Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

Fribourg

 

Huitième étape de ma tournée rétrospective de présentation des artistes qui ont participé en 1991 au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE. Aujourd’hui, je vous invite à goûter à l’humour de l’artiste américain Arthur Geisert.

Arthur Geisert est né en 1941 et il a grandi à Los Angeles. Il a déménagé, il y a plus de cinquante ans, pour s’installer et construire lui-même sa maison avec l’aide de sa famille à Galena (Illinois). Après des études artistiques, il se spécialise en sculpture et gravure, il expose dans de nombreux grands musées américains. Il est un jour remarqué par un éditeur qui lui propose de faire des livres pour enfants… Il a aujourd’hui publié de nombreux livres primés. Il a une passion pour les cochons, héros de bon nombre de ses livres !

 

PARADIS PERDU – Eau-forte – 1991 –  La contribution d’Arthur Geisert au PRIX “contraste” DE L’ESTAMPE ORIGINALE

 

Le bonheur serait-il un privilège réservé… à une certaine forme de la sagesse? À l’ egrege porcus” d’Horace répond Goethe: Je me sens l’euphorie d’une phalange de deux cents porcs”. Arthur Geisert reprend la fable de Trilussa. Ses cochons retournent aux joies de la campagne. “Perché in cità ce ne fano troppo porcheriae”.

Étienne Chatton 1933- 2007

 

ARTISTIC LICENSE – Eau-forte – 1991 – Un cadeau d’Arthur Geisert que j’ai pris la liberté de mettre en scène. Je le remercie chaleureusement de m’avoir accordé l’autorisation officielle d’avoir des idées. Était-ce bien prudent de sa part…?


 GOING TO FRIBOURG – Arthur Geisert -2004 –  Gravure – Abonnement Fribourg, vu d’ailleurs – Contraste Éditeur

 

En 2004, j’avais invité Arthur Geisert à venir à Fribourg pour réaliser une estampe pour l’abonnement de gravure FRIBOURG, vu d’ailleurs. Nous l’attendions au mois de septembre, impatients de découvrir l’œuvre que notre ville lui inspirerait.

Malheureusement, Arthur a du renoncer à son déplacement. Nous ne l’avons donc jamais rencontré, et nous avons renoncé à organiser la traditionnelle exposition des œuvres de l’artiste convié à créer une gravure pour l’édition annuelle de notre abonnement. Cette contrariété a stimulé l’imagination d’Arthur qui s’est servi des images des prospectus éditées par l’office du tourisme que je lui avais envoyées pour réaliser une eau-forte qui met en scène les préparatifs de ce voyage avorté. Il a appelé son estampe GOING TO FRIBOURG. Ainsi, Arthur nous démontre que rêver, c’est déjà voyager. Il nous prouve aussi que ceux qui dénigrent les clichés fournis par les officines de la promotion touristique ont tort. Si ces documents n’ont que peu d’influence sur l’indice de fréquentation des hôtels, ils représentent une chance appréciable de voyager à l’œil.

ARTHUR GEISERT pose, en 1991, devant le dessin de l’une de ses arches de Noé

Plus d’informations https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=ARTHUR+GEISERT

 

Sujets:

Parmi les quelque 600 représentations de la Tour de Babel, dont la célèbre version de Bruegel l’Ancien, la gravure de la Tour de Babel en Belzé de Jean-Pierre le Jeune apporte son bloc de molasse à l’édification du mythe.

Dans la Genèse selon Jean-Pierre, le berceau de l’humanité se trouve à Fribourg. Les hommes parlaient alors la même langue, le bolze, formaient un seul peuple et cultivaient moult moments d’amitié autour de manoilles rafraîchissantes. Un jour, le roi Nemrod IV de Zæhringen ordonne de bâtir une tour dont le sommet doit toucher les cieux. L’Éternel, divinement agacé par tant d’insolence, redoute que la réussite du projet incite les rêveurs de la cité à échafauder des salles de spectacle et des ponts de la Poya en veux-tu en voilà. Dieu fait parler aux hommes des centaines de langues pour qu’ils ne se comprennent plus puis les éparpille par toute la terre. La Tour de Belzè reste inachevée. Cette vue de Fribourg à la base solide mais dont les étages perdent l’équilibre dans les nuages me renvoie à ma piètre inaptitude: grandir en Nuithonie et ne pas être bilingue, untauglich zu Zweisprachigkeit.

« 3 p’tits tours et… Soyons humbles et déterminés, bâtissons là ou en Basse, mais construisons toujours », disent les Bolzes qui ont plus de trois tours dans leur sackelè. Écoles et bibliothèques s’érigent autour de la patinoire. Un funi droit comme un i file vers l’Uni, rompant le ronron des remparts et des ponts en colimaçon. Des descendants des ouvriers de l’ancienne Tour reviennent s’installer en ville ; les langages se croisent et se mélangent. 3 p’tits tours et… représente une spirale harmonieuse, une ligne qui fait des révolutions pour que la terre tourne mieux. Si le bolze s’imposait comme langage universel, les conflits entre les nations s’apaiseraient.

Texte de Jean-Baptiste Magnin – Extrait de [Par défaut], Jean-Pierre Humbert – Éditions Estampe.org

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – Gravure – Tirage 47 ex. numérotés et signés – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 2e état de la gravure – Tirage 47 ex. numérotés et signés – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 1ère épreuve de travail de la gravure – un seul exemplaire tiré – JPH – 1995

 

TROIS P’TITS TOURS, ET … – 2e épreuve de travail de la gravure – un seul exemplaire tiré – JPH – 1995

 

Ci-dessus, un aperçu de l’addition des 7 passages que j’ai dessinés pour réaliser la lithographie Passé décomposé. Avis aux amateurs, il reste un seul exemplaire à vendre.

PASSÉ DÉCOMPOSÉ – Lithographie – JPH 1993

Du 8 au 29 novembre 2012, la Médiathèque Jacques Baumel de Rueil-Malmaison a abrité une exposition de mes œuvres. À cette occasion, par le biais d’internet, la Galerie Contraste avait organisé, un concours littéraire ouvert à tous. Les participants étaient invités à «illustrer» ma lithographie Passé décomposé. Parmi les 74 textes reçus en provenance de toute la francophonie, le jury composé de 5 personnes a attribué le premier prix au plus court d’entre eux, un bel haïku de l’artiste peintre romancier, parisien aux origines suisses, Ivan Sigg. http://ivansigg.over-blog.com/


PASSÉ DÉCOMPOSÉ

Ô ville/molaire
Dans la gencive du ciel
Cariée par le temps
Ivan Sigg

 

COMPTE À REBOURS – JPH – Gravure – 1991

Cette œuvre a été réalisée pour accompagner l’édition de tête du livre “PARADIS PERDU”. Édité en 1991 par l’Atelier Galerie Contraste, cet ouvrage donnait à voir les créations des 85 artistes qui avaient participé au PRIX CONTRASTE DE L’ESTAMPE ORIGINALE. Les artistes invités à participer venaient de 23 pays différents et tous les continents étaient représentés. La vente de l’édition de tête avait largement contribué au financement du concours qui avait aussi bénéficié du soutien de 3 institutions fribourgeoises. La remise des prix aux 3 lauréats (Éric Robert-Aymé, France – Albin Brunovsky, Slovaquie – Jean Coulon, Belgique) avait eu lieu au Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg qui avait organisé pour l’occasion une grande exposition subdivisée en 5 parties. Chaque lauréat présentait une trentaine de gravures, les estampes en concours étaient toutes exposées et l’atelier Contraste présentait mes créations et ses éditions d’estampes. Dans ce décor, j’assumais l’animation avec notre presse pour l’impression de la gravure en taille-douce.

Souvenir amusant – Pour la confection des cartes de géographie, en ce temps-là, la confédération employait des graveurs . Ils étaient tous venus ensemble pour visiter l’exposition. Armés de leurs compte-fils, fascinés, ils ont passé 3 bonnes heures à ausculter les subtilités techniques des œuvres exposées. Suivirent des échangent passionnants et passionnés. Formidables instants d’échanges !

 

 

Sujets:


Photo Mülhauser – Fribourg – Fond BCU – Texte de JPH

Au 4e siècle avant J-C, le philosophe grec Aristote découvre que la lumière entrant dans une pièce sombre par un petit trou projette sur le mur d’en face l’image inversée des objets placés devant l’orifice: «la camera obscura». En 1826, Nicéphore Niepce réussit la première expérience de fixation permanente d’une image de la nature. En 1990, le premier appareil numérique sans film voit le jour. Aujourd’hui, selon votre tempérament, vous pouvez facilement tout photographier et filmer avec votre téléphone portable et diffuser instantanément vos images dans le monde entier, à un ou plusieurs correspondants.

Il est impossible de comptabiliser le nombre d’images produites  depuis 1826 par ce moyen révolutionnaire. Une chose est sûre. Bien qu’encore très jeune, la photographie est une catin qui a beaucoup vécu, de la chambre à coucher au champ de bataille. Émouvante, banale, belle ou sordide, il n’est pas une seule situation que son objectif n’ait captée mille fois. Restituées par la presse et les éditeurs, les représentations «réalistes» qu’elle donne semblent dessiner avec précision les contours pourtant incertains de la vérité. Agrémentées d’un commentaire orienté, nous découvrons aujourd’hui  que nous pouvons leur faire dire tout ce que nous voulons. Avec l’arrivée du numérique et des programmes de traitement d’images, la photographie devient polyglotte. Le même instantané est capable d’interpréter sans limite la gamme polychrome de la vérité.

Machine à capter le présent, l’appareil à photographier ne nous rend que du passé. Une trace, des traces lumineuses et généralement indolores qui répondent au doux nom de souvenirs. Pour le vernaculaire, les divers fonds photographiques de la BCU sont des sources abondantes de bonheur. Les expositions des instantanés de Jacques Thévoz et des Mülhauser père et fils ont attiré de nombreux fribourgeois, venus assister émus à la résurrection éphémère du passé dont ils sont constitués.

À mes yeux la beauté d’un cliché ne joue qu’un rôle mineur dans son impact. Méprisé par les esprits supérieurs, l’aspect anecdotique d’une représentation touche le spectateur de manière très intime et occupe une place importante dans son cœur. Lors de ma visite de l’exposition consacrée au Fribourg des Mülhauser, quand je me suis arrêté à la photographie «Planche Supérieure, 21 juin 1957» ici reproduite, ma première pensée a été : «Tiens, elle n’est pas terrible celle-là», puis : «13840, mais c’est le numéro des plaques de papa !» Mon père est mort en 1965 à l’âge de 43 ans. Troublé, j’ai occulté les enfants qui sont le sujet central de cette photo. Cinquante ans après, je regarde quotidiennement mon père, accroché à un mur de mon atelier, qui passe immobile par la Planche Supérieure dans cette voiture que j’avais l’obligation d’astiquer tous les samedis matin. Je détestais cette corvée, mais j’aime m’en souvenir. Privés du soutien de la photographie, comment nos ancêtres alimentaient-ils leurs besoins de nostalgie? Avec de la mémoire vive sans doute.

Sujets: