines, ses représentations de la destruction sont esthétiquement inspirées par l’art médiéval Byzantin. Un chant pictural à voir et à admirer du 11 septembre au 11 octobre 2020 à la Galerie Contraste.

 

 

Tirage d’une gravure en taille-douce par Branislav Makès – 1

Tirage d’une gravure en taille-douce par Branislav Makès – 2


Branislav Makès

est né le 4 janvier 1938 à Sabac en Serbie. Il est mort le 26 juillet 2020 à Belgrade.

En 1962, avec Bogdan Krsic et d’autres graveurs, il fut membre fondateur du fameux groupe de graveurs ULUS. En 1964, il obtenait le diplôme de l’Académie des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade, dont il deviendra plus tard professeur ordinaire. Pendant toute sa carrière d’enseignant, il a incessamment produit et exposé ses peintures et ses gravures. Depuis 2008, il est retraité et il poursuit ses expérimentations picturales jusqu’à son tout récent décès, le 28 juillet 2020.

L’exposition «Hilandar, le lamento» de la Galerie Contraste est sa cinquantième exposition personnelle. Il a notamment montré ses œuvres, en Hongrie, Autriche, Espagne, France, Suisse et en Italie.

En 1967, il obtient le prix de gravure du Musée Albertina à Vienne. Il fut aussi Lauréat du Prix du Salon d’Octobre du Musée de Sabac et du Prix du Mémorial Milena Pavlovic Barili à Požarevac. En 1997, à Uzice, il est honoré pour l’ensemble de son œuvre gravé.

Ses productions sont présentes dans tous les principaux Musées de Serbie ainsi qu’au Musée d’Art Moderne de New-york et au Musée Albertina de Vienne, et chez de nombreux collectionneurs.

Il a notamment réalisé dix mappes et coffrets de gravures sur divers thèmes et de nombreux catalogues d’exposition sont consacrés à ses travaux.

 

Ci-dessus, pour ceux qui lisent et comprennent le serbe, l’hommage du quotidien POLITIKA rendu à Branislav Makès, un article de Liliana Cinkul

 

Gravure de Branislav Makès

 

Gravure de Branislav Makès

 

Gravure de Branislav Makès

 

HILANDAR –  Monastère orthodoxe serbe du Mont Athos – Photo trouvée sur internet

 

HILANDAR, raccourci historique
Fait en partie avec des informations empruntées à Wikipédia

Le monastère Hilandar est un des vingt monastères orthodoxes de la République Monastique du Mont Athos et, à ce titre, bien que de langue serbe, il relève de la juridiction du Patriarcat de Constantinople. Il est aussi appelé Le Monastère Serbe du fait que ses fondateurs et la plupart des moines étaient d’origine serbe. Aujourd’hui, Hilandar constitue l’un des plus grands sanctuaires religieux et culturels pour le peuple serbe.

Le monastère fut construit la première fois à la fin du Xe siècle par le moine grec Georges Chélandaris. Abandonné à la suite d’attaques de pirates, il fut refondé en 1198 par le roi serbe de l’époque, Stefan Nemanja, qui devint Saint Siméon, et par son fils, Rastko Nemanjic qui choisit la vie monastique et qui est connu sous le nom de Saint Sava. Au fil du temps, ils absorbèrent d’autres monastères abandonnés des environs. Le monastère renferme des trésors d’une importance capitale pour le monde chrétien dans son ensemble. Ils ont trouvé refuge en ses murs après la conquête de la Serbie par les turcs, en 1459.

Le monastère, est une fondation royale de la dynastie serbe des Némanjides. En 2004, un incendie accidentel l’a endommagé de manière significative, détruisant environ 40 à 50 % de sa surface au sol. Les dégâts étaient considérables, bien que l’essentiel de ses richesses (fresques, icônes, reliques, bibliothèques et objets de culte) aient été sauvées. Il a été presque totalement rénové, grâce notamment au soutien de fonds venus de Serbie. Cet incendie précède de quelques jours la destruction de trente églises et monastères serbes orthodoxes au Kosovo, s’ajoutant à la démolition et au saccage de plus de cent vingt édifices sacrés depuis juin 1999 dans cette même province. Il s’agit de pertes désastreuses pour l’Eglise orthodoxe serbe, gardienne d’un patrimoine essentiel pour la chrétienté et l’humanité entière.

En août 2012, un puissant incendie a ravagé le nord du Mont Athos, menaçant la ville d’Ouranopolis ainsi que le monastère. À la demande du ministre de la culture de Serbie, le ministère de l’intérieur serbe envoya des pompiers serbes pour défendre le monastère. Le 12 août, après des semaines de canicule, alors que l’incendie se trouve à moins de mille mètres du monastère, il se met à pleuvoir. Cette fois, l’intervention conjuguée des pompiers et de la pluie sauva le monastère.

 

HILANDAR –  L’incendie de 2004 – Photo trouvée sur internet

 

En marge de l’exposition des œuvres de Branislav Makès, nous consacrons un peu de l’espace de la galerie aux créations de quatre artistes serbes que nous avions déjà exposés et dont nous avions édité une ou plusieurs gravures. À l’exception de Zeljko Djurovic, ce sont des proches de Branislav Makès.

 

Bogdan Krsic 1932 – † 2009
Diplômé et Docteur de l’Académie des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade, iI fut membre fondateur de l’association Graficki Kolektivn. Professeur et responsable de la faculté des Arts Appliqués et de Design de l’Université de Belgrade de 1962 à 1997, iI est surtout connu et reconnu pour ses créations gravées en taille-douce, ses illustrations, ses conceptions de livres, ses scénographies et ses céramiques.


Zeljko Djurovic
Est né le 12 décembre 1956 à Danilovgrad au Monténegro.
Il est diplômé de la Faculté des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade. Graveur et peintre, il travaille en indépendant depuis la fin de ses études. Il est membre du groupe ULUS et de l’association Ex-Libris de Belgrade. Son travail a été distingué à de nombreuses reprises.


Jugoslav Vlahovic
Dessinateur de presse serbe, né en 1949 à Belgrade, il est diplômé de la faculté des Arts Appliqués de Belgrade. Illustrateur prolifique, il est engagé en 1976 au magazine NIN. Ses dessins sont aussi publiés par le New York Times, le Wiener Zeitung, la Repubblica ou encore le Sonntagsblatt. Il fut aussi le guitariste du fameux groupe «Porodicna Manufaktura Crnog Hleba» et professeur à la faculté des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade jusqu’à sa récente retraite.


Iljia Knezevic
Est né en 1957 à Belgrade
Diplômé et Docteur de l’Académie des Arts Appliqués de l’Université de Belgrade section typographie et gravure. Actuellement, il est professeur ordinaire de typographie, section atelier du livre et gravure dans cette institution.
Il pratique aussi avec talent, le difficile art de la gravure à la manière-noire. Jusqu’en 2008, il a régulièrement exposé ses diverses créations. Il a obtenu plusieurs prix prestigieux.

 


LA TRACE – Lithographie – JPH – 2000


Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG
Cet ouvrage contient les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un écrit d’un auteur à chaque fois différent.
Ci-dessous, le texte de Mirko Humbert qui illustre ma lithographie LA TRACE.

Mirko Humbert est graphiste et créateur de sites internet indépendant (le contacter). Il anime aussi plusieurs blogs en anglais ou en français. Les plus populaires sont Designer Daily et Typography Daily  ainsi que le site Estampes Japonaises. Il écrit également sur différents sujets pour d’autres sites, principalement sur des thématiques liées aux nouvelles technologies (son dernier article sur Domaine Public).

 

LA TRACE

Par Mirko Humbert
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

Le son précède souvent la trace, il nous prépare à son arrivée. Dans bien des cas, un «bam», un «ploc» ou un «prout» est suffisant et permet parfois même d’identifier la nature de l’empreinte.

Dans cette estampe, on attend désespérément ce bruit annonciateur de trace, ce “scritch scratch» qui écorchera notre regard. Rien à faire, l’œuvre reste muette. La foule emprisonnée retient ses cris. Les silhouettes sont aveugles, sourdes, muettes, dénuées de sens. Le doute s’installe, entendra-t-on jamais ce grondement salvateur ?

Désorienté, on continue de tendre l’oreille au lieu de simplement observer ce personnage qui se dirige vers la sortie. Sans se soucier des autres, il évolue à son rythme et se laisse emporter par la brume ambiante. Disparu dans la marge, il n’est plus qu’un souvenir, une ride qui cadence la lithographie. Par son passage, il a créé une œuvre, cette œuvre qui l’a créé.

 

LARGUEZ LES AMARRES – Lithographie – JPH – 1994

 

Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG.
Cet ouvrage contient les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un écrit d’un auteur à chaque fois différent.
Ci-dessous, le texte de Jacques Barberis qui illustre ma lithographie LARGUEZ LES AMARRES.

Collaborateur du Comité International de de la Croix Rouge, coutumier des points chauds de la planète, Jacques Barberis travaille actuellement en Afghanistan. Amateur de peinture, grand connaisseur de la gravure, curieux, inspiré, il est aussi organisateur d’expositions de peinture et de gravure, Jacques a la faculté de dénicher de formidables artistes là où le commun des mortels ne trouve que du sable. Je lui dois quelques découvertes comme celles d’Aleksandr Kalugin et d’Aleksandr Kolokoltsev, des artistes dont j’ai édité des gravures et exposé les œuvres, avec son aide.  

 

LARGUEZ LES AMARRES
Aussi intitulé L’APPEL DU LARGE

Par Jacques Barberis
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert


Une fois encore, Jean-Pierre Humbert et Fribourg. Les comptes, qui font les bons amis, ne sont pas encore rendus ! Les rapports restent tendus, et l’on pense malgré soi à Chessex, cet «étranger» protestant qui, occupé à en découdre avec elle, fait tout de même de cette vieille ville un lieu de passions et de drames. Rien de tel chez Jean-Pierre Humbert, pourtant rejeton de ces murs, sous la patte duquel Fribourg est souvent désincarnée, minéralisée, vidée et statique.

Ici, une fois de plus, la « basse » devient la «haute», mais ce n’est que pour mieux être excisée, tissu mort, du vivant organisme urbain. En point culminant, la cathédrale, mère des Institutions, tient fièrement son rôle nouveau de mât ou de tour de contrôle. Seul rescapé de la modernité, un hôtel cubique et sans toit peine à la concurrencer. Mais l’ensemble est instable, plus bateau ivre que paquebot, sans passagers ni équipage.

A la poupe ou à la proue, passerelle inutile, l’un de ces ponts qui ont fait la gloire de la cité résiste, appendice incongru. S’il s’écroule, rupture d’anévrisme, c’est l’asphyxie et l’adieu aux derniers espoirs d’accostage. Or aucun port n’est en vue !

Seule la mer semble vivante, houleuse, démontée même, et écumante : contraste frappant entre un monde minéral et fier, prêt à défier des siècles encore, et un élément capricieux et polymorphe. Le paquebot a déjà perdu la partie cependant, il ne tiendra plus longtemps, chargé d’un poids trop lourd et mal réparti. Il semble d’ailleurs déjà s’être échoué sur le fond, monolithe livré à l’érosion des vagues.

Qui donc a lancé l’ordre de larguer les amarres, scellant ainsi le sort de l’embarcation ? L’inconscient se trouve-t-il sur le pont, ou est-il resté à quai ?

Son regard extérieur ( détaché ? ) jeté sur le paquebot trahit l’auteur : les deux pieds sur la terre ferme, il a choisi le « bon côté » et il assiste, comme le spectateur, au départ des vestiges d’un monde condamné à disparaître, pittoresque mais anémié, réduit à un simple décor. Et avec lui, le naufrage inévitable d’un ordre archaïque, pourtant bien établi encore, et l’anéantissement d’un pont, dernier cordon ombilical, qui de toute façon perdrait dans peu de temps sa raison d’être, remplacé par une autre œuvre projetée dans le monde des vivants.

Alors, Humbert l’anarchiste veut-il vraiment larguer Fribourg ?

 

LARGUEZ LES AMARRES
Texte de Jean Steinauer rédigé lors de la parution de cette lithographie en 1994

Jean Steinauer, né en 1946, a travaillé quinze ans comme rédacteur politique puis journaliste libre pour plusieurs médias de Suisse romande, avant de fonder à Lille une petite agence de presse puis de se consacrer à des activités de formation pour les syndicats genevois. De retour en 2001 à Fribourg, sa ville natale, il a délaissé le journalisme et les activités de communication pour se consacrer à la recherche historique, ainsi qu’à l’écriture et l’édition d’ouvrages de ce domaine. Parmi ses rares livres de fiction, un recueil de Contes et légendes à 3 ou 4 essieux composé en 1989 à l’instigation de ses amis Pierre et Charles Friderici. (Présentation empruntée au site de Bernard Campiche Éditeur)

 

Libre aux géologues de croire que les terrains sont stables et que les villes reposent de tout leur poids sur des couches superposées depuis des millénaires.
Et les géographes peuvent bien rêver de prendre les villes au filet, dans le quadrillage des longitudes et des latitudes, afin qu’on les retrouve toujours au même endroit. Les ivrognes et les artistes, qui savent observer, ont compris que les villes dérivent à tous vents, et voguent sans fin sur les campagnes ondulantes.

À preuve le Fribourg de Jean-Pierre Humbert!
Sur un roc au profil d’étrave, l’élancement d’une mâture gothique: cette ville fut armée pour tailler sa route à travers les houles de l’histoire. Elle ne cesse d’échapper à la nuit qui tombe dans son sillage. Toute vibrante d’énergie, elle navigue vers la fin des temps, vers le naufrage inéluctable et apaisant. L’équipage a mis sa confiance dans une longue familiarité avec l’au-delà.

«O mort, vieux capitaine, il est temps! Levons l’ancre…»

LA COLÈRE – Technique mixte – JPH – 2006-1990


Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG
Cet ouvrage contient les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par l’écrit d’un auteur à chaque fois différent.

Ci-dessous, le poème d’ Étienne Chatton qui illustre ma représentation de LA COLÈRE, l’un des Sept Péchés Capitaux.

Fondateur, notamment, du Centre International de l’Art Fantastique du Château de Gruyères, Étienne Chatton nous a quitté le 31 décembre 2007. Voir le film que lui a consacré l’Association Plans Fixes

 

LA COLÈRE

Par Étienne Chatton
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

Ton sur ton de grisaille, manies d’enfant sénile
Qui conserve le temps dans ses boites à sardines
Quel architecte fou sur l’infini d’ennui
A planté ses mâchoires aux molaires de buildings ?

Le Ciel de traîne usé des printemps en souffrance
Bat l’écrasant rappel de la vie qui s’achève
Aux fenêtres aveugles, collées de purulences.
Une histoire sans mémoire de mort-nés écrasés
Levures et balayures d’époux irréprochables,

Ô Jupiter, lance Tes ponts, unis les sphères du dais astral
Fulmine dans l’azur Tes féroces fougères aux venins de crotales.
Hors du visqueux magma fais exploser nos rages abyssales.
Aux filles filiformes, cuissardes de cigognes, fulgure un jet de foutre.
Que Tes gongs d’hélium en musique jubilent des alphabets de feu
Au poitrail de pierre des montagnes, accroche Tes médailles.

Quand Tes furieux désastres emporteront nos alluvions
Tristes variations des morts en sursis, dont on enduit
La crevasse des rues et leurs sens interdits,
Aux cascades vêtues de blanches robes de moniales,
Rastas, loubards, rockers, servants de messes putassières,
Poignards de chair, gainés d’envie et de COLÈRE,
Reviendront assoiffer la part perdue des dieux.


Pour plus d’informations ou pour commander le livre

[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert, cliquez sur ce lien

 

COURRIER DES LECTEURS

poème que j’apprécie , théâtral et classique. on voit le  poète sur le devant de la scène- est-il en toge tiens pourquoi pas..? à clamer 😉

dans un pays qui jardine ses paysages, pratique le consensus, brasse les couleurs jusqu’au marron,  il est difficile d’être  le seul artiste dissident politique et philosophique clairement affiché dans chaque œuvre.  en général, au bistrot  ils sont contre mais dans leur art, ils parlent d’autres choses.  (et moi-même, qui ne suis pas des artistes, je me garde de m’exposer)   on te dit “surréaliste. ou fantastique” , pour moi, c’est moins sur…

bon dimanche
colette maillard

PLEINE LUNE – Lithographie – JPH – 1997


Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG

Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.

Ci-dessous, ma lithographie PLEINE LUNE commentée par Emile Aebischer (Yoki) 1922-2012 – Voir des œuvres de Yoki – Article paru dans LE TEMPS


PLEINE LUNE

Texte de Emile Aebischer (Yoki)
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

Reconnu comme un graveur connaissant toutes les finesses d’un métier éprouvé, Jean-Pierre Humbert a su rendre ici la poésie intime d’un lieu familier en une lithographie dont la granulométrie est d’une finesse inhabituelle. Une partie de son paysage préalpin, aisément reconnaissable, va se fondre dans une lumière de type lunaire. « Tenté par le surréalisme ? », lâchez-vous à son auteur. Il vous répondra ne pas se reconnaître sous cette étiquette. Il a cependant l’art de faire coexister les contraires en l’unité d’une composition par la hardiesse lumineuse de son faire.

Pour plus d’informations ou pour commander le livre
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COURRIER DES LECTEURS

je te répondrai la bouche pleine de nuages que la réaction du peintre manque singulièrement de sel sous la langue.
tu me diras de ne pas parler la bouche pleine, je sais une pensée claire et l’art de la métaphore, ça vous laisse  sans voix.
vous êtes rassasié d’un coup d’œil
like grave. ..;-)

bon dimanche
colette maillard

Nuit sans lune – Technique mixte – JPH – 2005-1985

 

Jusqu’au 23 août 2020, je publierai tous les dimanches l’un des textes de mon livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert édité en 2007 par ESTAMPE.ORG
Cet ouvrage contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes, accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.
Ci-dessous, ma lithographie NUIT SANS LUNE interprétée par Patrick Rudaz.

Après avoir été conservateur du Musée de Charmey pendant 25 ans, Patrick Rudaz a quitté ses fonctions en mars 2018. Depuis, il se consacre exclusivement à son travail de coordinateur du Parc naturel régional Gruyère-Pays-d’Enhaut.

 

NUIT SANS LUNE

Texte de Patrick Rudaz
P
aru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert

C’était une nuit noire
Une nuit inquiétante où rien ne surgit d’une brume inexistante
Une nuit apaisante où les ombres absentes ne dessinent aucun monstre
Une nuit fraîche quand les esprits fouettent les sens.

Je suis descendu dans la rue, j’ai pris le chemin dans une pétillante pénombre. Un candélabre. Des phares automobiles. J’ai marché longuement à la recherche d’un peu de vie, d’une place, d’un parc, d’une promenade, d’une rue animée. Je n’ai rencontré personne. Rien vu ou presque.

C’était une nuit éteinte
Une nuit excitante où les corps s’enlacent et se lassent
Une nuit en toute quiétude où la peur s’efface dans les contrastes oubliés
Une nuit moite quand l’âme affleure les corps.

J’ai déambulé dans les rues basses, puis dans les rues hautes. Pas une robe, pas un escarpin, pas la moindre putain. J’ai vu des pierres et des fontaines, des cathédrales et des cafés. Et je n’ai parlé à personne. Rien dit, rien échangé ou presque.

C’était une nuit sombre
Une nuit affolante où le vent brûle la peau
Une nuit douce où la caresse soulage les peines
Une nuit chaude quand le sang afflue aux extrémités.

Dans l’œil de la rue, j’ai aperçu une femme, belle, qui dans le reflet d’un astre défaillant s’enfuyait. Rien à voir, rien à dire. Je l’ai appelée, elle ne m’a pas répondu. Alors je suis rentré, seul. Et chez moi, couché sur un canapé noir, ma main… ou presque.

C’était une nuit sans lune.


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PASSION VIRALE – Technique mixte – JPH – 2020-1997

 

Pour l’artiste scrupuleux, l’œuvre réalisée, quelle qu’en puisse être la valeur, n’est jamais que la scorie de son rêve. José Maria de Heredia 1842-1905

J’ai souvent de la peine à terminer mes tableaux. Ceux qui ne sont pas simplement détruits peuvent passer des décennies sur mes étagères. Lorsque, après bien des doutes et d’incessants changements, je me décide enfin à les signer, ils collent miraculeusement à la réalité du jour. L’instant est gratifiant et confirme le bien-fondé de ma retenue instinctive de départ et valide la patience d’attendre l’heure H.

C’est ce qui s’est passé pour l’œuvre qui accompagne ces quelques lignes. Je l’ai commencée en 1997 et terminée au mois de mai 2020. Intitulée Passion virale, elle représente, à mes yeux, un instantané peint de l’actuelle triste mutation des relations humaines provoquée par le délirant feuilleton covidien. Bien que les barreurs politiques aux ordres de la finance tentent d’escamoter le tsunami économique qui a déjà commencé à déferler, on devine que le prochain épisode sera palpitant et douloureux. Sus à la monotonie et que dure le terrorisme d’état ! À suivre ailleurs que sur les radios, les télévisions et les journaux que l’on vous contraint à financer, sauf si vous aimez les contes de fées.

Je ne me ferai pas l’exégète de mon tableau. Les œuvres picturales n’ont pas besoin de mode d’emploi. On y trouve parfois la pensée qui s’en dégage. Le spectateur qui ne se contente pas d’aimer un peu, beaucoup, ou pas du tout, a une chance de la découvrir et de l’interpréter à son tour. L’artiste n’a pas forcément conscience des mystères ou des pièges que révèle l’image qu’il a produite. À vous de jouer !

INTRODUCTION EN SI – Technique mixte – JPH – 2005-1985


En septembre 2007 les éditions
ESTAMPE.ORG ont publié un livre intitulé
[Par défaut…] Jean-Pierre Humbert
Il contient notamment les reproductions de 47 de mes estampes,
accompagnées chacune par un texte d’un auteur à chaque fois différent.
Ci-dessous, découvrez mon INTRODUCTION EN SI interprétée par Colette Gaillard

 

INTRODUCTION EN SI

Texte de Colette Gaillard
Paru dans le livre [Par défaut…] Jean-Pierre Humbert


Intimité.

Mot de fouille
Mot de fosse.
Ossements de chaleur enfermant le ciel comme une chape d’église.

Je cherche mon temple, une bâtisse à la mesure de ma foi…
La demeure d’un esprit, d’un souffle sec mettant le feu à l’oreille et à l’âme, une étendue de steppe.

Et je ne sais précisément si le vent vient de l’œil ou de la langue,
des mots glissés ou de la caresse de lumière d’un khôl noir fusant mon corps ouvert.

Intimité.
Altération d’offrande
Altération d’un pauvre chant
La partition est laissée aux soins du courant.
Dans le silence infini, dans un océan d’algues vrillées, la vie glisse toute seule.

Spasmes qui s’entourloupent entre ma glotte et mon âme.
Vocables ininterrompus du jus des déchirures.
Je presse mon cœur citron et l’amère transpiration des amours fermentées.
Il coule et trempe.

Je cherche mon temple, une bâtisse à la mesure de ma foi…
Mais se tenir droit, encombré, les bras tendus pour que la nuit y pende sa lessive, ses poussières, ses nippes anciennes et collantes encore de ses vieilles douleurs. Se tenir ainsi, se croyant utile, se croyant aimer.

…oui, à la mesure de ma foi.

 

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VIE PRIVÉE – Gravure – JPH – 1983

 

 

 

Photo Elena Costianu – 2019

Encore un effort…

Ça y est! Tombent les masques, vous en saurez plus ce soir. À la sauterie du coronavirus, le ralenti savamment maîtrisé de la fin du jeu a démarré. Sur l’air de Ce n’est qu’un au revoir, l’orchestre nous invite a retirer prudemment nos déguisements. L’heure de vérité a sonné ! Nous allons enfin découvrir le visage de l’envoûtant et entraînant danseur qui nous a guidé pendant ces excitants mois de folie. Surprise, surprise… Privés de l’effet ipsilatéral, votre cavalier, et vous, dévoilez une tête ovale, parfaitement lisse, sans nez, sans bouche, sans oreilles, sans yeux; bref une tête d’œuf dépourvue des habituels capteurs humains, si précieux pour réfléchir et agir. Cet étrange phénomène a frappé simultanément tous les participants de cette interminable fête. Probablement des dégâts collatéraux induits par la terreur et la culpabilisation inlassablement instillés par les promoteurs et organisateurs de la tango-pandémie. Simple spéculation!

Par bonheur, le spectacle de cette mutation n’a duré qu’un centième de seconde et il est passé inaperçu. Victimes inconscientes du mensonge, nous avons vite retrouvé le rassurant faciès auquel nous nous identifions habituellement, ainsi que la confiance aveugle en ce que la plupart des gens appellent nos valeurs. Artifices à géométrie variable, ces valeurs offrent de palpables avantages, elles développent la souplesse de la colonne vertébrale et favorisent la pratique indolore du changement de masque. Une compétence indispensable pour survivre dans un monde qui change sans fin de visage pour échapper à la vérité.

Le bal masqué serait-il l’expression humaine du mouvement perpétuel, le balancier déréglé de la bêtise?

J’en ai peur… en toute innocence.

 

CACHE-CACHE – Technique mixte – JPH – 2016-1996

 

Post-scriptum : Reproduits en exergue de ma monographie Anachroniques, vous trouverez mon œuvre CACHE-CACHE ainsi que cette citation de Saint Augustin (354-430) – Algérie:

À force de tout voir on finit par tout supporter…
À force de tout supporter on finit par tout tolérer…
À force de tout tolérer on finit par tout accepter…
À force de tout accepter on finit par tout approuver

Pour commander le livre : https://jphumbert.ch/publications/livres/anachroniques/

Les asiles d’aliénés comportent dans leur personnel des internes et des internés. Entre ceux-ci et ceux-là, ne se dresse que l’épaisseur d’un accent aigu.

Alphonse Allais – 1854-1905

 

 

DÉSESPÉRÉ 
Technique mixte – 2006-1973 – Image et texte JPH

Portrait synthétique et empathique de la foule désemparée des dépressifs, bipolaires, anxieux, paniqués, asociaux, stressés post-traumatique, psychotiques, schizophrènes, boulimiques, anorexiques, paranoïaques, narcissiques, évitants, dépendants, obsessionnels-compulsifs, cette œuvre est composée de quatre dessins réalisés en 1973, retravaillés et assemblés en 2006.

Dans le quotidien La Liberté du 16 juin 2010, une étude présentée par un chercheur financé par le « Brain Mind Institute » de l’EPFL, nous apprend que les grands artistes, quand ils ne sont pas franchement fous, sont pour le moins malades psychiquement. Un constat qui vaudrait aussi, dans une moindre mesure, pour les nabots de la création. Dostoïevski, Kafka, Nietzsche, Proust, Chostakovitch, Van Gogh et les autres (les femmes sont semble-t-il épargnées par le phénomène car ce scientifique n’en cite aucune) : à l’asile, pardon, au Centre de Soins Hospitaliers, s’il vous plaît ! Administrons-leur les médicaments d’usage et quelques séances avec le psychiatre. Le restant du temps, des activités de groupe telles qu’art-thérapie, gymnastique, télévision,etc., devraient les occuper positivement et surtout les guérir. Après quelques semaines de ce traitement, ces individus pourront enfin envisager une activité utile. Avec un peu, avec beaucoup de chance, ils trouveront un emploi dans une banque, une compagnie d’assurance, une usine, une administration, voire dans une université ou, nec plus ultra, à l’EPFL. Enfin libérés de leurs tourments, ils pourront participer efficacement à l’irrésistible œuvre de robotisation entreprise par le monde libre. À l’heure de la retraite, imprégnés du sentiment du devoir accompli, ils verront les portes d’une saine créativité s’ouvrir à eux. Pour occuper le temps qu’il leur restera à vivre, ils pourront se consacrer, qui à la peinture, qui à la littérature, à la sculpture, à la musique …

Une grossière caricature ? Je veux bien. Je suis plutôt enclin à penser que ce ne sont pas les petits et les grands artistes qui sont malades, mais bien nos orgueilleuses sociétés occidentales avec, notamment, leur fâcheuse tendance à utiliser les progrès de la technique et de l’automation pour calibrer les êtres un peu comme les fruits destinés à l’étal des supermarchés. L’humain au service de la technique, telle est la donne. De ce fait, l’avenir du personnel des divers Centres de Soins Hospitaliers s’annonce radieux.

Tous les patients de ces institutions auront-ils le talent de Dostoïevski, Kafka, Nietzsche, Proust, Chostakovitch, Van Gogh et les autres ?

C’est sûr, le paradis terrestre c’est pour demain.

 

Au jour le jour, les siècles passent tranquillement. Les révolutions se succèdent. Le monarque autocrate est remplacé par le tyran socialo-communiste, lui-même relayé par le totalitarisme démocratique, destitué à son tour par un despote probablement éclairé. Le monde bouge, les mœurs changent, seule subsiste la religion du Veau d’Or. Tant qu’il y aura des hommes, le culte de l’argent règnera. Au fil du temps, les formes et les manifestations de l’attrait pour ce pouvoir ont changé. Les nouveaux moyens techniques offrent des opportunités infinies pour l’exercice d’asservissement qui nous est habillement imposé. L’avenir s’annonce donc radieux pour les maîtres de ce jeu de dupes. Pour leur seul bénéfice, assistés par l’informatique et par l’automatisation, les manipulateurs qui conduisent le troupeau sauront pérenniser sans concession leur stupide et mortifère idolâtrie.

Et nous, objets presque inertes, impuissants, englués dans la mélasse publicitaire, étouffés sous des avalanches de paperasse, nous nous surprenons à espérer la venue d’un sauveur. Fruit du découragement, ce désir a suscité de nombreuses vocations parmi les escrocs de tous poils prêts à plumer leurs concitoyens découragés et déprimés. Les candidats crédibles à ce poste sont eux rarissimes. Si les plus chanceux ont droit aux honneurs et à la reconnaissance des personnes qu’ils ont soutenues, le métier est risqué et dans la plupart des cas, dangereux et décevant. Pour peu que le sauveur ait contribué à dévoiler les mensonges des puissants, il s’expose à la haine, aux quolibets, aux insultes et à la souffrance. Les exemples récents ne manquent pas. Celui qui dit la vérité doit être anéanti, c’est la règle.

En cette année 2020, l’évènement le plus important des Églises catholiques et orthodoxes, la Semaine Sainte, est agendée du 5 au 13 avril. Dans une Europe guidée par des Lumières, les peuples en pleine déliquescence intellectuelle et morale l’ont promue au rang de fête du lapin en chocolat et de l’œuf cuit dur peint. Pour mémoire, avant le triomphe du Progrès, pendant plus de deux millénaires, les chrétiens commémoraient la Passion de Jésus Christ de sa mort à sa résurrection. Appelé Le Sauveur, Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu envoyé sur Terre pour sauver les hommes de leurs péchés, aussi connu sous le nom de Messie.

Ceux qui attendent un Sauveur n’ont plus à patienter, il est là !  Son enseignement transcrit dans le Nouveau Testament a accompagné les vies d’une majorités d’européens et de nombreux peuples pendant plusieurs siècles, et il a inspiré des œuvres sublimes à des peintres, des sculpteurs, des architectes, des écrivains, des musiciens et des savants restés souvent anonymes. Qu’ils aient la foi ou non, les écœurés du tout-à-l’argent malhonnête entendront là une mélodie réconfortante, à mille lieues du tintamarre vulgaire produit par les chantres de la sempiternelle doctrine matérialiste de la croissance.

De quoi émerger un peu… beaucoup… du sac d’embrouilles dont nous sommes captifs… et enfin réintégrer la création et ses beautés. Allez, Joyeuses Pâques !

 

LE SAUVEUR – Technique mixte – 2009-2003 – Texte et dessin JPH

Parmi les quelque 600 représentations de la Tour de Babel, dont la célèbre version de Bruegel l’Ancien, la gravure de la Tour de Babel en Belzé de Jean-Pierre le Jeune apporte son bloc de molasse à l’édification du mythe.

Dans la Genèse selon Jean-Pierre, le berceau de l’humanité se trouve à Fribourg. Les hommes parlaient alors la même langue, le bolze, formaient un seul peuple et cultivaient moult moments d’amitié autour de manoilles rafraîchissantes. Un jour, le roi Nemrod IV de Zæhringen ordonne de bâtir une tour dont le sommet doit toucher les cieux. L’Éternel, divinement agacé par tant d’insolence, redoute que la réussite du projet incite les rêveurs de la cité à échafauder des salles de spectacle et des ponts de la Poya en veux-tu en voilà. Dieu fait parler aux hommes des centaines de langues pour qu’ils ne se comprennent plus puis les éparpille par toute la terre. La Tour de Belzè reste inachevée. Cette vue de Fribourg à la base solide mais dont les étages perdent l’équilibre dans les nuages me renvoie à ma piètre inaptitude: grandir en Nuithonie et ne pas être bilingue, untauglich zu Zweisprachigkeit.

« 3 p’tits tours et… Soyons humbles et déterminés, bâtissons là ou en Basse, mais construisons toujours », disent les Bolzes qui ont plus de trois tours dans leur sackelè. Écoles et bibliothèques s’érigent autour de la patinoire. Un funi droit comme un i file vers l’Uni, rompant le ronron des remparts et des ponts en colimaçon. Des descendants des ouvriers de l’ancienne Tour reviennent s’installer en ville ; les langages se croisent et se mélangent. 3 p’tits tours et… représente une spirale harmonieuse, une ligne qui fait des révolutions pour que la terre tourne mieux. Si le bolze s’imposait comme langage universel, les conflits entre les nations s’apaiseraient.

Texte de Jean-Baptiste Magnin – Extrait de [Par défaut], Jean-Pierre Humbert – Éditions Estampe.org

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – Gravure – Tirage 47 ex. numérotés et signés – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 2e état de la gravure – Tirage 47 ex. numérotés et signés – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 1ère épreuve de travail de la gravure – un seul exemplaire tiré – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 2e épreuve de travail de la gravure – un seul exemplaire tiré – JPH – 1995

 

C’est en 1977 que j’ai réalisé et imprimé ma première sérigraphie dans l’atelier d’André Prin. J’avais emprunté son titre, L’avenir radieux, à Alexandre Zinoviev (1922-2006), l’immense écrivain russe, soviétique en ce temps-là. Cette œuvre était ma réponse à la proposition de mon ami Michel Dousse qui m’avait crédité d’une carte blanche pour créer une estampe pour le club de basket Isotop. Chacun de ses membres devait en vendre deux ou trois exemplaires dont le bénéfice revenait à l’équipe. À ce jeu, Michel était imbattable. À lui seul, il avait écoulé les deux tiers du tirage limité à 60 exemplaires. L’opération s’était avérée fructueuse et a été répétée quatre fois. En 1980, j’ai réinterprété ce sujet pour l’affiche de mon exposition à la galerie du Stalden. Finalement, après avoir produit une deuxième version en sérigraphie en 1987, je réalisais encore deux variantes digitales en 2007. Aujourd’hui, bon nombre des projections ironiques, contenues dans ces œuvres, se sont concrétisées. Mais mes partitions en plusieurs mouvements promettent un chapelet d’heureuses désillusions. L’avenir radieux sera toujours l’insidieux mensonge auquel nous aimons tellement croire.

 

L’AVENIR RADIEUX – Sérigraphie – JPH – 1977

L’AVENIR RADIEUX – Essai-1 –  Technique mixte – JPH – 2008-1977

L’AVENIR RADIEUX – Essai-2 –  Technique mixte – JPH – 2008-1977

L’AVENIR RADIEUX – Essai-3 –  Technique mixte – JPH – 2008-1977

L’AVENIR RADIEUX – Sérigraphie – Affiche – JPH – 1980

L’AVENIR RADIEUX – Sérigraphie- JPH – 1987

La galerie Osmoz réalise aujourd’hui un vieux rêve en organisant une exposition exclusivement consacrée au thème de la ville de Fribourg et en réunissant les principaux artistes fribourgeois du 18e siècle à aujourd’hui qui ont œuvré dans les différentes techniques de l’estampe (lithographie, gravure sérigraphie, estampe numérique).

À voir des œuvres de… Jean-Pierre Humbert, Ludo Hartmann, Diana Rachmuth, Jean-Michel Robert, Jean-René Rossier, Henri Robert, Teddy Aeby, Joseph Reichlen, Paul Robert, Ferruccio Garopesani, Gaston Thévoz, Roger Bohnenblust, Augustin Genoud, Marie-Thérèse Dewarrat, Philippe de Fégely, et bien d’autres….

Les artistes vivants seront présents les dimanches 22 mars et 5 avril 2020 pour le finissage.